Les jardins d'Hélène

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La vie étonnante d’Ellis Spencer – Justine Augier

14 Septembre 2014, 16:41pm

Publié par Laure

En Naol (c’est le nom d’un pays), dans un futur indéterminé mais qui pourrait être assez proche, le rêve et le doute sont devenus interdits, tout comme les livres que certains collectionnent toutefois en secret. La population doit obligatoirement être hyperactive. Les enfants chétifs ou repérés comme faibles causent immédiatement l’inquiétude de leurs parents, et catalogués comme « enfants à problèmes », ils intègrent l’Académie du Succès dans l’espoir de rentrer dans le rang.

 

Ellis Spencer, 11 ans presque 12, est une de ces enfants « pas comme les autres », qui trouve encore une évasion personnelle dans la lecture des ouvrages de la bibliothèque secrète de ses parents.

Dans une société où il faut absolument être dans la norme, pourra-t-elle revendiquer et assumer sa différence, sa personnalité, et sa rébellion contre l’ordre établi ? Elle découvre aussi un réseau de résistance dans lequel elle s’investit.

 

Roman d’anticipation qui reflète tout de même bien une certaine évolution de notre société (performance, rentabilité, sur-importance donnée au spectacle et aux shows de télévision superficiels, …), j’ai énormément peiné à y entrer. Je ne crois d’ailleurs pas avoir réussi à apprécier ce texte, que j’ai trouvé souvent maladroit, confus, et peu intéressant (ou insuffisamment développé), sur un thème très à la mode pourtant en littérature jeunesse, cf. le succès cinématographique qui retentit a posteriori sur la version romanesque de Divergente, qui traite peu ou prou des mêmes thèmes : affirmer sa différence, lutter contre une autorité despotique, etc.

 

Ce roman faisant partie de la sélection 2015 du Prix des Lecteurs 13-16 ans du département, je me suis forcée à le finir (conscience professionnelle toussa toussa) mais je ne réussirai pas à le défendre tant j'ai failli passer à autre chose un grand nombre de fois.

 

p. 19 : « Mon père sait toujours où me retrouver parce que j'ai au creux du bras droit (comme tous les enfants du pays) une petite puce sous-cutanée qui transmet mes données (position, température, tension, rythme cardiaque) vers les micro-tablettes de mes parents. »

 

Ce n'est presque plus de la science-fiction puisqu'une chaîne française de prêt-à-porter vient de mettre en vente des blousons pour enfants avec traceurs GPS, les sales mômes ne daignant pas répondre aux trop nombreux appels de leurs parents sur leur smartphone.

Elle est pas belle la vie ?

 

 

 

 

Actes Sud junior, avril 2014, 141 pages, prix : 12,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Jeanne Detallante et éd. Actes Sud junior

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Les princes charmants n'existent pas – Maïa Brami

14 Août 2014, 12:28pm

Publié par Laure

Nora, 15 ans, est en 3ème au collège. Fan d'Ava Gardner, elle lui voue un culte au point d'en faire la confidente de son journal intime. Nora est complexée par son absence de poitrine, et souvent agacée par sa meilleure amie qui s'interroge sans cesse sur l'amour de son petit copain Sam. Un beau jour arrive dans la jardinière de son balcon une lettre de rupture destinée à un jeune voisin de l'entrée d'à côté. Visiblement dépité, le jeune homme l'a jetée par la fenêtre.

Nora engage alors une correspondance avec ce Rodrigue, plus âgé (il est en 1ère, avec des préoccupations sérieuses, lui : le Bac français et une audition de piano qui engage son avenir !) et revisite la carte du Tendre. Elle se plaît à le vouvoyer, à rêver d'un amour noble et plus élégant que les amours terre à terre de Julie.

Les échanges sont savoureux, il faut bien le reconnaître, et Rodrigue ne se laisse pas toujours faire : pourquoi sortir une plume et du beau papier quand c'est si simple et si rapide par texto ou par email ?

 

Ce mélange des genres, entre une liaison épistolaire que la plupart des jeunes d'aujourd'hui voient comme d'une autre époque (de nombreuses références aux Liaisons dangereuses également) et la réalité très cruelle des réseaux sociaux (manipulation d'image sur Facebook par jalousie et bêtise) ajoute au charme du roman. Entre rêve et réalité, imagination et prosaïsme.

 

On trouvera de nombreux thèmes qui parlent aux jeunes filles de 12-15 ans, puberté, corps qui change, amours, amitié, image de soi, idéalisme, modèles, etc.

 

Un roman plutôt bien vu qui sort de l'ordinaire par son côté correspondance à l'ancienne, tout en demeurant très « dans l'air du temps ».

 

 

Nathan, avril 2014, 304 pages, prix : 14,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Nathan

 

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Coup de talon - Sylvie Deshors

1 Mai 2014, 06:35am

Publié par Laure

Laure et Lucie sont sœurs, 13 mois les séparent, l’une est blonde et grande, l’autre est brune et plus petite. Toutes deux adorent la natation et la plongée. Dans le métro, Laure se fait agresser. On lui vole son sac, mais surtout, elle est victime d’attouchements. Son seul tort ? Être une fille, en jupe, belle et blonde ! Durablement traumatisée, Laure refuse pourtant d’en parler à ses parents et fait promettre à sa sœur Lucie de ne pas la trahir. Difficile pour Lucie de ne pas rompre sa promesse alors qu’elle voit sa sœur sombrer de jour en jour, s’enlaidir, avoir peur de tout, ne plus avoir goût à rien, et s’enfoncer au collège.

 

C’est lentement, par l’amitié, le respect, la patience et l’écoute, le jeu aussi, que Laure réussira à parler.

 

Je savais l’éditeur Talents hauts engagé dans la lutte contre le sexisme et la discrimination, je ne connaissais pas encore cette collection « Ego », destinée aux adolescents (dès 11-12 ans il me semble, le texte est court, écrit gros et aéré), qui dénonce elle aussi les violences liées au sexisme. Toute la réussite de cet ouvrage est dans la finesse de l’analyse de la situation par l’auteur, le cheminement de la victime, la description de sa chute intérieure (de victime à coupable jusqu’au coup de talon, qui en plongée, permet de remonter à la surface).

La position de la sœur n’est pas simple, et ce lien d’amour fraternel est très bien analysé aussi, alors que le bon sens voudrait que les parents soient vite mis au courant. C’était risqué de laisser l’héroïne s’en sortir seule, mais le pari est réussi et l’on aimerait juste accompagner Laure et Lucie un peu plus loin, car en tant que lecteur adulte on ne peut laisser de côté l’hypothèse que les parents soient enfin mis dans la confidence et le débat poursuivi.

 

Un chouette texte qui peut aussi être un point de départ pour débattre justement de la place des filles dans la société, et de la violence quotidienne qui leur est faite si elles ont le malheur dans certains endroits de « porter une jupe ».

 

Une belle découverte offerte par So, merci à toi !

 

Talents hauts, coll. Ego, octobre 2013, 94 pages, prix : 7 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Polka Dot / IT Stock / Thinkstock et éd. talents hauts

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La piscine était vide - Gilles Abier

21 Avril 2014, 09:13am

Publié par Laure

p. 49 : « Deux mois enfermée à répéter à qui voulait m'entendre que ce n'était pas moi. Que je ne l'avais pas poussé. Que c'était la vie qui était une grosse conne. Qui se foutait de ma gueule. Qui me tuait le mec que j'aimais et qui en plus me le faisait payer. »

 

 

Célia raconte le drame qu'elle a traversée, de cet après-midi ensoleillé au bord de la piscine à la cellule d'une maison d'arrêt, puis au procès. Incipit : « ça y est, c'est officiel, je ne l'ai pas tué ! Le verdict vient de tomber, je suis acquittée. »

Retour en arrière : Célia a 16 ans, elle est amoureuse d'Alex. Ils sont sur la terrasse, au bord de la piscine chez Alex ; la mère de celui-ci n'aime pas beaucoup Célia, qu'elle juge superficielle. Quand Alex bascule dans la piscine vide et se tue sur le coup, alors qu'il se chamaillait avec Célia et s'est pris les pieds dans un tuyau d'arrosage, la mère est formelle : Célia a poussé son fils.

Célia clame son innocence et la thèse de l'accident.

Une cinquantaine de petites pages parfaitement ciselées pour dire l'amour, la douleur, la responsabilité, la souffrance, la mort, la rivalité, la culpabilité, le mensonge : un texte fort, à la sincérité douloureuse pour chacun des personnages, qui dans ses dernières phrases, remet tout en perspective. Ou pas d'ailleurs... Frappant !

 

 

Actes Sud junior, coll. « d'une seule voix », février 2014, 58 pages, prix : 9 €

(Première parution en 2008, la collection, son format et ses couvertures ont été relookées)

Etoiles :

Crédit photo couverture : © photocreo / Fotolia.com et éd. Actes Sud junior.

 

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Le garçon de l’intérieur – Benoît Séverac

9 Janvier 2014, 15:15pm

Publié par Laure

Neuf mois après l’accident qui l’a rendu sourd (après avoir pris de l’ecstasy et être resté dans le coma trop longtemps au pied d’une baffle dans une rave, cf. Silence, même auteur, même éditeur, 2011), Jules Lascaud, 16 ans, part en vacances avec ses parents et sa petite sœur dans un petit village alsacien du côté de Colmar. Sa famille a appris la langue des signes, Jules est scolarisé dans un établissement spécialisé, et pour mieux entourer le garçon, ils ont loué un gîte par le biais d’une association de parents d’enfants sourds, où Jules pourra donc communiquer en langue des signes avec un ado de son âge.

Quand on arrive de Toulouse, l’Alsace, ça dépayse : les villages ont vraiment des noms imprononçables ! Mais quand en plus les vignes de Riesling du propriétaire du gîte sont saccagées, ce sont des vacances stimulantes qui s’annoncent : Jules et son nouvel ami Rémi vont mener leur enquête ! Les petites sœurs vont vivre leur vie, et la grande sœur de Rémi, Camille, ne laissera pas Jules indifférent…

Un roman léger, sur le quotidien d’un jeune devenu sourd (et la nécessité de la LSF pour communiquer), mâtiné d’un mystère doublé d’un cadavre qui va occuper les vacances, et qui a pour principal intérêt d’aborder quelques éléments d’Histoire alsacienne, comme les malgré-nous (les Alsaciens et Mosellans qui ont été enrôlés de force par l’armée allemande), et l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Allemagne entre 1871 et 1918, qui a valu bien longtemps après encore aux non Alsaciens l’appellation de « Français de l’Intérieur ». (D’où le titre du livre).

 

J’ai forcément aimé ce qui m’a rappelé mes vingt ans d’enfance alsacienne (quand j’étais toute petite et nous allions chez ma grand-mère dans le territoire de Belfort, ses voisins nous appelaient les Français de l’extérieur, quand ce n’était pas carrément « les Boches », je ne comprenais pas, Strasbourg – où nous habitions – était bien en France pourtant, et c’était quoi cette histoire d’intérieur / extérieur ? Et puis d’abord, Niederschäffolsheim ce n’est ni imprononçable ni compliqué à écrire, il suffit de comprendre les nieder / mittel /ober et les Heim, et hop, tout se compose de la même manière :-)

L’ensemble est agréable à lire, p'tit roman « détente », et l’on peut imaginer retrouver un jour Jules dans une autre aventure ?

 

Syros, coll. Rat noir, septembre 2013, prix : 14,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : ©Getty Images / Mel Curtis et éd. Syros

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Holden, mon frère - Fanny Chiarello

1 Décembre 2013, 18:55pm

Publié par Laure

Lu juste après Prends garde à toi, publié un an après ce titre, les deux romans se répondent, abordant des thèmes similaires (la place de la culture et son accès selon sa condition sociale), en prenant ici l'exemple inverse. Si Louise était brillante et choyée dans une famille aimante et socialement élevée, c'est tout le contraire pour Kevin, 15 ans, qui préfère se réfugier à la bibliothèque (parce qu'il y fait chaud et qu'on ne lui demande rien) que de rentrer dans sa famille bancale, père qui disparaît pendant des semaines, mère sur les nerfs, frères indifférents. Kevin ne s’est même jamais posé la question de la lecture tant le livre n'a pas sa place dans la maison, jusqu'à ce qu'une mamie énergique croisée à la bibliothèque lui mette en main L'attrape-cœurs de Salinger, puis le guide dans ses lectures, résonances parfaites à son adolescence.

 

décor, p. 8 : « Ma classe compte trois des types les plus populaires du collège. Deux d'entre eux sont Guillaume et Brandon ; ils ne se sont jamais quittés, de la maternité à la troisième. Ils ont redoublé le CP ensemble, pris leur première cuite ensemble au CM2, et passé leur première garde à vue ensemble, cet été, quand ils ont fracturé une voiture pour voler un paquet de cigarettes vide sur le tableau de bord. La troisième gloire de la classe est Loïc Huc. Il est moins extravagant que les deux autres mais tout le monde lui voue une crainte mêlée de fascination. S'il frappe sa mère, rien ne peut l'arrêter. Inégalable. Je dois mon incisive fêlée à son vigoureux coup franc. »

 

Autant dire que dans cette ambiance, le travail scolaire et la lecture ne sont pas des priorités.

 

p. 67 : « Dans notre collège, il est mal vu d'aimer les bouquins, mais ne pas savoir lire est tout aussi infamant. Un subtil dosage. »

 

Kevin va se lier d'amitié avec Laurie, l'intello de la classe qui fréquente aussi la bibliothèque, mais pas pour les mêmes raisons ! Ce roman retrace le parcours d'un jeune garçon pour qui tout n'est pas perdu, quand on place sur sa voie les bonnes personnes, et combien la littérature peut-être une béquille, un moyen d'évasion, une ouverture sur le monde, un lien entre générations. Pourtant, j'ai moins aimé ce roman que « Prends garde à toi », peut-être parce que si pour Louise, le style était parfaitement adapté, je trouve ici que l'expression de l'auteur est un peu trop parfaite encore pour coller au personnage de Kevin (même si le roman tend à le sortir de sa condition sociale), moins réaliste peut-être, un peu répétitif aussi, je l'ai trouvé un peu longuet et me suis ennuyée passés les deux tiers, mais je trouve intéressant de lire ces deux textes de Fanny Chiarello en parallèle.

 

p. 117 : « Drôle d'idée que de lire des romans, quand on y pense bien : on s'attache à des personnages qui n'existent pas, on se sent moins seul alors qu'il suffirait de lever la tête de sa page pour constater qu'on l'est toujours autant dans le vrai monde, et après, tout est fini. Chacun rentre chez soi, Holden et tous les autres dans leur néant, et moi dans ma baignoire auréolée de traces douteuses. »

 

Sélectionné pour le prix des lecteurs 13-16 ans 2014 de la ville du Mans et du département de la Sarthe.

 

L'école des loisirs, collection Medium, avril 2012, 208 pages, prix : 10,70 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Séverin Millet et éd. L'école des loisirs.

 

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Prends garde à toi - Fanny Chiarello

25 Novembre 2013, 19:05pm

Publié par Laure

La classe de 5ème B va monter Carmen, le célèbre opéra de Bizet. Les parents réécriront le livret, et les élèves travailleront leur voix en cours de chant. Pour Louise, élève brillante, fille unique choyée par ses parents, c'est tout vu, elle tiendra le rôle titre, celui de Carmen. Mais une nouvelle élève arrivée en début d'année pourrait bien involontairement lui voler la vedette. Louise en est malade et cherche à embobiner son monde.

Louise est un personnage qui se montre détestable au lecteur : hautaine, prétentieuse, capricieuse, certes cultivée (d'une culture surtout lettrée), son mépris permanent de l'autre ne la rend guère aimable. Manon est tout son contraire : issue d'un milieu défavorisé, en grande précarité, elle est la douceur et la gentillesse même, mais tout aussi aimée par sa famille, elle est curieuse de tout en gardant sa simplicité naturelle. Les professeurs ne seront pas dupes et ne répondront pas aux caprices de Louise, qui va en souffrir et manipuler ses parents, mais chacun trouvera sa place.

Ce roman pose la question de la place de la culture : est-elle est réservée à une élite ? A-t-on les mêmes chances d'y accéder quand on est pauvre, mais pas idiot pour autant ? La culture a-t-elle les capacités de rassembler et de gommer les différences ? N'est-ce pas ici l'école qui y réussit (idéalement) ?

 

Une très bonne description du personnage, avec une expression stylistique qui lui correspond parfaitement et si je m'attendais à un enjeu plus poussé autour des deux jeunes filles, le roman reste malgré tout très centré sur Louise et l'expression de sa jalousie.

 

 

À écouter : Carmen revisité par Stromae (2013)

 

"L'amour est comme l'oiseau de twitter
On est bleu de lui seulement pour 48 heures
D'abord on s'affilie, ensuite on se follow
On en devient fêlé, et on finit solo

Prends garde à toi et à tous ceux qui vous like
Les sourires en plastique sont souvent des coups d'htag
Prends garde à toi! Ah les amis, les potes ou les followers?
Vous faites erreur vous avez juste la cote

[Refrain]
Prends garde à toi si tu t'aimes
Garde à moi si je m'aime
Garde à nous garde à eux
Garde à vous et puis chacun pour soi

Et c'est comme ça qu'on s'aime s'aime...
Comme ça consomme somme..."   (© Stromae)

 

 

L'école des loisirs, coll. Medium, mars 2013, 186 pages, prix : 9,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Gabriel Gay et l'école des loisirs

 

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Plus tard je serai moi - Martin Page

30 Septembre 2013, 17:27pm

Publié par Laure

Séléna est en pleine adolescence : elle se cherche un look, pour commencer, et n'a pour le moment aucune idée de ce qu'elle veut faire plus tard dans la vie. Elle est amie avec Vérane, qui est handicapée en fauteuil et dont les parents sont assez exigeants sur les résultats scolaires. Les parents de Séléna lui suggèrent un jour que si elle veut être artiste, aucun problème, ils ne l'en dissuaderont pas, ils l'encourageront même, et ils vont commencer dès à présent, en lui offrant de quoi écrire, dessiner, peindre, modeler, photographier, et même, un piano avec des cours chez un professeur. Mais rien de tout cela ne l'intéresse particulièrement. Ses parents vont pousser très loin leur logique : il est bien connu que les artistes ont rarement eu une enfance heureuse, alors il faut conditionner Séléna à la rudesse de la vie : ils coupent le chauffage, ne mangent plus que du riz et des pommes de terre, … jusqu'à l'extrême. Jusqu'à ce que Séléna finisse par réagir et se prononcer …

 

C'est un petit roman très court (72 pages à peine) qui m'a laissée sur ma faim, car j'attendais je crois d'en savoir plus sur les motivations des parents et leur comédie déjantée. Mais non, c'est juste une histoire pour grandir, sur l'affirmation de soi, sa capacité à décider soi-même de sa vie, à affirmer ses choix, une réflexion sur l'éducation donnée par les parents, leur capacité à écouter ou leur ténacité à imposer leur propre volonté.

Sympathique, étonnant (car à contre-courant), mais j'en aurais aimé davantage pour apprécier ce roman à sa juste valeur.

 

Rouergue, coll. DoAdo, mars 2013, 72 pages, prix : 8,70 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Théo Gosselin et éd. du Rouergue.

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Rêves en noir - Jo Witek

11 Septembre 2013, 09:05am

Publié par Laure

Jill, 16 ans, est une adolescente comme les autres à la différence près qu’elle est aveugle depuis l’enfance, suite à une grave maladie. Mais elle entend bien vivre comme les autres et va jusqu’à tenter des expériences dangereuses pour se convaincre qu’elle peut y arriver, comme la scène d’ouverture où elle se rend au lycée en prenant le métro sans sa canne blanche. Un brin obstinée, elle n’en fait qu’à sa tête pour défendre sa liberté et son autonomie, et se retrouve témoin auditif d’une agression sauvage nocturne dans un parc de Paris. Mais la police appelée sur les lieux ne trouvera aucune trace de victime blessée ni d’agression.

Sûre d’elle, Jill est hantée par cette scène et elle commence à rêver la nuit de « visions » plus que réelles. Commence alors le thriller proprement dit, qui joue légèrement du paranormal, et le lecteur happé suit l’enquête menée dangereusement par Jill et ses amis.

 

Ce que j’ai aimé particulièrement dans ce roman, c’est l’immersion dans le monde des aveugles et des malvoyants, dans leur quotidien en institut spécialisé, leurs cours, leurs difficultés, leurs forces et leurs faiblesses, et la réflexion bien amenée par l’auteur sur les  réactions et erreurs des voyants à l’égard des aveugles. C’est de ce point de vue passionnant et très bien décrit, tout comme ses rapports à sa famille, parents et petite sœur. La joie de vivre de l’adolescente (mais aussi ses coups de déprime) sont communicatifs et le lecteur est d’emblée en empathie avec le personnage.

L’aspect thriller est assez classique, mais efficace : une enquête effrénée, dangereuse, mais dont on se doute qu’elle finira bien. Sans oublier les sentiments et le premier émoi amoureux propre à l’adolescence (c’est le seul point que je trouve peut-être un peu forcé), c’est du tout bon pour ce roman.  

 

 

Actes Sud Junior, coll. Romans Ado Thriller, janvier 2013, 268 pages, prix : 14.50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : ©David Muir / Masterfile / et éd. Actes Sud Junior

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Double jeu - Jean-Philippe Blondel

28 Août 2013, 13:18pm

Publié par Laure

Quentin Silber s’est fait virer du lycée St Ex, trop d’absentéisme et d’insolence. Ce n’est pas une sanction votée par le conseil de discipline, mais une solution fièrement trouvée par le proviseur : changer Quentin d’établissement à la rentrée. Lui proposer le lycée Clemenceau, établissement bourgeois bien fréquenté, qui peut l’amener à changer de comportement, à saisir les chances qui lui sont données, à lui de voir : la balle est dans son camp.

A la rentrée, Quentin cherche sa voie, entre deux univers, peut-on changer de classe sociale, accepter et s’intégrer dans celle qui n’est pas la sienne sans renier ses origines ? Et si le théâtre aidait à s’y retrouver, c’est un jeu que l’on joue, celui de l’acteur, le théâtre n’est pas la vie, et pourtant, on y donne tant de soi…

C’est un professeur de français, « la » Fernandez, qui va le guider en lui proposant le rôle de Tom dans la pièce de Tennessee Williams, La ménagerie de verre. Une enseignante attentive qui perçoit le mal-être de Quentin et va savoir le guider, en dépit de débuts fracassants entre eux en cours. Bien sûr, cette pièce va entrer en résonance avec ce qui vit Quentin, et balayer ses réticences.

Un beau roman tout simple sur le déterminisme social (on y retrouve cette discussion qu’un enseignant d’ici partageait avec moi : qu’on le veuille ou non, statistiquement, on sait déjà que les Kevin et Jennifer n’auront pas les mêmes chances, pas les mêmes résultats que les Jules et Anne-Sophie, pas les mêmes choix d’orientation non plus -  ici ils sont Dylan, Shirley et Anastasia, mais c’est du pareil au même), sur l’expression artistique comme moyen de découverte de soi (il y avait déjà eu le slam dans Brise-Glace), sur le tiraillement entre deux mondes.

Pas de grands renversements ni surprises, Jean-Philippe Blondel confirme son domaine d’excellence : la description du sentiment intérieur, des émotions,  l’observation fine de l’adolescence, dans un langage simple et vivant. Ici les parties et chapitres deviennent actes et scènes, le récit est celui de Quentin, à la première personne, journal intime d’une année scolaire qui prend une forme romanesque. On retrouve les thèmes chers à Blondel, la quête de soi à l’adolescence, le désir trouble face à l’homosexualité (Heathcliff est un personnage intéressant du roman également), et ici en plus une belle relation de protection, d’attention et d’amour entre Quentin et sa petite sœur Anna. Il me suffit d’observer les miens pour sourire ;-)

Un bon moment, simple et juste, on s’y sent bien, la fin arrive trop vite, trop brève peut-être, pourtant tout est dit, et le passage d’une rive à l’autre (que veut-il faire de sa vie) est franchi.

Lever de rideau.

 

p. 53 : « Un livre, ça devrait donner des solutions – pas ajouter des problèmes. »

 

Message personnel à l’auteur : JB t’idolâtrerait rien que parce que tu sais écrire lycée Clemenceau sans faute, moi je me fais traiter d’inculte à chaque fois que je remplis un chèque à l’ordre de l’agent comptable dudit lycée, parce que je mets un accent sur le e et que non, il n’y a pas d’accent à Clemenceau. Je crois maintenant que grâce à toi, je ne ferai plus la faute, j’ai une mémoire plus visuelle qu’auditive :-)

 

 

Actes Sud junior, Août 2013, 135 pages, prix : 11 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © plainpicture / bobsairport et éd. Actes Sud junior.

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