Les jardins d'Hélène

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Âme brisée - Akira Mizubayashi

18 Août 2025, 14:42pm

Publié par Laure

Tokyo, novembre 1938. Un quatuor de musiciens répète Rosamunde de Schubert quand ils sont interrompus par des militaires. L’un d’entre eux brisera le violon de Yu Mizusawa. Rei, son fils caché dans une armoire face à la violence montante, en restera marqué à vie. Devenu luthier, il ne cessera de restaurer ce violon et avec lui la mémoire de son père.

Un joli roman sensible et doux, où l’amour, la solidarité, la loyauté, doublés de courage et de persévérance redonnent foi face à la cruauté et la bêtise dont l’homme est capable.

Nul doute que vous aurez envie d’écouter les morceaux de musique classique qui font la trame de ce roman.

L’auteur, japonais, a longtemps vécu en France et écrit directement en français. Son style, son écriture et ses personnages reflètent bien cette double culture.

 

 

 

Sont cités :

  • Rosamunde, quatuor à cordes de Frantz Schubert, opus 29, D. 804
  • Gavotte en rondeau, Partita n°3 en mi majeur de Jean-Sébastien Bach
  • Dites-moi comment vous allez vivre, de Genzburô Yoshino (disponible sous le titre Et vous, comment vivrez-vous ? aux éditions Picquier)
  • Le bateau-usine, de Takiji Kobayashi

 

 

Gallimard, coll. Folio, mai 2021, 256 pages, prix : 9 €, ISBN : 978-2-07-292121-6

 

 

Crédit photo couverture : ©Nagib El-Desouki / Arcangel Images (détail) / et Gallimard éd.

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Le livre de la rentrée – Luc Chomarat

12 Août 2025, 10:08am

Publié par Laure

J’avais découvert et apprécié Luc Chomarat en 2024 avec son roman, le fils du professeur (2021). Je le retrouve ici avec ce qui semble être son dada : mettre en scène l’écriture et le monde de l’édition.

L’éditeur Delafeuille (déjà présent dans deux de ses précédents romans mais aucun problème pour lire celui-ci sans les connaître) est sur une mauvaise pente professionnelle et doit trouver pour la rentrée littéraire d’automne le livre qui fera bondir les ventes de sa maison : un roman court (les lecteurs n’ont pas le temps), avec une femme moderne et combattive, bref, un récit formaté comme il faut pour que ça se vende. « LE livre de la rentrée » quoi, et si en plus il peut remporter un prix, ce sera encore mieux.

Delafeuille pense donc à Luc, un auteur qu’il connaît et qui justement est en train d’écrire un roman sur sa femme Delphine. La parfaite maîtresse de maison. Hum, pas le profil idéal de notre époque, surtout que Luc ne cache pas sa misogynie. Pourtant dès son arrivée dans la maison de l’auteur, accueilli par Delphine, il tombe sous son charme et que ce soit dans la vraie vie ou dans le manuscrit que Luc lui fait lire, cette femme devient vite son obsession.

Si l’on connaît un tant soit peu le monde du livre, on ne peut que se réjouir de tous ces/ses travers ironiquement décrits par l’auteur (tiens, Chomarat s’appelle Luc !), qui démontre très bien les enjeux commerciaux du livre, devenu depuis bien longtemps un produit comme un autre. Et quand il joue à insérer un roman dans le roman et à démonter les mécanismes de la fiction, le lecteur questionne nécessairement la place du vrai, du vraisemblable, de l’écriture, du pacte de lecture qu’il passe en tant que lecteur. Un lecteur de romans ne peut que se réjouir de cette mise en abyme et des questions qu’elle suscite. Là où ça se gâte un peu, c’est quand Chomarat en abuse en ajoutant un niveau supplémentaire et les quarante dernières pages gâchent un peu l’ensemble et risquent de perdre le lecteur néophyte : le mieux est souvent l’ennemi du bien.

Il n’en ressort pas moins un grand plaisir de lecture à cette construction satirique qui fait sourire l’initié. Le livre de la rentrée (2023) ne l’a sans doute pas été, mais j’ai aimé que l’auteur en joue.

 

Et je vais pouvoir retrouver Delafeuille dans l’Espion qui venait du livre (2014, réédité en 2022), le Dernier Thriller norvégien (2019), et je pourrais même aller faire un tour du côté du Polar de l’été (2017), nul doute que j’y trouverai le même plaisir complice. On notera d’ailleurs tout au long de la lecture de nombreux clins d’œil à des titres existants, auteurs vivants et salons littéraires. Le métaroman vous perdra … dans des envies de (re)lectures ! Tant qu’il y a consentement… 😉

 

Quelques extraits :

p. 22 : « Les personnages d’une fiction font un peu ce qu’ils veulent, il le savait bien. C’est un phénomène que connaissent seulement les romanciers, ceux qui s’adonnent à cette activité étrange qui consiste à bercer leurs contemporains d’histoires imaginaires, pour les aider à supporter la réalité. Très vite, les marionnettes créées par le romancier vivent leur propre vie, vont parfois jusqu’à contredire l’intrigue, disent leur propre texte. C’est une vraie difficulté. Les Anglo-Saxons ne parlent pas pour rien de character-driven plots. Ce sont bien eux, les personnages, qui dirigent l’histoire.

C’était d’ailleurs, peut-être, une des raisons pour lesquelles il avait du mal à faire exister la femme. On ne se refait pas. S’il avait du mal, dans la vie, à leur reconnaître leur autonomie, comment pourrait-il les laisser aller librement sur la page ? Question intéressante. »

 

p. 56-57 : « - Nous allons créer la surprise. Trouvez-nous un petit jeune, quelqu’un dont on n’a jamais entendu parler. Un garçon, ce sera original. Ou un vieux cheval de retour ? Quelque chose qui nous change de toutes ces femmes abusées.

Delafeuille prit le temps d’une gorgée de chardonnay. C’était le monde dans lequel il vivait, désormais.

- Mais, il nous faut une histoire, non ?

- Ah oui, une histoire… Bon, vous savez comme moi ce qui marche. Le capitalisme c’est pas bien, et ça il faut le dire, il faut avoir le courage de le signifier courageusement. Quoi d’autre ? La planète est en péril, d’après ce que j’ai entendu dire… Et puis les femmes, oubliez ce que j’a dit, les femmes qui en ont marre, c’est toujours une bonne idée… Et la maladie, le malheur sous toutes ses formes. Un peu de cul. Du cul féministe, évidemment. Je ne vais pas vous apprendre le métier.

- Non, bien sûr… Mais est-ce que nous n’avons pas envie de découvrir un bon texte ?

- Un bon texte est un texte qui se vend. Que voulez-vous, on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. »

p. 97 : « - Je vais te dire ce que j’en pense : les livres qui parlent d‘écrivains qui écrivent des livres n’intéressent plus les gens, et c’est normal. Ils en ont trop bouffé, ces vingt dernières années.

- Oh, tu sais, depuis Montaigne… »

 

 

La manufacture de livre, août 2023, 235 pages, prix : 19.90 €, ISBN : 978-2-38553-004-4

(existe en poche)

 

 

Crédit photo couverture : ©Sébastian Kanzler / Deepol by Plainpictures / et éd. La manufacture de livres.

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Un amour – Madeline Roth

24 Juin 2025, 15:24pm

Publié par Laure

Il y a des rencontres fortuites parfois, entre un texte et un lecteur. Une rencontre d’abord, entre une libraire et une bibliothécaire, un conseil qui d’emblée me convainc, et puis j’ai déjà lu Madeline Roth en littérature jeunesse, je suis ses chroniques de libraire également. Comme si d’emblée je ne pouvais que me lover dans son texte.

C’est l’histoire d’un amour, que l’on pourrait penser banal, déjà lu, et pourtant, c’est une histoire qui touche au cœur par sa justesse, sa sensibilité, sa description. C’est un amour inégal, solaire, l’amant place sa liberté au-dessus de tout, bien avant elle, l’amoureuse. Elle s’interroge, met des mots intimes et universels à la fois sur sa douleur. On pourrait faire sienne chacune de ses phrases.

En lisant ce court texte (80 pages à peine), on pense inévitablement à l’écriture d’Annie Ernaux (dans Passion simple notamment), à retourner faire un tour du côté de chez Barthes, et juste après, à l’envie de lire désormais tout Madeline Roth.

 

Extrait p. 22 : « Je n’ai jamais pensé que l’amour sauvait. L’amour peut beaucoup de choses, mais il ne sauve pas. On se sauve soi-même, et puis c’est tout. J’ai toujours raconté ma vie aux gens que j’avais envie d’aimer. Le plus souvent, pas tout de suite. Je n’attendais rien. J’écris des livres parce que très tôt, dans ma vie, je n’ai plus pu parler. On peut aider l’autre, par la parole, par la présence, mais on ne le sauve pas. Je crois que quand on a compris ça, on a compris beaucoup de choses. »

p. 72 : « Hier, je suis tombée sur un passage d’un livre du peintre Gérard Garouste, qui disait qu’il y avait deux catégories de personnes dans la vie : les Classiques et les Indiens. Son père était un Classique, lui était un Indien

Tu étais un Indien. Tu es un Indien. Et moi je suis une Classique. J’en suis persuadée. Je suis persuadée que ce qui m’a plu tout de suite chez toi, c’est tout ce qui me manquait, à moi. La façon que tu as d’aborder la vie. (…) »

 

Éditions Do, mai 2025, 79 pages, prix : 13 €, ISBN : 979-10-95434-60-3

 

 

Crédit photo couverture : © Serge Gutwirth et éditions Do

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Mon Père - Grégoire Delacourt

11 Avril 2025, 15:58pm

Publié par Laure

C’est l’histoire d’un père qui a n’a pas vu l’horreur que son fils vivait entre les mains du Père. Une histoire de pédophilie et de viols dans l’Église catholique, la douleur d’un enfant et de son papa qui réalise, et laisse exploser sa violence et sa haine à la cure, enfermé avec le prêtre coupable du vendredi soir jusqu’à la messe du dimanche matin. Un huis-clos mâtiné de parallèles aux textes bibliques et au naufrage du couple parental et de leur mariage.

La construction est habile entre temps de l’innocence et temps de la révélation ; et la fin rebat les cartes de manière inattendue, dans un nouveau temps du récit à des jours de là.

J’ai lu en début d’année le roman suivant de G. Delacourt, l’enfant réparé (2021), qui laissait entendre des liens avec celui-ci. Oui l’un peut éclairer l’autre. On notera d’ailleurs que dans mon Père, publié en 2019, l’abbé Pierre y était encore innocent : p. 136 « A la fin de sa vie, l’abbé Pierre confessait que la plénitude de Dieu n’avait pas toujours comblé sa solitude terrestre, que parfois la chaleur, les bras et la volupté de l’autre lui avaient manqué. Cela en a-t-il fait pour autant un prédateur ? Cela a-t-il fait triompher l’ennemi en lui-même ? ». On sait aujourd’hui que oui. La réalité dépasse parfois la fiction.

Un roman bref sur un sujet délicat, qui aurait mérité de mettre peut-être davantage à l’écart le mal-être du narrateur anéanti d’être trompé par sa femme, se plaçant ainsi trop au centre du récit.

 

 

JC Lattès, février 2019, 219 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-7096-6533-9

 

 

Crédit photo couverture : © Mrs/Moment/Getty Images / et éd. JC Lattès

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Les bouchères - Sophie Demange

5 Avril 2025, 13:58pm

Publié par Laure

Un premier roman délicieusement tranchant !

Dans un quartier bourgeois de Rouen, trois jeunes femmes cabossées par la vie reprennent la boucherie du père de l’une d’entre elles, porté disparu depuis longtemps.

Elles modernisent, aiguisent, coupent, vendent, séduisent une clientèle aussi curieuse de bonne chère que de ragots locaux. 

Elles ont du caractère ces bouchères, et ne se laissent pas faire : le patriarcat n’a qu’à bien se tenir ! D’ailleurs quand il se tient mal, son malheur n’est pas loin. Si la première scène du genre est assez frappante, le lecteur se prend au jeu : c’est noir et mordant ! Car peu à peu des hommes du quartier disparaissent, le lecteur sait tout de leur sort et de ses causes, la police et les habitants un peu moins : ce point de vue place le lecteur dans une position privilégiée.

Ce roman dénonce les violences faites aux femmes, du sexisme ordinaire au viol, déroulant le passé douloureux des trois protagonistes, le présent laissant place à une vengeance… saignante. Tous les hommes ne sont pas des brutes et agresseurs, l’autrice a su composer également des personnages masculins plus “aimables”.  

 

Écouté dans la version audio lue par Rachel Arditi, j’ai beaucoup aimé le rythme et les intonations donnés par la comédienne.

 

 

 

 

Éditions de l’Iconoclaste, janvier 2025, 310 pages, prix : 20,90 €

Version audio éditée par Lizzie, texte lu par Rachel Arditi

 

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Les deux tilleuls – Francis Grembert

18 Février 2025, 11:38am

Publié par Laure

Dans une campagne du Nord de la France, à six kilomètres à peine de la Belgique, un petit garçon de 7 ans grandit dans l’insouciance et la joie des jeux en plein air, avec son petit frère François, de 3 ans son cadet. Jusqu’à ce 10 août 1969, où en rentrant de la messe, François se fait renverser par une voiture.

Plus de 50 ans après, l’auteur raconte, dans une langue élégante et ciselée, la fin abrupte de la complicité avec ce petit frère adoré ; il fait revivre l’enfance, mais aussi tout cette vie rurale, la ferme avec ses deux grands tilleuls, quelques animaux, un cheval avant l’arrivée du tracteur.

Pudique et touchant.

 

p. 16/17 : « J’ai de la chance. Ça, je le sais. Ma vie avec François, nos parents, nos grands-parents, et les animaux de la ferme, est la plus belle de toutes. Lequel de nous deux épatera l’autre ? Lequel sera la plus grande fierté de Claire et Gérard ? Je ne me suis pas posé ces deux questions le 10 août 1969 à midi passé, parce qu’il n’y avait pas de raison pour que je me les pose.

p. 33 : « En haut de la cour poussent deux grands tilleuls. Gérard les aime et s’en étonne. Comment peut-on aimer des arbres à ce point ? »

p. 42 : « Que veut dire « grièvement » ? Je ne connais que « gravement », c’est moins grave. Ou alors : c’est un mot pour tromper les enfants de sept ans. Je demande. On me dit que c’est la même chose. Je n’aime pas ça. On ment aux enfants avec des entourloupes de mots. »

p. 62/63 : « En haut de la tombe se dresse une croix où est inscrit : « François Grembert » C’est incroyable, c’est la chose la plus fantastique au monde, bien plus que toutes les prouesses de Zorro et de Rintintin réunis. C’est la littérature à son point ultime. On lit un nom et un prénom. Ça veut dire la mort. »

p. 101 : « Les livres sont aussi importants que les champs. Sans eux, je suis incomplet. »

 

Arléa, coll. La rencontre, janvier 2025, 102 pages, prix : 18 €, ISBN : 9782363083920

 

 

Crédit photo couverture : © Ion Andrescu, Enfant sur la pelouse, 1880 Camera-photo Arte Vnezia / Bridgeman Images / et éd. Arléa

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Requiem pour un chat - Olivier Bellamy

16 Février 2025, 15:39pm

Publié par Laure

Journaliste spécialiste de musique classique, Olivier Bellamy est aussi un amoureux des chats. Et tout maître d’un félin sait la souffrance et la tristesse quand celui tombe malade et quand il meurt. Ce sont de jolis passages que nous offre l’auteur sur sa relation à sa chatte Margot, sur son inquiétude, sur la perte. Le reste est plus anodin, en tout cas m’a moins intéressée, mais j’ai trouvé néanmoins intéressants et étonnants toutes les constructions autour de la lettre M, sa position dans les mots, et toutes les déclinaisons que l’auteur en fait.

Pas un grand livre, mais un joli moment sur la relation homme-animal.

p. 178 : « Pompéi a permis aux historiens de mieux connaître la vie des Romains en décryptant leurs occupations au moment d’être pétrifiés. Si un nouveau Vésuve survenait aujourd’hui, les trois quarts de la population seraient devant un écran. Tant de temps, d’évolution pour en arriver là, à cette navrante et désolante uniformité. »

p. 206 : « La beauté est odieuse loin de ceux qu’on aime »

 

 

Grasset, février 2018, 268 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-246-81376-7

 

 

Crédit photo couverture : © Laporta/Leemage et éd. Grasset

 

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L'enfant réparé - Grégoire Delacourt

2 Janvier 2025, 10:22am

Publié par Laure

C’est un récit très personnel que livre ici Grégoire Delacourt, un retour sur son enfance, ses parents, son mariage, ses histoires d’amour et comment ce noyau familial parental a imposé à lui ses romans. Malgré quelques poncifs, il y a aussi quelques fulgurances, des phrases qui font mouche et touchent. Si l’on pourrait croire que l’auteur fait d’abord ici sa psychanalyse (il la fait d’ailleurs, et la raconte), il va au-delà dans la douleur de l’enfance qui marque à vie et l’on ne peut qu’avoir envie de (re)lire ses romans à l’aune de ce nouvel éclairage.

J’étais restée sur une image extrêmement négative de cet écrivain, rencontré dans un salon du livre au moment de la sortie de l’enfant réparé justement. Je lui avais dit que parmi tout ce que j’avais lu de lui, mon préféré était « on ne voyait que le bonheur », il m’avait répondu sèchement qu’il ne me demandait pas ce que j’avais aimé, mais d’acheter son livre. Ce que je n’ai pas fait, pendant qu’’il vociférait sur la libraire ou bénévole du stand qui lui servait un verre de Jasnières, comment pouvait-on oser lui servir du blanc local, je m’étais alors demandé s’il était déjà bourré ou s’il était juste odieux et j’avais alors quitté le salon (j’allais le voir à la base juste pour lui transmettre un message d’une collègue éloignée)

Ce qui me conforte dans l’idée que je préfère m’en tenir à la lecture.

Ce texte me réconcilie un peu avec lui, ce livre est profondément triste.

 

Extraits :

p.66 Sur l’écriture d’un court-métrage : « Pour la première fois, j’avais écrit pour moi, osé la fiction, ce mensonge qui dit la vérité, en racontant une enfance qui ne se réalise pas. »

p. 221 « Les mots ne guérissent pas. N’effacent pas. Ils tracent juste d’autres vies. »

p. 181 : « Jusqu’à ce livre-ci, écrire était une fête. C’est l’urgence cette fois qui commande. Les silences dégueulent, je dois les contenir ; parfois retenir la colère. Tout remonte. Tout s’assemble. Mon histoire est banale, c’est ce qui la rend triste. »

 

Grasset, septembre 2021, 231 pages, prix :19 €, ISBN : 978-2-246-82884-6

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Grasset / bandeau : collection particulière

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Les fruits du myrobolan - Marco Martella

1 Janvier 2025, 16:26pm

Publié par Laure

 

Écrivain-jardinier d’origine italienne, Marco Martella s’est installé dans la campagne briarde il y a plus de vingt ans, et c’est un récit tout en délicatesse qu’il en présente : dix chapitres à la rencontre des hommes et des arbres, de la nature et des myrobolans en particulier.


Ce qui en surgit, c’est une sérénité paisible dans le foisonnement du monde, le cheminement d’une pensée qui s’intéresse au vivant, qu’il soit végétal ou humain. La langue est superbe, poétique, classique, soignée.


Une parenthèse hors du temps, apaisée et apaisante.

 

extraits:
p. 24-25 : “Je cueillis un fruit et je le portai à ma bouche, méfiant, comme c’est souvent le cas quand on mange un fruit poussant spontanément dans la nature. Je ne peux pas dire que sa saveur un peu âcre me plut. Il fallut que j’en mange un autre, puis encore un autre avant de comprendre : le goût du fruit du myrobolan était celui qu’ont les choses libres et sauvages, un goût austère mais doux, réconfortant même et étrangement familier.
Mon ami me regardait en souriant. A un certain moment je l’entendis marmonner quelque chose, le genre de phrases énigmatiques qu’il prononçait parfois pour lui-même. “Les fruits du silence… Les seuls qui comptent”, ou quelque chose comme ça.”

p. 59 : “Je sais que dans le monde qui vient de naître, ce monde technologique, virtuel et tellement bavard qui n’est pas celui dont on rêvait, la littérature ne sert plus à rien. Si l’homme qu’elle présupposait et auquel elle s’adressait n’est plus, elle n’a plus de raison d’être.”

p. 172 : “Je songeais à tout ce qui nous reste de beau et de précieux dans le désert que devient le monde, à quel point il importe de le reconnaître comme tel, même s’il n’y a plus que des restes, et le mettre à l’abri.”

 

Actes Sud, coll. un endroit où aller, mai 2023, 183 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-330-17994-6
 


 

 

Crédit photo couverture : © éd. Actes Sud

 

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Célèbre - Maud Ventura

29 Décembre 2024, 17:28pm

Publié par Laure

Première expérience de lecture audio, et quel calvaire ! Non pas pour l'audio, tout va bien et la voix de la comédienne lectrice, Suzanne Jouannet, est agréable et adaptée à ce récit à la première personne du personnage de Cléo Louvent.

Chanteuse, star franco-américaine, elle dort vit et mange par et pour la célébrité, n'hésitant pas à tout détruire sur son passage. Elle est détestable, insupportable, odieuse, égocentrique, capricieuse, arrogante et j'en passe, vous avez compris le tableau. 09h30 d'écoute, ou 550 pages en version papier, que c'est long quand c'est interminablement répétitif , ça ne cesse de s'étirer pour redire toujours la même chose. Et c'est cela qui pêche, car l'histoire en soi et les liens avec la réalité du star system sont plutôt justes.
J'ai commencé à y trouver un soupçon d'intérêt à la piste 31 ou 32 (quand elle tombe amoureuse de John), sur 40 (38 pour le roman + 2 pour les références et les remerciements), il était temps !
J'ai trainé ce livre comme un boulet, n'avais pas lu "Mon mari" donc n'avais pas de comparaison avec son précédent roman, je voulais aller au bout de cette première lecture audio, mais 250 pages auraient suffi à dresser le même portrait. La fin sauve un peu l'ensemble. Mais pas le plaisir de lecture dont je ne retiendrai que la longueur.

 



 

 

L'Iconoclaste, août 2024, 558 pages, prix : 21,90 €, ISBN: 978-2-37880-450-3

audio : Lizzie, octobre 2024, durée : 9h et 30 minutes, prix : 23,99 €

 

 

crédit photo couverture : éd. L'Iconoclaste

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