Les jardins d'Hélène

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Protocole gouvernante – Guillaume Lavenant

9 Octobre 2019, 14:08pm

Publié par Laure

Un premier roman qui sort du lot par son écriture et son histoire, l’une comme l’autre dérangeantes mais qui retiennent l’attention.

 

Une jeune femme est embauchée dans une famille pour s’occuper d’une petite fille. Le grand frère adolescent sera peu présent, de même que le père.

 

Employée par une mystérieuse société créée par un certain Lewis, la gouvernante lit tout comme le lecteur ce protocole extrêmement détaillé rédigé à la deuxième personne et au futur, qui constitue le roman.

 

Incipit : « Vous irez sonner chez eux un mercredi. Au mois de mai. Vous serez bien habillée, avec ce qu’il faut de sérieux dans votre manière d’être peignée. Vous ressentirez un léger picotement dans le bout des doigts ».

 

Et ainsi de suite dans le déroulement du protocole qui par moment peut sembler ennuyeux. Mais il y aura bien évidemment des grains de sable dans les rouages, qui peu à peu intrigueront le lecteur. Quelle manipulation se met en place et dans quel objectif ?

 

Une écriture hypnotique pour un roman quasi dystopique, loin de mes lectures habituelles, mais suffisamment intrigant et bien mené pour m’avoir tenue en haleine jusqu’au bout.

 

Une plume intéressante et à suivre.

 

 

Extrait (p.139) : "Restez attentive au fils. il vous épiera avec de plus en plus de défiance. Concernant Elena, continuez de lui faire la lecture du livre de Strand. Le livre de Strand, chacun d'entre nous a pu l'expérimenter, est un objet à diffusion lente. Il imprègne et détrempe à long feu, à l'image de nos méthodes, disait Lewis, qui doivent imprégner et détremper à long feu."

 

Le lecteur lui en reste imprégné à long feu.

 

 

 

Rivages, août 2019, 189 pages, prix : 18,50 €, ISBN : 978-2-7436-4814-5

 

 

 

Crédit photo couverture : 1973©Billy & Hells et éd. Payot-Rivages.

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Les femmes sont occupées – Samira el Ayachi

9 Septembre 2019, 13:44pm

Publié par Laure

Les femmes sont occupées, au sens d’« assiégées ». La narratrice, maman solo de Petit Chose, a une thèse à finir, une pièce de théâtre à écrire et à monter, c’est son job et elle l’aime. Mais comment s’en sortir, financièrement, moralement, dans une jungle administrative et sociale où l’on questionne et harcèle indéfiniment les femmes, sans jamais interroger les hommes sur leur place au sein de la famille qu’ils ont désertée ?

 

C’est un roman qui a valeur d’essai sociologique, tant les propos sont justes sur la place de la femme au XXIe siècle. Un roman enlevé, au style dynamique, au rythme aussi saccadé que la vie d’une mère célibataire. J’ai aimé l’écriture, l’usage (partiel) de la deuxième personne du singulier, l’insertion des scènes de théâtre hilarantes (où l’humour vire au noir), le courage d’avoir osé écrire ce que beaucoup de femmes n’en peuvent plus de penser tout bas.

 

Empli de références littéraires et culturelles (tout en légèreté, rien d’indigeste bien au contraire), le propos est féministe sans virer chiennes de garde, la charge mentale est omniprésente mais abordée de manière adroitement fictionnelle et #MeToo est passé par là. Elle n’en oublie pas l’ambivalence de ses propres contradictions.

 

Pourquoi ne voit-on pas ce roman partout dans les présentations de rentrée littéraire ? J’en ai bouffé de la presse professionnelle ou grand public depuis le mois de mai, et s’il n’y avait eu un communiqué de presse de Gilles Paris dans ma boite mail, je n’en aurais jamais entendu parler !

 

Venez Samira, qu’on vous serre dans les bras, et qu’on vous dise Merci, merci, merci, au nom de toutes les femmes. Solo ou pas. Et on peut l’oublier sur la table de nuit d’un homme.

 

J’avais commencé à mettre des post-it sur les phrases que je voulais retrouver, et puis j’en suis trop vite arrivée à deux par page alors j’ai abandonné l’idée de citer des passages.

 

Je ne vous en propose qu’un, ç’aurait pu être un autre :

 

p. 158 : « Je reprends mon corps, que tout le monde touchait – sauf moi. Je reprends ma vie et je ne la soumettrai plus jamais. Ni au père, ni au mari, ni à l’amant. Même pas à l’enfant. Qui osera le dire ? »

 

 

 

Ed. de l’Aube, septembre 2019, 246 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-8159-3445-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © LCC – Pixabay / Isabelle Enocq et éd. de l’Aube.

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On ne meurt pas d'amour - Géraldine Dalban-Moreynas

27 Août 2019, 18:13pm

Publié par Laure

Elle emménage dans un loft parisien avec son fiancé, le mariage est prévu dans un an. Elle croise le regard de son voisin, marié, père d'une petite fille. C'est le coup de foudre, le début d'une passion dévorante et dévastatrice, l'enivrement du désir charnel. Classique : adultère, amour, souffrance.

 

L'écriture propre et soignée ne suffit hélas pas à donner assez de souffle à ce récit tant le sujet banal a déjà été maintes fois exploré dans la littérature et au cinéma.

 

On finit par tourner en rond et attendre le ressort dramatique qui réveillerait l'ensemble, mais même la fin, annoncée par quelques indices, est attendue. Sauf peut-être le choix final, qui glace. Il était temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

éd. Plon, août 2019, 208 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-259-27910-9

 

 

 

Crédit photo couverture : ©  éditions Plon.

 

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La grande escapade – Jean-Philippe Blondel

15 Août 2019, 10:46am

Publié par Laure

Je peux bien l’avouer, ce Blondel-là, j’y allais à reculons. Le monde enseignant dans les années 1970 : un sujet qui ne m’intéressait pas vraiment ? J’y ai goûté, ai mis du temps à y trouver ma place, me suis souvent demandé si j’aimais ou pas, verdict : oui, trois fois oui, mais sans doute pas pour les mêmes raisons que d’habitude. Je m’explique.

 

Revenons un peu sur le pitch : 1975, cité scolaire Denis-Diderot, le tout début des classes mixtes, et une époque où les enseignants étaient logés sur place, souvent à l’étage des classes. Un microcosme avec ses règles, ses habitudes, et ses secrets d’alcôve. Les enfants vivent un peu la double peine : à l’école la journée, elle est aussi leur lieu de vie en dehors des cours.

 

Le roman s’ouvre sur une scène d’accroche efficace : Philippe Goubert, dix ans, est suspendu à la corniche du groupe scolaire et peut s’écraser en bas à tout moment : maladroit qu’il est, il fait échouer et condamner le jeu habituel avec ses camarades. L’occasion pour le lecteur de faire connaissance avec les parents. Car dans ce roman il sera surtout question des adultes.  Des jalousies, des désirs secrets, des ragots, et le récit nostalgique ne manquera pas de basculer dans un vaudeville savoureux, la fameuse grande escapade dont je vous laisse la surprise.

 

Réflexions sur l’éducation, les anciens et le modernes dans ce domaine, et un nouvel élan : l’affirmation de la femme.

 

Si l’intrigue en soi ne m’a pas toujours emportée, hormis le délicieux moment à la Feydau et l'observation toujours fine des émotions tout du long, l’écriture de Blondel a gagné en qualité. Si dans ses précédents écrits je me retrouvais davantage dans les histoires, que ce soit celles des adultes en littérature générale ou celles des ados en littérature jeunesse, ici, je trouve que son style a changé, le choix de l’époque peut-être, une langue moins orale, plus classique et travaillée (ou alors je n'y prêtais pas attention mais là elle m'a sauté aux yeux). Qui colle à merveille avec la construction et la dynamique du récit.

 

Donc oui j’ai aimé, davantage pour cette évolution stylistique que pour le récit un brin sociologique d’un milieu qui m’est étranger, et d’une époque révolue.

 

Je peux me tromper, mais je vois bien dans ce roman un premier volume, qui appelle pour moi une suite : la genèse est posée, l’année scolaire évoquée marque le passage de l’enfance à l’adolescence pour le personnage de Philippe Goubert, car finalement, le personnage principal, bien plus que ces couples qui s’emmêlent dans leurs histoires sentimentales et l’évolution du monde enseignant, c’est bien Philippe Goubert, l’alter ego de Jean-Philippe Blondel, non ?

 

Et Philippe Goubert nous laisse sur des débuts de carnets qui ne sont que l’aube d’une nouvelle vie… Et si Philippe Goubert devenait enseignant à son tour ? et écrivain ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Buchet-Chastel, août 2019, 272 pages, prix : 18 €, ISBN : 9782-283-03150-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © Libella.

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Pense aux pierres sous tes pas – Antoine Wauters

31 Juillet 2019, 10:35am

Publié par Laure

Marcio et Léo(nora) sont frère et sœur jumeaux, et mènent une vie rude à la ferme, dans un pays dictatorial non identifié. Soumis à une violence parentale, ils s’échappent mentalement par un lien affectif extrême. Surpris par leur père en pleine relation incestueuse, Léonora sera envoyée dans une autre famille. Au fil des coups d’état et des régimes dictatoriaux, les jumeaux ne cesseront de vivre pleinement, incestueusement ou à l’extérieur, des relations charnelles fortes, dérangeantes, pour affirmer leur propre personnalité, et trouver la liberté.

 

C’est un texte fort que ce « pense aux pierres sous tes pas », injonction du frère à sa sœur dans un moment de fuite, qui rappelle au début néanmoins d’autres œuvres littéraires ayant déjà exploré cette noirceur (je pense notamment à la trilogie d’Agota Kristof, avec son premier volume, le grand cahier, paru en 1986, et qui avait marqué mon adolescence), l’intrigue est dérangeante, pose la question du genre, des choix d’être soi, de l’interdit, de la survie aussi dans un environnement délétère.

 

Un bon roman, qui peut choquer par certains aspects, mais dont la très belle écriture prévaut.

 

 

Pense aux pierres sous tes pas a reçu en janvier 2019 le prix littéraire du 2ème roman décerné par l’association mayennaise Lecture en tête (Laval)

Antoine Wauters est un écrivain belge né à Liège en 1981.

 

 

 

Verdier, août 2018, 182 pages, prix : 15 €, ISBN : 978-2-86432-987-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © éditions Verdier

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L’âme du violon – Marie Charvet

5 Juillet 2019, 15:00pm

Publié par Laure

Quatre personnages, quatre destins, trois époques, mais un objet commun : le violon.

 

Il y a Giuseppe le luthier italien au XVIIe siècle, Lazlo le tsigane dans les années 1930 en France, une jeune peintre sans le sou, parisienne de nos jours, et Charles, un riche entrepreneur amoureux d’une violoniste et de son art… La musique et l’instrument sont au cœur de ce premier roman, mais il faudra attendre le milieu du livre à peu près pour comprendre les liens qui se tissent entre les quatre parties qui alternent. Dès lors le lecteur devinera aisément le dénouement des fils de l’intrigue.

 

C’est un bel exercice, bien écrit, mais qui souffre un peu de son artifice, de quelques longueurs un peu ennuyeuses, d’une alchimie qui peine à prendre. J’ai aimé le personnage de Giuseppe, c’est la partie que je trouve la plus intéressante, les autres n’ont pas réussi à me toucher.

 

Du potentiel, comme on dit, pour ce premier roman qui pour moi souffre un peu de cette construction qui se voulait pourtant être sa force. Pourquoi pas, pour les amoureux de la musique en général et du violon en particulier, a minima.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grasset, avril 2019, 267 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-246-81606-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Arcangel et éd. Grasset

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La plus précieuse des marchandises : un conte – Jean-Claude Grumbert

14 Mai 2019, 10:20am

Publié par Laure

J’ai abordé ce court texte sans savoir de quoi il parlait, oui c’est tout moi ça, je ne lis pas les 4ème de couv et je choisis mes lectures parce que j’ai entendu dire ou lu que c’était bien.

 

Et je me suis pris une claque. Une belle claque. Voici ce que devrait être la littérature au quotidien. Ce conte cruel est un chef-d’œuvre, qui sous une forme naïve mais magnifiquement travaillée dans sa langue, raconte une vérité que le lecteur connaît mais qui n’a jamais été racontée ainsi.

 

C’est un livre à lire, à relire et à offrir, sans dire de quoi il parle, faites confiance à l’auteur et au lecteur, la rencontre des deux est inéluctable.

 

 

 

Seuil, coll. La librairie du XXIe siècle, janvier 2019, 109 pages, prix : 12 €

 

 

 

Crédit photo couverture : © Seuil.

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Vivre, tout simplement – Julie Léal

8 Mai 2019, 14:31pm

Publié par Laure

Un roman « drôle et touchant » comme l’annonce son communiqué de presse, ça ne se refuse pas. On ne se méfie jamais assez des CP toujours enthousiastes et alléchants.

 

Antonin, 34 ans, est croque-mort, enfin maintenant on dit : employé des pompes funèbres. Il accompagne les familles dans l’organisation des funérailles. Il maîtrise parfaitement son travail (d’autant qu’il a hérité de l’entreprise familiale) mais sa vie personnelle est terne et ennuyeuse. Camille va bouleverser sa vie quand elle va entrer dans sa boutique pour préparer ses propres obsèques. Camille est belle, jeune, joyeuse. Le contraire de ses clients habituels.

 

Le ton est donné dès le début, le lecteur s’aventure dans un roman feel-good, et je n’ai rien contre, ça peut faire du bien de lire de bons romans détente. Celui-ci est court, léger… mais voilà : bien trop léger.

Pas de surprise et un morne ennui, c’est ce que j’ai ressenti au fil de ma lecture. Je crois que l’histoire m’a achevée quand elle a pris le 2ème tournant à la mode après le feel-good : le développement personnel. Alors là, si vous lecteur viviez la même chose, que feriez-vous ? Prenez le temps d’y réfléchir. Mais l’auteure n’accompagne pas la pensée, elle l’évite, comme pour aller plus vite. « Je ne vous dirai pas si j’ai ouvert ce rideau. Mais vous, posez-vous la question : qu’auriez-vous fait ? Qu’auriez-vous décidé ? Ouvrir, pas ouvrir ? Terrible choix. […] Et vous, avez-vous déjà eu votre propre rideau à ouvrir ? » (p. 159).

De même dans une scène d’amour qu’elle élude : « J’ouvre ici une petite parenthèse pour vous dire que, ne vous en déplaise, je ne révélerai rien de ma nuit avec Camille. Désolé de vous laisser sur votre faim, je comprends votre frustration, mais c’est ainsi. Cette nuit magique et irréelle n’appartient qu’à nous. Mon petit feu de joie. » (p. 144.) Ah mais je ne suis pas frustrée, je trouve juste cela un peu trop facile. A force d’esquiver tout ce qui est un peu casse-gueule à écrire, il ne reste plus grande consistance.

 

Vivre, tout simplement, est un premier roman qui semble avoir été auto-édité en mai 2018 (sous le titre, Vivre ! et puis c’est tout) avant d’être repris par les éditions Anne Carrière. A conseiller aux lecteurs de « facile à lire, court, feel-good et tendance développement personnel ».

 

 

 

Anne Carrière, mai 2019, 172 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-8433-7952-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Anne Carrière

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Le matin est un tigre – Constance Joly

22 Avril 2019, 14:24pm

Publié par Laure

Alma est bouquiniste sur les quais de Seine. Mariée, elle a une fille adolescente, Billie, quatorze ans. Celle-ci est malade et s’enfonce de plus en plus, sans que les médecins ne trouvent ce qu’elle a, malgré des hospitalisations de plus en plus spécialisées. C’est en s’absentant à l’appel d’un client en Bretagne qu’Alma va trouver la force en elle de guérir sa fille. Quitte à passer pour folle, elle sait bien que c’est un chardon grandissant qui envahit les poumons de sa fille, et non une tumeur, elle a trouvé cette maladie rarissime dans un ouvrage de botanique du vieil homme qui l’accueille.

 

Ce premier roman de Constance Joly est magnifiquement écrit, dans un style très imagé et poétique. Trop peut-être, ce qui pourrait déstabiliser le lecteur amateur de réalisme. Ici, il faut accepter la descente au fond de soi-même, par le biais d’une histoire initiatique de libération de soi.

 

J’ai beaucoup aimé ce texte sans qu’il soit un coup de cœur : trop éthéré par moments, onirique. J’en admire les qualités sans adhérer totalement : j’aime trop le réalisme dans les romans intimistes….

 

A découvrir néanmoins, pour l’écriture, et l’acharnement de cette mère pour sauver sa fille.

 

 

p. 19 : « Un chardon. Une valise. Une fille malade. Alma est incapable de déchiffrer le rébus qu’est devenue sa vie. Alors, elle rêve de plus belle. Rêver rend les choses moins lourdes. Sans en avoir totalement conscience, elle s’est fabriqué un espace un peu moelleux entre elle et le monde. »

 

p. 48 : « Le matin est un tigre qui rampe doucement, en attendant de vous sauter à la gorge. »

 

 

 

Flammarion, janvier 2019, 153 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-0814-4489-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Flammarion

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Ne m’appelle pas Capitaine – Lyonel Trouillot

17 Avril 2019, 10:49am

Publié par Laure

A Port-au-Prince, Aude, étudiante en journalisme, décide d’interroger pour un devoir un vieil homme surnommé Capitaine, dans le quartier défavorisé de Morne Dédé. Elle est issue d’une grande famille bourgeoise blanche, il vit dans un vieux quartier pauvre et sombre, aux nombreuses histoires sordides.

 

C’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres que tout oppose, l’histoire d’un homme obsédé par un amour passé (qui est donc cette femme qui l’appelait Capitaine ?) qui vont trouver une façon commune de voir la vie, ou ce qu’ils peuvent en faire. Elle est tenace Aude, malgré les obstacles.

 

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman, sans doute la richesse de la langue, ample, le rythme parfois saccadé, l’alternance des voix et de la narration, mais je me suis attachée aux personnages. Il m’a manqué certainement aussi une connaissance suffisante d’Haïti. Un beau roman néanmoins.

 

 

Extrait p. 19 : « Le Morne Dédé. Ce qui avait été et ce qu’il en restait. Ce qui avait changé. J’étais venue pour cela. Réaliser mon premier stage de futur grand reporter. Enquêter sur des faits, des dates. Reconstituer une trame. Tissage et discontinuité, selon les termes du directeur. De quoi remettre un bon papier. Ce cours, c’était mon idée. Contre l’avis de la famille. De mes anciens condisciples du lycée français. De Julie, ma cousine préférée et ma meilleure amie. Seul l’oncle Antoine ne s’était pas opposé à mon choix. »

 

p. 45 : « J’ai pris rendez-vous dans ma tête, dans un lieu-dit le Morne Dédé, avec un vieux type qui a la bouche pleine de souvenirs. Joueurs de foot et chanteurs de charme. Institutrices et ménagères. Sa bouche est un lieu de passage, une collecte de petits destins perdus dans les éphémérides. Il ne bouge plus beaucoup et tousse plus que de raison. Mais sa bouche est une vie des autres. On y entend tellement de voix qu’on ne sait laquelle est la sienne propre. Sauf quand monte le cri. Le presque cri. Il tousse trop pour pouvoir crier. Mais cachée sous les autres, il y a sa voix à lui. Une défaite et une révolte. Les deux en même temps. Je me demandais s’il lui viendrait l’envie un jour de me dire qui était cette femme qui entrait dans sa tête à n’importe quel moment, changeait son humeur, lumière et ténèbres, méritant la louange et l’injure. »

 

 

 

Du même auteur sur ce blog : L’amour avant que j’oublie

 

 

 

Actes Sud, août 2018, 147 pages, prix : 17,50€, ISBN : 978-2-33010875-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Kemi Mai / éd. Actes Sud

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