Les jardins d'Hélène

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La guérilla des animaux – Camille Brunel

25 Janvier 2019, 09:48am

Publié par Laure

Isaac est un ardent défenseur de la cause animale, et il n’hésite pas, à travers tous les pays du monde qu’il traverse, à employer des moyens radicaux. Œil pour œil, dent pour dent.

 

J’ai détesté ce roman. Pourtant je suis allée jusqu’au bout. En hésitant maintes fois à l’abandonner. En lisant d’autres livres entre temps.

 

Ce premier roman dérange, et c’est sans aucun doute volontaire. C’est peut-être même là son seul objectif. Avec celui de faire réfléchir. Aux extinctions des espèces par le comportement de l’homme, à la catastrophe climatique.

 

Ce qui me gêne, c’est la violence choisie, extrémiste. L’intégrisme ne pourra jamais me convaincre.

 

J’entends la thèse et le document à charge, lourd, qui ne s’encombre pas de précautions, mais j’aurais préféré la lire et y réfléchir dans un essai. Dans un roman ouvertement dystopique à la fin, ça ne fonctionne pas, du moins pour moi.  Au lieu de me rallier à certaines idées (le véganisme, la protection animale et des forêts), il me fait au contraire fuir : une fois encore parce que l’extrémisme choisi ne peut pas me séduire, je ne peux que le rejeter. Il est sans doute fait pour cela, provoquer, déranger, conduire à réfléchir. Je ne pourrai guère aller au-delà du simple rejet.

 

Il est rare qu’un roman me déplaise autant sur son fond, bien que l’écriture et les chapitres courts induisent une lecture aisée. Je n’ai pas relevé le passage hélas, mais l’allusion comparative à la Shoah m’a sans doute définitivement perdue à ce moment-là. Même s’il est justement question de la pertinence de la question de la supériorité de l’homme sur l’animal. Je ne suis sans doute pas encore prête à aller aussi loin, autant j’aimerais en discuter et comprendre, autant je refuse une pensée radicale qui m’est imposée sans pouvoir y répondre.

 

 

p. 43 : « la vie humaine impressionne moins. Nous serons bientôt dix milliards d’humains tandis que les tigres ne seront bientôt plus que deux mille. Quelle vie aura le plus de valeur selon vous ? Croyez-moi, des milliards de gens seront bientôt prêts à vous pardonner quelques exécutions collatérales, si c’est au nom des animaux. »

 

 

 

Lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

 

 

Alma éditeur, août 2018, 276 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-36279-285-4

 

 

 

Crédit photo couverture : © Alma éditeur.

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L’eau de rose – Christophe Carlier

17 Janvier 2019, 15:43pm

Publié par Laure

Sigrid, femme entre deux âges, arrive en Grèce à la fin de l’été, à la villa Manolis pour des vacances et y écrire son nouveau roman, car un écrivain ne prend jamais vraiment de repos.

 

Le roman alterne donc entre la romance en construction de Sigrid, et ce qu’elle vit elle-même à l’hôtel, son attirance et sa fascination pour Gertrude, notamment, une jeune et belle voyageuse.

 

Si la lecture est aisée et agréable, j’ai peiné à voir où l’auteur voulait réellement en venir.

 

Je préfèrerais presque le manuscrit en train de s’écrire, roman à l’eau de rose très codifié, au récit de l’héroïne romancière aux préoccupations assez proches de celles de ses personnages. L’écriture adoptée par Christophe Carlier est assez similaire tant dans sa partie romanesque (vie de Sigrid) que dans sa partie « manuscrit » (le roman qu’écrit Sigrid), est-ce à dire qu’un bon auteur choisit un style et s’y tient ? que la frontière entre vie et fiction est assez fragile (même si l’ensemble est bien une fiction) ? C’est bien ce projet ou cet objectif qui m’échappent… Dommage.

 

 

 

 

Extraits (pagination numérique) :

P. 10/207 : « Depuis plusieurs années, elle s’était vouée à la littérature sentimentale. Faute d’appartenir à la race dorée des auteurs à succès qui collectionnent les prix et campent à la télévision, elle se cantonnait à un genre mineur, le roman rose, décrié mais indispensable à notre époque où le rêve est rare. »

 

P. 33/207 : « Sigrid n’avait pas eu la vocation du roman rose. Elle s’en était rapprochée au fil des ans, à mesure qu’elle s’installait dans le célibat.

Si mariage et romance font mauvais ménage, la solitude prédispose à la rêverie et au travail. Couchée tôt, levée à l’aube, elle avait peuplé ses manuscrits de personnages fougueux et tendres. Sa vie lui apparaissait comme un fruit sec dont elle avait tiré un jus délicieux. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du même auteur : l'assassin à la pomme verte

 

 

Phébus, janvier 2019, 240 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-275291173-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Phébus

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La dédicace – Leila Bouherrafa

7 Janvier 2019, 12:18pm

Publié par Laure

Une parisienne hypocondriaque (la nuit seulement) et dont on ne connaîtra jamais le prénom s’apprête à publier son premier roman. Son éditrice lui demande de choisir la dédicace : elle est prise de cours. Elle se donne trois jours pour trouver qui elle aime suffisamment pour lui dédier son roman, trois jours pendant lesquels elle observe ce qui se passe autour d’elle. Il en ressort un certain désespoir : la solitude des grandes villes est omniprésente, envahissante et déprimante.

 

Du roman écrit et de son contenu il ne sera jamais question, le sujet n’est pas là, mais bien dans l’observation de ce quotidien banal d’une jeune femme seule, qui a peu de liens avec sa mère et pas vraiment d’amis. Même ses voisins, elle ne les connaît pas vraiment. De cette banalité naît une réflexion (que le lecteur se fera, elle n’est pas exprimée plus que cela) sur la solitude, le temps que l’on ne prend pas à regarder vraiment les gens et ce peu de temps qu’on pourrait leur offrir pour que la vie change.

 

Un premier roman assez désenchanté, avec quelques pointes d’humour et d’ironie, parfois de sarcasme, qui interroge sur la réalité de nos vies prétendument trop remplies. Une façon originale de traiter ce thème. L’épilogue livrera le choix de la fameuse dédicace.

 

 

 

Pour lire le premier chapitre : sur le site de l'éditeur

 

 

 

Extraits (pagination numérique) :

 

P. 25/185 « Mon studio se trouve juste au-dessus du square Léon-Serpollet ce qui veut dire que la journée il grouille d’enfants et le soir de clochards. Dans les deux cas, j’ai une vue imprenable sur des êtres qui titubent et n’ont pas choisi leur vie. »

 

P. 34/185 « Le genre d’hommes à te dire « ma belle » quand tu passes et « salope » quand tu penses. »

 

P. 75/185 : « La différence fondamentale entre Alice et moi, c’est que j’ai toujours trouvé plus de plaisir à me faire pénétrer par un regard que par un sexe. Et elle, c’est l’inverse. Chaque fois que nous sortions ensemble, Alice finissait par connaître des hommes la taille de leur membre et moi le prénom de leur sœur. Je n‘ai pas le plus mauvais rôle. Loin s’en faut. Je sors toujours de la nuit ragaillardie alors qu’Alice en sort la plupart du temps déconfite, comme un fruit qu’on aurait fait tomber par terre et sur lequel on aurait marché par inadvertance ».

 

p. 87/185 : « Je n’ai jamais compris cette différence entre les mères et les putes. A mes yeux, les mères ne sont que des putes qui ont eu une césarienne. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allary éditions, janvier 2019, 290 pages, prix : 18,90 €, ISBN : 978-2-37073-263-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Allary éditions

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Hôzuki – Aki Shimazaki

3 Janvier 2019, 10:25am

Publié par Laure

Hôzuki est le deuxième volume de la pentalogie « l’ombre du chardon ». Après Azami, où l’on assistait au délitement du couple de Mitsuo Kawano et de son épouse Atsuko, celle-ci partait s’installer à la campagne, tandis que lui fréquentait Mitsuko Tsuji, une entraineuse travaillant dans un bar le vendredi soir, on retrouve dans ce deuxième tome l’histoire de Mitsuko.

 

Elle tient une librairie d’occasion spécialisée en philosophie, tout en arrondissant ses fins de mois au bar. Elle élève seule son fils Tarô, sourd de naissance. Tarô a sympathisé avec la fille d’une cliente, leur attirance est aussi surprenante qu’immédiate.

 

Mitsuko a toujours menti à sa mère et à son fils : c’est un enfant abandonné qu’elle a adopté, et non la triste histoire de père espagnol mort avant sa naissance qu’elle se plait à raconter.

 

Ce secret sera dévoilé plus amplement, ainsi qu’un second bien troublant. Le roman aborde bien sûr la question de la filiation et de l’amour maternel, avec finesse et subtilité.

 

 

Si j’aime toujours autant l’écriture d’Aki Shimazaki, délicate, apaisante, concrétisant bien l’image que l’on peut avoir de la discrétion japonaise, j’ai trouvé ce titre un peu moins réussi que d’autres de ses pentalogies. Plus banal dans l’intrigue déroulée, plus plat sur une bonne partie du récit. Seule la fin s’emballe et apporte de nouveaux éléments, qui ne suffisent pas à convaincre. Mais j’aime toujours autant l’idée d’une histoire déroulée à travers différents points de vue au fil des volumes, et il me tarde de découvrir Suisen, le troisième tome de la série.

 

 

 

Ed. Leméac / Actes Sud, mars 2016, 141 pages, prix : 14,50 €, ISBN : 978-2-330-05716-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © Mandy Disher Photography / et éd. Leméac / Actes Sud

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Einstein, le sexe et moi – Olivier Liron

24 Décembre 2018, 15:02pm

Publié par Laure

Extrait p. 23 : « J’ai eu un parcours d’élève modèle. Baccalauréat à 17 ans, classe préparatoire littéraire à 18 ans, entrée à l’Ecole normale supérieure à 20 ans. Agrégé à 23 ans. Enseignant à la Sorbonne à 24 ans. Julien Lepers à 25 ans. Dépucelage à 26 ans. Dépression à 27 ans. Mais c’est une autre histoire. »

 

Le ton est donné, notre candidat est doué et ne manque pas d’humour, dont il use avec parcimonie, au détour d’une phrase, l’air de ne pas y toucher, mais il fait mouche. Il a aussi cette particularité qu’il explique en préambule : il est autiste Asperger. S’il peut apprendre tout Wikipédia sans problème, il a plus de mal à en groupe.

 

Olivier Liron raconte dans ce bref et plaisant roman sa participation au jeu de Questions pour un champion animé par Julien Lepers, tout en revenant, au fil de ce que lui évoque une question, sur des passages de son enfance : l’im-(é)-migration de sa mère, la violence scolaire dont il fut victime, ses premières amours maladroites … et bien sûr il raconte l’émission avec un tel suspens et une telle hargne qu’on ne peut que lire le roman d’une traite : même si l’on se doute de l’issue, la tension y conduit en quasi apnée, et qu’est-ce que c’est bon !

 

 

Un roman original et drôle par son observation de soi et des autres.

 

 

P. 58 : « J’ai vu le regard de Julien Lepers et j’ai su que c’était bon. Julien a rugi comme un lion affamé par des années de quinoa » »

 

 

(Dans ma mémoire émotionnelle, je regardais Questions pour un champion avec ma grand-mère quand j’étais en vacances chez elle. Mais elle est morte pendant la guerre du Golfe et il y a longtemps que je n’ai plus l’âge de l’enfance. Vérification faite, cette émission a débuté en 1988, j’avais donc 14 ans et ça fait partie de mes bons souvenirs de jeunesse !)

 

 

 

Lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois :

 

 

 

Alma éditeur, septembre 2018, 195 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-36279-287-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © Alma éditeur.

 

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Fais de moi la colère – Vincent Villeminot

18 Novembre 2018, 14:07pm

Publié par Laure

Ismaëlle a seize ans lorsqu’elle perd son père qui ne revient pas de sa journée de travail. Il était pêcheur. Orpheline - sa mère étant morte à sa naissance - elle se voit contrainte de travailler pour survivre. Elle reprend ce dur métier plutôt masculin avec la barque de son père, sous les regards critiques des gens du coin, elle est jeune, belle, désirable.

 

Mais très vite des corps morts vont remonter à la surface du lac Léman, événements mystérieux qui vont perturber la population. C’est à ce moment-là qu’elle va rencontrer Ézéchiel, fils d’un ancien dictateur africain. Elle n’échappe pas au désir de son beau corps d’ébène.

 

 

Le récit avance avec leurs deux voix, dialogues et monologues, l’écriture est belle, parfois poétique, mais l’intrigue déroute. De quelle allégorie Mammon, la Bête mystérieuse qu’il faut tuer, est-elle la représentation ? On peut y voir les violences et les atrocités des guerres et des dictatures, le pouvoir de l’argent et la cupidité des hommes, faut-il absolument vouloir comprendre ? Le roman se lit aisément, grâce à la brièveté des chapitres, à l’aération constante des paragraphes et de la mise en page. On respire dans ce livre. Malgré l’étrangeté de son sujet.

 

 

Très éloigné du type de roman plutôt réaliste et intimiste que je lis habituellement, je ne sais pas si j’ai vraiment aimé ce livre, il m’a toutefois interpellée par sa différence.

 

 

 

Fais de moi la colère est le premier roman de littérature générale de Vincent Villeminot, déjà reconnu depuis une dizaine d’années dans la littérature de jeunesse, pour les ados notamment. Difficile donc de le qualifier de premier roman même si c’est ainsi qu’il fut présenté cet automne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois, lectures partagées des premiers romans de la rentrée littéraire.

 

 

 

 

 

Éditions Les Escales, août 2018, 273 pages, prix : 17,90 €, ISBN : 978-2-36569-340-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Getty images / Erik Witsoe / EyeEm / et éd. Les Escales

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La lumière est à moi (et autres nouvelles) – Gilles Paris

16 Novembre 2018, 11:57am

Publié par Laure

Après le succès de Courgette (Autobiographie d’une courgette), mais aussi du vertige des falaises, d’au pays des kangourous, et de l’été des lucioles, Gilles Paris est incontestablement l’écrivain de l’enfance. D’une enfance bouleversée mais qui finit toujours par s’ouvrir au jour.

 

Avec ces dix-neuf nouvelles, Gilles Paris reste fidèle à ce thème qui lui est cher, et sait toucher son lecteur par des histoires graves qui n’oublient jamais la rédemption. Qu’ils soient hommes ou femmes, enfants, ados ou adultes racontant leur passé, ces nouvelles mettent en scène des solitudes qui se rencontrent, souvent déclenchées par la mort prématurée d’un parent, la séparation, la maladie.

La mer, le soleil, les volcans, différents pays du monde enveloppent de leur chaleur ces enfants pris au piège du tourbillon des émotions des adultes.

 

Des nouvelles à grappiller de-ci de-là ou à lire d’une traite ou presque, le choix est vaste, j’ai bien sûr quelques préférences pour quelques-unes d’entre elles, comme ces deux premières nouvelles qui se répondent, avec les points de vue différents de deux des protagonistes ; l’histoire d’une petite dernière, violente et provocatrice qui cache un drame des familles, la force et le pouvoir d’évocation d’Enfants de cœur, et la lumière apaisante et heureuse de la toute dernière qui donne son titre au recueil : la lumière est à moi.

 

 

L’occasion peut-être aussi (ce fut le cas pour moi) de découvrir la collection « haute enfance » chez Gallimard, riche de grands auteurs.

 

 

Aujourd’hui on dirait souvent résilience, mais Lior, la lumière est à moi en hébreu, c’est aussi cet éclat de lumière dans la douceur parfois amère de la vie.

 

 

p. 182 : « J’ai deux fois cinq ans. A mon âge on ne sait pas trop ce que l’amour veut dire. Parfois je ne comprends rien. Les adultes me fatiguent. »

 

 

 

 

Gallimard, coll. Haute enfance, octobre 2018, 197 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-07-279795-8

Crédit photo couverture : © Didier Gaillard-Hohlweg et éd. Gallimard.

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Le fou de Hind - Bertille Dutheil

3 Novembre 2018, 14:15pm

Publié par Laure

A la mort de son père, Moshin, un immigré algérien installé à Créteil depuis les années 1970, Lydia est bouleversée par une lettre qu'il lui a laissée, s'accusant d'être responsable de la mort d'un être innocent.

 

A-t-il tué quelqu'un ? Et qui sont cette femme et cette fillette sur les photos ? Ainsi Lydia aurait eu une demi sœur prénommée Hind ?

 

Elle va retrouver les proches ayant connu son père pour reconstituer son histoire. Le récit prend diverses formes, parfois celle de carnets retranscrits. Chacune des grandes parties constitue presque un roman à elle seule.

 

Sans doute l'autrice a-t-elle ici voulu trop bien faire : l'ensemble est bien trop long, trop détaillé, trop digressif. Si chaque histoire est presque suffisante à elle-même, la cohésion du tout fonctionne moins bien. J'ai parfois hésité à abandonner ma lecture. J'y ai ressenti comme une difficulté de liaison, de roman trop long inutilement.

 

Pourtant bien des aspects sont intéressants et plaisants à lire, c'est un bon premier roman, mais qui aurait gagné à être davantage épuré, à mon goût.

 

 

 

 

Lu dans le cadre des 68 premières fois, mise en avant des premiers romans de la rentrée littéraire :

 

 

 

 

Ed. Belfond, coll. Pointillés, août 2018, 393 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-7144-7470-9

 

 

 

Crédit photo couverture : éd. Belfond.

 

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Le Nord du monde – Nathalie Yot

17 Octobre 2018, 16:07pm

Publié par Laure

Elle trotte comme un poulain pour fuir l’homme-chien.

D’emblée l’écriture est très imagée. Une femme fuit ce que l’on imagine être des violences conjugales ; elle marche vers le Nord, Lille d’abord, puis Amsterdam et les fjords de Norvège. Elle se lie et se délie très facilement au fil de ses rencontres. Elle se perd et cherche à se reconstruire, mais n’est pas loin de basculer dans la folie. Lors d’une étape on lui confie un enfant, Isaac, neuf ans environ. L’amour maternel qu’elle éprouve alors se teintera vite d’un amour interdit.

 

Si l’écriture porte le roman, très bref, du début à la fin, le choix de l’auteur fait dans le rapport de cette femme à l’enfant dérange, interpelle, perturbe, dégoûte, plonge dans l’incompréhension. Bref, il est impossible de ne pas réagir. L’ultime page semble remettre les choses à leur place.

 

Si la première moitié du roman remporte l’adhésion du lecteur sans difficulté, la seconde, même si elle suggère plus qu’elle ne dit - il y a toutefois des indices qui ne laissent aucun doute – ne peut que mettre mal à l’aise.

 

Je ne sais pas si j’ai aimé, car je peine à accepter le choix de l’intrigue. Et pourtant j’aime que la littérature dérange. Si le roman Objet trouvé pouvait choquer certaines personnes, il mettait en présence des adultes consentants. Mais un adulte envers un enfant…même sous couvert de fiction, j’ai du mal.

 

 

 

 

Lu dans le cadre des 68 premières fois

 

 

 

 

 

 

La contre-allée, coll. La sentinelle, août 2018, 144 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-376650-01-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Guillaume Heurtault et éd. La Contre-allée.

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Soixante jours – Sarah Marty

11 Octobre 2018, 15:52pm

Publié par Laure

Ils sont quinze kurdes, hommes et femmes, avec des enfants et un bébé, à fuir la Turquie en guerre, en prise avec un passeur qui leur vend du rêve à prix d’or et ne leur fera connaître que des situations inhumaines. Le voyage qui devait durer cinq jours en durera soixante, et il est parfois bien difficile de lire l’accumulation à peine croyable de ce que ces hommes et ces femmes ont enduré.

 

Le groupe est porté par Yoldas, un maçon, qui racontera son histoire à l’auteure quand il se trouvera chez elle à reconstruire un mur en région parisienne.

 

Cette histoire vraie est si effroyable qu’elle ne peut qu’induire un autre regard sur les migrants.

 

Incontournable sur ce sujet.

 

 

 

Extrait p. 129 : « - Comment tu fais, toi ? lui demande Cevdet. Il y a une force en toi, quelque chose d’indéfinissable.

Yoldas sourit, son regard se perd.

- Elle est en moi.

Cevdet cherche et attrape son regard. Il ne veut rien perdre de lui.

- Qui est en toi ?

- une femme qui m’attend quelque part, une femme que je ne connais pas, mais qui aimera l’homme que je suis.

Cevdet rit.

- C’est tout ? Juste le rêve d’une histoire d’amour !

- Oui, mais c’est l’amour qui tient les hommes debout, Cevdet, et c’est la haine qui les fait tomber. Il ne faut jamais oublier ça. »

 

 

 

Denoël, mai 2018, 277 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-207-14225-7

 

 

 

Crédit couverture : © Constance Clavel / photo : Martins Zemlickis / Unsplash

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