Les jardins d'Hélène

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Manuel de survie à l'usage des incapables - Thomas Gunzig

26 Août 2013, 08:07am

Publié par Laure

Le début du roman est aussi alléchant qu’intrigant. Le lecteur se trouve embarqué à bord d’un baleinier avec Wolf  pour la quête du St Graal : la pêche à la baleine, que personne jusqu’alors n’a réussi à capturer. Et que croyez-vous qu’il se passât ? Mais la baleine ne vaut rien, car elle possède un numéro de série posé par la marque Nike. Eh oui, tous, hommes comme animaux ont désormais un code génétique modifié placé sous copyright. Pour un début qui décoiffe, c’est plutôt réussi !

Mais c’est au supermarché que les aventures vont se dérouler, entre licenciement abusif, hold-up, vengeance, avec une brochette de personnages hors normes (Blanc, Brun, Gris, et Noir qui sont quatre jeunes loups au propre comme au figuré, auteurs d’un hold-up sanglant qui cherchent à venger ensuite le décès de leur mère)

Si la première moitié m’a séduite par son côté burlesque, étonnant et décalé, sa vision à peine anticipée de notre monde devenu fou, j’ai trouvé au bout d’un moment que l’histoire tournait quand même un peu en rond. On va jusqu’au bout néanmoins, mais le récit s’essouffle et perd de son intérêt (pour moi du moins) Dommage car l’univers créé était prometteur, le supermarché comme allégorie du monde capitaliste est bien vu et à peine poussé à l’extrême, j’ai découvert Thomas Gunzig par cet ouvrage et serai sans doute tentée d’aller voir ce qu’il a fait d’autre, car les histoires qui « surprennent » vraiment ne sont pas si courantes.

 

Extrait : p. 105 « Les centres commerciaux prospéraient sur la misère. Pour vendre aux pauvres, ils avaient embauché d’autres pauvres qu’ils faisaient bosser à des cadences infernales. Ça maintenait le taux du chômage dans des chiffres que les hommes politiques jugeaient acceptables pour leur image de marque, ça épuisait tellement les travailleurs qu’une fois rentrés chez eux ils ne pouvaient que très difficilement penser à autre chose qu’à bouffer une moussaka surgelée, boire un coup et s’endormir devant la télé. C’était une bonne façon de maintenir la paix sociale. En fait, il n’y avait qu’une seule loi : l’hyper-productivité, mesurée en euros par heure travaillée. »

 

Au Diable Vauvert, août 2013, 420 pages, prix : 18 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Au Diable Vauvert

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Monde sans oiseaux - Karin Serres

25 Août 2013, 07:33am

Publié par Laure

Déjà reconnue en littérature jeunesse et en théâtre, Karin Serres signe avec Monde sans oiseaux un somptueux roman de littérature générale. Entre violence et sensualité, noirceur et luminosité, poésie et fantaisie, ce monde qui tend vers une fin sombre brille par la maîtrise de son récit et de son écriture !
Dans un pays inconnu probablement nordique, à une époque indéterminée qui pourrait être contemporaine, les oiseaux ont disparu. Ils ne volent plus dans le ciel, tout comme les volatiles de basse-cour que l'on mangeait ont disparu. Petite Boite d'Os raconte le périple de sa vie : de sa naissance sur le sol d'une chambre jusqu'à un âge très avancé, elle raconte ceux qui l'entourent dans ce paysage où le lac, les poissons et les morts ont une place importante. Traditions ancestrales, drames de la vie, rudesse, cochons domestiqués, le lecteur est surpris et charmé par cet univers unique et étonnant.
Un roman dont la brièveté (122 pages à peine) n'entache en rien la parfaite concision et la remarquable qualité. Un premier coup de cœur dans cette rentrée littéraire !


Lu en juillet 2013 dans le cadre de l’opération « on vous lit tout !»  proposée par Libfly.com et Furet du Nord, qui offre à ses contributeurs des lectures de la rentrée littéraire en avant-première.


éd. Stock, coll. La Forêt, août 2013, 122 pages, prix : 12,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. Stock.

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Le fils de Sam Green - Sybille Grimbert

24 Août 2013, 07:23am

Publié par Laure

Le fils de Sam Green est une mise en fiction de l’affaire Bernard Madoff.

L’histoire est racontée ici par le fils, qui va devoir affronter des années de procès afin de démêler le vrai du faux quant à sa participation (est-il victime ou complice dans cette affaire ?) dans les malversations financières qui ont conduit à l’arrestation et la condamnation de son père, Sam Green.

J’ai achevé ma lecture sur une impression mitigée : je me suis hélas fort ennuyée pendant la première moitié du roman. Récit morne et plane d’une vie oisive et plus que dorée quand les relations familiales et la réussite paternelle vous sourient par ricochet, il ne se passe à vrai dire pas grand-chose, ni dans le démontage qui pourrait expliquer le système frauduleux mis en place, ni dans la vie des personnages. A se demander où veut vraiment en venir l’auteur. Le roman commence à devenir réellement intéressant dans sa deuxième moitié, lorsque des relations plus humaines interviennent, le sens vrai de l’amitié et de la fidélité. Tout bascule alors et prend sens, la position du fils (comme du père) se dessine peu à peu et l’on ressort du livre avec le sentiment que c’est là du bel ouvrage. Malheureusement le déséquilibre du roman et des impressions éprouvées au fil de ma lecture (ennui et envie d’abandonner avant de basculer dans l’attention captive) m’empêchent de le placer au rang des lectures exceptionnelles. De même ce roman aurait pu être le moyen d’expliquer un peu de manière simple le fonctionnement des manipulations financières mises en cause, or il reste très évasif et distant sur ce point. Un sentiment mitigé, donc.

 

Lu en juin 2013 dans le cadre de l’opération « on vous lit tout !»  proposée par Libfly.com et Furet du Nord, qui offre à ses contributeurs des lectures de la rentrée littéraire en avant-première.

 

 

Anne Carrière éd., août 2013, 184 pages, prix : 18,00 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Anne Carrière éd.

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Les évaporés - Thomas B. Reverdy

23 Août 2013, 06:18am

Publié par Laure

Au Japon, Kazehiro est licencié de la banque dans laquelle il travaille, alors qu'il n'a pas commis de faute. Il décide de disparaître sans rien dire à personne. Il devient « Kaze » en même temps qu 'il rejoint cette catégorie de personnes qu'au Japon on appelle « les évaporés ».

p. 110-111 : « Ce que nous appelons ici johatsu remonte à l'époque Edo. Les criminels ou les gens qui avaient une dette d'honneur allaient se purifier aux sources du mont Fuji. Il y a là des sources chaudes et des établissements de bains, ce sont des villes d'hôtels. Ils prenaient une auberge, ils entraient dans les bains de vapeur, et ils disparaissaient. C'est pour cela qu'on les appelle des évaporés. Peut-être certains se suicidaient en prenant le chemin de la forêt. Mais d'autres réapparaissaient, quelques années plus tard, ailleurs. »

Sa femme reste seule. De même sa fille Yukiko, partie vivre à San Francisco, s'inquiète de cette disparition. Elle invite son ex petit ami, Richard B., poète et détective privé, à partir au Japon avec elle pour retrouver son père.

Le lecteur suit le parcours et les pensées de quatre personnages : Richard B, Yukiko, Kaze, et Akainu, un jeune garçon que Kaze prend sous son aile, car ce dernier a perdu ses parents dans le tsunami et témoin d'un crime, il s'enfuit de peur qu'on ne l'en accuse.

Errance, quête (de soi, de la vérité, du disparu), ce roman décrit les mouvements furtifs des uns et des autres, qu'ils soient réels ou intérieurs. Drame du tsunami qui a engendré celui de Fukushima, misère et mafia, le Japon n'est pas toujours cet idyllique pays du zen.

J'ai eu du mal à comprendre où l'auteur voulait vraiment en venir, tout me semble abordé sans que le lien ne se fasse convenablement, parfois des pages de descriptions plus ou moins éthérées et ennuyeuses sont posées là, passée la moitié j'ai eu envie d'abandonner, l'ennui pointant trop son nez. Richard B. le paumé, Kaze qui cherche à dénouer la raison de son licenciement, Yukiko la déracinée qui n'est ni vraiment américaine et qui n'est plus considérée comme japonaise par les siens, Akainu qui représente le parcours des victimes et survivants du tsunami... Le passage qui m'a le plus intéressée est celui où Richard B. explique l'analphabétisme de l'étranger au Japon : une langue qu'il ne comprend pas et ne peut pas déchiffrer du fait des caractères non latins, sa difficulté à prendre des cours (la difficulté de la langue elle-même) et son sentiment de solitude et d'isolement extrême.

 

Un roman qui n'a pas réussi à me toucher, et qui m'a paru un peu creux une fois expliqué le phénomène pour nous inconnu des «évaporés ».

 

p. 25-26: « Yukiko était japonaise et jolie. Lorsqu'elle n'était pas serveuse, elle était comédienne, c e qui était une sorte d'hyperbole de la dèche, parce qu'il y avait encore plus de comédiennes que de serveuses en Californie. Mais elle portait ce destin avec une superbe admirable. Vous ne pouviez la manquer dans la rue. Elle avait quelque chose, une sorte de vibration, un sillage quand elle marchait : il semblait que l'air tremblait autour d'elle comme s'il n'osait pas la toucher. Les chances qu'ils se rencontrent étaient très minces, celles qu'elle accepte de coucher avec lui véritablement minuscules, ce qui fait qu'il avait vécu leur histoire comme un miracle permanent. »

 

Flammarion, août 2013, 304 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Sylvain Grandadam /Hoa-Qui et éd. Flammarion

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La nuit en vérité - Véronique Olmi

22 Août 2013, 06:28am

Publié par Laure

p. 36 : […] un gros qui s'appelle Enzo Popov, ça fait rire instantanément, c’est un rire comme la peur, évident et transmissible, on ne peut pas expliquer pourquoi, mais de tout temps et pour toutes les générations, un gros qui s'appelle Popov, c'est à mourir de rire. »

 

Enzo Popov est un gamin de douze ans qui vit seul avec sa mère, Liouba, « encore dans la vingtaine » (elle a 29 ans et l'a donc eu très jeune), dans un riche appartement parisien où ils occupent une petite pièce en échange du ménage quotidien auquel se tue sa mère. Les propriétaires ne sont jamais là, ou juste de passage. Cette situation permet à Enzo de fréquenter un bon collège du 1er arrondissement de Paris. Mais voilà, il n'est pas comme eux, il est pauvre, gros, mal fringué, et il ne connaît pas son père. Il devient vite la tête de turc des élèves de sa classe, qui vont lui faire subir les pires violences et humiliations. Enzo n'a que sa mère, la littérature pour s'évader, et ses rêves, dans lesquels il s'échappe de plus en plus.

 

Quel beau roman que cette nuit en vérité, un roman douloureux et sombre, certes, mais qui porte en lui quelque chose de lumineux. Onirique, presque fantastique, il dit le lien mère-fils, la quête des origines, du père, le besoin de vivre sa jeunesse pour la mère tout en étant une bonne mère malgré le peu de moyens, la violence crasse et la bêtise des jeunes dès lors qu'ils sont en groupe, les faux-semblants, les erreurs d'interprétation, mais aussi, l'espoir. Ce qui ne tue pas rend plus fort dit-on. Véronique Olmi décrit avec sensibilité les manques de ces deux personnages, la violence sourde n'est pas sans rappeler son premier « bord de mer », le besoin d'aller de l'avant, toujours : un roman intimiste et d'initiation, sur un douloureux passage à l'âge adulte.

 

Une lecture en avant première par le biais d'un livre voyageur proposé par une lectrice du site Libfly, dans le cadre de l'opération « On vous lit tout », partenariat des sites Libfly et des librairies Furet du Nord. Merci pour cette belle découverte !

 

 

Albin Michel, août 2013, 308 pages, prix : 19 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Albin Michel

p 41 : « Elle vivait comme une femme mise sur écoute, et Enzo se demandait si cela n'était pas en rapport avec ses origines russes, ce qu'il ne lui demanderait jamais, car il était interdit de parler à Liouba de son lieu de naissance, de ses parents, et il ne lui échappait jamais un mot de russe, pas même un juron, et à part son nom et son prénom, rien ne la désignait comme étrangère. Elle n'avait aucun accent. Enzo ne savait rien à la vérité, pas même qui était son propre père. Liouba le savait-elle ? A dix-sept ans on n'a pas tant d'amants, à moins... A moins qu'il ne soit pas né d'un amant. Mais cela, Enzo ne voulait même pas y penser. Il se disait que s'il était né, c’est qu'il l'avait sûrement voulu. Liouba ne lui avait jamais parlé de son père. Pas une remarque, une allusion, et ce n'était pas une absence, c'était un blanc. »


p. 84-85 : « Enzo ne retourna pas en classe. Il laissa le temps s'écouler, caché dans un recoin du couloir. Ça n'était pas son poids, son nom, sa mère ou son odeur. C'était son origine sociale, qui les indignait tous. D'où il venait, Enzo l'ignorait et les autres ne le supportaient pas. C'était à eux qu'il fallait demander qui était son père, car ils avaient une conscience aiguë de la provenance de chacun et de sa place sur l'échiquier. On va te dire qui t'a posé là, mon petit Popo : c'est pas une cigogne, c'est pas une fée, c'est un … C'est un autre. Un pas pareil. Un qui t'a marqué au front. Tu le connais pas, mais tu lui ressembles. Nous, on lit en toi comme dans un livre ouvert. Non, ton père n'est pas le nôtre et la chance, comme dit si bien le directeur, c'est nous. Ce côté-là de la Seine, ce côté-là de la vie. Mon garçon. »


p. 144 : « Enzo s'assit sous le préau. Il fallait qu'il trouve le moyen d'exister dans ce monde à moitié disparu, pour rapporter à sa mère des bulletins exemplaires qui la récompenseraient de tout le mal qu'elle se donnait pour faire de son fils un enfant parfait, et d'elle, par ricochet, une mère parfaite. Il était son miroir. Il était son reflet. Sa perfection ferait de Liouba un être d'exception, la première sur le podium de la maternité. Qu'importeraient alors l'indifférence, l'hostilité ou le mépris des autres ? Je lui donnerai ce qu'elle attend, se promit-il. Il tricherait. Il mentirait. Il inventerait mille histoires et mille ruses, mais il y arriverait, et non seulement Liouba serait fière, mais plus personne jamais n'oserait l'insulter. Enzo avait compris en regardant le ciel mort, que jamais rien de beau ni de puissant ne naîtrait de ce collège. Il ne servait à rien de s'acharner à faire surgir de l'or, là où la terre était aride et le ciel éteint. »

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La femme infidèle - Philippe Vilain

23 Juillet 2013, 17:44pm

Publié par Laure

la femme infidèle

Pierre Grimaldi découvre par hasard sur le téléphone portable de sa femme des textos sans équivoque qui ne lui sont pas destinés. « Je n’oublierai jamais le jour où j’appris que ma femme me trompait » : ainsi commence le récit du vertige intérieur et retenu dont souffre le personnage principal.

Il réfléchit, il rumine, il ne cherche pas le dialogue ni l’affrontement, il observe, épie, et se tait. Si les pensées intérieures sonnent juste, elles finissent toutefois par tourner un peu en rond et à lasser un peu le lecteur alors tenté de sauter des pages ou d’en lire en diagonale.

Aussi vite oublié que lu, hélas, pour ma part.

 

Grasset, janvier 2013, 153 pages, prix 14,95 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Getty images et éd. Grasset / rephotographié par moi

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Lundi noir – Dominique Dyens

16 Juillet 2013, 15:10pm

Publié par Laure

lundi noirPaul Deshoulières, 55 ans, est un homme d’affaires accompli qui mène une vie bourgeoise confortable. Marié à Alice, qui voue un amour démesuré à l’argent et au niveau de vie qu’il lui permet, ils ont deux grands enfants partis faire leurs études à l’étranger. Tout semble donc aller pour le mieux dans ce couple aisé, mais il suffit de gratter un peu le vernis des apparences pour que celui-ci s’écaille à toute allure. Les adultères vont bon train, l’amour n’a plus grand sens, et Paul souffre en silence : depuis qu’il a été opéré cinq ans auparavant d’un cancer de la prostate, il est impuissant. Prêt à tout pour que sa femme ne le quitte pas, il n’a qu’une solution : lui offrir toujours plus d’argent, et pour ce faire, il comment un délit d’initié. C’est le début des ennuis.

 

Le début du roman est assez pénible à suivre, et agaçant sur certains points : beaucoup de termes et de sigles financiers dont on n’est pas forcément familier (je n’ai pas de master en CAC40), beaucoup de name dropping sur les boutiques du Faubourg Saint Honoré et les châlets à Gstaad (on n’est pas du même monde), sans trop que l’on sache bien de quel côté penche l’auteur. Mais quand les gros ennuis financiers de Paul semblent s’envoler comme par magie (un chèque anonyme lui arrive par la Poste), l’intrigue commence réellement et le lecteur y va de ses hypothèses. C’est bien plus complexe que ce que l’on aurait pu imaginer, et bien plus humain aussi que la superficialité énoncée de prime abord.

 

Je n’en dis pas plus, mais comme toujours avec les romans de Dominique Dyens, une fois commencé il est impossible de ne pas aller au bout d’une traite tant c’est bien ficelé.

 

Quelques points forts de ce roman : la façon très naturelle et courageuse de parler de la maladie, des suites d’un cancer de la prostate, de l’impuissance : il me semble que ce sujet est assez peu abordé en littérature, et le lier ici à la puissance (de l’argent) est doublement intéressant. Qu’est-ce qui fait un homme ? un statut social, un compte en banque qui déborde ou un sexe en pleine vigueur ?  De même la maladie d’Alzheimer est abordée très justement, sans fard, avec un autre personnage très important que je vous laisse découvrir. On a beau être très bien informé sur le sujet, les mots d’une réalité tangible restent touchants. Comme si la fiction était plus forte encore que tout ce que la littérature grise vous apprend au quotidien.

 

Le drame bourgeois est à son faîte, le vernis s’écaille, et le naturel revient au galop : c’est bien ce qu’on attendait de l’auteur, qui offre une fois encore (après Intuitions en 2011) un roman fort et prenant sur le jeu de l’amour et du pouvoir, même si ici l’aspect financier un peu trop développé peut rebuter un peu le lecteur qui n’est pas fan de cette actualité-là…

 

(Merci à Sylvie qui m’a offert ce roman pour mon dernier anniversaire)

 

 

Héloïse d’Ormesson, mai 2013, 205 pages, prix : 17 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Emmanuel Pierrot / VU’ et EHO.

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Matantemma - Michel Picard

15 Juillet 2013, 19:40pm

Publié par Laure

(ah le plaisir simple de ressortir un vieux livre pour lequel aucune attachée de presse ou autre community manager n'attend d'article!)

 

matantemmaUn neveu rend visite chaque année à sa tante Emma (qui se prénomme d'ailleurs Eliane!) et son oncle André, couple de retraités installé dans les Ardennes. Depuis qu'elle est la retraite, « Matantemma » est une obsessionnelle du ménage : elle passe ses journées à briquer, frotter, laver, chasser le sale qui aurait bien quelque affinité avec le mal. Son mari, Mononclandré, est plus serein et s'occupe entre bricolage et ordinateur.

La première prouesse de l'auteur est d'avoir réussi à développer et renouveler son thème sur deux cents pages : toutes les techniques et toutes les manies nous sont narrées ! La seconde prouesse est bien sûr dans ce qu'il y a au-delà, dans cette vie singulière, dans ces activités routinières que l'on met en place à la retraite, pour s'occuper, pour se rassurer, dans la description fine de ce couple, de cette génération, où à bien des moments on pense à untel ou untel, des petits vieux comme cela, englués dans leurs habitudes qu'il ne faut surtout pas changer, on en connaît tous. Et gardons-nous bien de critiquer, comment serons-nous nous-mêmes ?

La dernière prouesse enfin, est dans les dix dernières pages, avec une fin brillamment amenée et conduite jusqu'aux dernières lignes.

Elle nous a agacée tout au long du livre cette Tantemma , et pourtant à la dernière ligne, on les aime ces deux-là, et avec quelle ironie du sort on salue le talent de l'auteur pour ce bon moment passé, et son écriture précise et juste.

 

Buchet-Chastel, août 2007, 189 pages, prix : 15,20 €

Etoiles : 

Crédit photo couverture : éd. Buchet-Chastel

 

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Juste avant le bonheur - Agnès Ledig

27 Mai 2013, 19:42pm

Publié par Laure

 

juste-avant-le-bonheur.jpgJulie, 20 ans, est caissière dans un supermarché, malmenée par la clientèle à peine aimable et un chef tyrannique, mais ce job est vital pour elle qui a la charge, seule, d'un petit garçon de trois ans, Lulu. Alors qu'elle laisse poindre une larme de désespoir et de fatigue, un homme qui aurait l'âge d'être son père, fraichement divorcé, fait ses courses de célibataire désemparé et lui adresse quelques mots gentils. Empathie, compassion, douceur, il ne demande qu'à la connaître mieux et à l'aider, lui qui le peut financièrement. Mais pour Julie le plan paraît louche et le Prince charmant des contes de fée, ça n'existe pas. Pourtant, il va proposer d'emmener Julie et son petit garçon dans sa maison de Bretagne, juste pour faire un break, sans aucune attente en retour. Son fils médecin, qui ne se remet pas du suicide de sa femme, est du voyage.

Tous ces bras cassés vont se ressouder et sourire à nouveau à la vie, le lecteur sourit lui aussi à ce roman doudou, qui met du baume au cœur, façon « ensemble c'est tout » de Gavalda.

La deuxième partie change l'orientation du roman (ne lisez surtout pas la quatrième de couverture, car même si elle a été modifiée, elle en dit encore trop, et on trouve encore sa première version sur certains sites de vente, qui dévoile un élément pivot du roman qui survient pourtant tardivement : tout l'intérêt de la lecture est gâché : vous savez tout avant même de commencer!), cette deuxième partie, donc, quoique très réaliste (trop sans doute) relève plus de la collecte d'échanges de séances de psychothérapie que du roman. C'est dommage, sans cela je donnais volontiers 5 étoiles à ce roman. L'auteur semble y avoir intégré un drame personnel, et avec tout le respect que l'on peut y porter, cela affecte un peu le roman. Trop réel, pas assez de distance. La fin peut-être un peu facile aussi, mais l'on ne sait plus très bien, alors qu'on a sorti les mouchoirs pour pleurer, si ce roman fait du bien ou pas. J'ai perdu en route le côté « bonbon » du début, pour avoir l'impression de lire ensuite le récit personnel de l'auteur.

Malgré tout, c'est un roman qu'on n'a pas envie de quitter. Si le bonheur passe par l'entraide et la bienveillance, il passe aussi, ici, par la résilience. Pas si léger, donc.

 

Agnès Ledig vient d'obtenir le Prix Maison de la Presse 2013.

 

La sélection des titres en lice était la suivante :

 

Je vais mieux de David Foenkinos (Gallimard)
Éclats de voix d’Yves Hugues (Les Escales)
Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig (Albin Michel)
L'enfant de Calabre de Catherine Locandro (Héloïse d'Ormesson)
Le silence de Jean-Guy Soumy (Robert Laffont)
L'atelier des miracles de Valérie Tong-Cuong (JC Lattès)

 

(Roman lu dans le cadre du Club Testeurs d'Amazon)

 

Albin Michel, mai 2013, 342 pages, prix : 19,50 €

Etoiles : stars-4-0. V192553758

crédit photo couverture : © éd. Albin Michel.

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Les petites mères - Sandrine Roudeix

6 Mai 2013, 19:36pm

Publié par Laure

 

petites-meres.jpgL'auteur a du mérite, car j'avais égratigné son premier roman, et c'est sans rancune qu'elle est revenue vers moi pour me proposer la lecture du second. Je la remercie pour cette confiance et son ouverture d'esprit.


Les petites mères, c'est l'histoire d'une lignée de femmes, dont Rose est la dernière. Âgée de 23 ans, elle doit présenter son fiancé à sa mère et aux aînées de la famille.

Les femmes de cette famille semblent reproduire un même schéma : toutes ont été abandonnées par leur homme. Toutes souhaitent bien sûr que Rose rompe cette malédiction et épouse son Martin.

C'est dans la préparation du dîner et des retrouvailles avec Rose et son compagnon que se dévoile l'histoire de ces quatre femmes : l'arrière grand-mère, Conception, 88 ans, dite ici « la vieille en sucre », fille-mère elle a épousé l'épicier italien qui a bien voulu accepter l'enfant d'un autre, elle a eu quatre filles dont deux sont mortes ; Fernande, 64 ans, la grand-mère ; Babeth, la mère chez qui se passe le dîner, et Rose, l'arrière petite-fille vers qui se portent tous les espoirs.

Elles ont souffert ces femmes, se sont forgé leur caractère, et se demandent si un jour la reproduction de ces tristesses amoureuses cessera.

Si le roman se lit tout seul, je suis trop souvent restée sur ma faim : j'aurais aimé en savoir plus sur les hommes et leur raison de partir, sur la vie de ces femmes et leur rapport à l'amour, plus sur le pourquoi d'une telle méchanceté dans les propos de Fernande. Je me suis parfois presque perdue dans les propos d'unetelle ou unetelle (mince, qui est-elle déjà), le choix narratif surprenant m'ayant parfois un peu égarée : alternance de récit à la première personne et à la troisième personne pour un même personnage. De même j'ai trouvé dommage d'avoir indiqué une fratrie de filles (Concepcion a eu quatre filles notamment) et de les avoir occultées pour ne se concentrer que sur une seule : Fernande (car si j'ai bien tout suivi, l'une est mariée). Cela n'aurait-il pas mieux fonctionné avec une lignée de filles uniques ? (car ici toutes donc n'ont pas reproduit le schéma)

Une fin comme une boule dans un jeu de quilles, étonnante et logique à la fois.

A lire de préférence d'une traite, afin de ne pas oublier, quand une fille parle de sa mère, de laquelle il s'agit (ou peut-être étais-je trop fatiguée, bref mieux vaut rester concentré!)

 

Un portrait familial aux traits féminins, mais qui manque encore d'un petit quelque chose à mon goût pour être vraiment touchant.

 

Rose, p. 14 : « ça fait tellement longtemps qu'elle n'a pas embrassé sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère. Trois ans exactement, depuis son installation avec Martin, qu'elle n'a pas vu ses petites mères, comme elle les appelait, enfant. »

 

p. 59 : « Personne ne soupçonne qu'elle n'est pas du milieu. Du milieu des gens bien élevés, ceux qui ont appris. Personne ne soupçonne que sa mère est secrétaire, que sa grand-mère marchande de légumes, et son arrière grand-mère, ancienne femme de ménage immigrée, fille d'ouvrière. Personne ne sait qu'elles ont toutes été abandonnées par leur homme pendant ou juste après leur grossesse. Quatre femmes larguées comme des baleines échouées. »

 

p. 88 : « C'est un événement, un tremblement de terre, d'accueillir un mâle dans leur famille. Un homme légitime, enfin. Il n'y en a pas eu beaucoup dans leurs vies. »

 

 

L'avis de sylire, Lucie, Antigone

 

(tiens d'ailleurs ça ne m'interpelle que maintenant : le roman est sorti en février 2012 et c'est en avril 2013 qu'il est envoyé à quelques blogueuses... besoin de rattraper un titre passé inaperçu ?)

 

Flammarion, février 2012, 179 pages, prix : 16 €

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Crédit bandeau couverture : © Sandrine Roudeix (oui elle est aussi photographe!) et éd. Flammarion.

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