Les jardins d'Hélène

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Simple - Julie Estève

23 Août 2018, 14:27pm

Publié par Laure

« Antoine Orsini est mort et le soleil n’y peut rien » : tel est l’incipit du roman. Antoine, on l’appelait surtout le baoul, traduction phonétique de baullu en corse, autrement dit le simplet, l’idiot du village. Après l’enterrement le récit fait un retour en arrière pour donner la parole à Antoine, qui en parlant à sa chaise cassée ramassée au bar du coin, va raconter son histoire et le drame principal de sa vie. Il a fait quinze ans de prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis, celui d’une adolescente de seize ans et demi assassinée dans la forêt, qu’il a lui-même retrouvée. Mais accuser le baoul, c’était si facile et arrangeant…

 

J’ai trouvé l’intrigue un peu longue à se mettre en place et ma première réflexion fut : c’est un exercice de style. Et sur la longueur, un exercice de style, ça peut être lassant. Il n’en est rien cependant, car peu à peu l’histoire va se reconstituer, et le langage sans filtre, tantôt naïf tantôt violent, participe autant de l’exercice que de la réussite du fond du roman.

On se surprend parfois à éclater de rire sur une formule inattendue, mais derrière cette « simplicité », c’est le drame d’un homme qui est dépeint, et celui de la nature humaine tout entière dans les relations, mensonges et manipulations des habitants de ce village. La place de la différence qu’on interroge aussi dans la société.

 

Le roman est bref et se lit quasi d’une traite, laissant un sentiment d’exercice réussi (il fallait le tenir ce style, toujours ce fameux exercice, où la forme prend toute la place) mais qui ne suffit pas à faire de son histoire une œuvre tout à fait originale.

 

 

 

 

 

 

Pourquoi je l’ai lu : parce qu’il est proposé en lecture commune au club lecture de septembre auquel je participe.

 

 

Où et comment je l’ai lu : en service de presse numérique via la plateforme Netgalley, sur ma liseuse les 15 et 16 août, dans mon lit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier roman de l'auteur sur ce blog également : Moro-Sphynx, éd. Stock, 2016

 

 

 

Stock, août 2018, 208 pages, prix : 17,50 €, ISBN : 978-2-234-08324-0

 

 

 

Crédit photo couverture : éd. Stock

 

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Sinon j'oublie - Clémentine Mélois

19 Août 2018, 14:43pm

Publié par Laure

Des listes de courses ramassées dans la rue, Clémentine Mélois en a retenu 99 et livre autant de portraits d’inconnus qu’elle se plait à inventer au regard d’une liste reproduite en fac-similé en couleur sur la page de gauche.

 

C’est drôle, souvent totalement inattendu, et de cette imagination débridée nait une curieuse poésie urbaine du quotidien. On s’attarde sur les graphies, les fautes d’orthographe, les supports (papiers arrachés ou bloc-notes publicitaires), les quiproquos de mots juxtaposés (« manger chat », ah il faut acheter à manger pour le chat !) et sur ce qu’en fait Clémentine Mélois : des portraits enjoués, variés, aux personnalités multiples et parfois un brin torturées, pour notre plus grand plaisir.

 

Original et amusant !

 

 

 

 

Pourquoi je l’ai lu : je l’ai fait venir de la bibliothèque départementale, c’est donc que j’avais très envie de le lire après en avoir lu une critique, mais où et quand, je ne sais plus !

 

Où et comment je l’ai lu : emprunté à la bibliothèque, un samedi après-midi de vacances, au calme ensoleillé du jardin.

 

 

 

 

Grasset, coll. Le courage, avril 2017, 225 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-246-86203-1

 

 

 

Crédit photo couverture : éd. Grasset

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Les parapluies d’Erik Satie – Stéphanie Kalfon

9 Août 2018, 09:58am

Publié par Laure

Un premier roman qui se révèle être une biographie originale dans sa forme de la vie singulière d’Erik Satie. Le style en apparence fragmenté, parfois fantasque, poétique ou mélancolique semble coller à la personnalité du musicien.

 

Aîné d’une fratrie de quatre, il a 4 ans quand il voit sa mère dépérir après la mort subite de sa petite sœur Diane à l’âge de huit mois. Il mourra le 1er septembre 1925 dans une chambre sordide à Arcueil. On y trouvera quatorze parapluies noirs identiques. Satie fut un homme libre rejetant les conventions, un hurluberlu dont l’audace plaît parfois. Mais il n’en fut pas moins un artiste maudit et miséreux.

 

Alcoolisme et solitude, mystère et mélancolie sont des mots qui reviennent souvent dans l’histoire de sa vie.

 

Page 66 : « Je sais jouer du piano, je suis imaginatif, je peux m’adapter à tous les genres de musique, je ne sais pas dormir et j’ai déjà un métier en réalité, il me prend la moitié du temps. Comme je ne dors pas, la nuit, j’ai besoin de quelques heures rémunérées. Prenez cela comme ma modeste contribution à l’art que je vénère autant que les lampadaires. J’ajoute que je suis courageusement facile et complaisamment solitaire.

Rodolphe commence à trouver ce gosse intéressant et sacrément emmerdant aussi.

- Ici il faut venir en tant que quelque chose, si tu n’es rien, tu n’entres pas, dit-il en disparaissant définitivement dans son établissement.

Alors, Erik se faufile derrière lui et sans réfléchir bondit sur le bar, bien en vue, au-dessus des autres, tout Paris le regarde, il hurle :

- JE SUIS GYMNOPEDISTE ! »

 

 

Une biographie au style qui interpelle, séduit, et instruit.

 

 

 

Sortie en poche annoncée chez Folio pour le 04 octobre 2018 au prix de 7,25 €

 

 

 

 

Pourquoi je l’ai lu : parce que j’ai souvent entendu mes enfants jouer la première gnossienne ?

 

Où et comment je l’ai lu : je l’ai emprunté à la bibliothèque départementale, et je l‘ai lu en deux soirées dans mon lit en ce début du mois d'août 😊

 

 

 

Éditions Joëlle Losfeld, février 2017, 211 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-07-270634-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © Rachel Hill /Shutterstock (détail) / et éd. Joëlle Losfeld

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La bibliothèque noire – Cyrille Martinez

27 Juillet 2018, 09:13am

Publié par Laure

 

Attention coup de cœur en vue !

Sous couvert de fiction un brin fantastique, c’est l’histoire de la lecture publique et des bibliothèques (en particulier la BNF) que nous raconte Cyrille Martinez.

 

Le lecteur bibliothécaire y lira aussi l’histoire de son métier, son évolution, sa « profonde mutation » récente due à la crise de la lecture, l’invasion des écrans et du tout numérique.

 

Le scénario catastrophe ouvre néanmoins une jolie porte post apocalyptique avec la naissance de la bibliothèque noire, chut, je n’en dis pas plus.

 

La fiction permet de manière astucieuse d’énoncer quelques vérités (vraies !).  Si le lecteur bibliothécaire professionnel en saisit toutes les clés en riant souvent (le ton y est pour beaucoup aussi !), le lecteur lambda mais néanmoins attentif y lira entre les lignes tout l’enjeu actuel du livre, de la lecture, et des bibliothèques dans la société.

 

Vous l’aurez compris, je l’ai trouvée ma pépite de l’année, celle que j’ai envie de faire lire à tous, ne serait-ce que pour le savoureux classement des différents genres romanesques par Cyrille Martinez.

 

Original, hilarant, et très bien documenté !

 

 

Quelques extraits (il fut très difficile de n'en sélectionner que quelques uns) :

p. 11 : « Un bon livre de littérature, dit-on, comporte plus de vérité qu’un mauvais livre d’histoire. »

 

p. 13 : « Au Moyen Age, un jour qu’il faisait gris et que l’orage couvait, un moine déposa les 917 manuscrits de sa collection dans une salle accessible, sous certaines conditions, à d’autres lecteurs. La Bibliothèque était née et, avec elle, l’idée que la lecture devienne accessible au plus grand nombre. Les livres ne relevaient plus uniquement de la propriété privée. On pouvait envisager de lire d’autres manuscrits que les siens, d’autres textes que ceux dont on s’était rendu propriétaire. »

 

p. 27 : « Les Lecteurs de Romans sont non seulement exclusivement intéressés par un genre, mais par un nombre réduit de titres à l’intérieur de ce genre. Les meilleurs romans sont les plus lus, et une idée couramment répandue veut que ce soit justement parce qu’ils sont les plus lus qu’ils sont les meilleurs. La lecture extensive prévaut : ici les lecteurs lisent beaucoup mais rarement deux fois le même ouvrage. Sauf circonstances exceptionnelles, mort d’un romancier ou anniversaire de sa mort, les lecteurs de la Tour des Romans ne reviennent jamais sur un texte.  […] Contrairement à la Tour des Romans, dans celle des Sciences on pratique la lecture intensive. »

 

p. 104 : « Pour accéder aux réseaux d’informations fausses et vraies, les lecteurs, enfin ceux qu’on a toujours appelé les lecteurs, avaient impérativement besoin d’une connexion. C’était leur principale demande. Vous leur parlez des 14 millions d’imprimés à leur disposition, histoire de leur rappeler qu’une bibliothèque c’est au départ, avant tout, des collections, ils vous répondent très bien, ce patrimoine écrit est remarquable, quel Trésor fabuleux, on adore être entourés de livres, mais sinon, quand la connexion sera-t-elle rétablie ? »

 

p. 107 : « Séjourneur, - euse, n.f. et m. – Celle, celui qui profite de la Salle de lecture pour y occuper un poste de travail sans utiliser les ressources documentaires de la bibliothèque. Syn. Squatteur. » [je précise que séjourneur est bien le vrai terme utilisé en bibliothéconomie]

 

 

 

Pourquoi je l’ai lu : je crois que je suis tombée dessus par hasard en feuilletant la liste des nouvelles acquisitions sur le portail de ma bibliothèque départementale. Son titre m’a intriguée.

 

Où et comment je l’ai lu : Je l’ai donc fait venir de ladite bibliothèque départementale (maintenant je pense que je vais l’acheter !) et je l’ai lu un lundi après-midi de juillet sur la chaise longue au jardin. (Comme beaucoup de bibliothécaires, je travaille du mardi au samedi soir, je suis donc en week-end les dimanches et lundis).

 

 

 

Buchet Chastel, coll. Qui vive, mars 2018, 180 pages, prix : 14 €, ISBN : 978-2-283-03115-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Sophie Potié, 2018

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À chacun son rêve – Paul Ivoire

26 Juillet 2018, 10:06am

Publié par Laure

Ah le feel good book de l’été ! Du rêve en pages ! Il faut croire que j’étais dans de bonnes dispositions, je l’ai lu d’une traite et l’ai trouvé fort plaisant !

 

Sylvain Balmont, commercial dans une entreprise agroalimentaire, gagne par hasard le jackpot de l’Euromillions, en faisant plaisir à un SDF qui l’a apostrophé. 174 900 557 €, ce n’est pas rien. Il veut remercier son bienfaiteur, mais ce n’est pas de bol, celui-ci vient de mourir. Sylvain s’attachera dès lors à lui rendre hommage et à honorer sa mémoire, et à réaliser pour lui son rêve de jeunesse.

 

Une enquête pour comprendre le passé de cet homme décédé, l’installation dans un village de Bourgogne où des clans familiaux et politiques se sont forgés de décennies en décennies, protégeant des secrets de famille : de nombreuses situations cocasses vont éclore, et c’est à celui qui ira le plus loin dans l’infamie.  Mais c’est drôle, et ça fait du bien ! (Et si comme moi vous vivez à la campagne, vous ne manquerez pas de trouver bien réalistes ces querelles ancestrales et égotistes).

 

 

Tous les ingrédients d’un bon roman y sont, l’intrigue est bien menée, ça se lit tout seul, et c’est à conseiller si vous aimez les lectures faciles qui font du bien (si je n’entends pas cette demande vingt fois par jour au travail !) Mais la cerise sur le gâteau, c’est que ce n’est pas complètement niais, et ça, ce n’est pas si courant dans le feel good.

 

 

 

Pourquoi je l’ai lu : Parce que Gérard Collard, le libraire de la griffe noire, l’avait moult fois conseillé.

 

Où et comment je l’ai lu : Je l’ai emprunté à la bibliothèque, et je l’ai savouré un dimanche dans le jardin, d’une traite. Parce que c’était bon et que je voulais connaitre la fin et tant pis pour le ménage, quand il fait 32° à l’ombre, toutes les excuses sont bonnes.

 

 

 

 

Existe en poche :

 

 

 

 

Anne Carrière, mars 2017, 293 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-8433-7853-9

Le livre de Poche, mai 2018, 320 pages, prix : 7,70 €, ISBN : 978-2-253-07079-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Editions Anne Carrière.

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Comment ne pas devenir une fille à chat – Nadia Daam

25 Juillet 2018, 09:04am

Publié par Laure

Illustrations de Leslie Plée.

 

Décrivant la vie et les pensées d’une mère célibataire à l’approche de la quarantaine, dotée d’un chat Pompom (Pompon ?), ce livre est un ensemble de chroniques (et non un roman comme je le pensais avant lecture) drôles et au ton surjoué de magazine féminin, avec le sens de la formule qui fait mouche. C’est léger et déjanté. Mais ça ne va pas plus loin.

 

On n’en retiendra rien mais c’est distrayant, survitaminé, et à consommer à petites doses sous peine d’indigestion. Le format plus proche de l’article de presse se prête d’ailleurs bien à ce picorage.

 

 

Pourquoi je l’ai lu : Parce que je suis une fille à chats et que j’espère ne pas déjà sentir la croquette (comme le dit le bandeau : l’art d’être célibataire sans sentir la croquette)

 

Où et comment je l’ai lu : il me faisait de l’œil dans le catalogue numérique de Netgalley. Sur liseuse donc, du 07 au 23 juillet (+ de 15 jours !), c’est-à-dire en y intercalant plein d’autres lectures, sinon c’était trop indigeste. L’humour exacerbé, à la longue, ça fatigue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mazarine, mai 2018, 168 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-863-74358-4

 

 

 

Crédit photo couverture : Leslie Plée et éd. Fayard / Mazarine

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Tu deviens adulte le jour où tu pardonnes à tes parents – Gérard Salem

27 Juin 2018, 10:31am

Publié par Laure

Boris écrit une lettre à ses parents, qu’il n’a pas vus depuis sept ans. Il a volontairement coupé les ponts. L’incipit est incisif, la rancœur est toujours présente : « J’espère que cette lettre empoisonnera votre journée ».

 

Boris est malade, son ex-femme lui refuse tout contact avec ses enfants, bref, rien ne va. Il ne veut pas pour autant qu’on s’apitoie sur son sort, juste régler ses comptes. Sur le conseil de son psychiatre avec qui sa sœur Charlotte correspond également, toute la famille d’abord proche puis étendue, se met à s’écrire de vraies lettres, à l’ancienne. De celles qui nécessitent de se poser.

 

Si la première moitié est très bien menée, plaçant bien les relations parentales et fraternelles, avec des réflexions de fond intéressantes sur la famille, la seconde partie, à trop vouloir se disperser, s’essouffle et tourne en rond. Au final peu de réponses sont données si ce n’est certains liens qui se sont un peu renoués, et encore, artificiellement et de manière sans doute éphémère.

 

Si l’idée (et le titre !) étaient bien séduisants, l’ensemble est décevant, ne tenant pas l’intérêt du lecteur sur la longueur. Fort dommage.

 

 

Ed. Flammarion / Versilio, mai 2018, 246 pages, prix : 17,00 €, ISBN : 978-2-0814-3462-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © logotitre : Djorh © Flammarion

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Les déraisons - Odile d'Oultremont

12 Juin 2018, 14:18pm

Publié par Laure

Le 03 octobre 2016, Adrien Bergen, 44 ans, est au tribunal, dans le box des accusés, contre sa société AquaPlus, qui le met en demeure pour avoir touché un an de salaire indu. Mais il faut remonter dix ans en arrière, quand Adrien est tombé amoureux de Louise Olinger, en allant lui annoncer une coupure d’eau de trois jours… D’emblée sa fantaisie l’avait surpris.

 

Séduit par son côté fantasque, ils ne tardent pas à vivre ensemble. Louise est peintre, artiste, libre dans sa création et ses mots. Ce qui n’est pas toujours simple dans la vie sociale, ah les échanges avec la mère d’Adrien !

 

Mais Louise développe un cancer du poumon qui lui sera fatal, on le sait d’emblée. Alors quand la maladie de sa femme coïncide avec sa mise au placard au fin fond d’un couloir, Adrien décide de ne plus aller au bureau. Il faudra un an à son entreprise pour se rendre compte de son absence, en voulant l’inviter à une cérémonie pour ses 10 ans dans l’entreprise.

 

 

Le roman alterne les temps entre jours du procès et retours en arrière qui narrent l’histoire d’amour d’Adrien et Louise, ainsi que la maladie. L’histoire tient finalement à peu de choses, si ce n’est au caractère fantasque de Louise et à l’amour fou d’Adrien. L’absurdité de la vie, du monde du travail (comment ne pas se rendre compte de l’absence d’un employé pendant un an ?!), la folie choisie de Louise, la sympathie peu académique du juge sont des éléments qui donnent à réfléchir à ce qui est important, et à quel moment.

 

 

Le roman est agréable et surprend par le grain de folie de Louise, sans apporter de surprise sur son déroulement, il est plaisant et original.

 

 

 

p. 36 : « Adrien essaya de lui expliquer que Louise était ainsi, insaisissable, que c’était à la fois son charme, sa force et son courage, mais elle ne voulut rien savoir. »

p. 42 : « Derrière ses pérégrinations fantasques, c’était merveilleusement limpide : Louise était une femme de pouvoir. »

 

 

 

 

Les éditions de l’Observatoire, janvier 2018, 219 pages, prix : 18 €, ISBN : 979-10-329-0039-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Paul Wackers / les éditions de l’Observatoire

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Apprendre à lire - Sébastien Ministru

11 Mai 2018, 08:59am

Publié par Laure

Au crépuscule de sa vie, un vieil homme, immigré sarde analphabète, demande à son fils âgé d’une soixantaine d’années, dirigeant d’un groupe de presse, de lui apprendre à lire. Celui-ci s’exécute bon gré mal gré, mais leurs relations n’ont jamais été simples, qui plus est après le décès de sa mère.

Antoine vit en couple avec un homme mais a fait le choix de ne plus avoir de relations sexuelles avec son conjoint, il préfère quelques relations tarifées épisodiques.

C’est à l’une de ces rencontres, futur enseignant, qu’il confie cette lourde mission d’apprendre à lire à son père. Un lien très fort va se nouer entre le vieil homme et Ron, le jeune enseignant, relation qui va déstabiliser le fils…

 

C’est un très beau roman que ce court texte, très sensible, pudique, très bien écrit, qui se lit aussi dans les non-dits trop longtemps occultés. Il aborde des thèmes rares, l’analphabétisme, et précieux, la relation père-fils, chahutée, difficile. C’est une histoire d’amour, paternel, filial, qui aborde aussi l’homosexualité, la prostitution masculine, (dans le rapport qu’elle peut induire entre ce père et ce fils), et la honte liée à l’analphabétisme.

 

Un roman qui se lit d’une traite, touchant, caressant par sa plume, une vraie belle découverte (il s’agit en plus d’un premier roman), que je dois à Autist reading dont le billet m’avait convaincue.

 

 

 

Extraits :

« - Mais à quoi ça va te servir de savoir lire ?

- A quoi ça va me servir ? Mais à lire. Peut-être que lire, ça fait mourir moins vite. »

 

« Mon père veut apprendre à lire et à écrire et ce n’est pas une plaisanterie. J’ai accepté de lui apprendre à lire et à écrire et c’est une catastrophe. Lire et écrire, comme inspirer et expirer, sont des gestes naturels que personne ne se souvient d’avoir appris. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grasset, coll. Le Courage, janvier 2018, 160 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-246-81399-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Grasset.

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Ta vie ou la mienne – Guillaume Para

2 Avril 2018, 15:13pm

Publié par Laure

Hamed Boutaleb a perdu sa mère à la naissance. Il a grandi à Sevran, en Seine Saint-Denis, avec son frère Faouzi, de sept ans son aîné, et leur père.

Son frère meurt à l’âge de quinze ans, victime de la guerre du shit, leur père meurt d’un cancer du foie lorsqu’Hamed a treize ans. Il est donc recueilli par son oncle Tarek, qui vit avec sa femme et ses trois filles à Saint-Cloud, ville bourgeoise de l’Ouest parisien. C’est là qu’il sera repéré car il est doué au football, et là aussi qu’il tombera amoureux de Léa, une jeune fille de bonne famille, riche et catholique, mais qui n’est pas moins dépressive sévère.

 

Un incident dramatique viendra compromettre un avenir qu’on aurait aimé voir fleurir.

 

 

Peut-on sortir de son milieu d’origine ? Si les débuts du roman sont un peu binaires, avec un concentré de clichés sur la violence du 9-3 et la banlieue huppée côté St-Cloud qui peuvent agacer (facilité ?), les personnages sont néanmoins extrêmement attachants. Le père de son ami François, Pierre Villeneuve, est drôle, bienveillant, tendre, mais jure comme un charretier alors qu’il interdit aux enfants de le faire. Il est le premier avec l’oncle Tarek à mettre de la douceur dans la triste vie d’Hamed.

 

 

Souvent trop manichéen dans son développement, l’équilibre global se fait néanmoins entre violences (en prison notamment) et sentiments. Les émotions sont bien réelles et on ne peut s’empêcher d’être touché par les personnages.

 

 

Une lecture au final très agréable et qui fait du bien, malgré une certaine noirceur, grâce notamment à une palette riche de personnages secondaires. On fermera les yeux sur quelques facilités qui servent l’intrigue, la scène du procès notamment est d’une simplicité trop vite expédiée pour être crédible, mais on veut bien avaler des couleuvres pour sauver Hamed et Léa !

 

 

On ne peut que souhaiter à l’auteur par ailleurs journaliste (c’est son premier roman) de poursuivre dans la voie de la fiction, nul doute qu’il écartera vite les quelques maladresses de cet opus.

 

 

 

 

(Le livre m’a été envoyé gracieusement par l’auteur, comme à tous les blogueurs qui l’ont chroniqué semble-t-il. Cela n’enlève rien à l’honnêteté de mon propos.)

 

 

 

Éditions Anne Carrière, février 2018, 194 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-8433-7889-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Anne Carrière

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