Les jardins d'Hélène

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Les autres - Alice Ferney

21 Septembre 2006, 13:30pm

Publié par Laure

Et bien voilà qui va sans doute être une grande première dans notre petit monde des blogs de lecture : non je n’ai pas aimé le dernier roman d’Alice Ferney. Déjà je n’avais pas réussi à lire son précédent Dans la guerre et l’avais vite abandonné. Alléchée par toutes les bonnes critiques autour des Autres, je me suis empressée de l’entamer, pour assez vite avoir envie de le laisser tomber. Je l’ai interrompu par une autre lecture. Je l’ai repris, et véritablement, je me suis forcée à le finir. Si dans sa construction il est original et dans son style toujours bien écrit (c’est Ferney quand même ! Celle que je défends becs et ongles pour ce que je considère comme un des plus beaux romans d’amour du XXIème siècle : la conversation amoureuse), je trouve les Autres trop long, beaucoup trop long, et surtout redondant. Certes ce sont ces trois parties, choses pensées, choses dites, et choses rapportées qui le veulent, mais je trouve la dernière partie vraiment de trop. D’ailleurs, tous les secrets de famille ou presque sont déjà dévoilés dès la première partie, alors qu’apporte les deux dernières hormis le jeu stylistique ? Je m’y suis ennuyée. 

 

D’une façon plus générale – une autre blogueuse en avait déjà parlé – comment aborder avec plaisir un livre aujourd’hui quand on a déjà tout lu sur lui, critiques professionnelles écrites, de radios ou de télé, émissions de promo, et tournée des blogs ? J’ai eu cet effet-là avec les autres : tout était dit déjà, dans les résumés, tout était attirant : un frère aîné offre à son cadet un jeu de société qui annonce une soirée délicate entre amis où les susceptibles sont priés de s’abstenir : comment se voit-on, comment les autres vous voient-ils et comment imagine-t-on que les autres vous voient ? Le soufflé était déjà retombé car il n’y a rien d’extraordinaire dans les secrets même ou les perceptions qui seront révélés, rien d’extraordinaire alors fallait-il vraiment les répéter de trois façons différentes ? 

 

Je n’ai trouvé jusqu’à présent qu’un seul avis d’internaute anonyme sur le site de la FNAC qui soit déçu par ce livre. Annoncé comme un roman intimiste de la même veine que la conversation amoureuse, je ne suis pas du tout d’accord ! Vous remarquerez d’ailleurs que les lecteurs qui aiment Ferney souvent n’ont pas aimé la conversation, et qu’à l’inverse, pour les admirateurs de la conversation amoureuse, elle restera l’auteur de ce seul livre. Je fais partie de ceux-là !

Actes Sud, coll. « Un endroit où aller », août 2006, 531 p. ISBN 2-7427-6258-2, prix : 21,80 €

 

Ma note : 2,5/5

 

 

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L'inconsolable - Anne Godard

20 Septembre 2006, 10:07am

Publié par Laure

C’est un roman d’une très grande maîtrise scripturale. Un tu narratif qui nous embarque dans le deuil d’une mère, le refus, lancinant, de l’oubli, la perte du fils aimé. Inconsolable elle est et inconsolable elle veut rester. Elle a fait le vide autour d’elle, son mari et ses 3 autres enfants ont quitté la maison pour survivre, la laissant à sa douleur et sans aide puisqu’elle les refuse toutes, sans concessions, surtout envers elle-même. 

C’est un roman dur et froid, on ne ressent pas d’empathie pour le personnage, mais le souhaite-t-elle vraiment ? Elle se blinde dans sa souffrance, espère reconnaissance et mémoire éternelle de l’entourage, vingt ans après le drame, mais elle refuse d'accepter que malgré tout, malgré l’insurmontable, la vie continue. Très bien écrit mais si glacial qu’aucune émotion n’atteint le lecteur.

Grand Prix Lire/RTL 2006  

 

Cet extrait, p.134 : « Tu ne l’as pas cru capable de survivre à son geste. Tu as aimé sa mort tout de suite, tu t’y es sentie bien, comme si c’était enfin ta place, enfin le rôle qui t’attendait. Tu as aimé sa mort, qui te le donnait tout entier, plus que tu n’aurais jamais pu aimer sa vie. Il l’a su, dans son coma, il a su que tu voulais qu’il meure, il a su qu’il devait mourir pour que toi, sa mère, tu puisses le pleurer toujours »

Ed. de Minuit, mars 2006, 157 p. ISBN 2-7073-1940-6, prix 13,50 € 

 Ma note : 3/5 

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Casus belli - Anne Bragance

10 Septembre 2006, 17:52pm

Publié par Laure

Cette lecture, c’est à Lily que je la dois. Sa critique m’a attirée. Je suis méfiante avec Anne Bragance, car je n’avais pas trop aimé le lit, mais j’ai beaucoup aimé ici le personnage de cette mère égoïste et « sans cœur ». Casus belli, c’est l’histoire d’une famille, que l’on pourrait comparer à l’histoire d’une nation, avec ses tensions, ses ruptures, ses tyrannies, ses rébellions, ses failles toujours proches d’un casus belli. Charles et Claire Douhet ont déjà une petite fille, Virginie, lorsque naît Christophe. Jalouse, Virginie qui avait la surveillance de son petit frère, va le jeter à la poubelle. Lorsque la mère le retrouvera, sain et sauf, le nettoiera, la petite fille attendra à côté d’elle, remontrances et pardon, engueulade et apaisement. Elle n’aura jamais ni l’un ni l’autre. Qu’un silence indifférent. La haine est ouverte. Elle est la seule de la famille Douhet à ne pas avoir un prénom qui commence par un C, aussi se créera-t-elle un double, Camille, qui l’aidera dans les moments de solitude exacerbée, de même qu’elle se met à boiter à l’arrivée de son petit frère. Malgré ces débuts surprenants, Virginie sera toujours très proche de son frère, même à l’âge adulte, ce qui ne fera qu’attiser la jalousie de la mère. On suit les personnages jusqu’à la vieillesse des parents, la quarantaine passée des enfants, les mariages, les divorces, les réussites professionnelles.

 

Anne Bragance nous offre dans un style bien maîtrisé une relation « absente » et pourtant complexe entre une mère et sa fille, la tyrannie (ou la toute puissance exigeante) d’une mère sur sa famille et son époux, homme que l’on a envie de plaindre alors qu’il est pourtant clairvoyant sur son foyer. L’histoire est à plusieurs voix, celle d’un narrateur, celle de Virginie, la plus réussie étant sans aucun doute celle de la mère dans ses monologues au bon Dieu. C’est une haine ordinaire, une sombre histoire de famille, un geste sauvage qui demandait attention et qui n’a eu pour réponse que la mort de l’enfance, pour un pardon refusé. Une somptueuse autant que douloureuse relation mère-fille.

Actes Sud, fév. 2002, 234 p. ISBN 2-7427-3596-8, prix 18,50 €

 

Existe en poche : Actes Sud Babel

 

Ma note : 4/5

 

 

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Passage du gué - Jean-Philippe Blondel

3 Septembre 2006, 12:03pm

Publié par Laure

ça commence de façon anodine par des soldes en famille dans les magasins d'usine, un père, son épouse, et leurs deux enfants adolescents, ça respire le vécu ! Et puis soudain, ce visage, cette silhouette, ce couple en face, Myriam et Thomas, et le retour en arrière, la plongée dans les souvenirs pour Fred. Automne 1985. Fred est pion dans un collège. Il surprend Myriam, prof de dessin, dans sa rêverie sur une chanson de Martha Davis, Les Motels. C'est le début du trouble réciproque. Mais Myriam est en couple avec Thomas, et elle est enceinte. C'est la naissance d'une belle relation triangulaire qui n'a absolument rien du banal adultère. Et puis tout bascule. La mort subite du nourrisson. L'après. Ces deux hommes et cette femme qui vont se soutenir s'emmêler se débattre pour y survivre, et fi du ragot alentour ! Fred comme un vecteur, un tiers nécessaire.

C'est un magnifique livre sur la reconstruction. La renaissance comme dit la 4ème de couv. Je préfère reconstruction.

Il m'arrive parfois lorsqu'une phrase me plaît de la recopier dans un petit carnet à côté de moi. Mais là très vite il y en a eu trop. Je ne sais pas comment M. Blondel a fait pour que chaque mot soit aussi juste. En tout cas il y a excellemment réussi. Un tel réalisme, un sens si aigu du sentiment ou de la sensation vécue dans chacun de ces trois personnages que l'on pourrait croire que l'auteur a vécu les trois personnages à la fois. Myriam dit de Thomas page 274 : "Je te soupçonne d'avoir été femme dans une vie antérieure". Et bien moi je soupçonne M. Blondel d'avoir été femme dans une vie antérieure. Et c'est un compliment.

Ce livre à trois voix toutes aussi justes l'une que l'autre, c'est ce qui fait ensuite, du point de vue de la lectrice que je suis, cette admiration béate face à l'écrivain que je vois alors comme un magicien des mots et que je place alors sur un piédestal (non ce ne peut plus être alors un homme ordinaire, si bien qu'on se fait tout petit tout timide quand on les croise dans un salon du livre), dans un fantasme un peu envieux : mais comment fait-il pour trouver ces mots aussi justes, les assembler tout bien comme il faut au point que chaque phrase est parfaite, chaque paragraphe juste comme il faut ? C'est aussi l'alchimie (même si je déteste ce mot à la consonance trop ésotérique) d'un texte et la résonance qu'il provoque auprès du lecteur. Un livre réussi ne l'est que dans l'intimité d'un lecteur. Ce livre a (est?) une grande force pour moi, évidemment.

Et pour tout cela, cette belle histoire d'amour au pluriel, cette douleur et son après, son rayon des souvenirs 20 ans plus tard, et même si tout n'était qu'un artifice de la création littéraire, merci mille fois Monsieur Blondel !

Robert Laffont, août 2006, 335 p. ISBN 2-221-10720-9, prix : 20 €

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Les éternelles - Yves Simon

29 Août 2006, 14:09pm

Publié par Laure

Yves Simon est l’écrivain du sentiment amoureux, de ses détours et de ses gourmandises.

Ici, le narrateur, qui pourrait bien être l’auteur d’ailleurs, nous raconte ses rencontres avec des femmes, Irène, une amante éphémère, Céleste la belle métisse, Marie, insatisfaite de sa relation avec Frédéric, et tout au long son amour pour sa mère, bien sûr, jusqu’à la dernière rencontre, surprenante, brève, qui est la chute dramatique de l’ouvrage.

Texte souvent sensuel, Yves Simon sait conter le désir érotique et le sentiment amoureux dans ses moindres recoins. Beaucoup de lyrisme dans son approche, mais ce côté fougueux remet parfois du baume au cœur ! De même il offre une vue intéressante sur la création, l’écriture qui sera le seul remède à sa passion défunte d’avec Irène.

Cet extrait page 219 : « Je dis à Walser qu’il y a des femmes que l’on rencontre pour une seule nuit, quelques mois, quelques années, d’autres que l’on côtoie une vie entière, et qu’elles ont toutes ce point commun de n’être pas oubliées. Elles reposent dans un coin de nos mémoires comme de précieux bijoux que l’on aurait portés et qui ne se seraient jamais altérées.

« Appelons-les nos éternelles », répondit-il. »

A lire aussi : article sur "à voir à lire"

Grasset, mars 2004, 265 pages, ISBN 2-246-64691-X, prix : 17,50€

Ma note : 4/5

 

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La bibliothécaire - Sophie Avon

23 Août 2006, 10:45am

Publié par Laure

Après la mort de son mari, Marianne Chevigny change de vie. De critique cinématographique, elle devient bibliothécaire à l'université. Parce qu'elle fait appliquer le règlement - pas de téléphone portable dans la bibliothèque - elle se met à dos l'arrogant professeur David Martial. Elle ne sait pas ce qu'il lui prend, mais elle lui confisque son portable et le range dans un tiroir pour le week-end. C'en est trop pour notre homme, l'heure de la vengeance a sonné.

 

Nos deux personnages vont s'attirer de façon animale autant qu'ils se détestent. Au fil de la lecture, une atmosphère malsaine, violente, des passages étranges, proches du fantastique. Et puis une fin "à la Darrieussecq", car même si j'ai lu Truismes il y a si longtemps que je n'en garde qu'un souvenir très flou, ce roman de Sophie Avon m'y a fait penser. Réussi, mais l'imaginaire fantastique, je n'aime guère.

 

Un petit plus quand même, et qui n'a rien à voir : on trouve dans chaque livre neuf d'Arléa un marque-page au titre et à l'image de couverture du titre acheté, et ça, j'aime !!

Arléa, avril 2006, 162 p. ISBN 2-86959-732-0, prix : 15 €

 

Ma note : 3/5

 

 

 

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Je viens de tuer ma femme - Emmanuel Pons

15 Août 2006, 16:00pm

Publié par Laure

Le narrateur porte le même nom que l’auteur : Emmanuel Pons. Exaspéré  par onze ans de vie commune, il tue sa femme. Ce qui l’ennuie le plus, c’est l’envoi des faire-part. Il part acheter des timbres pour les poster avant de se rendre à la gendarmerie, dans son petit village normand. Mais voilà, en chemin, il est pris d’euphorie meurtrière et continue son massacre. Il voulait confier son exploit à un voisin, comme un scoop avant que les journaux l’annoncent, mais celui-ci ne l’a pas pris au sérieux. Hop, zigouillé. Et la femme de ce dernier aussi, parce qu’elle allait crier. Et ça continue. Il congèle sa Sylvie avant de trouver une solution pour s’en débarrasser, et se met à lui faire la conversation, là, dans la cave, devant le congélateur. Un remake d’Hibernatus. Tout est déjanté, noir, très noir (surtout l’humour !) et notre tueur en série réalise que finalement sa femme, malgré tous ses défauts et tout ce qui l’agaçait, il l’aimait. Seulement on ne peut pas revenir en arrière comme cela ! Nous voilà embarqués pour 7 jours avec le personnage, et bien moins en temps de lecture, puisque ce premier roman est assez court, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas banal !

Une petite collection que j’aime bien chez cet éditeur, mais un roman très spécial.

Je vous livre l’incipit :

« Je viens de tuer ma femme. Ce qui m’ennuie, c’est les faire-part. Je dois absolument les écrire avant d’aller à la gendarmerie. Evidemment, je n’ai plus de timbres. Je lui avais pourtant demandé d’en acheter. En prévision. Je vais devoir m’habituer à faire les choses moi-même. Au moins aujourd’hui. Demain, le juge s’occupera de tout. Je n’aurai plus à penser. Je serai libre. »

Et ce passage que j’aime beaucoup, p. 127, quand il éprouve des remords : « Elle était insupportable dans sa tristesse, horripilante dans sa détresse et comédienne dans sa douleur. Je ne dois pas l’oublier. »

Arléa, coll. 1er mille, mars 2006, 154 p. ISBN 2-86959-729-0, prix : 14 €

Ma note : 4/5

 

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La tournée d'automne - Jacques Poulin

13 Août 2006, 12:58pm

Publié par Laure

Encore un livre de Poulin pour les amoureux des livres. C’est vrai que l’on retrouve les mêmes thèmes et les mêmes personnages dans ses romans : l’écrivain Jack, et la passion du personnage principal, ici le Chauffeur du Bibliobus, pour les livres, la littérature américaine (Hemingway, Carver) et québécoise (Gabrielle Roy, Anne Hébert) et les chats. Pourtant j’ai moins accroché qu’avec les yeux bleus de Mistassini.

Le chauffeur du bibliobus part faire sa tournée d’été. Il va desservir avec son camion aménagé tous les coins retirés entre Québec et la Côte-Nord. Un vaste territoire. C’est ce qui m’a un peu perdue dans ce livre, car il y a beaucoup de descriptions de voyage, de paysages, de noms cités, que je ne situais pas du tout. Le chauffeur est un homme d’âge mûr, un peu usé par la vie. Sa tournée d’été sera la dernière. Mais il fait la connaissance de Marie, une Française qui accompagne une fanfare et qui va faire le même parcours que lui. Ils deviendront intimes peu à peu, et elle lui redonnera goût à la vie, et l’envie de faire une tournée d’automne. C’est un nouveau roman intimiste d’une grande douceur mais aussi très mélancolique.

Sinon tout ce qui a trait aux livres fait rêver : c’est un bibliothécaire amoureux de ses livres, mais il les donne volontiers, ça fait bien longtemps qu’il a renoncé aux fiches de prêt. Les gens empruntent ce qu’ils veulent, peuvent à leur tour les prêter à d’autres, et normalement, ils doivent les renvoyer par courrier au Ministère. Ou les rapporter à la prochaine tournée. Normalement, car le chauffeur, ça lui est bien égal que les livres reviennent ou pas. Un livre qui ne revient pas, c’est un livre qui est aimé, et c’est le plus important pour lui.

Un roman de Poulin découvert grâce à la très belle critique de Cathe, mais qui m’a nettement moins enthousiasmée que le précédent, de par mon ignorance de la géographie du pays, de par l'histoire d'amour trop lente et trop timide, même si l’expression de l’amour littéraire me charme.

Léméac, déc. 1993, 207 p. ISBN 2-7609-3155-2

Existe aussi en Babel / Actes Sud, prix 6,50 €

(Littérature québécoise)

Ma note : 3/5

 

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Les yeux bleus de Mistassini - Jacques Poulin

8 Août 2006, 08:28am

Publié par Laure

Ce livre là, dès les premières lignes, je savais que j'allais l’adorer.

Un jeune homme est attiré par la couverture d’un livre en vitrine d’une librairie du Vieux-Québec : il s’agit d’une histoire de la lecture d’Alberto Manguel. Il pousse la porte et fait la découverte d’une librairie pas comme les autres. Les livres y sont classés selon le principe du désordre absolu, les écrivains peuvent venir déposer dans les rayons leurs manuscrits non édités, les lecteurs peuvent se reposer auprès du poêle, et une pile de livres attend près de la sortie qu’on les vole facilement ! Son propriétaire, Jack Waterman, est aussi écrivain et traducteur, âgé il souffre de « la maladie d’Eisenhower » (Alzheimer). Il cherchait un commis pour le seconder, voilà un poste tout trouvé pour le jeune Jimmy. Jimmy a aussi une sœur, Mistassini, une jeune femme libre et sans attaches qui revient toujours auprès de son frère adoré. Entre ces 3 personnages va naître une relation très forte.

Transmission du savoir, le vieux Jack va apprendre la traduction à Jimmy et en faire son fils spirituel pour mieux lui léguer sa librairie. Relations entre générations, amour des livres et de la lecture, c’est un livre d’une grande douceur et d’une grande chaleur. Des mots simples, des références à Hemingway, Carver, qui sont sans doute les préférés de l’auteur. Une place particulière est réservée aussi à l’auteur québécoise Gabrielle Roy. Le vieux Jack enverra même Jimmy visiter la France (celui-ci se limitera à Paris en camionnette Volkswagen), ce qui nous vaut quelques passages amusants, car j’oubliais, le roman est aussi plein d’humour.

Les critiques que j’ai lues ici et là sur le net laissent entendre que ces personnages sont récurrents dans les romans de Poulin, que Jack est un double de l’auteur, et que la France et le Volkswagen sont présents aussi dans ses autres livres. En tout cas pour cette première lecture, c’est un vrai coup de cœur.

Une seule chose m’a gênée, c’est la relation fraternelle entre Jimmy et Miss. Extrêmement forte elle en est viscérale, mais elle est parfois d’une telle sensualité (les passages sur les caresses dans la douche, la Parenthèse à la librairie, etc.) que je la trouve limite incestueuse. Etait-ce vraiment utile ? 

 

C’est grâce au blog de Cathe que j’ai découvert ce livre, merci !

(Littérature québécoise)

Actes Sud, oct.2002, 187 p. ISBN 2-7427-4182-8, prix : 17 €

Ma note : 5/5

 

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Les grandes bourgeoises - Emmanuelle de Boysson

7 Août 2006, 12:42pm

Publié par Laure

C’est frais, féminin, léger, bref, parfait pour l’été (ou pour quand vous voulez si vous cherchez une lecture détente). Dans ce roman, une ronde de six grandes bourgeoises qui ont des soucis de femmes riches (révisez votre vocabulaire Prada et Cie) et des souvenirs de rallyes (pas les courses automobiles hein, les coteries dansantes pour jeunes filles du beau monde). Bref elles ne sont pas à plaindre et pourtant toutes sont touchantes, dans leurs faiblesses, leur prétendue supériorité et leur volonté farouche d’exister par elles-mêmes et non par la fortune de leurs maris.

Il y a Cerise, coincée et bourrée de principes mais lucide sur les absences de son mari, Philippine, qui a la manie des « sauces à part », ambitieuse et manipulatrice. Viennent aussi Iris, que ses copines trouvent trop ronde et pitoyable, un peu godiche elle se fait rouler par son amant, puis Douce, Lila et Rose. Lila rêve d’écrire un roman mais elle ne trouve pas mieux que le plagiat, puis le chantage quand sa seconde mouture est refusée. Rose enfin, l’avocate, aristocrate sans le sou, sur qui l’éducation parentale a déteint au point d’en devenir radine et économe au plus haut point. Toutes auront un amant avec qui elles connaîtront plus de déboires que de plaisir, adultère qu’elles auront choisi peut-être par simple lassitude d’être perpétuellement trompées par leurs maris. Un fil conducteur relie l’histoire de ces six amies qui s’aiment autant qu’elles se détestent : une bague en émeraude qui passera de l’une à l’autre par le biais de l’intrigue bien menée. On pense à Desesperate Housewives, à la pièce montée de Blandine Le Callet, on sourit souvent de ce milieu prétentieux et snob dont l’auteur se moque gentiment. On se retrouve aussi un peu parfois dans ces portraits ou ces désirs intérieurs. Je ne suis pas une habituée de Madame Figaro, mais j’ai bien aimé ce roman !

PS : je crois que Tatiana avait parlé de ce roman mais je ne réussis pas à retrouver son article...

JC Lattès, avril 2006, 247 p. ISBN 2-7096-2740-X, prix : 15 €

Ma note : 4/5

 

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