Les jardins d'Hélène

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Assez parlé d'amour - Hervé Le Tellier

2 Janvier 2010, 06:46am

Publié par Laure

assez-parle-amour.jpgHervé Le Tellier est membre de l’Oulipo et construit ici un roman d’amour rempli de contraintes stylistiques, à la manière d’un jeu de dominos abkhazes dont voici la règle : « un double posé donnera naissance à un chapitre à un seul personnage, un simple à un chapitre à deux personnages, exceptionnellement trois si l’un des personnages n’agit ni ne parle. » ça a l’air compliqué ? Ne cherchez pas, ça vient tout seul. Prenez six personnages en quête d’auteur, six personnages de haut vol intellectuel, tous liés au langage de par leur métier, et faites les vivre ensemble. Thomas Le Gall est psychanalyste et reçoit dans son cabinet Anna Stein, pédopsychiatre, mariée à Stan, chirurgien. Mère de famille, elle a tout pour être heureuse. Mais la quarantaine et l’amant surgissent et l’on  croit voir venir une histoire vieille comme le monde. Oui, elle l’est, cette histoire, banale, mais poursuivez, car sa structure en fait une sacrée réussite. Ainsi Anna s’ouvre à Thomas de son nouvel amour pour Yves Janvier, écrivain (et double de l’auteur, un peu ?). Thomas, lui, devient l’amant de Louise Blum, avocate, mariée à un grand scientifique, Romain Vidal, mère de famille, tout pour être heureuse également. N’ayez crainte, vous ne serez pas perdus, les chapitres sont très courts, et tourne la roue…

Bien sûr il faudra passer les invraisemblances (toutes les situations sont quasi idéales, les amants fréquentent sans crainte les domiciles et les enfants de leurs maîtresses, les maris devinent et sont un peu jaloux mais tout s’arrange, et comme dans la vie, des couples tiennent d’autres pas)

Assez parlé d’amour est la dernière phrase du livre, mais d’amour bien sûr on vous parlera tout le livre. Simplement, intelligemment, souvent. Vous l’aurez compris, l’histoire à mon goût ne tient que pour son jeu stylistique et sa construction en « dominos » ; originalité qui sauve brillamment de la banalité des amours adultères entrecroisées.

A lire pour le jeu, et pour le plaisir.

 

 

Lu aussi par Cuné, Antigone, Cathulu, Papillon, ... 


Les grandes critiques presse réunies sur le site de l’Oulipo

 

JC Lattès, août 2009, 279 pages, prix : 17 €

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Crédit photo couverture : éditions Jean-Claude Lattès

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L'origine de la violence - Fabrice Humbert

30 Décembre 2009, 07:42am

Publié par Laure

origine-de-la-violence.jpgLors d'un voyage scolaire en Allemagne, en visite au camp de concentration de Buchenwald, le jeune professeur qui accompagne ses élèves reste stupéfait par la photographie d'un détenu qui ressemble trait pour trait à son père. Pourtant son nom est différent et l'homme sur la photo est décédé en 1942. Obsédé par cette ressemblance, de retour en France, il va enquêter sur ce déporté, et reprendre l'histoire de sa famille. A l'Histoire avec un grand H va se mêler une histoire plus intime, celle de sa famille et de ses secrets, pas si cachés que cela, mais dont on n'aime pas parler.


J'ai failli abandonner la lecture de ce roman, car très vite j'ai eu l'impression de lire un ouvrage très documenté et très précis sur les camps de concentration, non pas que je refuse cette lecture, mais je pensais m'embarquer dans un roman et je me retrouve dans un long documentaire. Ce n'est pas ce que j'attendais, pas ce que je voulais lire. Sans compter qu'avant cela il m'a fallu passer par un arbre généalogique complexe (j'ai dû le reconstituer sur un carnet à côté pour y comprendre quelque chose dans les amours de jeunesse et les filiations), qui lui, relevait bien de la fiction. C'est cette cassure roman / documentaire qui m'a gênée. Et puis la partie romanesque reprend... et j'ai suivi jusqu'à la fin, pour reconnaître que c'est un roman habile et bien construit, moins artificiel qu'il n'y paraît, complexe et exigeant, qui pose les questions de la filiation, du souvenir et de l'acceptation.


p.264 : « L'essentiel c'est l'oubli, tout savoir pour oublier parce que la vie est dans l'oubli, la vie est dans l'oubli et pas le ressassement. »


Quelques lectures : Clarabel, Cathulu, Cuné, Fashion, ….


Le Passage, février 2009, 314 pages, prix : 18 €

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Crédit photo couverture : Jean Grisoni et éd. Le Passage

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Le Messager - Eliette Abécassis & Mark Crick

19 Décembre 2009, 16:44pm

Publié par Laure

le-messager.jpgRésumé : « Sur le port, une jeune femme croise la route d'Anaël, un voyant. Celui-ci lui raconte son itinéraire et lui confie sa vision, révélant les secrets de son étrange pouvoir. Sans savoir pourquoi, elle accepte de le suivre pour une traversée qui la conduira vers un monde où le réel et l'imaginaire se rejoignent, pour laisser place au merveilleux et à la légende. »


Comme la jeune femme du livre (Eliette Abécassis elle-même), bien que je ne sois ni philosophe ni très rationaliste, je suis assez hermétique aux histoires de voyance, mais le livre est court, et les illustrations somptueuses… La naissance de ce messager est étonnante : après la publication de son roman Qumram, Eliette Abecassis reçoit le courrier d’un lecteur, Anaël Dellière, qui dit se reconnaître dans son livre. Elle apprend qu’il est voyant, et malgré ses réticences accepte de le rencontrer. Elle s’inspirera d’abord de leur rencontre pour écrire une nouvelle publiée avec le magazine Elle en 2004 : le voyant, et écrit ce nouveau texte illustré par Mark Crick, lui-même écrivain (la soupe de Kafka, La baignoire de Goethe)

J’avoue avoir été freinée par le côté mystique du livre que je goûte peu, mais il y a néanmoins quelques beaux passages, de même l’aspect mi conte mi réel mi imaginaire ne permet pas bien de se situer, il faut se laisser embarquer tout simplement, et pour cela, les illustrations de Mark Crick sont une invitation réussie.


Lily (dont je partage tout à fait l’avis) en parle très bien, et vous propose quelques illustrations.

 

Ed. BakerStreet, novembre 2009, 91 pages, prix : 16 €

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Crédit photo couverture © Mark Crick et éd. BakerStreet

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Manhattan - Anne Révah

29 Novembre 2009, 18:43pm

Publié par Laure

J’ai toujours eu un faible pour la collection 1er/mille chez Arléa. Aussi quand l’auteur m’a proposé de m’envoyer son livre, j’ai accepté sans hésiter. Et j’ai bien fait car je retrouve bien là le ton de la collection.

Une femme à la vie apparemment épanouie, mariée, des enfants, un bon job, découvre qu’elle est atteinte d’une maladie curieuse dont elle ne comprend pas bien l’issue, mais toujours est-il que cette histoire de taches blanches dans le cerveau lui fait peur. Sans réfléchir et parce que cela s’impose à elle, elle fuit. Elle part, laissant tout, pas même un mot au mari et aux enfants. Elle part avec le chien, quand même, pour finalement le laisser lui aussi.

Ce roman se compose (pour moi !) de trois parties distinctes, bien qu’il n’y ait pas de coupure particulière dans la mise en page, ni même de chapitres. La première partie, la découverte et la fuite, captive et entraîne le lecteur. Surprise, désaccord, on a envie de réagir face au personnage et l’on ne peut laisser là la lecture. L’auteur décrit bien cette urgence de fuir et ces hésitations malgré tout. Une deuxième partie, plus intérieure, aborde toute la réflexion de la femme sur son sentiment de vacuité. On ne connaît pas encore les raisons de tout cela, mais j’ai trouvé des résonances intéressantes dans cette réflexion, me disant que ce livre méritait d’être gardé précieusement et relu. Puis la troisième et dernière partie, celle de la lettre qu’écrit le personnage à sa mère. Une lettre unique, définitive, et qui dénonce enfin tout ce qui a fait le malheur et le vide intérieur de cette femme. Une lettre accusatrice, sur la cruauté d’une mère. Cette partie m’a un peu déçue (je ne vais pas dévoiler le mobile de l’histoire) parce que justement, il est un peu convenu, un peu trop vu et revu dans la littérature contemporaine. Comme si aujourd’hui on expliquait tout malheur intérieur par ce seul élément, et c’est ce qui tempère mon avis sur roman. J’aurais sans doute aimé quelque chose de plus innovant ! La fin, néanmoins, reste surprenante et inattendue.

Si j’ai parlé de trois parties distinctes, c’est parce qu’il m’a semblé que ces trois parties du roman ne s’enchaînaient pas sur le même ton, comme si la cassure entre chacune était trop marquée, du point de vue du style, et c’est ce qui m’a gênée un peu, dommage.

Mais c’est un premier roman qui mérite d’être remarqué (avant la proposition de l’auteur je n’en avais jamais entendu parler, pourtant il date de mai 2009), et c’est un auteur qu’on a désormais envie de suivre, car ce premier roman, malgré quelques faiblesses, est prometteur.

 

D’abord remarqué par Jérôme Garcin du Nouvel Obs,

 

et lu aussi par Leiloona, Antigone, …(et d'autres bientôt sans doute)
 

Arléa, coll. 1er mille, mai 2009, 89 pages, prix : 13 euros

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. Arléa

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Les hommes mariés ne font pas les nuits douces - Yaël König

19 Novembre 2009, 20:09pm

Publié par Laure

Un joli titre, une jolie couverture, une histoire éternelle qu’on espère originale, il en faut peu parfois pour choisir un livre. Le « pitch » n’est pas révolutionnaire : Alicia tombe amoureuse de Joris, découvre qu’il est marié, et ne veut pas d’un banal adultère, elle va donc rompre. Mais c’est trop tard, la guêpe est prise au piège de l’amour, et c’est le début d’une longue histoire de désespoir, celui de la « seconde », la maîtresse qu’on cache, l’éternelle backstreet.

Il y a quelque chose d’extrêmement réussi dans ce livre, c’est le récit d’Alicia dans sa souffrance et son bonheur, sa tristesse de maîtresse qu’on délaisse quand il faut rentrer voir l’officielle, bobonne et les mômes. L’espoir toujours présent de croire en l’homme : oui il quittera sa femme, mais il faut un peu de temps pour dénouer 20 ans de mariage, oui il est lâche et ne la quittera jamais, oui il se moque d’elle, non il l’aime vraiment, etc. etc.

ça va bien sur cinquante pages. Mais quand vous commencez à réaliser que ce ne sera que cela et encore cela et toujours cela pendant deux cents cinquante pages, là vous commencez sérieusement à vous dire que non, ça suffit, on n’est pas dans un traité sur l’art de gloser ou comment répéter cent cinquante fois la même chose en ne répétant jamais les mêmes mots.

J’avoue, j’ai mis le livre de côté, franchement agacée qu’on se foute de moi (ça va, je sais lire, j’ai compris, pas besoin de me répéter la même chose ad libitum, il serait temps d’avancer) et j’ai lu d’autres livres. Puis j’y suis revenue, me disant que bon, il allait bien finir par se passer quelque chose « qui change ». Mais non, toujours et encore ce refrain lancinant de l’éclate au lit et du malheur de la maîtresse laissée à ses draps froids. Des promesses non tenues de l’homme lâche. Et puis, enfin, la fin. Sans doute tellement espérée du lecteur qu’elle en devient peu crédible. Après tant de larmoiements ce serait soudain si facile, en deux coups de cuiller à pot et deux pages miracle ? Un peu de sérieux quoi !

Je suis donc bien embêtée avec ce roman, car s’il semble justement inspiré d’un quotidien réaliste, il est aussi très répétitif (comme la vie ?), mais alors, quel ennui !

 

 

Ed. Yago, août 2009, 246 pages, prix : 18 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Laurie Thinot et éd. Yago

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Une année étrangère - Brigitte Giraud

16 Novembre 2009, 07:18am

Publié par Laure

Laura, dix-sept ans, part en Allemagne comme jeune fille au pair dans une famille où elle se sent très vite étrangère : étrangère à elle-même, étrangère dans ce pays, étrangère dans cette famille. L’atmosphère du roman est oppressante, les parents de cette famille semblent avoir de étranges habitudes, les enfants livrés à eux-mêmes, et Laura au milieu ne sait pas bien ce qu’on attend d’elle, personne ne lui donne de consignes.

Elle participe d’elle-même à cette vie sans bien comprendre, s’interroge sur sa propre famille, sur son lien à son grand frère à qui elle écrit régulièrement, à son frère trop vite disparu, à sa mère, au couple que forment ses parents….
Qu’elle semble triste et monotone cette vie, grise dans cette Allemagne d’avant la chute du Mur, de ces années 80 où l’on écoutait encore de la musique sur des cassettes audio… Climat pesant, sentiment malsain qui semble poindre, où va nous mener ce récit ? Vers la vie, vers l’envol, vers la maturité, vers le passage de l’âge adulte… Au cours de cette année étrangère, complètement perdue, Laura va surtout se découvrir elle-même.

p. 39 "J'ai la sensation d'errer sans but dans un monde que je ne comprends pas, dont ne m'a pas encore donné la clé, mais dont je pressens qu'il va bientôt m'engloutir. Ce n'est pas de la peur que j'éprouve mais une légère appréhension doublée d'une impresion de mystère. Je me demande qui sont ces gens qui vivent au ralenti, sans exigences et sans règles apparentes, et qui m'obligent à tout modifier en moi, mon rythme, mon énergie, mon jugement. J'expérimente, en vivant le contraire de ce que j'ai appris à vivre, une autre forme d'existence, molle, distordue et libre en apparence. Je découvre un nouveau mode de relation entre les êtres, où n'affleurent pas l'angoisse, le souci d'efficacité ni la volonté de contrôler les actes de chacun. Ici, personne ne plannifie, personne ne se préoccupe du temps qui passe, personne n'organise quoi que ce soit quand le week-end arrive. Personne n'a peur du lendemain. C'est ce que je crois."

Un roman au déroulement finalement simple mais qui attire par son entrée énigmatique, vous rend complice de l’inquiétude de ses personnages, et donc curieux du dénouement.

 

Encore faut-il pour cela ne surtout pas lire la quatrième de couverture qui dit absolument tout du roman, à tel point qu’on se demande alors « à quoi bon l’acheter » ?!


L’album du livre 

 

Lu aussi par Clarabel, Antigone, Laurent , Canel, ….

 

Stock, août 2009, 207 pages, prix : 17 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Hubert MICHEL et éd. Stock

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Les identités remarquables - Sébastien Lapaque

6 Novembre 2009, 07:07am

Publié par Laure

« Tu vas mourir, aujourd’hui, et tu ne le sais pas encore. Le sauras-tu jamais, même à l’ultime instant ? » Ainsi s’ouvre le roman, écrit à la 2ème personne du singulier. On ne sait pas qui parle, on ne le saura qu’à la fin, même si une piste est lancée quelque part au milieu du livre. On va suivre la dernière journée d’un homme banal et qui n’a rien de remarquable, autour duquel gravite quelques personnages : sa petite amie Caroline, son ami Laroque, une Mademoiselle Mystère qui l’épie depuis la table d’un café, et dont on apprend assez vite que c’est elle qui veut sa mort. Quinze jours qu’elle rôde dans le coin avec son frère Olivier, pour préparer le crime. Pourquoi ? Des retours en arrière dans le récit et l’histoire d’une famille qui peu à peu se dévoile. Un roman qui interroge sur la colère, la vengeance, le temps qui passe, la banalité de la vie… et un livre qui tient surtout par sa forme, ce récit intriguant à la deuxième personne, sans quoi j’avoue que je ne lui ai pas trouvé d’éclat particulier, intéressant au départ, noyant un peu le poisson dans des détails parfois, cherchant dans le passé une intrigue à la fois banale et pas tout à fait crédible, c’est un roman court aussi se lit-il sans déplaisir, mais il manque quelque chose, une lueur tonique qui réveillerait la médiocrité du personnage, car là, je n’en garderai pas un ‘grand‘ souvenir.

 

 

Lu aussi par Georgesandetmoi dont je partage assez bien l’avis, et les plumes d’Audrey.

 

Actes Sud, août 2009, 174 pages, prix : 18 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : Young Singer © Saul Leiter, Courtesy Howard Greenberg Gallery, et éd. Actes Sud.

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La preuve par neuf - Dorine Bertrand

29 Octobre 2009, 06:50am

Publié par Laure

Dorine Bertrand écrit des scénarios de dessins animés et des livres pour enfants, mais ne vous y trompez pas, ici, c'est bien pour les grands qu'elle écrit, la preuve par neuf (les neuf nouvelles du recueil) qu'elle a une plume, un style, noir, vif, incisif, assassin. C'est méchant ou juste grave ou tordu, mais paradoxalement c'est bon !

Que ce soit l'ado de 15 ans qui projette de se suicider et fait en pensée le testament de ce qu'elle lèguera à ses parents, la femme enceinte qui perd les eaux mais ne veux pas accoucher, la jeune femme qui reçoit une lettre emplie de bonnes raisons d'avorter (la plus terrible celle-ci !), toutes prennent des tours inattendus, surprenants, dérangeants, drôles. Toutes les nouvelles ne se valent pas, dommage, les dernières du recueil sont pour moi les moins bonnes, la gradation est donc décevante, mais on en ressort tout de même avec une furieuse envie de suivre Dorine Bertrand dans ses futures publications (s'il y a ?), ce genre d'auteur qui vous intrigue et vous bouscule juste assez pour vous donner un p'tit goût de revenez-y.


L'avis de Clarabel (qui vous en offre deux pour le même clic), que je remercie ! 


Pocket, juin 2008, 151 pages, prix : 5 €

Etoiles : 

Crédit photo couverture : Hélène Swynghedauw et éd. Pocket.

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L'enfant éternel - Philippe Forest

14 Octobre 2009, 09:01am

Publié par Laure

S’il est un livre incontournable de Philippe Forest, c’est bien celui-ci.
Si vous n’en avez jamais entendu parler, sachez juste que dans ce roman (oui, roman), Philippe Forest raconte la maladie et le décès de sa fille de 4 ans, Pauline, atteinte d’un cancer des os. C’est dur, violent, émouvant, juste, mais ce n’est pas que cela. Au-delà d’une histoire personnelle, Philippe Forest est un écrivain, universitaire enseignant de littérature, et cela donne une dimension supplémentaire au livre. On se replonge avec intérêt dans la poésie d’Hugo et Mallarmé, pères confrontés à la perte de leur enfant, on suit la boucle intime et universelle que prend l’histoire de Peter Pan de James Barrie dans la vie de Forest. Livre sur la vie, la douleur, la mort, Forest mêle le quotidien réaliste des traitements à une réflexion plus philosophique de ce qu’il est en train de vivre, au cœur de sa cellule familiale, mais au sein de la société également.

L’enfant éternel est un livre précieux, rare, intelligent, de ceux que l’on conserve précieusement pour en relire, ici ou là, quelques passages.

Une lecture à compléter par celle de son essai : Tous les enfants sauf un.

 

 

Gallimard, janvier 1997, 369 pages, prix : 19,82 €

Existe en Folio (poche)

Etoiles :

Crédit photo couverture : ed. Gallimard

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Le voyage d'hiver - Amélie Nothomb

7 Octobre 2009, 07:14am

Publié par Laure

Zoïle aurait dû s’appeler Zoé, mais voilà, il est né de sexe masculin, et ses parents ont bien dû aviser, en lui donnant le nom d’un philosophe grec phonétiquement proche. Zoïle travaille pour EDF-GDF, en proposant des solutions énergétiques à des gens qui viennent d’emménager et qui n’ont rien demandé. C’est ainsi qu’il va faire la connaissance d’Astrolabe et d’Aliénor, qui vont bouleverser sa vie. Zoïle va tomber amoureux d’Astrolabe, laquelle restera fidèle à Aliénor Malèze, écrivain autiste dont elle s’occupe au quotidien. Dans l’espoir de passer à l’acte avec Astrolabe, Zoïle va tout tenter, notamment un mémorable dîner de champignons hallucinogènes. Et pour qu’Astrolobe prenne conscience de la portée de son amour, Zoïle va l’impressionner en faisant exploser en vol un Boeing 747 avec un tesson de bouteille de champagne grand cru acheté en duty free après avoir passé les portiques de sécurité de l’aéroport…


Ne croyez pas que j’aie tout dit, il en reste encore à découvrir ! Vous vous posez des questions sur cet univers de fous aux prénoms décalés ? Pas d’erreur, vous êtes bien dans un roman d’Amélie Nothomb, roman qui répond aux critères habituels : lu en 1h30 environ, 2 heures grand maximum peut-être si vous êtes fatigué, les thèmes fétiches sont toujours là : la laideur et la beauté, l’écriture, l’anorexie, sa « culture » littéraire, musicale et artistique en fond, sa fantaisie proche du délire… Amélie Nothomb écrit bien du Nothomb, et ça ne surprend plus. Ça ennuierait presque. Oui c’est un peu n’importe quoi et ça tient malgré tout à peu près la route, mais après ? J’aimerais un roman qui me surprenne ou qui m’enchante, un truc qui me captive ou me rende admirative, au lieu de cela, j’ai juste un devoir annuel conforme au cahier des charges qui me laisse de marbre. J’aimerais tellement voir ce qu’Amélie a dans les tripes sur un pavé de 500 pages, ce jour-là peut-être, je redeviendrai fan…

 

Pas de doute, c’est du Nothomb : p. 103 : « […], on a besoin de grandeur parce que c’est absolu, c’est une question de taille et non de structure, si le baobab rapetisse prodigieusement, il devient un brocoli, le brocoli peut être mangé, le baobab est le brocoli cosmique dont parlait Salvador Dali, […] » moi je dis juste qu’il faut arrêter les champignons, Amélie…

 

Albin Michel, août 2009, 130 pages, prix : 15 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © studio Harcourt, Paris

 

p. 39 : « J’appréciais par ailleurs qu’il n’y ait pas de photo de l’auteur sur la jaquette, en cette époque où l’on échappe de moins en moins à la bobine de l’écrivain en gros plan sur la couverture. »   Elle a de l’humour, Amélie…

 

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