Les jardins d'Hélène

Articles avec #livr'ados

S'enfuir - Martyn Bedford

31 Mai 2016, 08:34am

Publié par Laure

Traduit de l'anglais par Julie Lopez

 

S'enfuir - Martyn BedfordGloria, collégienne de 15 ans, est interrogée par une inspectrice de police, après une fugue de quinze jours qui a affolé ses parents et qui a fait la une de tous les médias. Partie avec Uman, un élève tout récemment arrivé dans sa classe, elle est retrouvée seule. Qu'est devenu le garçon ? Est-il encore vivant ? Que s'est-il passé pendant ces quinze jours de fuite ?

 

J'ai beaucoup aimé ce roman, à la construction intelligente et aux propos subtils. Uman a un humour très particulier, assez sarcastique, que lui autorisent sans doute le drame qu'il a vécu dans sa famille et son intelligence évidente. Gloria sera sous le charme, en proie au mal-être de l'adolescence sans savoir vraiment ce qui ne va pas, la liberté et la transgression que lui propose alors Uman sont fort tentantes

Alternant des passages d'interrogatoire policier et des passages de narration plus classiques par Gloria, le lecteur découvre petit à petit ce qui a occupé ces quinze jours de fugue. Une interrogation permanente (que s'est-il passé à la fin, où est Uman?) maintient le lecteur en haleine, et l'histoire d'amour en fond reste discrète, sans envahir le récit ni basculer dans la mièvrerie.

 

L'adolescence, les relations aux parents, à la famille, sont abordées de manière transversale par ce qu'a vécu Gloria. Une mise en page claire et aérée qui permet de plus une lecture rapide et facile, ce thème pourtant classique de la fugue à l'adolescence est ici traité de manière fort plaisante.

 

À dévorer dès 12/13 ans.

 

Nathan, mai 2016, 411 pages, prix : 16,95 € (12,99 € en numérique)

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Galyna Andrushko, Shutterstock/© Elizabeth Gadd / Arcangel / et éd. Nathan

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Ma fugue chez moi - Coline Pierré

13 Mars 2016, 18:15pm

Publié par Laure

Ma fugue chez moiAnouk est en 3ème et vient de subir une terrible humiliation de la part d'une camarade de classe qui était encore sa meilleure amie il y a peu. Entre son père toujours occupé, sa mère qui vit à l'autre bout du monde (enfin sur une île norvégienne pour son travail, elle rentre de moins en moins et ne sera pas là à Noël), plus sa petite sœur qui est interne dans un établissement avec classe spécialisée dans la danse, autant dire qu'elle ne trouve aucun réconfort à la maison. Anouk n'en peut plus et décide de fuguer.

 

p. 11 : « Je ne sais pas vraiment où je vais. Je ne rejoins personne. Je n'ai pas envie de voyager, je ne me vois pas traîner dans la rue ou vivre dans un squat. Me droguer ne m'attire pas non plus. Je ne me sens ni punk, ni aventurière, ni hippie. C'est juste que j'en ai assez de cette vie. J'en veux une autre. »

 

Mais Anouk est réaliste : fuguer à 14 ans, sans carte bancaire et sans laisser de trace, affronter le froid et la misère, ce n'est pas simple. Elle fait vite demi tour et le choix surprenant (oh un zeugma) de fuguer dans sa propre maison, en se réfugiant au grenier. Elle organise son quotidien tant du point de vue de l'hygiène que de l'alimentation, mais elle n'avait pas imaginé qu'entendre les réactions de son père pourrait être à ce point perturbant.

 

p. 25 : « Assister à ma propre disparition est dérangeant et désagréable. Personne ne fugue pour voir ses proches réagir. On fugue justement pour ne plus se préoccuper de rien. Pour ne pas avoir à affronter les raisons et les conséquences de son départ. »

 

Ce qu'il manque à Anouk, ce n'est ni plus ni moins que l'attention de ses parents. Dans une vie où chacun est débordé tout le temps, on ne prend plus le temps de dire aux siens qu'on les aime, et Anouk dans son récit exprime très justement ses sentiments et émotions sur ce vide intérieur et l'impossibilité de partager son mal-être. Pour autant, l'adolescente prendra conscience aussi de la difficulté des adultes à être heureux, à faire des choix, et combien la parentalité peut être difficile et ne pas toujours aller de soi. Une fin heureuse après un cheminement parfois douloureux pour être soi et se respecter soi-même.

 

p. 71 : « Les gens malheureux devraient s'autoriser à fuguer de leur vie. Les médecins, les psychologues, les conseillers d'orientation devraient prescrire des fugues. »

 

Un joli roman délicat sur le fragilité de l'adolescence et sur le besoin d'être aimé et d'avancer en confiance dans la vie. Coline Pierré exprime toutes ces émotions intérieures avec une grande justesse. C'est doux et réconfortant !

 

 

(Un grand merci à Coline Pierré pour sa fidélité discrète et l'envoi de ce roman.)

 

p. 52 : « Je suis ici depuis près d'une semaine, je ne suis pas sortie de la maison, pourtant il me semble avoir vécu davantage qu'en un mois au collège. Peu importe où on se trouve, ce qui rend la vie palpitante, c'est ce qui se passe dans notre tête. Tout peut devenir une aventure, même l'immobilité et la solitude ».

Avec Robinson Crusoé tout près.

 

Les autres titres de l'auteure :

 

 

Rouergue, collection Doado, mars 2016, 115 pages, prix : 10,20 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © Maud Chalard et éd. du Rouergue

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Les regards des autres – Ahmed Kalouaz

16 Février 2016, 17:04pm

Publié par Laure

Laure est en classe de 3ème au collège, et se trouve être la victime d’une bande de filles qui la harcèle, juste parce qu’un jour elle a dit qu’elle trouvait tel garçon sympa, alors que les autres le traitent de « barjo » parce qu’il est bon élève.

 

Le roman d’Ahmed Kalouaz démonte habilement le processus du harcèlement scolaire, la peur, l’isolement, tout en ouvrant un possible : la libération par la parole.

Il est nécessaire de dénoncer, de se confier, de ne pas laisser faire. On trouvera même au bas d’une page le numéro de téléphone de Stop Harcèlement (0808 807 010 appel gratuit, service mis en place par le Ministère de l’éducation nationale), pour celles et ceux qui n’auraient pas ou n’oseraient pas d’autres confidents. Si ce livre peut aider ne serait-ce qu’un seul élève qui l’emprunterait au CDI de son établissement scolaire ou dans une bibliothèque, ce serait déjà pas mal.

 

Il n’y a pas de description de scènes violentes, c’est un récit à la première personne qui décrit bien le phénomène et la souffrance dans laquelle la victime s’enferme.

 

Si je devais faire un reproche à ce récit, c’est peut-être d’être trop mature, trop adulte dans la réflexion par rapport à l’âge du personnage. De même quelques épisodes qui font davantage penser au lycée qu’au collège (à moins que ce soit très différent dans ma campagne, non on ne peut pas sortir comme on veut du collège pour aller manger à l’extérieur si le menu de la cantine ne nous plait pas, ni aller et venir comme on veut, ni fréquenter les bars aussi aisément à 14/15 ans.)

Malgré ce léger décalage, ce roman reste un ouvrage avant tout utile sur le sujet.

 

 

Extrait page 10 :

« J’ai vécu des semaines d’enfer en silence, croyant que ça pourrait s’effacer comme une petite douleur, une fièvre bénigne. Mais ça ne passait pas, mes mains devenaient moites rien qu’en pensant à l’injustice qui allait commencer une fois le portail du collège franchi. Et même s’il ne se passait rien certains jours, ce sentiment a commencé à m’envahir. Derrière chaque porte, au bout d’un couloir, j’imaginais des pièges, des rires qui allaient fuser derrière mon dos, sur mon passage. »

 

Page 18 : « Dès mon arrivée dans l’appartement, je me défais d’abord de mon sac, le vrai, puis du fardeau mental que je porte, avant d’aller dans la salle de bains passer un long moment, sous l’eau, mes mains et mon visage. C’est un rituel, à la manière des hommes que j’ai vus un jour à la télé se purifier dans le Gange. Même si le fleuve semblait charrier des eaux putrides, chargées d’immondices. Mourir au bord du Gange est parait-il un privilège. Disparaître parce que l’on est tourmenté deviendrait dans mon cas une manière de ne pas sombrer. Je ne parle pas de mourir, mais de m’enfoncer dans une forêt et d’avancer jusqu’à ce qu’une clairière se présente, un lieu tranquille où je pourrais regarder vers le ciel, sereinement. »

 

(Dès 12 ans)

 

Rouergue, coll. Doado, février 2016, 94 pages, prix : 9.20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Alain Laboile et éd. du Rouergue

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Aussi loin que possible – Éric Pessan

13 Janvier 2016, 10:58am

Publié par Laure

Un matin, deux copains de collège, Antoine et Tony, font la course, comme ça pour s’amuser. Et puis sans raison, ils ne s’arrêtent pas, ne s’arrêtent plus, et n’ont plus que pour seul objectif d’aller « aussi loin que possible ».

 

Raconté par Antoine, le récit dévoile peu à peu ce qui lie ces deux ados, abimés par la vie, outre le point commun du prénom. Les parents de Tony ont reçu un avis de reconduite à la frontière, étrangers en situation irrégulière parce qu’ils n’ont pas réussi à retrouver de travail, et pour Antoine, un père un peu trop porté sur les gifles et les dérouillées.

Les deux garçons courent, tout en étant confrontés à une réalité : il faut manger, dormir, tout cela sans un seul sou en poche. Inégalité des richesses, absence de partage, il faut voler pour vivre ? Ce qui n’était au départ qu’un jeu devient un engagement moral et acquerra au fil du texte une portée politique et sociétale.

 

Le lecteur se laisse emporter dans cette course et se prend à rêver que des actions comme celles-ci résolvent toutes les misères du monde, mais ce n’est pas si simple. Une lueur d’espoir et une sensibilisation à l’inégalité du monde, les ressources profondes que l’on a tous en soi, voilà ce que porte à découvrir ce roman. Et l’amitié, tout simplement.

 

Extrait page 20 :

« Cela fait dix minutes que l’on court. La cité s’éloigne, ce lundi matin vient de basculer dans l’inconnu. On n’a rien prémédité, rien comploté.

On a nos baskets aux pieds, nos survêtements souples, nos forces.

Tony a sa tristesse. J’ai ma colère.

On ne va plus rebrousser chemin. »

 

Extrait page 46 : « Je cours. Je suppose qu’il y a des caméras même dans les petits magasins. Des images permettront d’identifier mon visage. Je n’en ai rien à faire. Les conséquences, c’est bon pour le futur. Depuis ce matin, je ne vis plus que dans le présent, un présent absolu, débarrassé du passé comme de l’avenir. La main qui s’abat sur ma joue, la grande dérouillée, tout cela n’existe pas encore. Trop souvent, je n’ai pas vécu l’instant présent par crainte des conséquences qu’il engendrerait. »

 

 

Sélectionné pour le Prix des lecteurs (13-16 ans) du Mans et de la Sarthe 2017

 

 

L’école des loisirs, (grand format), septembre 2015, 137 pages, prix : 13 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : ©Laerke Posselt / Agence VU’ et éd. L’école des loisirs

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Highline - Charlotte Erlih

12 Septembre 2015, 10:33am

Publié par Laure

Ils sont deux garçons à avoir fait le pari, Mouss, et le narrateur dont on ne connaitra jamais le prénom. Le tirage à pile ou face avec une pièce de cinquante centimes déterminera qui traversera les cinquante mètres qui séparent les deux tours d’immeuble de 32 et 34 étages, à 100 mètres au dessus du sol, sur une slackline de 2,5 cm de large, sans baudrier, sans rien, la liberté, sans aucune sécurité.

 

Autant dire que le fil est tendu, celui du récit que le lecteur découvre quasi en apnée, d’une seule traite, c’est impossible autrement (c’est  bien d’ailleurs le propos de la collection d’une seule voix). Jamais les cinq minutes du parcours de ce funambule n’auront paru aussi longues, jamais l’équilibre, physique, émotionnel, n’aura été aussi important.

 

En filigrane bien sûr le lecteur cherche des raisons, l’enjeu d’un tel pari suicidaire, les motifs se dévoileront au fil du texte, car si la traversée est éprouvante (pour les nerfs du lecteur entre autres), elle a aussi un sens profond dans la vie du narrateur.

 

Si l’on peut regretter un manque de crédibilité surtout sur la fin de l’épreuve, peu importe, l’enjeu du texte n’est pas là, mais dans la décision intime prise par le jeune homme, qui motive la réussite de cette « highline ».

 

Un texte haletant, qui happe le lecteur jusqu’à la dernière ligne, traversé par une palette d’émotions où garder la tête froide est nécessaire pour maintenir l’équilibre. Un très beau texte.

 

 

Actes Sud junior, coll. D’une seule voix, janvier 2015, 91 pages, prix : 9 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : ©cmnaumann – Fotolia.com. et éd. Actes Sud junior

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Ne regarde pas - Michelle Gagnon

19 Août 2015, 14:59pm

Publié par Laure

2ème volume de la trilogie Expérience Noa Torson

 

traduit de l'américain par Julien Chèvre

 

Si le tome 1 avait retenu toute mon attention par son aspect thriller efficace, ce tome 2, que j'attendais pourtant, m'a moins convaincue.

 

L'action est plus posée, moins haletante, quelques coups d'éclats bien sûr, mais j'ai trouvé les faits relatés souvent trop redondants et un peu longuets.

Noa s'est attachée, avec un groupe de jeunes rescapés comme elle, à libérer les victimes des expériences menées par le groupe Pike & Dolan, dans le cadre du Projet Perséphone, un programme de recherche secret qui vise à trouver un remède contre la PEMA, une maladie mortelle qui touche des adolescents, mais qui n'hésite pas à kidnapper des orphelins sans-abri pour s'en servir de cobayes. Action qui n'est pas sans risque et agitation pour la jeune fille et son groupe !

 

Si le tome 1 consistait essentiellement à fuir pour survivre et à tenter de comprendre, celui-ci se veut plus dans l'action et la lutte. Peter de son côté, loin de Noa, s'active toujours à hacker des serveurs pour avancer dans l'enquête, son principal ennemi et danger étant toujours Mason. Les deux héros travaillent toujours de concert même si dans ce tome ils ne se verront pas ou peu.

Les à-coté « sentimentaux » sont discrets mais prennent une autre tournure que ceux esquissés dans le tome 1, même si la fin laisse entrevoir un nouveau virage.

 

Une petite baisse de régime qui attise quand même la curiosité de connaître le fin mot de l'histoire !

 

Le tome 3 étant sorti en août 2014 aux États-Unis, on peut imaginer qu'il est en cours de traduction et que Nathan nous le proposera en fin d'année ou début 2016.

 

Nathan, août 2015, 421 pages, prix : 16,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Nathan.

 

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#scandale – Sarah Ockler

29 Juin 2015, 18:30pm

Publié par Laure

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Guitton

 

Le bal de promo se prépare, comme il est de coutume dans les établissements scolaires américains. Mais Ellie est malade et ne pourra s'y rendre au bras de son petit copain Cole, elle demande donc à sa meilleure amie, Lucy Vacarro, de la remplacer. Elle lui prête même sa robe pour l'occasion.

 

Lady Blabla, une inconnue qui se cache sur Facebook pour animer une page à potins justement baptisée #scandale, lance un appel à photos pour la soirée, afin de participer au « scandale du mois. »

 

Et ce qui devait arriver arriva... Lucy, secrètement amoureuse de Cole depuis 4 ans, l'alcool et la fête aidant, ne résiste pas et embrasse le beau jeune homme. Elle le regrette aussitôt, malade d'avoir trahi sa meilleure amie Ellie.

 

Mais ce n'est que le début de son malheur, qui se propage sur la Toile : au cours de la soirée, quelqu'un a subtilisé son téléphone, a pris des photos de la scène et de bien d'autres situations gênantes pour elle et pour d'autres, et les a publiées sur sa propre page Facebook, usurpant son identité.

 

Le scandale est bien là, et Lucy va vite être le souffre-douleur du lycée, bien qu'elle se défende d'être la victime et non l'auteur de la publication.

 

Le thème de départ est intéressant (le détournement de photos sur le net, la manipulation, la responsabilité, la possibilité de faire beaucoup de mal derrière son écran, …) mais il est hélas traité de manière un peu vaine et trop « américaine » pour être crédible de ce côté-ci de l'Atlantique. Vous en connaissez beaucoup des principales d'établissement qui vous convoquent dans leur bureau pour vous passer un savon, tout en vous montrant leur propre page Facebook envahie de jolis bébés (la tranche d'âge suivante semble préférer ce type de partages) et en répondant de manière agacée à leur mère au téléphone ? Dans une histoire de copines, oui, dans une relation chef d'établissement / élève, je ricane.

 

Les personnages secondaires et tout particulièrement la sœur de Lucy, Jayla Love, actrice de sitcom, sont plutôt intéressants, tout comme le groupe S@tan (Section @nti Technologie et Addiction au Net), dans la réflexion qu'ils peuvent apporter sur ce besoin d'appartenance à un groupe, d'exposition permanente de soi et de triomphe de l'apparence.

 

Ce qui fait avancer dans le roman, c'est bien sûr le désir de connaître le coupable (et ses raisons), celui ou celle qui a posté ces photos en usurpant l'identité de Lucy, réussissant ainsi le scandale du moment. Hélas c'est bien longuet pour pas grand-chose.

 

Le roman reste dans la légèreté, sans jamais parvenir à rendre touchante – ni même crédible - la prétendue souffrance de la jeune fille (ça ne fonctionne pas, du moins pour moi), la superficialité prédomine, tant dans l'attitude des adultes et des adolescents que dans la façon dont le sujet est traité. A trop vouloir mêler les zombies et les licornes à paillettes (et les mini-beignets dont les jeunes passent leurs journées à se nourrir), on a un roman young adult très « détente », surfant sur la génération connectée, mais préférant les images des séries télé type Gossip Girl à la véritable problématique. Ah et puis les nombreuses allusions, discrètes mais répétées, à Fifty Shades montrent combien le récit s'inscrit dans une époque et un mouvement nourri de ces références-là.

 

Vous l'aurez compris, je n'ai pas aimé, mais il est vrai que je ne suis pas le cœur de cible de ce roman ado, sans doute séduira-t-il davantage une génération Z qui ne vit que par et pour les réseaux sociaux, les cœurs tout mous, les poneys et les licornes.

Génération hashtag, après #EnjoyMarie, #scandale...

 

 

Nathan, juin 2015, 411 pages, prix : 16,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Nathan

 

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#EnjoyMarie - Marie Lopez

2 Juin 2015, 15:02pm

Publié par Laure

Marie Lopez, alias Enjoy Phoenix, est la youtubeuse beauté la plus connue de France, en tout cas celle qui a le plus d’abonnés à sa chaîne, un peu plus d’1,5 million. Le public visé est les adolescentes de 11 à 15 ans, et l’on apprenait tout récemment dans le Supplément de Canal+ que la jeune femme gagnait 300 000 euros par an avec ses vidéos, ce qu’elle a confirmé (disons qu’elle n’a pas démenti, disant qu’elle ne confirmait pas, mais que c’était à peu près cela).

 

Comment en suis-je arrivée à lire ce livre destiné avant tout à ses fans ? Le phénomène éditorial qui a dépassé par ses ventes celui de Valérie Trierweiler, et parce que j’ai une fille de 14 ans qui regarde beaucoup de ces vidéos. Je dis bien « ces » et pas « ses », car ma fille en préfère d’autres, et n’est pas accro à Enjoy Phoenix. Moi en tant que mère de famille, ce qui m’interpelle, c’est que ces toutes jeunes femmes laissent entendre à des centaines de milliers d’adolescentes (millions si je prends le nombre d’abonnés) que Youtubeuse est un métier comme un autre. La plupart ont arrêté leurs études juste après le Bac, parfois avant, pour s’y consacrer. Ça marche pour certaines, mais combien d’élues pour combien de candidates ?

Ma fille me rassure, « je ne suis pas débile maman ! » mais combien d’adolescentes rêvent de tous ces produits de luxe gratuits en échange d’une vidéo sur youtube ? Combien abandonneront toutes études dans l’espoir d’un revenu miraculeux ?

 

Mais revenons au livre, mon Dieu…. Je n’ai pas de mots.

 

Marie Lopez s’en énerve : ce n’est pas une autobiographie. Elle n’a que 20 ans, ce serait prétentieux. Mais quand elle vous parle du harcèlement dont ELLE a été victime, de SES frères et sœur, de SES parents, de SES boutons, de SES cheveux qu’elle a grillés au lisseur à 11 ans, de SES sorties, qu’est-ce donc ? Si on peut généraliser sur les soirées, le peut-on sur la naissance de sa sœur et de son père, naviguant, qui vole d’avion en avion pour arriver à temps ?

 

Elle veut aider les adolescentes à surmonter ces dures épreuves que sont l’acné et les cheveux en bataille. La 4ème couverture nous parle d’acné sévère, alors qu’elle reconnaît elle-même dans le texte avoir fait partie des 30% d’ados pas trop touchés. (p. 25 : « A vrai dire, je n’ai pas eu d’énormes problèmes d’acné. J’ai fait partie des 30% de filles chanceuses ») Et quand elle ose comparer l’acné à la souffrance du cancer ou aux contraintes du diabète, bien qu’elle se targue de ne pas vouloir créer d’échelle de douleur, elle juge l’acné insupportable car « visible ». Au secours, que d’immaturité !

 

C’est un livre fait pour les – très jeunes - fans, qui ne leur apprendra rien de plus que ce qu’elle a déjà dit dans ses vidéos (même le chapitre sur le harcèlement dont elle a souffert reste bien creux, le seul intérêt est dans les notes de bas de page qui le définissent), mais c’est un mal de l’adolescence que de souffrir d’idolâtrie. Ça passera, comme les boutons.

 

La jeune femme est très jolie et sait se mettre à son avantage (ça ne se voit pas dans le livre sans images !) mais que son récit est creux, rempli de vide bavard (les « pas envie de se lever », les tasses de thé pour s’installer et écrire, le petit chien…) et au final dangereux : à vouloir dénoncer la tyrannie de l'apparence, elle ne fait que la confirmer et la promouvoir par ses actes, livre et vidéos.

 

Allez lire ce billet d’une internaute qui en fait une très juste analyse assortie d’extraits : clic

 

 

L’avis de ma fille de 14 ans : « mouais j’ai lu 20 pages mais je peux pas aller au-delà, franchement ça me gave, on s’en fout de sa vie. »

Et ma fille est une ado comme les autres, qui râle après ses boutons, passe trop de temps dans la salle de bain à se coiffer, et … regarde des vidéos sur youtube. Mais pas les mêmes apparemment.

 

 

Anne Carrière, mai 2015, 215 pages, prix : 15 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Artwork : Pepe Psyche et éd. Anne Carrière

 

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Ne t’arrête pas – Michelle Gagnon

21 Mars 2015, 14:03pm

Publié par Laure

1er volume de la trilogie Expérience Noa Torson

 

Traduit de l’américain par Julien Chèvre

 

Noa Torson, 16 ans, est une hackeuse de talent, mais très solitaire. Lorsqu’elle se réveille sur une table d’opération avec une grande cicatrice au milieu de la poitrine, dans une pièce qui ressemble plus à un entrepôt qu’à un bloc opératoire d’hôpital, et sans aucun souvenir de ce qui a précédé, elle s’enfuit. Mais elle est aussitôt poursuivie par des sbires qui ne cherchent qu’à la rattraper au plus vite. Dès lors commence pour Noa une fuite dangereuse où il en va de sa vie. En parallèle, un autre brillant hackeur de son âge, Peter, voit débarquer des individus au domicile de ses parents, qui lui volent son ordinateur.

 

Bien évidemment les deux affaires vont se mêler, sur fond d’hacktivisme (oui cette orthographe est volontaire) et de manipulations génétiques, dans une traque haletante qui happe le lecteur tout du long, il faut bien l’avouer.

 

Thriller efficace, ce premier tome ne connait pas de temps mort, la tension est omniprésente et quand enfin les raisons de l’opération de Noa s’éclaircissent, c’est la fin du volume… Autant dire que le tome 2 est très attendu !

 

(à partir de 13/14 ans)

 

Nathan, février 2015, 398 pages, prix : 16,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Nathan

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La coloc - Jean-Philippe Blondel

14 Mars 2015, 18:32pm

Publié par Laure

 

 

Une présentation de l'éditeur pour savoir de quoi ça cause (après deux compte-rendus de réunions de quatre pages chacun et des articles professionnels, je suis un peu fainéante en résumé) :

 

« Les parents de Romain ont hérité d'un grand appartement situé dans la ville de son lycée. Ils hésitent à le vendre ou le louer. L'adolescent y voit un coup de pouce du destin : et si c'est lui qui l'habitait, moyen d'en finir avec les longs trajets en car entre le domicile familial et son bahut ? ! Les parents se laissent convaincre et il faut alors trouver deux autres co-locataires. Une année pleine de changements s'ouvre pour Romain, entre émancipation, amitié et contraintes de la vie en communauté. »

 

Ce roman a une saveur (et une valeur) particulières pour moi. J'en connais l'existence depuis 18 mois environ, tout comme je savais qu'il serait dédicacé à mon JB … L'auteur m'avait donc prévenue : celui-ci, tu ne pourras pas le chroniquer, tu ne serais pas objective !

 

 

C'est donc en tant que maman d'un ado en coloc que je l'ai lu (enfin l'ado est aujourd'hui un jeune adulte qui ne vit plus en coloc - ce fichu délai entre temps d'écriture et temps de publication - mais qui envisage de remettre ça l'an prochain, pourquoi pas)...

 

J'ai passé la première moitié à le parsemer de post-it et à éclater de rire. J'ai aimé ces 3 ados différents mais à la personnalité plus complexe qu'il n'y paraît. Jean-Philippe Blondel sait observer les jeunes qui l'entourent et mettre en fiction leur quotidien, sans oublier de garder un œil sur les parents au passage, et les bouleversements qui s'ensuivent.

 

C'est un roman d'apprentissage (de la vie en communauté, de la vie tout court, du passage de l'adolescence à l'âge adulte), un roman de vie au goût réaliste qui s'attache à dénouer les sentiments intérieurs, ce tourbillon intime que l'auteur sait si bien décrire.

 

La seconde moitié m'a semblé plus convenue, m'a moins intéressée dès lors qu'il s'est agi de trio amoureux, mais je ne suis pas le cœur de cible de la collection (qui s'adresse aux ados je le rappelle), les amours adolescentes ne m'ont pas vraiment touchée... J'ai aimé le parcours accompli par Romain en un an de coloc, et le positif qui en ressort toujours.

 

Constance, la petite sœur de JB, voulait savoir s'il y avait l'histoire du poulet dans le roman : ceux qui me suivent sur Facebook se souviennent peut-être de l'épisode, mon grand m'avait appelée au bureau un samedi matin, j'étais au prêt en train d'enregistrer les retours et les emprunts des lecteurs, et lui était dans un rayon de Carrefour à 200 km avec ses potes : « le poulet, je prends un blanc, un jaune ou un noir ? Et je peux le cuire dans un sac ? » J'avais éclaté de rire, lui avais donné ma préférence en matière de couleur de poulet, et avais mis quelques secondes à comprendre qu'il parlait des sachets cuisson en papillote au four... Ce n'était pas le moment – je travaillais – mais j'avais fondu à l'idée que mon grand dadais ait encore besoin de sa maman pour choisir sa pitance...

 

p. 85 : « Je m'étais mis à préparer les repas, parfois. Rémi était occupé par Maxime, il fallait bien que quelqu'un s'y colle. Je me disais que puisque Rémi y parvenait sans effort, ça ne devait pas être trop compliqué. Ça a été plus difficile que prévu. La première fois, je m'étais mis en tête de cuisiner des morceaux de poulet en papillote – sur la notice, au dos du paquet, cela semblait simple comme un jeu d'enfant. J'ai mal refermé les papillotes. Résultat, le four était bon à nettoyer de fond en comble et le poulet trop cuit. »

 

Mon JB m'avait juste renvoyé un texto pour me dire que le poulet était extra et le four nickel.

D'ailleurs, pour ses 19 ans, je m'étais moquée de lui en lui offrant l'intégrale des papillotes Maggi.

 

Et à l'heure où je tentais de répondre à cette question d'élèves de 4ème : « mais madame, ça sert à quoi de lire ? Pff ! », j'ai aimé ce passage :

« p.17 : C'était mon choix, le littéraire – un choix qui a laissé cois mes parents, qui ne voyaient pas de qui je pouvais tenir cet intérêt pour les livres, le cinéma, la musique. Pourtant, c'est simple. La culture pour moi, c'est de l'évasion. Quand je me plonge dans un livre, dans un film ou dans un morceau, je ne suis plus loin, je n'habite plus loin de tout – je suis parisien, londonien, new-yorkais, indien – et mon existence est pleine de péripéties, de retournements, de délires, de peines, de joies immenses. Tout ce que je ne connaissais pas l'an dernier. Tout ce que j'ai expérimenté cette année. Tout ce qui peuple maintenant les romans que j'avale, les films que je regarde et les notes qui résonnent dans mon casque. Ma vie se déploie et prend de l'ampleur. Et je n'en reviens pas. »

 

Et ce passage qui m'a définitivement fait basculer dans le clan des vieux :

p. 34 : « -Qu'est-ce que tu en dirais, Hélène ?

Hélène force un sourire et répond :

- Oui, pourquoi pas, ce pourrait être marrant.

Marrant. Maxime a relevé la tête en même temps que moi. Nos regards se sont croisés. Nous avons souri de concert. Personne n'utilise plus le terme « marrant » depuis une décennie."

 

Je n'ose plus dire marrant.

 

Pourtant, ils m'en ont fait voir les deux lascars, le soir où ils m'ont pourri le livre d'or d'une expo, et où ils n'ont pas été capables d'être sages deux minutes. J'en souris encore tendrement. Elle était vraiment moche étonnante l'expo. Ils ont osé, eux.

La coloc - Jean-Philippe BlondelLa coloc - Jean-Philippe Blondel

JBA et JPB sont officiellement devenus Grands Copains des Zarts le 08 février 2010.

 

Actes Sud Junior, mars 2015, 145 pages, prix : 12,50 €

Crédit photo couverture : © Benjamin Taguemont et éd. Actes Sud junior

 

 

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