Les jardins d'Hélène

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Les deux tilleuls – Francis Grembert

18 Février 2025, 11:38am

Publié par Laure

Dans une campagne du Nord de la France, à six kilomètres à peine de la Belgique, un petit garçon de 7 ans grandit dans l’insouciance et la joie des jeux en plein air, avec son petit frère François, de 3 ans son cadet. Jusqu’à ce 10 août 1969, où en rentrant de la messe, François se fait renverser par une voiture.

Plus de 50 ans après, l’auteur raconte, dans une langue élégante et ciselée, la fin abrupte de la complicité avec ce petit frère adoré ; il fait revivre l’enfance, mais aussi tout cette vie rurale, la ferme avec ses deux grands tilleuls, quelques animaux, un cheval avant l’arrivée du tracteur.

Pudique et touchant.

 

p. 16/17 : « J’ai de la chance. Ça, je le sais. Ma vie avec François, nos parents, nos grands-parents, et les animaux de la ferme, est la plus belle de toutes. Lequel de nous deux épatera l’autre ? Lequel sera la plus grande fierté de Claire et Gérard ? Je ne me suis pas posé ces deux questions le 10 août 1969 à midi passé, parce qu’il n’y avait pas de raison pour que je me les pose.

p. 33 : « En haut de la cour poussent deux grands tilleuls. Gérard les aime et s’en étonne. Comment peut-on aimer des arbres à ce point ? »

p. 42 : « Que veut dire « grièvement » ? Je ne connais que « gravement », c’est moins grave. Ou alors : c’est un mot pour tromper les enfants de sept ans. Je demande. On me dit que c’est la même chose. Je n’aime pas ça. On ment aux enfants avec des entourloupes de mots. »

p. 62/63 : « En haut de la tombe se dresse une croix où est inscrit : « François Grembert » C’est incroyable, c’est la chose la plus fantastique au monde, bien plus que toutes les prouesses de Zorro et de Rintintin réunis. C’est la littérature à son point ultime. On lit un nom et un prénom. Ça veut dire la mort. »

p. 101 : « Les livres sont aussi importants que les champs. Sans eux, je suis incomplet. »

 

Arléa, coll. La rencontre, janvier 2025, 102 pages, prix : 18 €, ISBN : 9782363083920

 

 

Crédit photo couverture : © Ion Andrescu, Enfant sur la pelouse, 1880 Camera-photo Arte Vnezia / Bridgeman Images / et éd. Arléa

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Requiem pour un chat - Olivier Bellamy

16 Février 2025, 15:39pm

Publié par Laure

Journaliste spécialiste de musique classique, Olivier Bellamy est aussi un amoureux des chats. Et tout maître d’un félin sait la souffrance et la tristesse quand celui tombe malade et quand il meurt. Ce sont de jolis passages que nous offre l’auteur sur sa relation à sa chatte Margot, sur son inquiétude, sur la perte. Le reste est plus anodin, en tout cas m’a moins intéressée, mais j’ai trouvé néanmoins intéressants et étonnants toutes les constructions autour de la lettre M, sa position dans les mots, et toutes les déclinaisons que l’auteur en fait.

Pas un grand livre, mais un joli moment sur la relation homme-animal.

p. 178 : « Pompéi a permis aux historiens de mieux connaître la vie des Romains en décryptant leurs occupations au moment d’être pétrifiés. Si un nouveau Vésuve survenait aujourd’hui, les trois quarts de la population seraient devant un écran. Tant de temps, d’évolution pour en arriver là, à cette navrante et désolante uniformité. »

p. 206 : « La beauté est odieuse loin de ceux qu’on aime »

 

 

Grasset, février 2018, 268 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-246-81376-7

 

 

Crédit photo couverture : © Laporta/Leemage et éd. Grasset

 

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L'enfant réparé - Grégoire Delacourt

2 Janvier 2025, 10:22am

Publié par Laure

C’est un récit très personnel que livre ici Grégoire Delacourt, un retour sur son enfance, ses parents, son mariage, ses histoires d’amour et comment ce noyau familial parental a imposé à lui ses romans. Malgré quelques poncifs, il y a aussi quelques fulgurances, des phrases qui font mouche et touchent. Si l’on pourrait croire que l’auteur fait d’abord ici sa psychanalyse (il la fait d’ailleurs, et la raconte), il va au-delà dans la douleur de l’enfance qui marque à vie et l’on ne peut qu’avoir envie de (re)lire ses romans à l’aune de ce nouvel éclairage.

J’étais restée sur une image extrêmement négative de cet écrivain, rencontré dans un salon du livre au moment de la sortie de l’enfant réparé justement. Je lui avais dit que parmi tout ce que j’avais lu de lui, mon préféré était « on ne voyait que le bonheur », il m’avait répondu sèchement qu’il ne me demandait pas ce que j’avais aimé, mais d’acheter son livre. Ce que je n’ai pas fait, pendant qu’’il vociférait sur la libraire ou bénévole du stand qui lui servait un verre de Jasnières, comment pouvait-on oser lui servir du blanc local, je m’étais alors demandé s’il était déjà bourré ou s’il était juste odieux et j’avais alors quitté le salon (j’allais le voir à la base juste pour lui transmettre un message d’une collègue éloignée)

Ce qui me conforte dans l’idée que je préfère m’en tenir à la lecture.

Ce texte me réconcilie un peu avec lui, ce livre est profondément triste.

 

Extraits :

p.66 Sur l’écriture d’un court-métrage : « Pour la première fois, j’avais écrit pour moi, osé la fiction, ce mensonge qui dit la vérité, en racontant une enfance qui ne se réalise pas. »

p. 221 « Les mots ne guérissent pas. N’effacent pas. Ils tracent juste d’autres vies. »

p. 181 : « Jusqu’à ce livre-ci, écrire était une fête. C’est l’urgence cette fois qui commande. Les silences dégueulent, je dois les contenir ; parfois retenir la colère. Tout remonte. Tout s’assemble. Mon histoire est banale, c’est ce qui la rend triste. »

 

Grasset, septembre 2021, 231 pages, prix :19 €, ISBN : 978-2-246-82884-6

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Grasset / bandeau : collection particulière

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Les fruits du myrobolan - Marco Martella

1 Janvier 2025, 16:26pm

Publié par Laure

 

Écrivain-jardinier d’origine italienne, Marco Martella s’est installé dans la campagne briarde il y a plus de vingt ans, et c’est un récit tout en délicatesse qu’il en présente : dix chapitres à la rencontre des hommes et des arbres, de la nature et des myrobolans en particulier.


Ce qui en surgit, c’est une sérénité paisible dans le foisonnement du monde, le cheminement d’une pensée qui s’intéresse au vivant, qu’il soit végétal ou humain. La langue est superbe, poétique, classique, soignée.


Une parenthèse hors du temps, apaisée et apaisante.

 

extraits:
p. 24-25 : “Je cueillis un fruit et je le portai à ma bouche, méfiant, comme c’est souvent le cas quand on mange un fruit poussant spontanément dans la nature. Je ne peux pas dire que sa saveur un peu âcre me plut. Il fallut que j’en mange un autre, puis encore un autre avant de comprendre : le goût du fruit du myrobolan était celui qu’ont les choses libres et sauvages, un goût austère mais doux, réconfortant même et étrangement familier.
Mon ami me regardait en souriant. A un certain moment je l’entendis marmonner quelque chose, le genre de phrases énigmatiques qu’il prononçait parfois pour lui-même. “Les fruits du silence… Les seuls qui comptent”, ou quelque chose comme ça.”

p. 59 : “Je sais que dans le monde qui vient de naître, ce monde technologique, virtuel et tellement bavard qui n’est pas celui dont on rêvait, la littérature ne sert plus à rien. Si l’homme qu’elle présupposait et auquel elle s’adressait n’est plus, elle n’a plus de raison d’être.”

p. 172 : “Je songeais à tout ce qui nous reste de beau et de précieux dans le désert que devient le monde, à quel point il importe de le reconnaître comme tel, même s’il n’y a plus que des restes, et le mettre à l’abri.”

 

Actes Sud, coll. un endroit où aller, mai 2023, 183 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-330-17994-6
 


 

 

Crédit photo couverture : © éd. Actes Sud

 

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Célèbre - Maud Ventura

29 Décembre 2024, 17:28pm

Publié par Laure

Première expérience de lecture audio, et quel calvaire ! Non pas pour l'audio, tout va bien et la voix de la comédienne lectrice, Suzanne Jouannet, est agréable et adaptée à ce récit à la première personne du personnage de Cléo Louvent.

Chanteuse, star franco-américaine, elle dort vit et mange par et pour la célébrité, n'hésitant pas à tout détruire sur son passage. Elle est détestable, insupportable, odieuse, égocentrique, capricieuse, arrogante et j'en passe, vous avez compris le tableau. 09h30 d'écoute, ou 550 pages en version papier, que c'est long quand c'est interminablement répétitif , ça ne cesse de s'étirer pour redire toujours la même chose. Et c'est cela qui pêche, car l'histoire en soi et les liens avec la réalité du star system sont plutôt justes.
J'ai commencé à y trouver un soupçon d'intérêt à la piste 31 ou 32 (quand elle tombe amoureuse de John), sur 40 (38 pour le roman + 2 pour les références et les remerciements), il était temps !
J'ai trainé ce livre comme un boulet, n'avais pas lu "Mon mari" donc n'avais pas de comparaison avec son précédent roman, je voulais aller au bout de cette première lecture audio, mais 250 pages auraient suffi à dresser le même portrait. La fin sauve un peu l'ensemble. Mais pas le plaisir de lecture dont je ne retiendrai que la longueur.

 



 

 

L'Iconoclaste, août 2024, 558 pages, prix : 21,90 €, ISBN: 978-2-37880-450-3

audio : Lizzie, octobre 2024, durée : 9h et 30 minutes, prix : 23,99 €

 

 

crédit photo couverture : éd. L'Iconoclaste

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Traverser les montagnes, et venir naître ici - Marie Pavlenko

23 Août 2024, 15:15pm

Publié par Laure

C’est le nom de l’autrice, que je connaissais en jeunesse, qui m’a attirée plus que le titre, que je trouvais bien long et qui ne me parlait pas. Bien m’en a pris de tenter la lecture, car quelle claque ! Un vrai beau coup de cœur pour ce roman sensible et dur, qui touche par sa justesse, sa poésie et la beauté de sa narration.


Astrid, la quarantaine, a acheté une maison dans un hameau du Mercantour sans même la visiter. Elle fuit une vie perdue. On comprend très vite que ses deux enfants et son mari sont morts, sans savoir comment (on aura la réponse à la fin) ; on partage d’emblée sa souffrance. Peu après son installation, elle découvre dans la neige une jeune femme incapable de se relever, enceinte et épuisée. Soraya a à peine dix-sept, a fui la Syrie, et connaît le parcours atroce des migrants. O combien ce roman est plus parlant que bien des documentaires ou articles de presse !
Les deux femmes vont se reconstruire l’une l’autre, s’ouvrir peu à peu, ce n’est pas simple, ça demande du temps, de la patience, de l’humilité, de la bienveillance, mais tout cela sonne si juste dans ce roman de Marie Pavlenko ! La poésie, par les extraits cités en exergue des chapitres ou par les titres achetés par Astrid, apporte une vraie profondeur, beauté et douceur au texte.


C’est splendide, bouleversant.


J’ai craint un instant que l’intrigue ne bascule dans la facilité (l’écriture pour la jeunesse ado n’est pas loin, en particulier dans ce que va vivre Soraya avec un personnage), mais l’autrice a l'intelligence de ne pas céder au feel-good dans ce roman publié en littérature générale.


On voudrait ne pas finir la lecture pour ne pas quitter les personnages, tout en lisant quasi d’une traite pour vivre pleinement avec eux. C’est cela un roman réussi, non ?
Un vrai beau roman qui m'a émue et contenue dans sa bulle terriblement réaliste et représentative de ce dont l’humanité est capable, en bien comme en mal.

 

Extraits :

P. 30/269 (numérique) : “Sois sage ô ma douleur, elle comprend maintenant, oui, tranquille, tranquille. Il n’y a que a qu’elle arrive à lire. De la poésie, des éclats de lumière qui résonnent comme de gros gongs frappés en elle.
Il faut qu’elle trouve une librairie.
Astrid traverse un nouveau pan de forêt.
Le silence est plein d’yeux.”

P. 197/269 : “Écouter, prévoir, mesurer, soupeser, anticiper, attendre, réagir, dorloter, donner. De l’attention, de l’amour, de la patience, de l’énergie. Donner. Donner encore.”

 

 

 

 

 

Les Escales, domaine français,  22 août 2024, 352 pages, prix : 21 €, ISBN : 978-2-36569-807-8
 


 

 

Crédit photo couverture : © Hokus Pokus Créations et éd. Les Escales.

 

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Une nuit particulière - Grégoire Delacourt

20 Août 2024, 18:46pm

Publié par Laure

Rien n’est crédible dans ce roman, mais tout est joliment écrit : c’est l’histoire d’un homme et une femme, chabadabada….

Aurore sait que son mari va la quitter. Elle erre un soir et rencontre Simeone. Elle l’interpelle, l’emmène à l’hôtel, ils discutent, s’évadent, passent par Roissy avant de finir sur une plage normande. Ils roulent à 180 pour arriver avant le jour.  C’est pas Deauville, mais le Touquet, c’est pareil. On sait que ça finira mal. L’indice est donné dès la première page, ce n’est pas un secret.

 
Deux grandes parties : selon Aurore, selon Simeone. Arrivée à celle de Simeone, j’avoue, je me suis un peu ennuyée. Mais 190 petites pages aux marges larges et bien aérées, ça se lit tout seul. Surtout un soir d’été. On aura toutes les clés, un twist final, pour ce joli roman qui fait passer un bon moment si vous cherchez une belle histoire triste, des définitions de l’amour, éthéré, bourgeois, piqueté de belles références culturelles, la mort en arrière-plan.

Pas certaine que ce soit un remède à la mélancolie, au contraire.

 

Ed. Grasset, mars 2023, 193 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-246-83431-1

Existe en poche : le livre de poche, 2024, 7,40 €

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Grasset

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Ma tempête – Eric Pessan

23 Juillet 2024, 13:14pm

Publié par Laure

David est un metteur en scène de théâtre, en couple, et papa d’une petite Miranda. Il apprend que son adaptation de la Tempête de Shakespeare est annulée, il rumine alors sa déprime ; sa femme le secoue (l’argent ne coule pas à flots) et lui demande de garder la petite car le personnel de la crèche est en grève ce jour-là.

C’est donc à sa fille Miranda, prénommée comme celle de Prospéro dans la pièce shakespearienne, qu’il va jouer SA tempête. Celle-ci est multiple, littéraire et théâtrale, mêlant mise en scène avec des peluches et vraies informations sur les représentations théâtrales au XVIIe siècle, intérieure (crise de couple, d’estime de soi, différend avec son frère qui par son mandat d’élu local lui coupe les subventions nécessaires à son travail) et extérieure, car la météo fait rage à ce moment-là dans sa ville et l’orage s’abat sur les toits et les vitres.

L’imbrication de tous ces éléments pour en faire un roman est vraiment intéressante et réussie. Même si l’on ne connaît pas la pièce de Shakespeare.

L’ensemble m’a toutefois parfois un peu ennuyée et agacée. Les propos sur la place de la culture dans nos vies, le régime des intermittents du spectacle et les subventions publiques au cœur de leur survie et des programmations sont une longue et sempiternelle plainte qui m’a parue plus larmoyante que combattive.  Le débat n’est pas neuf entre culture et divertissement, lien entre qualité et popularité et j’en passe, mais il me semble peu productif ici… (peut-être parce que tous les jours j’y œuvre, à ma petite échelle de colibri fonctionnaire territoriale de la filière culturelle.)

 

Extraits :

p. 17 : « Le père explique à sa fille que l’île de Prospéro ressemble à leur appartement juché au huitième étage de cet immeuble : l’art y est partout présent, dans la bibliothèque, sur les murs, et surtout – il s’approche d’elle qui rentre instinctivement la tête dans les épaules, elle ne perd pas une miette de ce qu’il raconte – dans nos cerveaux. Et David embrasse le front de la fillette, puis la chatouille ; son rire encore éclate dans la cuisine, emplit l’espace tout entier, roule comme une bille insouciante. C’est de cela dont David besoin : des joies et des lumières solaires de sa fille. On insiste beaucoup sur le travail nécessaire à bien élever un enfant, on dit peu l’inverse : tout ce que l’enfant offre en contrepartie à ses parents. La paternité, c’est donnant-donnant, protection, éducation et nourriture contre émerveillement, amour inconditionnel et supplément de vie. Une tendresse pour adoucir la rugosité du monde. »

 

p. 69 : « Rien ne change, les comédiens ont toujours besoin du soutien du roi, du pontife, de l’empereur, du président de la commission culture, du conseil régional, du conseil départemental, du conseiller de la direction régionales des affaires culturelles, du chargé de mission spectacle vivant de la municipalité. Hormis quelques rares acteurs jouant dans les théâtres privés, sans soutien du roi, les comédiens ne sont rien. Et le roi change souvent dans notre monde : à chaque élection, les innombrables couronnes changent de tête. »

 

p.  « La fin est un monologue. Les fins sont souvent des monologues. Même quand plusieurs personnes se parlent, le signe de la fin est qu’elles ne s’écoutent plus, elles croisent des monologues. Dialoguer est un art difficile. Dialoguer réellement, c’est-à-dire accueillir la parole de l’autre en acceptant la possibilité qu’elle nous bouleverse, ou qu’elle modifie notre propre parole, n’arrive presque jamais dans une vie.

Prospéro demeure seul, il parle au public ou à lui-même. Les spectateurs écoutent sa pensée exprimée à voix haute. Depuis l’enfance, David et son frère n’ont plus été capables de dialoguer. David se réfugie souvent dans le confort du monologue. Il est harassé par avance à l’idée de défendre l’importance de la culture pour l’émancipation des individus. Son frère monologue impératifs de croissance, productivité, compétitivité, ajustement de l’offre à la demande. Ce serait ça, être de gauche ou de droite ? Opposer l’idée de la nécessité d’éduquer à celle d’ajuster l’offre ? »

 

Badge Lecteur professionnel

 

Aux forges du Vulcain, 25 août 2023, 133 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-37305-734-8

 

 

Crédit photo couverture : © Elena Vieillard et éd. Aux forges du Vulcain.

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La liste 2 mes envies - Grégoire Delacourt

20 Mai 2024, 19:42pm

Publié par Laure

12 ans après (La liste de mes envies, 2012), Jocelyne Guerbette, la mercière d’Arras gagnante de 18 Millions d’euros au Loto, revient en librairie sous la plume toujours de Grégoire Delacourt.

Alors ça aurait pu être sympa, elle m’avait bien plu la Jocelyne du 1er opus ou plutôt la capacité de Delacourt à disséquer le couple en se mettant dans le quotidien et la peau d’une femme.

Mais là, comment dire… ce n’est plus ni moins qu’une suite commerciale (il faut bien vivre), même pour le titre personne ne s’est foulé, on remplace le de par 2, ni vu ni connu je t’embrouille (à tel point qu’on est obligés d’expliquer à nos lecteurs que c’est bien une suite et pas juste un changement de couverture), 248 pages, marges larges, interligne confortable, notes de bas de page à rallonge et inutiles, c’est formaté pour être vite lu, et ça l’est. D’autant plus vite que c’est léger, creux, vide. Bavard tout simplement.

L’ex-mari de Jocelyne est donc mort, elle a largué son amant de passage, a récupéré ses 15 millions restant du jackpot, et fréquente les réunions des GA, les gagnants anonymes.  L’auteur passe le roman à démontrer que l’argent ne fait pas le bonheur, tout en énumérant toutes les choses de luxe (ou pas) qu’on peut s’acheter avec. On s’ennuie vite et j’ai bien failli abandonner (un chapitre par dépense effectuée pour liquider le magot, on a vite compris), le dernier quart se réveille un tant soit peu, mais pour se complaire dans un feel-good dégoulinant, le malheur de l’Alzheimer, réel ou supposé un peu de suspens, le nouvel amour naissant et le « ensemble c’est tout » au fin fond des Ardennes. Tout le monde est content, et le twist final qui fait le job.

 

Page 64 : « J’ai gagné beaucoup d’argent à l’EuroMillions et comme je ne vais pas me mettre à acheter ce dont je n’ai pas besoin, j’ai décidé de donner. Et ça, dis-je en désignant ses courses et le ticket que lui tend la caissière, ça, c’est une façon de le faire.

- Si c’est vrai, vous allez faire un sacré buzz ! C’est adorable de votre part, madame, vraiment, je vous remercie, mais je peux encore payer mes courses.

- Alors je vous en prie, faites, lâche soudain la caissière impatiente en levant les yeux au ciel. »

Il ne doit pas les faire si souvent ses courses, l’auteur : la caissière ne me donne jamais de ticket avant que j’aie réglé mes achats. Bon maintenant elle n’en donne même plus du tout, mais je veux bien croire que le roman ait été écrit avant. Bref, d’abord tu payes ou t’appelles Jocelyne, et après tu as le ticket. Non mais.

 

 

Albin Michel, avril 2024, 248 pages, prix : 19,90 €, ISBN : 978-2-226-49447-4

 

 

Crédit photo couverture : photomontage divers créateurs chez Shutterstock / et éd. Albin Michel

 

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Mon vieux et moi – Pierre Gagnon

29 Février 2024, 15:09pm

Publié par Laure

Le narrateur, jeune retraité, « adopte un vieux », en accueillant chez lui Léo, un vieil homme de 99 ans, qu’il rencontrait au centre d’hébergement quand il visitait sa tante.

p. 10 : « Un bonheur paisible, ici, chez moi, avec celui que j’aimerai comme mon enfantn sabs avoir à l’éduquer. La voilà, ma retraite ! »

Vous imaginez bien qu’à cet âge, il faut s’organiser, aménager sa maison et faire le plein de couches (oui ce n’est pas glamour, les vieux), et s’adapter aux troubles cognitifs.

Cette novella offre une parenthèse de tendresse et de bienveillance, ces mots galvaudés qui pourtant transparaissent à travers le texte. Emprunté au hasard d’une étagère labellisée « facile à lire » à la bibliothèque, c’est un joli texte, de ceux qui font du bien, qui sont honnêtes et réalistes. C’est déjà beaucoup pour si peu de pages.

 

p. 48 : « Léo est devenu vieux. Les vieux oublient, s’étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n’en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu’on serait tenté de les engueuler à note tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n’a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, ont mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s’emmerdent, souhaitent mourir et n’y parviennent pas… »

p. 72 « Je n’améliore pas la condition de Léo, je le sais, mais je ne l’aggrave pas non plus. C’est mon serment d’Hippocrate. »

 

 

J’ai lu, janvier 2012, 78 pages, prix : 4,50 €, ISBN : 978-2-290-03560-3

 

Crédit photo couverture :  © Michael Martin / Corbis © éditions J’ai lu

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