Les jardins d'Hélène

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Le vertige des falaises - Gilles Paris

30 Avril 2017, 16:30pm

Publié par Laure

Sur l’Ile, dans une maison de verre et d’acier nommée Glass, vit Marnie, une adolescente de 14 ans, un brin insolente, déterminée, en compagnie de sa mère Rose, atteinte d’un cancer en phase terminale, et d’Olivia, sa grand-mère qui règne en maitresse femme tant sur la famille que sur l’Ile. Les hommes sont morts, le grand-père d’une crise cardiaque, le père dans un accident de voiture et personne ne les regrette.

 

Ne fuyez pas, il n’y a rien de sombre dans cette histoire ! C’est là tout l’art de Gille Paris, d’aborder des faits graves avec une légèreté mesurée, une lumière et une poésie dans l’écriture tout en émotion et sensibilité.

 

L’Ile avec une majuscule (tout comme le Continent avec un grand C) pourrait tout aussi bien être bretonne qu’anglo-normande ou américaine, l’auteur brouille volontairement les pistes mais c’est un monde à part entière, où l’atmosphère hitchcockienne et le climat ont leur importance. C’est avec des maisons comme Glass, de verre et d’acier, qu’Aristide, brillant architecte, a fait fortune, et c’est sur l’Ile qu’il a rasé l’ancienne maison de sa femme Olivia pour construire cette habitation qui malgré sa transparence cache bien des secrets. Ses secrets.

 

C’est à travers un roman choral aux chapitres courts que l’auteur va lever le voile sur cette famille, avec des personnages de femmes fortes, qui ont chacune leurs fêlures, et où les hommes sont déchus par la force des choses.

 

« On n’a pas besoin des hommes. Ils n’apportent que du malheur » (Marnie, p.10)

 

« Les hommes sont des enfants qui grandissent malgré eux. Et Dieu sait combien leur bêtise est sans limites. Certes, ils ne cassent plus de jouets. Ils brisent le cœur des femmes. » (Olivia, p. 21)

 

Ils ne sont pas épargnés dans ce roman ! « Les hommes sont dégoûtants. Les hommes sont violents. Les hommes sont stupides. » (Marnie, p.74)

 

Est-ce ainsi que le monde tourne ? Ecoutez Marnie et Olivia reconstruire le drame qui s’est joué au bord des falaises, et prêtez attention aux personnages secondaires, forts, mais qui cachent aussi leurs propres failles : Prudence, l’intendante, qui n’est pas sans rappeler la Mrs Danvers de Rebecca de Daphné du Maurier, Jane, l’amie aveugle de Marnie, Géraud, le médecin, Agatha la fleuriste, Côme le prêtre ; le suspense vous mène jusqu'au bout sans même vous en rendre compte.

 

Si vous avez aimé « autobiographie d’une courgette » et son adaptation au cinéma « Ma vie de Courgette » par Claude Barras, filmé entièrement en stop motion, lisez le vertige des falaises car il y a du Courgette dans ce roman, la parole de l’enfance, les blessures secrètes qui se dévoilent et se pansent, avec pudeur et émotion.

 

Pour une fois, alors qu’habituellement je les ignore, j’approuve totalement le message du bandeau signé Tatiana de Rosnay !

 

 

Editions Plon, avril 2017, 244 pages, prix : 16,90 €, ISBN : 978-2-259-25283-6

Crédit photo couverture : ©V. Podevin ©Nikki Smith/Archangel Images / et éd. Plon

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Coeur-naufrage - Delphine Bertholon

31 Mars 2017, 09:56am

Publié par Laure

coeur naufrage - delphine bertholonLyla, traductrice, est une trentenaire solitaire, partagée entre un homme marié et une amie qui a de l’énergie pour deux. Un message laissé sur son répondeur par Joris, un ancien amour d’adolescence, va venir remuer son passé. De cette idylle de vacances est né un petit garçon, sous X, car Lyla était trop jeune, même pas 17 ans, et sa mère franchement hostile à l’idée de l’aider. Mais un petit garçon né le 11 août 1999, un jour d’éclipse solaire totale, « la nuit dans le jour », c’est suffisamment rare pour avoir des chances de le retrouver, non ?

 

Lyla avait écrit une lettre à Joris, le père, mais n’avait jamais reçu de réponse.

 

Dix-sept ans plus tard, le voici qui réapparait, bouleversé par une découverte inattendue, lui qui a construit sa vie depuis bien longtemps et est à présent jeune papa d’une petite fille.

 

Cœur-naufrage est un roman sensible et juste, qui n’échappe pas toujours, surtout vers la fin, aux bons sentiments. J’avoue ne pas comprendre le titre, trop guimauve à mon goût, et ne vois pas vraiment le rapport avec le récit.

 

 

J’ai néanmoins aimé l’enchâssement habile entre passé et présent, entre voix féminine et voix masculine, pour reconstruire le fil de l’histoire. De même la construction de soi en ayant grandi auprès de parents défaillants est intéressante. Le côté positif malgré les difficultés de la vie est plaisant, un peu trop facile peut-être, mais dans la mouvance des romans « qui font du bien ».

 

Un avis un peu mitigé donc.

 

 

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JC Lattès, mars 2017, 407 pages, prix : 20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. JC Lattès

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Havre nuit – Astrid Manfredi

2 Mars 2017, 09:17am

Publié par Laure

Havre nuit - Astrid ManfrediLe soir du 31 décembre, une étudiante rentre au Havre après s’être fâchée avec ses parents. Elle prend un auto-stoppeur sur une aire d’autoroute. Ils s’arrêtent à la fête d’une copine de la conductrice. Puis elle rentre chez elle, seule, complètement ivre. Le lendemain, elle apprend à la télé que la fille de la veille, Estelle, a été assassinée à Deauville. Dans la foule derrière, elle reconnaît son auto-stoppeur.

 

Le roman remonte ensuite le fil des histoires de deux personnages complexes et sombres : Laszlo Kovac, le meurtrier, et Alice Casabelle, la flic.

 

Laszlo n’a été ni désiré ni aimé par sa mère, qui ne s’est jamais remise de la mort de son compagnon, père de Laszlo, qui s’est tué dans un accident de moto, collé à sa maîtresse.

 

Alice, elle, ne s’est jamais remise du suicide de sa mère malade.

 

Les deux se sont rencontrés, auraient pu s’aimer, mais la violence, brute, intérieure et extérieure, en a décidé autrement.

 

Une fois encore, Astrid Manfredi livre un roman noir, dérangeant, qui met en avant ce que la société a de plus sombre. Ses personnages communiquent par meurtres interposés, lesquels sont d’une cruauté rare, esquissée en une ou deux phrases mais lourdes de sens. La folie n’est jamais loin.

 

Dans son premier roman déjà, la petite barbare, c’est son écriture, percutante, qui m’avait accrochée. Ici encore, c’est le style qui attrape, cette deuxième personne qui interpelle, et ce « je » anonyme du départ qui prendra sa place à la fin, ce détachement pour décrire la violence de la société.

 

J’apprends par mon libraire qu’il s’agit en réalité d’une trilogie sur les violences urbaines, dont nous attendons donc le troisième titre. Il en ressort néanmoins ce point commun du travail intéressant sur l’usage de la langue et sur l’analyse pointue de la psychologie des personnages. Si ce deuxième opus m’a moins heurtée que le premier (et au fond j’aime que la littérature dérange), il n’en demeure pas moins qu’Astrid Manfredi a une force rare dans sa façon d’écrire et de mettre en fiction des histoires qui interpellent. Je répondrai donc présente à la sortie de son troisième roman.

 

Ce ne sont pas pour moi des coups de cœur renversants, mais je trouve qu’il y a quelque chose de vraiment intéressant chez cette auteure, qui semble être en train de s’inscrire dans la durée. La construction d’une œuvre qui prendra tout son sens dans son ensemble.

 

 

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Belfond, février 2017, 224 pages, prix : 18 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Anne Bullat-Piscaglia - ©Photo : Thomas J.Peterson / Getty Images – et éd. Belfond.

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Ne parle pas aux inconnus – Sandra Reinflet

14 Février 2017, 15:01pm

Publié par Laure

Ne parle pas aux inconnus - Sandra ReinfletCamille, 17 ans, vient de réussir son bac. Elle fait la fête et assiste au concert de son amoureuse polonaise Eva, une jeune femme insoumise et impétueuse, qui s'est fait exclure de leur lycée pour tenues inappropriées. Jalouse des marques de sympathie que ses fans montrent à Eva, Camille finit la soirée ivre et à moitié nue, violée, à moins qu'elle ne fût consentante, elle ne s'en souvient pas et ne s'en émeut pas plus que cela. Le lendemain, Eva et sa famille ont disparu, tandis que Camille avale la pilule du même nom.

 

Ne parle pas aux inconnus, c'est ce que sa mère déprimée et renfermée sur elle-même a passé son temps à leur dire, à Camille et à sa petite sœur Émilie. Si Émilie est effacée et dans le rang, Camille étouffe au sein de cette famille qui ne la comprend pas. Elle met les voiles pour retrouver son amante Eva, dont elle éprouve le manque, et qui ose la laisser sans nouvelles.

 

Commence alors un road trip en stop à travers l'Europe, direction la Pologne où elle espère retrouver Eva. Faire confiance aux inconnus, voilà une nouvelle donne avec laquelle elle est bien obligée de composer, tournant le dos à tous les préceptes familiaux.

 

Construit en 3 parties qui déstructurent le titre (Ne pas / aux inconnus / parle), le roman décrit avec réussite le passage de l'adolescence à l'âge adulte, la découverte de soi, les épreuves pour y parvenir, et pour mieux le garder en mémoire cet acronyme: NPAI, ne parle pas aux inconnus, n'habite pas à l'adresse indiquée, n'oublie jamais tes rêves et ce que tu es au fond de toi.

 

La première partie m'a un peu agacée, une écriture rapide, à vif, nerveuse, qui laisse exploser la rage de l'adolescence. Ça fonctionne, mais ce livre ne s'adresse-t-il alors pas plutôt à des adolescentes ? Puis au fil du voyage, l'écriture s'apaise, mûrit avec son personnage.

 

C'est donc particulièrement réussi et bien construit. Si la troisième partie utilise des ressorts connus (le journal intime, le secret de famille, l'accident qui apparaît simultanément chez Delacourt, au secours) qui la rendent un poil mélo, les qualités de l'ensemble, ainsi que la psychologie fouillée des personnages notamment secondaires (le père, les routiers), font oublier ces points faibles.

 

 

On oubliera donc volontiers le manque de crédibilité de-ci de-là comme par exemple l'absence d'enquête policière pour disparition de mineure (évacuée en une phrase à la fin du roman), la bienveillance sans faille d'un monde glauque de routiers portés sur les magazines pornos mais au cœur tendre et sage, pour ne garder que le côté optimiste qui n'est pas sans rappeler le message du récent « La la land » : n'oublie jamais tes rêves, sois-toi même et ose aller vers l'inconnu, aussi dure soit l'épreuve.

 

 

« Après Pierre, j'avais pourtant juré de ne plus jamais m'attacher. A quoi ça sert d'aimer les gens si après ils disparaissent en te laissant encore plus seule qu'avant ? »

 

 

à grandir.... comme le montre ce roman d'apprentissage à la résonance ultra contemporaine:-)

 

 

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éd. JC Lattès, janvier 2017, 383 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Loulou Robert photographiée par Sandra Reinflet / éd. JC Lattès.

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Troisième Personne - Valérie Mréjen

5 Février 2017, 15:56pm

Publié par Laure

Troisième personne - Valérie MréjenUne femme s'apprête à sortir de la maternité avec son nouveau-né. Elle porte un regard neuf sur la ville qui l'entoure, et voit désormais le monde à travers les yeux de son enfant. Elle décrit aussi les premières fois de l'enfance, jusqu'à ce que sa petite fille marche et gagne en autonomie.

 

J'avais lu des critiques enthousiastes sur le web, et j'ai été très très déçue par ce texte, je n'ai pas du tout adhéré à l'écriture, qui m'a dérangée et empêché d'éprouver la moindre émotion. Un texte froid, distant, détaché, trop détaché.

 

Troisième Personne, c'est l'enfant qui transforme le couple en famille, mais c'est aussi (et j'y ai surtout vu cela), le choix de la troisième personne de la narration. Froide, distante, clinique. J'ai entendu dans une émission radio l'auteur dire qu'elle avait voulu « objectiver des souvenirs », pour ma part, j'ai eu du mal à finir ces 140 courtes pages, tant je me suis sentie tenue à distance d'un propos à la fois individuel et générique mais froidement descriptif, impersonnel. La maternité sans émotions.

 

C'est du moins ainsi que je l'ai « ressenti », et pourquoi je l'ai pris en grippe malgré moi.

 

 

éd. P.O.L, janvier 2017, 140 pages, prix : 10 €

Étoiles :

crédit photo couverture : © éditions P.O.L

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Ce que tient ta main droite t'appartient - Pascal Manoukian

27 Janvier 2017, 10:49am

Publié par Laure

Ce que tient ta main droite t'appartient - Pascal ManoukianCharlotte et Karim forment un jeune couple ordinaire, ils ont la trentaine et attendent leur premier enfant. Charlotte est d’origine arménienne et Karim est français musulman non pratiquant. Charlotte sort passer la soirée avec des amies quand l’horreur survient.

 

Pour comprendre, se venger, tenter de survivre au drame, Karim va infiltrer Daech, avec une facilité déconcertante.

 

Après les échoués qui m’avait déjà fort impressionnée, ce nouveau roman de Pascal Manoukian est un nouveau coup de cœur, même si attention, il est si percutant qu’il a nécessité que je fasse des pauses dans ma lecture. Mais c’est le monde d’aujourd’hui qu’il nous décrit, dans toute sa violence, dans l’incompréhension que l’on peut en avoir, un récit extrêmement fort et réaliste, auquel l’angle de la fiction donne une liberté et une force supplémentaires. Un roman intelligent qui décrypte le mécanisme de l’embrigadement et dénonce l’horreur imposée au nom d’une religion que les bourreaux détournent et manipulent.

 

Magistral, indispensable et saisissant.

 

p. 203 : « Al-Quaïda vivait à l’âge des cavernes dans les grottes de Tora Bora, Daech vit à celui du buzz et des réseaux. Son cheval de Troie, c’est l’inculture, tous ces cerveaux d’adolescents rendus disponibles à force de les remplir de vide, à force de les abrutir d’hanounaneries, d’« Anges» et de « Ch’tis ».

L’organisation a mis la main sur les codes inventés pour anesthésier une partie de la jeunesse et les détourne en lui faisant prendre des allers sans retour vers Raqqa ou Kobané.

Chaque film de la division médiatique est un formidable teaser pour tous les recalés de la vie. »

 

p. 204 : « La force des barbares est d’utiliser les faiblesses de ceux qu’ils combattent. Il a suffi à Daech d’ouvrir Télé Z pour découvrir les nôtres. »

 

p. 226 : « Daech fait aussi la chasse aux livres, l’autre poison mortel. L’imagination est une arme dangereuse, la littérature, c’est la liberté d’inventer d’autres mondes, or il n’en existe qu’un seul comme il n’existe qu’un seul livre, celui de Dieu. »

 

p. 236 : « Alors pourquoi détruire les bouddhas de Bamiyan, le tombeau de Jonas, les lions assyriens de Raqqa, la bibliothèque de Mossoul et les colonnes du temple antique sur Baalshamin ?

Sur le commandement de quel verset, au nom de quelle sourate ?

Les plus grands conquérants restent ceux qui ont su cultiver les différences.

Mais ceux de Daech ne peuvent pas savoir, ils n’ont jamais ouvert un livre d’histoire, au contraire, ils le brûlent.

L’inculture est le terreau de tous les fanatismes. »

 

 

Don Quichotte éd. , janvier 2017, 285 pages, prix : 18,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : ©Debra McClinton / Getty Images / et Don Quichotte éditions.

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Une bouche sans personne – Gilles Marchand

4 Janvier 2017, 10:58am

Publié par Laure

Une bouche sans personne - Gilles MarchandUn comptable de 47 ans mène une vie relativement solitaire, protégé par son univers professionnel codifié et monotone, et les écharpes dont il se pare hiver comme été pour cacher une cicatrice qu’il a depuis son enfance. Sa vie extérieure se résume au bistrot qu’il fréquente tous les soirs, il y retrouve Lisa, la serveuse, Sam, et Thomas. Un soir, il commence à se dévoiler et à raconter son enfance avec son grand-père Pierre-Jean, qui l’a élevé.

 

Par quelques indices semés ici et là, on devine que son secret a trait à la seconde guerre mondiale et que l’action présente se déroule à la fin des années 80 (il y a encore des francs !).

Au fur et à mesure que le protagoniste se dévoile, le décor autour devient de plus en plus loufoque : la concierge de son immeuble est morte et les poubelles s’amoncellent, jusqu’à ce qu’un ancien militaire y creuse un tunnel pour continuer à entrer et sortir, son univers professionnel et sa vision de la boulangère et d’une vieille dame et son chien prennent une tournure de plus en plus étrange, comme les lettres que reçoit Sam, de ses parents décédés.

 

 

J’ai aimé l’humour absurde qui parsème le récit, pour mieux circonscrire le drame de la révélation finale que l’on sent toutefois arriver petit à petit.

 

Une belle surprise que ce premier roman, original, fort, décalé.

 

 

p. 56 « Je sors la monnaie, je paie et je m’en vais. A peine deux ou trois paroles échangées. Une fois n’est pas coutume. Aujourd’hui, pas d’avis sur mes dernières lectures, pas de conseil. Ce que j’aime ici aussi, c’est le respect de l’humeur, le refus des phrases toutes faites et des considérations météorologiques. Ma librairie est une anti-boulangerie. »

 

p. 206 : « Je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre. Je n’ai pas de méthode. Ou plutôt si, je n’ai qu’une méthode : celle qu’a appliquée consciencieusement Pierre-Jean tout au long de sa vie. Ne pas s’encombrer de la réalité, transformer son présent pour oublier son passé. Il m’avait expliqué que si j’estimais que le monde n’était pas assez beau et que je n’étais pas en mesure de le changer, personne ne pourrait jamais m’empêcher de l’imaginer tel que je voudrais qu’il soit. »

 

 

Lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois proposée par Charlotte.

 

 

 

Aux forges du Vulcain, août 2016, 260 pages, prix : 17 €

Etoiles : 4 étoiles

Crédit photo couverture : © Elena Vieillard et éd. Aux Forges du Vulcain

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Danser au bord de l'abîme – Grégoire Delacourt

2 Janvier 2017, 12:34pm

Publié par Laure

Danser au bord de l'abîme - Grégoire DelacourtC'est l'histoire d'une femme, Emmanuelle (qu'on appelle Emma le plus souvent), mère de trois enfants (deux filles et un garçon), mariée à Olivier, concessionnaire BMW. C’est l'histoire d'une rencontre dans une brasserie le midi, avec Alexandre, et la naissance d'un désir irrépressible. Et tout ce qui va suivre...

 

Grégoire Delacourt renoue avec l'écriture au féminin, se mettre dans la tête d'une femme lui réussit très bien, comme dans la liste de mes envies. La première partie est construite à rebours, le premier chapitre est numéroté 72, et cela va decrescendo vers zéro, le twist inattendu (et qu'il convient de ne pas révéler pour ne pas gâcher la lecture) qui conduit à une deuxième et troisième partie qu'on n'avait pas vues venir de la sorte.

 

J'ai beaucoup aimé la première partie, cette naissance du désir, cette attirance, ce dilemme à surmonter, faut-il partir ou non, ce n'est pas parce qu'elle n'aime plus qu'elle a besoin d'aimer ailleurs, Emmanuelle, elle a besoin d'aimer davantage. L'amour s'ajoute et ne remplace pas.

Cette première partie décrit les sentiments et les analyse avec justesse et réalisme. Sur un sujet moult fois traité, c'est une réussite. Le parallèle avec la Chèvre de Monsieur Seguin, d'Alphonse Daudet, dont le conte est reproduit in extenso à la fin après avoir parsemé le roman d'extraits, est très bien vu.

 

C'est au cours de la deuxième partie que ça se gâte, un peu longuette, ennuyeuse et répétitive. La troisième partie m'a encore bien plus déçue, basculant dans trop de bons sentiments, si peu crédible dans ses descriptions du traitement de la maladie et des choix faits autour, quant au dernier twist, n'en jetez plus, sortez les mouchoirs ou éclatez de rire, et c'est fort dommage, tant la première partie était prometteuse.

 

C'est un roman qui plaira aux amateurs de belles histoires tristes mais finalement positives, aux histoires d'amour pleines de bons sentiments.

 

L'équilibre sur le fil est fragile, entre la danse joyeuse exprimée par le titre et le danger de l'abîme qui la côtoie. C'est l'équilibre permanent de la vie, dont Grégoire Delacourt sait saisir les instants avec beaucoup de justesse, mais hélas ici, beaucoup d'inégalités et des choix trop romanesques qui m'ont fait finir le livre dans la déception.

 

 

Extraits :

 

p. 23/166 (numérique) : « Le désir ne tient pas toute une vie, m'avait-elle dit.

L'amour non plus, lui avais-je répondu. Moi, je crois au premier regard, maman. Je crois à la première impression. Je crois au langage de la chair. Au langage des yeux. Au vertige. À la foudre.

- Ce à quoi tu crois, ma petite fille, cela aboutit au chagrin. »

 

p. 38/166 (numérique) : « Et j'avais deviné ce jour-là sa peine d'être restée, sa colère jamais éclose et ses appétits jamais comblés. Ma mère s’était sacrifiée, elle avait préféré la prudence de la paix à la fureur des chagrins d'amour.

Elle avait plongé dans les livres plutôt que dans les bras des hommes. »

 

p. 39/166 (numérique) : « (…) et que tous deux se laissent emporter par cette vague, haute et puissante, qui charrie soudain les rancœurs, les silences, toutes les frustrations d'un couple dont la fantaisie s'est gangrenée avec le temps. »

 

 

 

 

JC Lattès, 02 janvier 2017, 320 pages, prix : 19 € (existe en numérique : 13,99 €)

Etoiles : 3 étoiles

Crédit photo couverture : © éd. JC Lattès et Clifford Coffin / Condé Nast via Getty Images pour le bandeau de couverture.

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Tropique de la violence - Nathacha Appanah

28 Décembre 2016, 10:18am

Publié par Laure

Tropique de la violence - Nathacha AppanahLe roman s'ouvre sur le récit de Marie, qui revient sur son incapacité à enfanter et l'adoption de Moïse, ce petit garçon possédé par le djinn, parce qu'il est né avec des yeux de couleur différente, il a été abandonné par sa mère, venue accoucher sur l'île de Mayotte, ce territoire français qui s'annonce Eldorado pour beaucoup de migrants.

Or Mayotte, c'est peut-être la France, mais c'est surtout la misère, la violence, la drogue, le chaos, les ghettos (comme celui qui est baptisé Gaza ici, en bordure de la capitale Mamoudzou, et dont Bruce se déclare le chef), et le flux incessant des embarcations de fortune qui déversent des Comoriens qui rêvent de mieux (la France!).

 

Moïse, adolescent de 15 ans, est en prison pour avoir assassiné Bruce. Comment et surtout pourquoi en est-il arrivé là ? A travers un récit choral donnant la parole à chacun des protagonistes (ainsi qu'à un travailleur social en mission pour une ONG), le lecteur reconstitue le fil, en étant fortement ébranlé tout le long de sa lecture.

 

Je ne sais comment Nathacha Appanah réussit ce prodige à chacun de ces romans, de construire une histoire touchante, brillamment écrite et construite, mais celle-ci tout particulièrement possède cette violence qui n'est autre que celle de la réalité, qui fait froid dans le dos mais ouvre sur le monde, notre monde. Un roman saisissant qui pourtant, réussit à placer de la beauté dans cet enfer.

 

Sans doute ma plus belle lecture de l'année.

 

 

Gallimard, septembre 2016, 174 pages, prix : 17,50 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © Éditions Gallimard

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Le bon fils - Denis Michelis

6 Décembre 2016, 08:28am

Publié par Laure

Roman en trois actes (Installation, Perturbation, Confession), ce deuxième ouvrage de Denis Michelis pose la question du bon fils et du bon père.

 

Un homme et son fils adolescent s'installent à la campagne. La mère est partie refaire sa vie, elle ne supportait plus ce « mauvais » fils. Le père lui, en souffre, il est sans cesse épuisé, bon à rien. Albertin (quel curieux prénom), en classe de 1ère ES, est mauvais élève, un peu fainéant sur les bords aussi, plus préoccupé par ses hormones que par les cours (un ado quoi, diront certains!)

 

Les dialogues sont relevés, très visuels, les phrases sont souvent interrompues, formant un enchaînement savoureux,

 

p. 31 : « Je t'ai demandé s'il restait encore du riz.

Mais bon sang tu m'écoutes à la fin ?

Mon père joue les indignés.

Manger, manger, manger.

Qu'est-ce que vous savez faire à part manger, traîner et vous masturber ? »

 

Dans le deuxième acte arrive un personnage tiers, Hans, un vieil ami qui sort d'on ne sait où. Il prend les choses en main pour faire entrer Constant dans le moule. Car oui, désormais Albertin s'appelle Constant. Hans, c'est un peu le père idéal, il cuisine, il bricole, il fait le ménage, il conduit au lycée, il est toujours attentif, mais en filigrane ses méthodes ne sont sans doute pas si nobles. Le vrai père lui « donne » son fils pour l'année scolaire.

Et ça marche, le niveau scolaire de Constant remonte, il rentre dans le pli.

 

Mais la dernière partie interroge, plaçant le lecteur en position inconfortable. Au fond cet Hans existe-t-il vraiment ? N'est-on pas depuis le début aux lisières du fantastique ? Où est la réalité ? Faut-il tuer symboliquement le père ?

 

Une fois encore, après sa critique habile du monde du travail dans « La chance que tu as », Denis Michelis dérange avec la réussite scolaire comme norme du « bon enfant », réussite scolaire mais aussi familiale, et amoureuse.. Roman social, qui joue avec les codes de l'étrange.

 

p.195 : « Encore bravo d'avoir réussi à changer un mauvais fils en bon fils, et que peuvent attendre les bons fils sinon intégrer, une fois leur bac bien au chaud au fond de leur cartable de bon fils, de grandes classes préparatoires qui les guideront vers de grandes écoles, et ces grandes écoles, cher monsieur, leur permettront d'obtenir sans effort de grands diplômes, et ces grands diplômes exerceront une force d'attraction telle que ces bons fils se marieront, auront beaucoup d'enfants qui à leur tour deviendront de bons fils, etc.

Le pays a besoin de bons fils.

Le pays a besoin de vous. »

 

Et peu importe les moyens employés pour y arriver ?

 

Denis Michelis livre un roman étrange, plaisant dans ses dialogues enlevés, troublant dans son atmosphère, qui ne manque pas au passage de faire penser à Œdipe, un roman qui en tout cas ne laisse pas indifférent. Un auteur à suivre !

 

On notera aussi l'intéressante couverture représentant une feuille d'arbre (celui auquel se confie Albertin/Constant dans le roman) et les deux visages qu'elle représente.

 

 

 

Notabilia / Les éditions Noir sur Blanc, mai 2016, 207 pages, prix : 16 €

ISBN : 978-2-88250-425-8

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Visuel : Paprika / et les éd. Noir sur Blanc

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