Les jardins d'Hélène

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Le petit sommeil - Benjamin et Julien Guérif

29 Mai 2011, 17:32pm

Publié par Laure

 

le-petit-sommeil.jpgPierre est un adolescent de 15 ans un peu renfermé et solitaire, et il n'a pas su anticiper sa recherche de stage obligatoire pour le lycée. Il se retrouve donc contraint de demander l'aide de sa mère pour être pris dans la maison de retraite où elle travaille comme aide-soignante.

Dès lors on imagine un roman gentillet et sans surprise, où le jeune découvrirait la gravité de la vie et la compassion au contact des anciens devenus dépendants,et gagnerait la confiance en soi qui lui manque. Fi ! De courage et de confiance en soi il va être question, mais par d'autres détours ! L'intrigue va très vite prendre des accents de roman noir où Pierre devra prendre sur lui d'accepter des entorses à la loi. Jusqu'où sera-t-il capable d'aller pour cet Edmond, un vieil homme que tous qualifient de manipulateur et dont ils ont tous un peu peur, ce vieillard qui ne veut pas « mourir à petit feu » ?

Nul doute qu'on bascule dans le roman noir et l'ambiance des grands classiques - il est d'ailleurs souvent fait allusion au grand sommeil de Chandler , et au dilemme cornélien du Cid - et que la vie de Pierre ne sera jamais plus comme avant, mais pas pour les raisons qu'on aurait pu imaginer dès les premières pages ! Grand banditisme et références aux classiques du cinéma sont en toile de fond.

 

Un roman qui a eu le mérite de me surprendre, de développer un certain suspense addictif (jusqu'où vont-ils aller et que va-t-il se passer?), et de me faire découvrir au passage deux auteurs que je ne connaissais pas. Le petit sommeil est en effet le troisième roman des frères Guérif, qui travaillent aussi ensemble comme traducteurs et scénaristes. Seraient-ils les fils de François Guérif, éditeur et fondateur des éditions Rivages, spécialiste du roman et du film noirs, et co-directeur de cette collection « rat noir » chez Syros ? Assurément, ils ont tout de la bonne école.

 

A proposer dès 13 ans. (et c'est tant d'autres pistes ouvertes ! Votre ado devrait vous réclamer alors le grand sommeil, et de titre en titre... j'aime ces romans qui tendent la perche vers d'autres œuvres en suscitant la curiosité !)

 

éd. Syros, coll. Rat noir, mai 2011, 146 pages, prix : 11 ,90 €

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crédit photo couverture : © Pépito Lopez, photographie : photoalto / frédéric Cirou / et éd. Syros.


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Tout près, le bout du monde – Maud Lethielleux

9 Mai 2011, 20:37pm

Publié par Laure

 

tout-pres-le-bout-du-monde.jpgCe livre semble avoir été lu et aimé par l'intégralité de la blogosphère, et je ne m'y intéressais pas spécialement, n'ayant pas du tout aimé le premier roman de l'auteure, Dis oui, Ninon. Mais quand même, une telle unanimité, je l'ai embarqué à la bibliothèque … pour ma fille (il est publié dans une collection ados). Et ça tombe bien, elle ne savait pas quoi lire en vacances... Elle l'a avalé en deux jours, « c'est pas ma faute si ça se lit trop vite » , et elle m'a tellement parlé de Gogolito, que forcément, j'ai enchaîné moi aussi les deux jours suivants.

 

Le bout du monde est le nom d'une ferme perdue au fin fond de nulle part, tenue par Marlène, qui accueille des enfants et adolescents cabossés par la vie. Elle a une technique bien à elle pour leur faire reprendre pied : écrire chaque jour quelques lignes dans un cahier. Ainsi alternent trois voix au style très différent (et que distinguent aussi trois polices de caractères différentes), celles de Solam, violente et arrogante, mais qui cache un grand cœur et une bonne dose d'intelligence, de Jul (Djoule), qu'on devine battue par son petit copain mais toujours amoureuse, et de Malo, le plus jeune (dit aussi Boule Puante, ou encore Gogolito), qui rêve de retourner vivre chez Cynthia, qu'on pourrait imaginer être sa mère, sauf que c'est pas si simple.


Chacun de ces trois personnages a sa voix propre, et petit à petit, au fur et à mesure des bribes offertes, le lecteur va comprendre les raisons de leur présence chez Marlène. Une Marlène « famille d'accueil » qui a elle-même ses bleus à l'âme, qui écrit elle aussi chaque soir, même si son texte n'est pas donné à lire.

Les cœurs sensibles vont apprendre à se rouvrir, et ces trois jeunes qui ne s'apprécient guère au départ vont se trouver liés bien plus qu'ils ne l'imaginaient. On s'attache très vite aux personnages, alors oui c'est un peu facile et rapide, mais le ton y est juste et l'on s'y sent bien, dans cette intimité partagée. On peut regretter de ne pas avoir au final toutes les clés (même si on en a beaucoup, on ne sait rien de la mère de Malo par exemple) mais l'ensemble est sympathique et finement observé.

 

L'avis de ma grande de 14 ans et demi : c'est trop bien, c'est un peu niais mais c'est trop marrant.

Pour ma part, j'ai surtout aimé nos échanges autour de Gogolito !

 

À conseiller dès 13 ans.

 

Flammarion, coll. Tribal, novembre 2010, 508 pages, prix : 10 €

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Crédit photo couverture : © Pauline Daniel / Picturetank / et éd. Flammarion


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Skeleton Creek, tome 1 : Psychose – Patrick Carman

21 Avril 2011, 14:31pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Marie-Hélène Delval

 

skeleton-creek-t1.jpgVoici le premier tome d’une série destinée aux ados qui allie (faux) journal intime et vidéos à consulter sur Internet pour avancer dans le récit, mener l’enquête et vivre l’aventure comme s’ils y étaient ou presque. Ryan et Sarah sont amis, et dans la drague abandonnée où ils vont traîner de temps en temps, ils découvrent des choses étranges, comme une présence. Mais Ryan se blesse et se casse une jambe. Plâtré, il reste allongé chez lui, ses parents lui interdisent de revoir Sarah dont ils jugent la compagnie néfaste. Mais Ryan ne peut bien sûr rester sans nouvelles de son amie, et il communique autant que possible par mail avec elle, à l’insu de ses parents. Tout en écrivant son journal dans un carnet, il regarde les vidéos que lui envoie Sarah…

 

J’avoue, j’étais sceptique (et heureusement je n’ai pas été victime du battage médiatique lancé par l’éditeur – quelques blogs ont reçu d’étranges mails de Sarah Fincher -  j’aurais sans doute freiné des quatre fers, là je me suis laissé convaincre en discutant justement de la pertinence de la méthode avec mon libraire jeunesse ; d’autres éditeurs s’étant déjà frotté à la vidéo alliée au roman sans grand succès)

La présentation est travaillée jusque dans les détails : surboîtier carton comme sur certains DVD, mise en page et typographie, papier ligné façon « journal intime manuscrit » pour le livre, collages de documents imprimés dans le fac-similé de journal, etc. Mais allais-je pour autant avoir envie d’interrompre ma lecture pour aller visionner de courtes vidéos sur Internet à l’aide des mots de passe donnés dans le livre, et si oui allaient-elles vraiment apporter quelque chose à ma lecture ?

Eh bien oui, j’avoue que c’est plutôt bien ficelé, et que ça fonctionne à merveille, passé le premier effort de se connecter (un ee-pc dans son lit ou un smartphone est alors bien pratique, je suis partisane du moindre effort !), si les vidéos n’ont rien d’exceptionnel, elles contribuent à l’effet psychose du récit (le titre de ce volume porte bien son nom !), et vous retiennent malgré vous : c’est facile à lire, prenant, et ça devient carrément flippant ! A l’issue du roman et du visionnage de la dernière vidéo, vous n’aurez qu’un regret : devoir attendre encore 3 mois la parution du tome 2 pour connaître la suite, car les deux héros sont laissés en bien embarrassante situation…

 

Entrer dans l’univers de Ryan et Sarah : www.enqueteskeletoncreek.fr

 

Quoiqu’il en soit, on est bien là au carrefour de quelque chose d’assez innovant en matière de fiction, mêlant étroitement image et écriture. Car les vidéos contribuent vraiment ici à l’atmosphère de l’intrigue et à la participation du lecteur…

(Bien sûr on conclura aussi que c'est extrêmement bien marketé ?)

 

 

Bayard jeunesse, mars 2011, 187 pages, prix : 13,90 €

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Crédit photo couverture : © Christopher Stengel, et éd. Bayard jeunesse

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La ballade de Sean Hopper - Martine Pouchain

18 Avril 2011, 18:18pm

Publié par Laure

 

ballade-de-sean-hopper.jpgBud est un jeune garçon qui vit avec sa grand-mère indienne cherokee dans la petite ville de Springfield, surtout laissé à lui-même en compagnie des corbeaux et des hérissons qu'il nourrit patiemment. Son voisin, Sean Hopper, est un homme violent, bourru, qui travaille à l'abattoir de la ville, où il est le seul à pouvoir abattre froidement les bêtes que vont dépecer les autres. Il déteste les gosses et ne supporte pas leur vue, mène la vie dure à la douce Bonnie qui vit avec lui, à cause de son fort penchant pour l’alcool qui lui fait perdre le contrôle. Il héberge aussi son vieux père dans une cabane au fond du jardin, lequel souffre d'Alzheimer et vole des tablettes de chocolat chez l'épicier.

Bud nous raconte l'histoire de Sean et sa tentative de rédemption. Lorsque Bonnie le quitte, il manque se tuer dans un accident de voiture, mais hélas pour lui, il en ressort sain et sauf. Pourtant quelque chose en lui a changé, mais réussira-t-il à convaincre les autres qu'il peut être un homme meilleur ?

 

Entre violence ordinaire et prise de conscience, on s'attache aux personnages hauts en couleur, qui montrent leurs failles et leur côté sombre, tout en laissant entrevoir une note d'espoir plus lumineuse. L'histoire racontée par le petit Bud apporte un élément original, on ne peut s'empêcher de sourire à la poisse dont est victime Sean dans ses tentatives de suicide. Une évolution heureuse au cœur de la violence.

 

Noté, acheté, et lu suite à l'article enthousiaste de Karen

 

Sarbacane, coll. Exprim', 2010, 233 pages, prix : 15,50 €

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Crédit photo couverture : © Hervé Goluza – éd. Sarbacane

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Trois baisers - Maïté Bernard

10 Avril 2011, 13:03pm

Publié par Laure

 

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Il y a des bonnes fées penchées sur ce blog. Il y a sans doute aussi quelques oiseaux de mauvais augure, mais ceux-là, je les laisse croasser tous seuls. Des bonnes fées disais-je, silencieuses et invisibles, mais fidèles, toujours.

A peine ma fille partie en Allemagne et les histoires de mon fils musicien écrites ici, je recevais ce petit roman de Maïté Bernard qui traite d'adolescents musiciens partis en Allemagne dans le cadre d'un échange d’orchestres de lycéens. Avouez que c'est troublant. D'autant qu'en allant voir la date de sortie prévue du livre, je n'ai pu que constater qu'il était sorti il y a presque un an déjà. Maïté Bernard n'est pas rancunière, car je n'ai toujours pas lu le précédent polar qu'elle m'a envoyé. Un petit mail de remerciement et je découvre avec amusement que c'est une histoire de mails perdus à la sortie du livre, une session de rattrapage, et un hasard de calendrier, ma fille n'a rien à voir là-dedans (vous verrez ce roman sur d'autres blogs aussi). N'empêche que dans ce roman comme dans mon home sweet home, le chat s'appelle Caramel, et il y a un ado qui se prénomme Jean-Baptiste. Alors laissez-moi croire à mes belles histoires

 

Marie-Liesse a 16 ans, le bac tout juste en poche, et elle part pour Berlin avec quelques camarades dans le cadre d'un échange de lycéens musiciens. Sa correspondante, Louise, est très sympathique, tous ces jeunes semblent très bien s'entendre, et entre quelques répétitions, ils visitent la ville avec l'insouciance et la joie qui est celle de leur âge.

Pourtant, bien des choses viennent troubler Marie-Liesse. Il y a déjà ce grand frère en prison, Wallerand, condamné pour avoir frappé sa copine tombée alors contre un radiateur, laquelle est dans le coma depuis plus de deux ans, ce frère quelle refuse de voir depuis, et à qui elle n'a toujours pas écrit, ne serait-ce qu'une carte postale. Serait-ce le moment ? Et puis il y a ce premier baiser, celui de sa meilleure amie Adèle, pourquoi ? Elle ne le souhaitait pas ! Et le père de Louise, ce bel homme à qui elle semble plaire, qui trouble un jeu de la séduction au revers déplaisant, et enfin Valentin, à qui elle va demander un service qui pourrait bien se transformer en autre chose...

Ce roman est la suite de Un cactus à Versailles, mais il peut se lire tout à fait indépendamment. Maïté Bernard réussit le tour de force d'aborder un grand nombre de thèmes qui chacun se font une place dans le récit sans que cela soit artificiel. Au détour des balades des jeunes, on réapprend l'histoire de Berlin, son Mur et les deux Allemagne, on sourit aux relations amicales, aux prémices des relations amoureuses, on a envie de bondir lors de scènes dérangeantes, et pourtant Marie se fraie son chemin entre peur et sincérité, avec la fraicheur de la jeunesse mais aussi le sérieux qui convient quand elle se trouve confrontée à une situation qui lui déplait. Un bel ensemble, qui devrait toucher les adolescents avec une écriture au plus proche de leur quotidien.

 

Un roman qui sait mêler les sujets graves aux plus légers et qui bien évidemment finit bien !

 

Syros, coll. Tempo +, mai 2010, 258 pages, prix : 5,95 €

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Crédit photo couverture : © Bruno Gibert

 

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(Re)play ! - Jean-Philippe Blondel

31 Mars 2011, 14:30pm

Publié par Laure

replay-blondel.jpgFranck Ménard, le célèbre critique et spécialiste du rock en France doit venir donner une conférence au lycée, à l’issue de laquelle il écoutera les groupes de l’établissement. Hélas, Benjamin et ses partenaires des Frontlights se sont séparés l’année passée, amitié éclatée, amours jalouses et percutées. Mathieu tente de convaincre Benji de remonter le groupe, même sans leur chanteuse Clara, et les … Revenants s’attellent à la tâche.

 

Honnêtement, je ne me sentais pas concernée par ce roman de Blondel, parce que l’ado guitariste qui compose et les groupes en répét’, je les ai en live à la maison. Faire le taxi pour les premiers concerts dans les bars, les chèques de caution pour la salle de répé du lycée, c’est mon job de mère depuis deux ans. Alors entrer dans les pensées de Benjamin, Mathieu, Max le batteur du groupe, c’était me placer en indélicate position de voyeuse. Je n’ai qu’à changer les prénoms… Mais par ailleurs fidèle des romans de l’auteur, je savais bien que je le lirais quand même !

Si le sujet est au plus proche des lycéens, tant dans le thème que dans l’écriture même, c’est aussi un formidable roman sur l’amitié, la responsabilité, et le passage à l’âge adulte. Ce qui frappe, c’est la maturité acquise à travers les réflexions des personnages entre le début et la fin du roman. « On les découvre ados et un peu gamins, on les quitte adultes », disait Blondel à propos de ses élèves lycéens. C’est le cheminement de Benjamin et Mathieu dans ce roman, dans leur relation à Clara, ruptures et déceptions amoureuses, dans leur amitié éclatée qui se retisse. Blondel a ce je-ne-sais-quoi qui toujours frappe au cœur, la justesse des propos, sans doute.

 

Un regret sur la fin quand même, beaucoup trop guimauve à mon goût. Si je conçois bien que les fins positives sont souhaitables en littérature jeunesse, pour moi, la fin positive on l’avait quelques pages plus tôt déjà, dans la relation avec Clément, dans l’avenir avec Julie… nul besoin d’aller promettre monts et merveilles avec Franck Ménard. Cette fin s’inscrit presque en paradoxe avec ce qui précède, comme l’avait recommandé le bienveillant documentaliste, il ne faut surtout pas parler à Franck Ménard de son rôle de juré dans une émission de télé, non il est là en tant que figure du rock français, un vrai de vrai spécialiste. Alors pourquoi au final ne lui faire faire que ce qui relève de son rôle de juré de télé-crochet : évaluer et promettre des contrats ? Tsss.. Bon d’accord, dans d’autres circonstances, d’autres détails, mais non… j’aurais préféré que ça s’arrête quelques pages plus tôt.

 

Paroles d’ados (parce que ce livre leur est quand même avant tout destiné) :

Lu par Anne-Claire, 14 ans ½, qui l’a piqué à son frère parce qu’elle n’avait plus rien à lire dans le train au retour de chez son père : - oui j’ai bien aimé. Moi avant lecture, et dans la perspective prescriptive du boulot : - ce n’est pas plutôt un bouquin pour les garçons ? – Non, non, pas du tout, c’est très bien.

Lu par JB, 16 ans ½, lycéen-guitariste-etc., qui me raconte son week-end chez son père : j’ai lu un bouquin de Gide ce week-end, c’était super ! J’voulais quand même vérifier que j’avais pas écrit trop de conneries dans ma dissert’ (ah mon fils ! il s’aventure à citer des auteurs dont il a juste glané trois citations et il va les lire APRES ! verdict éhonté : 18/20). Ah j’ai lu le Blondel aussi, c’est pas la même littérature ! C’est très bien hein, mais c’est un bouquin pour ados quoi !

Mon fils aurait-il donc décrété qu’il n’était plus un ado ?

 

Juste un lycéen musicien.

 

Moralité : un roman qui parle de jeunes de 17-18 ans, mais qui plaira d’abord aux 12-15.

 

Actes Sud junior, mars 2011, 125 pages, prix : 10 €

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Crédit photo couverture : © plainpicture / Daniel Sadrowski et éd. Actes Sud.

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Terrienne - Jean-Claude Mourlevat

27 Mars 2011, 16:26pm

Publié par Laure

 

terrienne.jpgAnne Collodi, 17 ans, se met en quête de sa sœur Gabrielle, disparue un an auparavant, le jour de son mariage. Elle fait la connaissance d'Etienne Virgil, un écrivain solitaire, qui la prend en stop sur le bord de la D8 entre Montbrison et St-Etienne. Elle descend toujours au panneau « Campagne, 3,5 km », le lieu de passage vers « l'autre côté », un monde parallèle aseptisé, sans émotions où les gens ne respirent pas, ne pleurent pas, ne toussent pas, ne ronflent pas, mangent des choses insipides..., mais un monde où beaucoup meurent aussi.

Dans cet autre monde, en quête éperdue de sa sœur, aidée par quelques uns, elle va vivre des expériences difficiles, éprouvantes, mais aussi connaître l'amour...

 

Je ne suis pas fan des univers fantastiques, ce n'est pas nouveau, néanmoins Jean-Claude Mourlevat avait su me séduire avec ses deux précédents romans le Combat d'Hiver, et le Chagrin du Roi Mort, et puis c'est un auteur « valeur sûre » que j'aime à retrouver. Avec lui on place la barre très haut, forcément, d'où sans doute aussi le risque de déception. Terrienne est un très bon roman, mais il n'a pas pour moi la richesse fertile des deux précédents, la force et l'ambition qui m'avaient réellement emportée alors. Terrienne me paraît plus simple dans l'intrigue, malgré de bonnes références littéraires et historiques évidentes, et je me suis demandé au fil de ma lecture où l'auteur voulait en venir, s'il y avait un message caché, ou si c'était juste les gentils contre les méchants et récupérer soeurette.... Le début du roman vous embarque et vous intrigue (intéressant personnage de l'écrivain!) mais les deux tiers suivants ronronnent un peu, l'imaginaire s'émousse, avec une fin sans grande surprise. Une légère déception, donc.

 

 

Lu aussi par Stephie, Theoma, Marie, Clarabel, ...

 

 

Gallimard jeunesse, janvier 2011, 386 pages, prix : 16 €

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Crédit photo couverture : © Patrick Léger / Gallimard jeunesse

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Le garçon qui volait des avions - Elise Fontenaille

15 Mars 2011, 14:42pm

Publié par Laure

garcon-qui-volait-avions.jpgCe très court roman (59 pages) pour ados est l’histoire vraie d’un jeune américain de 16 ans, Colton Harris-Moore, surnommé le bandit aux pieds nus, qui a défrayé la chronique en jouant au chat et à la souris avec la police pendant plusieurs années, avant d’être arrêté en juillet 2010. Ce gamin ordinaire vit sur une petite île près de Seattle. Mais il n’a pas la chance d’être né dans la bonne famille : parents alcooliques, père violent, il ne tarde pas à fuguer et à être placé en foyers, d’où il ne cessera de s’échapper, avant de vivre totalement libre, et seul. Tout est parti d’un malentendu : fier du vélo que sa mère lui a offert pour Noël en bossant dur, la police l’arrête et ne croit pas que ce beau vélo tout neuf puisse être à lui : ce jour-là, il s’est juré de se venger, « de faire la guerre aux flics, de tout faire pour leur pourrir la vie… » Et il y a bien réussi. Il devient vite un phénomène populaire aux Etats-Unis, les gens s’arrachent des tee-shirts à son effigie et sont fans de sa page Facebook. Pour survivre, il vole des pizzas dans les congélateurs des résidences de vacances et autres maisons fermées, puis se met à réaliser ses rêves, juste pour le plaisir, et le pied de nez aux flics, il emprunte des bateaux, et des avions : des Cessna qu’il pilote au feeling, grâce à quelques heures de jeu sur simulateur ! Il s’arrangera toujours pour trouver des connexions internet et donner des nouvelles à sa mère.

 

Roman flash écrit très vite (en 3 jours et 3 nuit dit son auteur), il donne successivement la parole, outre au héros lui-même, à quelques personnages en lien avec lui : sa mère, des voisins, l’éducatrice qui l’aimait bien, Helen, la femme flic qui l’arrête à contre cœur… Comme vous vous souvenez tous sans doute de « cours, Forrest, cours », vous aurez en tête désormais ce « fly, Colton, fly ! ».

 

J’aime bien les romans d’Elise Fontenaille, même si je leur fais souvent ce même reproche : court, beaucoup trop court ! Mais cela peut plaire aussi aux jeunes qui justement n’aimeraient pas trop lire, ou qu’un texte long effraierait. Et cette histoire aux accents extraordinaires et pourtant réelle devrait les séduire !  

La page Facebook du livre  

 

Rouergue, coll. DoAdo, mars 2011, prix : 8 €

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Crédit photo couverture : © Dorothy-Shoes et éd. du Rouergue.

 

 

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Liberté, égalité, chocolat – Alex Shearer

8 Mars 2011, 15:41pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Stanislas et Sophie Barets

 

liberte-egalite-chocolat.jpgUn nouveau parti a pris le pouvoir, et ça ne rigole pas : Le Parti Qui Vous Veut du Bien (le Parti de la vie saine, des bonnes dents et de l’éradication de l’obésité et autres maladies liées à une mauvaise alimentation) a décidé de réglementer la santé et le mode de vie des citoyens en interdisant la consommation et la possession de chocolat et autres sucreries. Le chocolat et ses dérivés sont devenus des produits illégaux. La Patrouille armée de robots renifleurs et destructeurs veille au grain, aidée par une équipe de jeunes enrôlés : les Jeunes Pionniers, qui ont pour mission de dénoncer et faire envoyer en camps de rééducation les contrevenants.

On l’aura compris, l’image est facile et le vocabulaire choisi : on y parle très vite de Milice, de bruit de bottes, de marché noir, de résistance, de camps, de bootleggers et de révolution. Ou comment réagit-on à la prise de pouvoir d’une dictature. Toute comparaison avec la seconde guerre mondiale n’est pas fortuite, ainsi qu’avec la Prohibition des années 1917-1935 aux Etats-Unis, où l’alcool était interdit, avec pour conséquence un important trafic mené par des « bootleggers » (littéralement des « hommes qui cachaient des bouteilles dans leurs bottes »)

Ici, ce sont des enfants, Arthur et Sébastien, fidèles copains, qui vont s’insurger et monter une chocolaterie clandestine, dans le magasin d’une vieille commerçante sympathique, et développer un important marché noir, mener la lutte pour aboutir à la Révolution et au renversement du pouvoir.

On a là un roman d’aventures assez prenant, facile à lire, pas toujours réaliste (les adultes ne s’occupent pas beaucoup des enfants qui font un peu ce qu’ils veulent), plutôt idéaliste, avec des gentils et des méchants (les « collabos ») et qui par le biais d’une histoire imaginaire et fantaisiste éveille à la Grande Histoire. Si c’est bien mené, ça reste néanmoins un peu superficiel et convenu, comme si l’idée n’était finalement que de caser les idées imparties.  

Peut-être l’ensemble est-il au final trop caricatural pour réellement fonctionner, ou alors s’adresse-t-il plutôt à des enfants encore assez jeunes (10-12 ans) qui verraient moins la façon « plaquée telle quelle » de parler d’Histoire ?

Je ne sais pas, l’idée était bonne, mais le roman peut-être un peu trop didactique et donc artificiel.

 

p. 147 : « Eux, ils ne travaillaient pas pour l’argent. Ils défendaient une juste cause : le droit de croquer un carré de chocolat de temps en temps.

Ils étaient devenus des bootleggers comme Robin des Bois s’était fait hors-la-loi – parce qu’ils étaient du côté des faibles et des opprimés, qu’ils s’opposaient à la tyrannie et à l’arbitraire. »

 

Bayard jeunesse, coll. MilléZime, juin 2008, 362 pages, prix : 12,90 €

(parution en VO : 2003)

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Crédit photo couverture : éd. Bayard

 

 

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Amour, patates et rock'n'roll – Céline Lavignette-Ammoun

7 Mars 2011, 08:49am

Publié par Laure

 

amour-patates-et-rocknroll.jpgJulia a 14 ans et mène la vie ordinaire d'une collégienne de son âge, aimée et entourée de ses parents, de sa grand-mère, et de sa meilleure amie Bérénice. Mais Julia a un frère jumeau qu'elle aime très sincèrement, mais dont elle a du mal à assumer la différence à l'extérieur, notamment auprès du CDP, le « Club des Pétasses », le clan de copines un peu bécasses du collège. Car Julien est autiste, et tout le monde vit d'abord en fonction de lui à la maison. De là à le transformer en cousin anglais chanteur de rock et à se mettre dans une situation un peu compliquée auprès des copines …

 

D'abord lu par ma fille de 14 ans qui l'a beaucoup aimé, (« c'est bien et c'est drôle » est tout ce que j'ai réussi à lui faire dire), je le lui ai piqué ensuite. C'est effectivement un beau roman sur la relation frère-soeur, une relation que j'aurais aimé voir davantage développée dans le récit, tant on sent bien l'amour et le lien fort qui les unit, un roman sur la différence aussi (ici l'autisme) et la difficulté de s'en expliquer à l'extérieur. Mais c'est aussi un roman d'adolescents, façon tranche de vie, avec les tourments habituels des premières amours timides et les grouillements qu'on trouve ridicules des années plus tard sur les comportements en groupe au collège !

 

Quelques maladresses de jeunesse (c'est un premier roman je crois), j'ai parfois trouvé un peu longuettes toutes les considérations sur les profs, les cours (mais je suppose que ça « parle » davantage aux jeunes lecteurs), inutile et dommage d'avoir prénommé les jumeaux Julia et Julien, invraisemblable une partie du dénouement, mais j'ai aimé la fraîcheur de l'ensemble, l'humour, la vivacité, la dérision, et surtout, ce beau lien fraternel, et grand-maternel !

 

À découvrir !

 

Lire des extraits : ici

 

éd. d'un monde à l'autre, septembre 2010, 226 pages, prix : 15€

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Crédit photo couverture : © mademoiselle caroline

 

 

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