Les jardins d'Hélène

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Papa, c'est encore loin quand je serai grand ? - Christian Dorsan

22 Octobre 2015, 15:39pm

Publié par Laure

Les notes d'un homme adulte au décès de son père, sous forme de conversation avec lui, qui se poursuit étonnamment après sa mort. L'auteur s'en explique dans une postface. Des réflexions ici et là sur l'on moment où l'on devient adulte, sur le rapport au père et inversement le rapport père-fils, sur ce qu'on ne se dit pas tant qu'il est encore temps.

 

Sans doute un beau texte mais qui ne m'a pas du tout touchée, pas émue, je ne me suis pas sentie concernée un seul instant ni n'ai pu entrer en empathie avec l'auteur/narrateur. Sans doute ce récit sera-t-il plus parlant pour quelqu'un qui aurait perdu son père récemment.

Le livre alterne les propos du fils et du père, les conversations se poursuivent et s’estompent jusqu'à six mois après sa mort. L'ensemble me paraît bien trop personnel sans réussir à toucher à l'universel.

 

Quelques passages que j'ai relevés néanmoins :

 

L'hôpital : « Ce qui m'a surpris, c'est qu'une fois rentré à l'hôpital, tu ne t'appartiens plus, tu es un numéro de sécu, un protocole, une maladie, un ratage de veines, un bassin à vider.

Tu n'as plus rien à dire. »

 

Le deuil : « - Je ne sais pas si je suis dans le deuil en parlant avec toi maintenant.

- Comment ça ?

- Dans le deuil, je ne devrais pas pouvoir échanger avec toi. Le deuil, c'est la construction de ton absence ».

 

 

Une lecture qui s'inscrit dans le Projet 68 Premières fois de l'Insatiable Charlotte.

 

 

 

 

 

Ed. Paul & Mike, septembre 2015, 136 pages, prix : 12 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Paul & Mike

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Camille, mon envolée - Sophie Daull

21 Octobre 2015, 14:53pm

Publié par Laure

Lundi 23 décembre 2013, après quatre jours de lutte contre une maladie non diagnostiquée, Camille, seize ans, meurt. Le 9 janvier 2014, sa mère commence à écrire, à inscrire les faits, dire la douleur et la souffrance, mais aussi l'amour, tout l'amour que des parents ont pour leur enfant.

 

Loin d'être (seulement) triste, ce cahier des derniers jours et de l'après est un hymne magnifique à la vie de Camille, et aussi surprenant que cela puisse paraître, sa mère a su conserver son humour et faire sourire son lecteur entre les larmes. Quelle force surhumaine à Noël et Nouvel-An, quel cirque que ces pompes funèbres !

 

Texte magnifique, brillamment construit, ce n'est pas un « simple témoignage ». Il y a une réelle qualité littéraire, par le choix des mots, le va et vient temporel, qui font de Sophie Daull un véritable écrivain. Cela pourrait paraître indécent, mais j'espère lire un jour un autre texte d'elle, car le talent, elle l'a, même en de si tristes circonstances.

 

Camille mon envolée a toute sa place dans mon cœur et dans ma bibliothèque, entre L'enfant éternel de Philippe Forest, et Philippe, de Camille Laurens.

 

A lire, l'interview de l'auteur (en pièce jointe à la fin de ce billet) qui répond très bien à la question du choix du roman et non du témoignage.

 

 

Un premier roman qui s'inscrit dans le projet de Charlotte, l'insatiable qui a choisi de lire (et a réussi à ce jour) les 68 premiers romans français de la rentrée littéraire de l'automne 2015.

 

 

éd. Philippe Rey, août 2015, 185 pages, prix : 16 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Eugène Boudin, nuages blancs, musée Eugène Boudin, Honfleur, et éd. Ph. Rey

 

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Nos âmes seules - Luc Blanvillain

20 Octobre 2015, 07:47am

Publié par Laure

Clément travaille chez Vogal Software, une boite d'informatique haut perchée dans une tour du quartier de la Défense. Il analyse tout dans sa vie, son travail, sa relation de couple, il est sous pression en permanence. L'évanouissement de la femme de ménage dans l'escalier et la rencontre dans ce même escalier de l'entreprise avec l'étonnante et fantasque Meryl vont bouleverser sa vie.

 

Souvent présenté comme un roman sur le monde de l'entreprise, j'étais assez peu tentée, mais curieuse des bonnes critiques néanmoins, je me suis lancée. Et j'ai immédiatement été en empathie avec les personnages de Clément et Meryl, fragiles, en quête de soi et de l'autre, plus humains et vulnérables que l'assurance froide qu'ils veulent bien montrer aux autres (du moins pour Clément, Meryl est d'emblée bien plus décalée).

Le roman interroge sur la relation de couple, sur le rapport entre travail et vie privée, sur la manipulation et les faux-semblants, mais il me semble qu'il est avant tout un roman sur nos ultra modernes solitudes intimes et profondes.

Il est en cela très réussi, attachant, le personnage de Meryl apporte surprise et envie d'avancer (que va-t-il donc se passer à chaque fois avec elle?), la compagne Myriam ainsi que quelques personnages secondaires sont bien campés.

L'auteur au passage analyse et décrit très bien le mécanisme des attaques de panique et l'engrenage des crises d'angoisse.

J'ai eu un réel plaisir à les retrouver quelques soirées pour faire ce bout de chemin avec eux, mais suis juste un brin déçue par la fin, que j'aurais souhaitée plus fermée, ou alors que le chemin se poursuive un peu plus loin.

 

Quelques extraits :

 

Page 23 : « Personne ne peut imaginer ce qu'on ressent quand l'angoisse relâche sa prise. Ni comprendre à quel point le monde paraît neuf, intact, grisant. On ne va plus mourir. On aime les mots idiots, on aime l'air et le soleil dans les vitres. On aime les conventions, les chansons bêtes, les sentiments. Et puis revient la peur. La peur de l'angoisse. La peur d'avoir peur. »

 

Page 146 : «Dans le métro, il souffre. Une sorte de feed-back amoureux. Inévitable, bien sûr. La vie avec Myriam est si douce. Était. Il comprend maintenant, de l'intérieur, comment ses parents ont pu vivre ensemble si longtemps. A elle seule, la proximité crée de la douceur. La chaleur d'un autre humain. Le monde extérieur n'en propose pas. Elle ne s'achète ni ne se décrète. Deux personnes suffisent à former un petit troupeau. Le couple offre une grégarité liminaire, tout à fait suffisante, plus légère pour les transhumances et non moins rassurante. S'il formulait ces pensées à voix haute, Clément passerait pour cynique, mais sa rupture lui a dévoilé le caractère clanique de la conjugalité. Sa souffrance est celle d'un banni. »

 

Page 195 : « La liberté, répétait un prof de culture générale, en prépa, consiste moins à faire ce qu'on veut qu'à vouloir ce qu'on fait. Formule parfaite pour les managers. »

 

Page 266 : « La solitude a mille visages. Celle de Clément grouille de monde. »

 

 

Une lecture qui s'inscrit dans le Projet "68 Premières fois" de l'Insatiable Charlotte.

 

 

 

 

éd. Plon, août 2015, 328 pages, prix : 20,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Marc Owen / Archangel et éd. Plon

 

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Ma mère du Nord - Jean-Louis Fournier

30 Septembre 2015, 18:07pm

Publié par Laure

Jean-Louis Fournier avait déjà écrit sur son père, sur la mère de ses enfants, sur ses deux garçons handicapés, sur sa femme, sur sa fille, il ne manquait plus que sa mère. C'est fait à présent, dans un texte bref et plein de tendresse, qui intercale des annonces de météo marine, de descriptions de photos, et de récits de leur vie. Combien sa mère s'est effacée et a porté sa famille à bouts de bras, combien elle a souffert de son mari alcoolique, mais combien elle aimait ses enfants derrière son apparente froideur. D'ailleurs, l'auteur a bien failli appeler son livre « la mère est froide », « mais elle n'était pas que cela ».

Ce petit opus se lit sans déplaisir, et ce que j'en retiens, c'est une tendresse joliment exprimée pour une mère défunte. Jean-Louis Fournier a peut-être ainsi bouclé la boucle de ses récits familiaux.

 

 

 

 

p. 123 : « Elle ignorait qu'elle avait été la plus grande chance de ma vie. Je n'ai pas osé le lui dire, elle m'avait appris à taire mes sentiments. »

 

 

Badge Lecteur professionnel

 

Stock, septembre 2015, 198 pages, prix : 17,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. Stock.

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Ressources inhumaines – Frédéric Viguier

9 Septembre 2015, 09:33am

Publié par Laure

Elle (qui n’a ni nom ni prénom tout au long du roman) a 22 ans lorsqu’elle se fait embaucher comme stagiaire au rayon textile femme d’un hypermarché, où elle gravira très vite les échelons sans aucun scrupule, par des moyens peu avouables, pour devenir chef de secteur textile, poste qu’elle occupera pendant plus de vingt ans. Licenciements pour des broutilles, délation, manipulation, mensonges, promotion canapé, tout est bon pour rester à sa place et faire virer les autres. Le microcosme hypersurveillé de la grande surface, décrit de manière froide et détachée, est bien sombre et déprimant. Tous les personnages sont détestables, mais à l’image sans doute de cet univers qui broie de l’humain au rouleau compresseur.

Dans une seconde partie, « elle » va basculer à l’arrivée d’un nouvel employé… qui adopte vite le comportement qu’elle avait elle-même vingt plus tôt. Sa place est donc menacée…

 

Je ne partage pas l’engouement lu jusqu’ici pour ce roman, ou alors c’est que je ne l’ai pas compris, mais j’ai détesté ce personnage féminin faux et manipulateur, et passée le début de la deuxième partie je me suis honnêtement ennuyée. Si l’image de la poche vide à remplir, métaphorique jusqu’au bout, apporte une curiosité et une triste fin cynique, je n’ai pas ressenti d’émotion(s) à la lecture de ce roman, qui pour un premier roman, campe des personnages particuliers dans un univers sans foi ni loi, somme toute à l’image parfois de notre société, mais qui n’a pas réussi à me toucher.

 

 

Extrait :

p. 39 : Le soir même, elle était dans la voiture du chef du secteur textile.

Il lui a proposé son sexe comme s’il s’agissait de l’offre de la semaine et qu’il attendait son avis sur son potentiel. Elle l’a imaginé en tête de gondole, avec cette affiche : « Promotion en cours, il n’y en aura pas pour tout le monde ! » bien accrochée au-dessus. »

 

 

 

Une lecture du projet "68 premières fois"

 

 

 

 

 

 

Albin Michel, août 2015, 280 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit bandeau couverture : © Plainpicture / Cultura / Seb Oliver. et éd. Albin Michel.

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Changer d'air - Marion Guillot

5 Septembre 2015, 08:57am

Publié par Laure

Le jour de la rentrée scolaire, espadrilles aux pieds « et un goût de sable au coin de la bouche », Paul, prof de lettres, marié et père de deux enfants, part travailler. Témoin d’un incident dans la rade de Lorient – une femme tombe à l’eau, parvient à remonter, et poursuit sa route comme si de rien n’était – Paul ne peut poursuivre son chemin. Il n’ira jamais jusqu’au lycée. Commence alors pour lui une errance où il est comme absent à lui-même. Il plaque tout, maison, femme et enfants, pour emménager dans un petit appartement à Nantes. Appartement qui n’a pas encore d’évier, mais une baignoire sous un velux, à travers lequel il peut voir la cathédrale, ce qui le ravit.

 

Paul va retrouver son meilleur ami Rodolphe, sympathiser avec Simon, l’ouvrier qui vient pour les travaux, et accorder une importance démesurée à Henri, un poisson rouge qu’il a acheté peu après son emménagement. Plus on avance dans le texte, et plus on semble s'approcher de la déréalisation dont le personnage témoigne.

 

J’ai été plutôt décontenancée par ce roman, sans doute trop pris au premier degré, quel homme peut réellement se comporter ainsi pour un poisson rouge mort après sauté de son bocal, quel père de famille peut fuir sa vie du jour au lendemain sans jamais penser ni évoquer une seule fois ses enfants par la suite, … je suis restée étonnée, et suis sans doute passée à côté de quelque chose, car quand même, on est chez Minuit, l’auteur est diplômée de philosophie, alors à force d’enchainer (trop vite ?) les (premiers) romans, son essence m’échappe sans doute.

La fin m’a éclairée, mais l’ensemble me laisse tout de même perplexe, même si tout prend davantage sens.

 

Sans doute faut-il voir dans la chute initiale de la femme dans le port l’image de la vie de Paul et de la période qu’il va passer avant de pouvoir se relever.

Je pense que ce roman mériterait que je le relise pour mieux le saisir, avec un peu de recul, je l’ai peut-être lu trop vite, ou la lecture d’un PDF sur tablette n’a pas été propice au temps et à l’attention que le texte réclame en dehors de son apparente facilité de lecture.

 

 

Une lecture du Projet "68 premières fois"

 

 

 

 

 

 

Éditions de Minuit, septembre 2015, 172 pages, prix : 14 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. de Minuit

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La Vénus aux kakis - Anna Druesne

4 Septembre 2015, 08:35am

Publié par Laure

Emma Berger, décoratrice d’intérieur temporairement sans emploi, se sent humiliée dans son couple par un compagnon qui la rabaisse en permanence en public, et la prend surtout pour la bonne à la maison. Lorsqu’elle découvre qu’il la trompe, ni une ni deux, elle va éprouver légèrement vêtue dans les rayons d’une librairie sa sensualité endormie… C’est là qu’elle croisera le beau et mystérieux Charles Mayer, qui ne tardera pas à l’embaucher pour les travaux de décoration de sa bastide en Provence. Mais son passé familial est chargé et tous deux s’attacheront à l’éclaircir.

 

Un roman que je n’aurais pas imaginé chez cet éditeur, tant il s’agit d’une romance sentimentale à l’érotisme léger, que j’aurais vu plutôt chez Harlequin, Milady romance, ou J’ai Lu pour elle. Mais à bien y réfléchir, Serge Safran a publié cette année un roman érotique autrement plus hardi avec le texte de Bertrand Leclair, La villa du Jouir, donc pourquoi pas.

Bref ce qui m’a déçue dans ce premier roman d’Anna Druesne, c’est le genre dans lequel il s’inscrit : un roman sentimental qui surfe sur la vague Fifty Shades, qui même s’il est bien écrit, se veut d’une banalité constante et prévisible : la pauvre petite va séduire le prince charmant qui a toutes les qualités, surtout celle d’avoir beaucoup d’argent. L’enquête sur le passé tortueux de Charles n’est pas à la hauteur de ce qu’on pourrait en attendre et ne sauve pas l’ensemble, servant davantage de prétexte à l’affaire sentimentale.

 

Les allusions voulues à Charles et Emma Bovary, à la Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch ne me semblent pas aller plus loin que des noms, ou alors je n’en ai pas perçu le sel.

 

Après une première moitié cousue de fil blanc, j’espérais un renversement, quelque chose qui étonne ou dérange, mais non, on restera dans la romance jusqu’au bout.

Pas ma tasse de thé donc, mais à conseiller pour le coup sans hésiter à ceux qui aiment ce genre-là ou qui veulent quelque chose « dans le même genre que 50 nuances », ceux-là devraient aimer, car de ce point de vue, le roman est parfaitement maîtrisé.

 

    

 

Une lecture qui s'inscrit dans le projet "68 premières fois".

 

 

 

 

 

Serge Safran éd., septembre 2015, 443 pages, prix : 23,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Serge Safran éd.

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Le renversement des pôles - Nathalie Côte

23 Août 2015, 16:22pm

Publié par Laure

Deux couples qui ne se connaissent pas sont voisins sur leur lieu de vacances. Dans les deux cas, le couple se délite.

Claire n'aime plus Arnaud et connaît le frisson dans les bras de Simon alors que son mari Arnaud tente naïvement et maladroitement de la reconquérir ; Vincent et Virginie ne pensent qu'à l'argent, et au 4x4 que Virginie veut acheter à la rentrée, surtout qu'elle l'a déjà annoncé autour d'elle, de quoi aurait-elle l'air si ça ne se faisait pas ? Le drame de la classe moyenne qui veut toujours plus.

 

Un roman qui manque malheureusement d'originalité mais dont le rythme fonctionne, c'est plaisant à lire, on a vite fait de s'identifier ou de reconnaître l'un des siens, en se jurant que non, quand même, pas à ce point-là....

 

C'est le roman parfait à lire en vacances, en épiant ses voisins de transat à la piscine de la résidence, ils sont bien tous comme cela ces gens-là, non, à se faire la gueule, à faire semblant, à tout sacrifier aux apparences, à ne pas supporter la frustration constante qu'entretient la société de consommation ? Sinon, loin des vacances, un goût connu de déjà vu déjà lu.

 

Il faut croire que le bouledogue français a désormais supplanté le labrador ou le golden retriever dans l'image de la famille parfaite. (Allusion au bandeau de couverture et au bouledogue qui s'appelle Hercule dans le roman, et qu'on met en photo sur Facebook).

 

 

 

Premier roman, dont la lecture entre dans le Projet 68 premières fois.

 

 

 

 

 

Flammarion, août 2015, 189 pages, prix : 16 €

Étoiles :

Crédit photo bandeau couverture : © Tim Platt / getty Images et éd. Flammarion

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Avec lui. - Nathalie Poitout

22 Août 2015, 15:31pm

Publié par Laure

Marie aime Paul, Paul aime Marie. Parfois, ça se complique un peu.

 

La première partie qui occupe les ¾ du roman les raconte ensemble, des premiers instants à la rupture. Leurs attentes qui ne sont pas les mêmes, Paul qui est déprimé, n'a pas encore fait le deuil de son premier mariage, et en devient ignoble. Marie qui encaisse. Puis deux parties très courtes sur l'après.

 

Ce roman me tentait beaucoup (les lecteurs de ce blog savent combien j'aime les romans intimistes qui décortiquent les relations humaines en général et de couple en particulier) et m'a beaucoup déçue. L'histoire est somme toute banale, et si le personnage de Paul est assez clair dans l'analyse qu'en fait l'auteur, celui de Marie me semble bien plus torturé (je ne suis pas sûre de l'avoir vraiment comprise) mais ce que j'en retiens davantage, c'est le style insupportable. Au début, cela fait de l'effet, des phrases courtes, simples, des fragments (d'un discours amoureux) qui deviennent litanie : Marie aime Paul, Paul aime Marie, Marie attend Paul, Marie a rencontré les parents de Paul, Marie a trente-huit ans, Marie construit des cabanes avec les enfants, ….mais à la longue ça en devient agaçant, STOP ! On a passé l'âge des méthodes d'apprentissage de la lecture : le chat est bleu. Le poisson vole. L'amour c'est dur. L'amour c'est beau. L'amour etc. Oh pardon je m'emporte.

 

Et ce qui m'interpelle, c'est ce point après le titre : Avec lui. Point. Il n'y a jamais de point dans les titres, c'est donc que celui-ci a un sens. Avec lui, point, final. Fin du couple. Après ce n'est plus jamais pareil ? Je n'en sais rien. Et ces copines, - pardon, les amies de Marie - si occupées qu'elles tuent leur ennui en arpentant les rayons du Bon Marché... Elles se sont rencontrées à la Sorbonne ou aux États-Unis, leurs parents sont normaliens et polytechniciens (ah tiens, pas femme de ménage ni ouvrier?), acheter un appartement ne pose aucun problème à personne (c'est aussi facile que d'en écrire la phrase), elles travaillent mais ça ne semble pas les occuper vu que personne n'en parle jamais, ça en devient pédant et c'est insupportable.

 

Désolée.

 

 

Une lecture qui s'inscrit dans le Projet 68 premières fois, puisque Avec lui. est un premier roman de cette rentrée littéraire.

 

 

 

 

 

Alma éd., août 2015, 137 pages, prix : 16 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Alma éd.

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Nous serons des héros - Brigitte Giraud

20 Août 2015, 10:18am

Publié par Laure

Olivio a 8 ans quand il arrive en France avec sa mère, fuyant la dictature de Salazar qui lui a pris la vie de son père. D'abord hébergés chez des amis à Lyon, ils vont ensuite s'installer chez Max, un « rapatrié » d'Algérie, avec qui sa mère refait sa vie. Max est déjà papa d'un petit Bruno, qu'il reçoit un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.

 

Un personnage central du roman, parce qu'il le conduit du début à la fin, est le chat Oceano qu'Olivio a sauvé d'une tempête juste avant de quitter le Portugal, et qui l'accompagnera jusqu'à la sortie de l'adolescence. Oceano est le seul point de repère et d'attachement (avec sa mère) qu'a réellement le petit garçon, et ce chat l'aide à surmonter sa relation difficile avec son beau-père, qui les rejette tous les deux, de manière plus ou moins ouverte. Oceano est interdit dans la maison alors qu'il est le seul point lumineux d'Olivio, Olivio est considéré et traité bien différemment de son fils Bruno.

Tout comme Ahmed, le petit maghrébin du quartier, avec qui Olivio a sympathisé, mais tout aussi rejeté par Max.

On perçoit bien également la soumission de la mère, touchante, sans cesse partagée entre son compagnon et son fils.

 

C'est un magnifique roman sur l'exil, les racines, sur la construction de soi, de l'enfance à l'adolescence et à l'âge adulte par les événements de l'Histoire (la dictature puis la révolution des œillets en avril 1974), les événements de la vie (la perte d'un père, la famille recomposée), et l'affirmation de soi d'un jeune garçon sensible et doux.

Le roman aborde également le thème de l'engagement politique, qu'il soit sur place ou à distance.

 

J'ai beaucoup aimé ce roman de Brigitte Giraud, pour l'empathie immédiate et constante que j'ai ressentie pour le personnage d'Olivio, que j'ai aimé retrouver comme un moment d'intimité égoïste le temps de ma lecture ; j'aime l'écriture simple et pourtant si juste de l'auteur.

 

Si j'avais lu la quatrième de couverture, je n'aurais a priori pas choisi ce roman (la thématique ne m'intéressait pas spécialement) mais je l'ai choisi « à l'aveugle » parce que j'aime ce que fait l'auteur en général, et bien m'en a pris car ce fut un très bon moment de lecture, mais pas seulement, c'est aussi un texte qui reste longtemps ancré en soi. Un beau roman de cette rentrée littéraire d'automne.

 

 

Stock, coll. La Bleue, août 2015, 198 pages, prix : 17,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Stock

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