Les jardins d'Hélène

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L'ombre de nos nuits – Gaëlle Josse

7 Janvier 2016, 19:09pm

Publié par Laure

Le roman commence à Lunéville, en Lorraine, au début de l'année 1639. Georges de La Tour prépare un nouveau tableau. Il confie quelques travaux de préparation à deux jeunes apprentis, dont l'un est son fils, l'autre un orphelin recueilli, au talent déjà certain.

Au deuxième chapitre, le lecteur bascule à Rouen, en 2014, dans un musée, où une femme contemple ce même tableau de Georges de La Tour, près de quatre siècles plus tard. Cette blessure de Saint Sébastien soigné par Irène, à la lumière d'une lanterne, (représenté sur la jaquette dépliée du livre et en page intérieure liminaire), lui rappelle l'amour qu'elle a éprouvé pour un homme.

 

Dès lors les chapitres alterneront, entre les secrets de la création de ce tableau que le peintre destine au Roi, les pensées de Laurent, son apprenti et le récit de cet amour douloureux.

 

J'ai beaucoup aimé chacune des « deux » histoires, même si j'ai parfois eu du mal à les relier réellement entre elles, autrement que par l'artifice créé dans l'observation du tableau au musée.

 

J'ai aimé le regard juste de la femme sur son amour passé, sur ce lien qu'elle savait toxique mais dont elle ne parvenait pas à se détacher, la lucidité de son analyse. Les nuits peuvent être longues avant qu'une aube nous tire de leur ombre.

 

Moi qui d'ordinaire ne m'intéresse pas aux romans historiques, j'ai apprécié cette immersion dans le domaine de l'art au 17ème siècle, peut-être justement parce qu'il n'est pas le seul sujet du livre, et parce qu'une histoire d'amour, plusieurs histoires d'amour, se dessinent aussi dans cette partie-là : celle du jeune apprenti, mais aussi l'amour du peintre pour sa femme et sa fille, pour ses enfants plus largement, pour son art.

 

L'analyse toute contemporaine de l'amour de la passante au musée, entre deux trains, est précise, fine, délicate. J'aime cette douceur dans l'écriture, cette précision dans l'expression de l'intime, sans concession sur le fond.

L'ombre et la lumière se répondent, entre celles créées dans le tableau et celles imagées de l'amour défunt.

 

« Il me plaisait sans me convenir. Dans quel livre avais-je lu cette phrase ? Les livres savent de nous des choses que nous ignorons » (p. 65)

 

Après « Nos vies désaccordées », L'ombre de nos nuits est le deuxième roman que je lis de Gaëlle Josse (je garde pour le moment une préférence pour nos vies désaccordées, mais je vais continuer de découvrir son œuvre.... car je devrais bientôt la rencontrer, chut...)

 

A noter : en même temps que L'ombre de nos nuits paraît en poche (chez J'ai Lu) son précédent roman : le dernier gardien d'Ellis Island.

 

 

Éditions Noir sur Blanc / Notabilia, janvier 2016, 195 pages, prix : 15 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © d'après Georges de La Tour, Saint Sébastien soigné par Irène (dit « à la lanterne ») © Musées de la ville de Rouen / C. Lancien, C. Loisel – et éd. Noir sur Blanc.

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Journal de la canicule - Thierry Beinstingel

7 Décembre 2015, 19:02pm

Publié par Laure

Un homme ordinaire, dessinateur industriel employé d'une mairie au service technique voirie, vit seul dans un petit pavillon. Un jour de juillet, le facteur lui fait remarquer que la boite aux lettres de ses voisins d'en face déborde : ils sont partis en vacances sans doute, mais personne ne relève le courrier. La voiture garée dans l'allée a un pneu crevé. Notre homme va pénétrer dans cette maison pour tenter de comprendre : sont-ils simplement partis en vacances, leur est-il arrivé quelque chose ? Étaient-ils dans le ferry qui a coulé dernièrement ? Connaissait-il vraiment ses voisins ? Sous une canicule meurtrière, celle de l'été 2003, l'homme commence à écrire son journal. Avant tout pour se prémunir d'accusations en cas de retour des voisins, car il s'est quand même introduit illégalement dans leur maison en quête d'indices.

Le narrateur accroche son lecteur à la manière d'un polar : les voisins vont-ils rentrer ? Ont-ils été assassinés quelque part ? De même l'homme prend goût à l'écriture et ressent le besoin de remplir quelques pages chaque jour. Un cahier ne suffit plus, il en faut un deuxième, puis un troisième qu'il soignera davantage.

 

Malgré un milieu de roman un peu longuet (il ne se passe grand-chose dans cette vie ordinaire!), j'ai été curieuse de découvrir ce qu'il avait bien pu advenir de cette famille, la personnalité des enfants qu'imagine le diariste, j'ai aimé le mystère ambiant, et l'entrée dans l'écriture et la réflexion qui en découle. De même l'on pourra s'interroger sur la solitude des uns et des autres, on se côtoie sans vraiment échanger, et même au sein de la famille du narrateur, les liens sont distendus.

 

Pas un grand roman, mais un moment agréable, où la réflexion sur l'écriture prend une part croissante intéressante.


 

Extrait :

« Samedi 2 août

Il est tôt. Je suis dans la maison des voisins avec le cahier sur lequel j'écris et qui va bientôt être terminé. Je m'étais promis de ne plus y retourner il y a une semaine. Et puis l'insomnie de cette nuit (à partir d'une heure du matin je ne dormais déjà plus) m'a fait repenser à tout cela. Rien de neuf, rien qui puisse justifier que j'aie à y revenir, pour y chercher quoi d'ailleurs, quels indices ? Rien que les jours qui passent : deux mois d'absence. On ne quitte pas sa maison pour deux mois de vacances. Tout une famille ne laisse pas tout en plan, une corbeille de fruits au milieu de la table de la cuisine, comme si elle allait revenir quelques heures plus tard. Il s'est passé quelque chose d'inhabituel, de non prémédité, un drame comme celui du ferry coulé au Bangladesh, un coup de sang du mari qui zigouille tout le monde ou le crime d'un rôdeur quelque part où ils avaient eu le malheur de passer. »


 

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Fayard, septembre 2015, 256 pages, prix : 18 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Fayard


 

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Le premier jour de ma mort - Philippe Sohier

29 Novembre 2015, 17:48pm

Publié par Laure

Albert, encore au lit auprès de sa femme, se réveille avec une douleur insupportable qui le laisse immédiatement penser qu'il fait un infarctus. Mais plutôt que d'alerter sa compagne, il préfère endurer en silence et voir jusqu'où va le mener ce « premier jour de sa mort ».

Pas dans son assiette, il vaque au ralenti à quelques occupations, et se remémore les choix et les échecs de sa vie. Personnage détestable par sa vanité et son égoïsme, le lecteur est néanmoins intrigué par lui, et les révélations qui se déroulent au fil de la journée.

 

Je préfère ne pas trop en dire, mais les ressorts sont nombreux, donnant un bon rythme au roman. On pourra regretter une accumulation dramatique trop irréaliste, surtout sur la fin, et si au final le roman s'attache à montrer comme la vie de couple peut être triste quand chacun a ses secrets et ses faux-semblants, difficile de prendre en pitié cet Albert, qui avec ses propos sexuels parfois à la limite du vulgaire et ses obsessions érotiques permanentes, se révèle un homme pitoyable.


 

Il y a un ton, un rythme, une analyse de l'intime, mais il y a aussi, hélas, un trop grand enchaînement de clichés dramatiques pour un faire un très bon roman. Un « trop » qui dessert son ensemble malgré de très bons passages (toute la scène avec les pompes funèbres notamment)

A mon habituel regret, un nombre bien trop important de coquilles et fautes d'orthographe et d'accords, surtout dès le début du roman, vient remettre ici en cause la crédibilité de l'éditeur. Quand même la quatrième de couverture affiche « J'ai encore rien dis ! » avec un S, on se dit qu'au contraire, tout est dit. Correcteur est un métier, on voit le résultat quand on préfère le sacrifier. Un plafond plein de fissure sans s, s'afférer au lieu de s'affairer. La mort de l'orthographe dans les romans. Ce n'est pas nouveau, mais c'est de pis en pis.


 

Hugo Roman, septembre 2015, 164 pages, prix : 15 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © iStock et éd. Hugo & Cie

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[Kokoro] - Delphine Roux

13 Novembre 2015, 09:46am

Publié par Laure

De courts chapitres, brefs et pourtant suffisants, disent avec une délicatesse infinie les sentiments et les émotions intérieures d’un frère et d’une sœur des années après le décès accidentel de leurs parents alors qu’ils étaient encore des enfants.

 

Seki, la grande sœur, s’est réfugiée dans sa carrière, mariée, deux enfants, elle fuit dans le travail et la réussite, et a coupé plus ou moins les ponts avec son petit frère Koichi, qu’elle trouve immature.

Koichi quant à lui semble en effet avoir oublié de grandir. Il travaille néanmoins, magasinier dans une bibliothèque, mais il vit hors du monde et des turpitudes quotidiennes. Il est en retrait, dans son monde intérieur. Quelque chose s’est brisé en lui. Seules les visites à sa grand-mère placée en maison de retraite lui offrent un peu de joie.

 

Mais Seki ne se voile-t-elle pas la face ? A-t-elle réellement fait le deuil de ses parents, alors que Koichi, lui, semble ne jamais vouloir sortir de sa peine ? La situation va se renverser, et offrir au lecteur une pluie d’étoiles et de papillons dans le cœur. Le plus fort n’est pas toujours celui que l’on croit ou qui le parait.

 

[Kokoro], comme chaque mot en japonais qui ouvre un chapitre, est un roman sur la reconstruction après un deuil dramatique, sur la relation frère-sœur tout au long de la vie, sur le rapport à soi et au monde, et le récit est tout en finesse et douceur. La délicatesse japonaise sans doute.

Un premier roman intimiste au ton juste. A découvrir.

 

Une lecture qui s'inscrit dans le projet "68 premières fois", les 68 premiers romans de la rentrée littéraire d'automne, proposé par Charlotte.

 

 

Ed. Philippe Picquier, août 2015, 114 pages, prix : 12,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Plainpicture / Score. By Aflo, et éd. Ph. Picquier.

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Les échoués - Pascal Manoukian

12 Novembre 2015, 11:30am

Publié par Laure

En 1992, trois réfugiés clandestins sans-papiers arrivent en France, après un périple aussi rude qu’insoutenable pour le lecteur. Il y a Chanchal, le jeune Blangladais, Virgil, le Moldave, et Assan avec sa fille Iman, les Somaliens. Tous ont fui un pays en guerre ou une misère terrible, tous endurent l’innommable pour un travail sous-payé mais dans l’espoir de faire venir leur famille, ou parce que même le pire de ce qu’ils vivent en France est moins sombre que ce qu’ils vivaient dans leur pays.

 

C’est un roman dont il m’est difficile de parler, tant les scènes prennent aux tripes, peuvent choquer, révolter, mais invitent aussi le lecteur à comprendre et à porter en tous les cas un regard différent sur ce sujet dramatiquement d’actualité. Quelques passages d’humanité et d’empathie redonnent un brin confiance en l’homme, la fin est d’une force rare ; les échoués est un premier roman remarquable, dans tous les sens du terme.

 

 

p. 47 : « Trois choses importent quand on est clandestin. Conserver de bonnes dents pour se nourrir de tout, avoir des pieds en bon état pour être toujours en mouvement, se protéger du froid et de la pluie pour rester vivant. Le reste est superflu. La propreté, l’estime de soi, l’apparence, le confort, il faut savoir renoncer à tout. »

 

p. 84 : «  il avait mis du temps avant de trouver un peu de chaos dans cette forêt dessinée pour les rois. C’est en suivant un chevreuil qu’il avait découvert l’endroit. Les animaux et les clandestins ont des besoins communs : vivre cachés au milieu des vivants, à proximité d’une source d’eau et de deux lignes de fuite. »

 

 

 

Une lecture recommandée par Charlotte, et qui entre bien évidemment dans le projet de lecture des 68 premiers romans de la rentrée littéraire de l'automne 2015.

 

 

 

 

Don Quichotte, août 2015, 297 pages, prix : 18.90€

Etoiles :

Crédit photo bandeau couverture : © Pascal Manoukian d’après © Lucian Coman / dreamstime, © Marcos Ferro/Corbis, ©UNHCR/R. Gangale, © Pirobet, et éd. Don Quichotte.

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Papa, c'est encore loin quand je serai grand ? - Christian Dorsan

22 Octobre 2015, 15:39pm

Publié par Laure

Les notes d'un homme adulte au décès de son père, sous forme de conversation avec lui, qui se poursuit étonnamment après sa mort. L'auteur s'en explique dans une postface. Des réflexions ici et là sur l'on moment où l'on devient adulte, sur le rapport au père et inversement le rapport père-fils, sur ce qu'on ne se dit pas tant qu'il est encore temps.

 

Sans doute un beau texte mais qui ne m'a pas du tout touchée, pas émue, je ne me suis pas sentie concernée un seul instant ni n'ai pu entrer en empathie avec l'auteur/narrateur. Sans doute ce récit sera-t-il plus parlant pour quelqu'un qui aurait perdu son père récemment.

Le livre alterne les propos du fils et du père, les conversations se poursuivent et s’estompent jusqu'à six mois après sa mort. L'ensemble me paraît bien trop personnel sans réussir à toucher à l'universel.

 

Quelques passages que j'ai relevés néanmoins :

 

L'hôpital : « Ce qui m'a surpris, c'est qu'une fois rentré à l'hôpital, tu ne t'appartiens plus, tu es un numéro de sécu, un protocole, une maladie, un ratage de veines, un bassin à vider.

Tu n'as plus rien à dire. »

 

Le deuil : « - Je ne sais pas si je suis dans le deuil en parlant avec toi maintenant.

- Comment ça ?

- Dans le deuil, je ne devrais pas pouvoir échanger avec toi. Le deuil, c'est la construction de ton absence ».

 

 

Une lecture qui s'inscrit dans le Projet 68 Premières fois de l'Insatiable Charlotte.

 

 

 

 

 

Ed. Paul & Mike, septembre 2015, 136 pages, prix : 12 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Paul & Mike

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Camille, mon envolée - Sophie Daull

21 Octobre 2015, 14:53pm

Publié par Laure

Lundi 23 décembre 2013, après quatre jours de lutte contre une maladie non diagnostiquée, Camille, seize ans, meurt. Le 9 janvier 2014, sa mère commence à écrire, à inscrire les faits, dire la douleur et la souffrance, mais aussi l'amour, tout l'amour que des parents ont pour leur enfant.

 

Loin d'être (seulement) triste, ce cahier des derniers jours et de l'après est un hymne magnifique à la vie de Camille, et aussi surprenant que cela puisse paraître, sa mère a su conserver son humour et faire sourire son lecteur entre les larmes. Quelle force surhumaine à Noël et Nouvel-An, quel cirque que ces pompes funèbres !

 

Texte magnifique, brillamment construit, ce n'est pas un « simple témoignage ». Il y a une réelle qualité littéraire, par le choix des mots, le va et vient temporel, qui font de Sophie Daull un véritable écrivain. Cela pourrait paraître indécent, mais j'espère lire un jour un autre texte d'elle, car le talent, elle l'a, même en de si tristes circonstances.

 

Camille mon envolée a toute sa place dans mon cœur et dans ma bibliothèque, entre L'enfant éternel de Philippe Forest, et Philippe, de Camille Laurens.

 

A lire, l'interview de l'auteur (en pièce jointe à la fin de ce billet) qui répond très bien à la question du choix du roman et non du témoignage.

 

 

Un premier roman qui s'inscrit dans le projet de Charlotte, l'insatiable qui a choisi de lire (et a réussi à ce jour) les 68 premiers romans français de la rentrée littéraire de l'automne 2015.

 

 

éd. Philippe Rey, août 2015, 185 pages, prix : 16 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Eugène Boudin, nuages blancs, musée Eugène Boudin, Honfleur, et éd. Ph. Rey

 

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Nos âmes seules - Luc Blanvillain

20 Octobre 2015, 07:47am

Publié par Laure

Clément travaille chez Vogal Software, une boite d'informatique haut perchée dans une tour du quartier de la Défense. Il analyse tout dans sa vie, son travail, sa relation de couple, il est sous pression en permanence. L'évanouissement de la femme de ménage dans l'escalier et la rencontre dans ce même escalier de l'entreprise avec l'étonnante et fantasque Meryl vont bouleverser sa vie.

 

Souvent présenté comme un roman sur le monde de l'entreprise, j'étais assez peu tentée, mais curieuse des bonnes critiques néanmoins, je me suis lancée. Et j'ai immédiatement été en empathie avec les personnages de Clément et Meryl, fragiles, en quête de soi et de l'autre, plus humains et vulnérables que l'assurance froide qu'ils veulent bien montrer aux autres (du moins pour Clément, Meryl est d'emblée bien plus décalée).

Le roman interroge sur la relation de couple, sur le rapport entre travail et vie privée, sur la manipulation et les faux-semblants, mais il me semble qu'il est avant tout un roman sur nos ultra modernes solitudes intimes et profondes.

Il est en cela très réussi, attachant, le personnage de Meryl apporte surprise et envie d'avancer (que va-t-il donc se passer à chaque fois avec elle?), la compagne Myriam ainsi que quelques personnages secondaires sont bien campés.

L'auteur au passage analyse et décrit très bien le mécanisme des attaques de panique et l'engrenage des crises d'angoisse.

J'ai eu un réel plaisir à les retrouver quelques soirées pour faire ce bout de chemin avec eux, mais suis juste un brin déçue par la fin, que j'aurais souhaitée plus fermée, ou alors que le chemin se poursuive un peu plus loin.

 

Quelques extraits :

 

Page 23 : « Personne ne peut imaginer ce qu'on ressent quand l'angoisse relâche sa prise. Ni comprendre à quel point le monde paraît neuf, intact, grisant. On ne va plus mourir. On aime les mots idiots, on aime l'air et le soleil dans les vitres. On aime les conventions, les chansons bêtes, les sentiments. Et puis revient la peur. La peur de l'angoisse. La peur d'avoir peur. »

 

Page 146 : «Dans le métro, il souffre. Une sorte de feed-back amoureux. Inévitable, bien sûr. La vie avec Myriam est si douce. Était. Il comprend maintenant, de l'intérieur, comment ses parents ont pu vivre ensemble si longtemps. A elle seule, la proximité crée de la douceur. La chaleur d'un autre humain. Le monde extérieur n'en propose pas. Elle ne s'achète ni ne se décrète. Deux personnes suffisent à former un petit troupeau. Le couple offre une grégarité liminaire, tout à fait suffisante, plus légère pour les transhumances et non moins rassurante. S'il formulait ces pensées à voix haute, Clément passerait pour cynique, mais sa rupture lui a dévoilé le caractère clanique de la conjugalité. Sa souffrance est celle d'un banni. »

 

Page 195 : « La liberté, répétait un prof de culture générale, en prépa, consiste moins à faire ce qu'on veut qu'à vouloir ce qu'on fait. Formule parfaite pour les managers. »

 

Page 266 : « La solitude a mille visages. Celle de Clément grouille de monde. »

 

 

Une lecture qui s'inscrit dans le Projet "68 Premières fois" de l'Insatiable Charlotte.

 

 

 

 

éd. Plon, août 2015, 328 pages, prix : 20,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Marc Owen / Archangel et éd. Plon

 

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Ma mère du Nord - Jean-Louis Fournier

30 Septembre 2015, 18:07pm

Publié par Laure

Jean-Louis Fournier avait déjà écrit sur son père, sur la mère de ses enfants, sur ses deux garçons handicapés, sur sa femme, sur sa fille, il ne manquait plus que sa mère. C'est fait à présent, dans un texte bref et plein de tendresse, qui intercale des annonces de météo marine, de descriptions de photos, et de récits de leur vie. Combien sa mère s'est effacée et a porté sa famille à bouts de bras, combien elle a souffert de son mari alcoolique, mais combien elle aimait ses enfants derrière son apparente froideur. D'ailleurs, l'auteur a bien failli appeler son livre « la mère est froide », « mais elle n'était pas que cela ».

Ce petit opus se lit sans déplaisir, et ce que j'en retiens, c'est une tendresse joliment exprimée pour une mère défunte. Jean-Louis Fournier a peut-être ainsi bouclé la boucle de ses récits familiaux.

 

 

 

 

p. 123 : « Elle ignorait qu'elle avait été la plus grande chance de ma vie. Je n'ai pas osé le lui dire, elle m'avait appris à taire mes sentiments. »

 

 

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Stock, septembre 2015, 198 pages, prix : 17,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. Stock.

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Ressources inhumaines – Frédéric Viguier

9 Septembre 2015, 09:33am

Publié par Laure

Elle (qui n’a ni nom ni prénom tout au long du roman) a 22 ans lorsqu’elle se fait embaucher comme stagiaire au rayon textile femme d’un hypermarché, où elle gravira très vite les échelons sans aucun scrupule, par des moyens peu avouables, pour devenir chef de secteur textile, poste qu’elle occupera pendant plus de vingt ans. Licenciements pour des broutilles, délation, manipulation, mensonges, promotion canapé, tout est bon pour rester à sa place et faire virer les autres. Le microcosme hypersurveillé de la grande surface, décrit de manière froide et détachée, est bien sombre et déprimant. Tous les personnages sont détestables, mais à l’image sans doute de cet univers qui broie de l’humain au rouleau compresseur.

Dans une seconde partie, « elle » va basculer à l’arrivée d’un nouvel employé… qui adopte vite le comportement qu’elle avait elle-même vingt plus tôt. Sa place est donc menacée…

 

Je ne partage pas l’engouement lu jusqu’ici pour ce roman, ou alors c’est que je ne l’ai pas compris, mais j’ai détesté ce personnage féminin faux et manipulateur, et passée le début de la deuxième partie je me suis honnêtement ennuyée. Si l’image de la poche vide à remplir, métaphorique jusqu’au bout, apporte une curiosité et une triste fin cynique, je n’ai pas ressenti d’émotion(s) à la lecture de ce roman, qui pour un premier roman, campe des personnages particuliers dans un univers sans foi ni loi, somme toute à l’image parfois de notre société, mais qui n’a pas réussi à me toucher.

 

 

Extrait :

p. 39 : Le soir même, elle était dans la voiture du chef du secteur textile.

Il lui a proposé son sexe comme s’il s’agissait de l’offre de la semaine et qu’il attendait son avis sur son potentiel. Elle l’a imaginé en tête de gondole, avec cette affiche : « Promotion en cours, il n’y en aura pas pour tout le monde ! » bien accrochée au-dessus. »

 

 

 

Une lecture du projet "68 premières fois"

 

 

 

 

 

 

Albin Michel, août 2015, 280 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit bandeau couverture : © Plainpicture / Cultura / Seb Oliver. et éd. Albin Michel.

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