Les jardins d'Hélène

romans francais-francophones

Dans la tête de Shéhérazade - Stéphanie Janicot

17 Novembre 2008, 09:35am

Publié par Laure

Shéhérazade Halshani a 30 ans, et une belle carrière télévisuelle. Elle anime une émission à succès, « ô nuit », un talk show façon Delarue ou Mireille Dumas. Lorsque son fiancé et rédac chef lui demande de préparer une émission sur le thème « rêves d’adolescents », elle revient sur sa propre histoire, et plus particulièrement sur ses 15 ans et son année de seconde dans un grand lycée parisien.

Pendant tout le roman, c’est le personnage de Shéhérazade qui s’adresse directement à son public. Alternance du présent et retours en arrière, Shéhérazade a grandi seule avec son père, un immigré marocain qui tient un bistrot dans le 5ème arrondissement, et dont on sent toute la fierté pour sa fille, leur complicité et leur amour certain. Elle a perdu sa mère très jeune. Empreinte d’une double culture, elle se sent néanmoins différente de ses amis, Aubin et Sophie, avec qui elle partagera une année scolaire et un double drame. Quelques clichés, mais on se laisse embarquer très vite par l’histoire qu’on lit d’une traite ou presque.
Toutefois, quelque chose m’a profondément gênée, au point de me focaliser dessus : anachronisme, erreurs grossières, ou volonté assumée, mais laquelle ? Je m’explique : dans le roman qui se passe au présent, Shéhérazade a 30 ans. Il n’y a pas de date donnée, mais involontairement, on le situe aujourd’hui, allez disons 2008. De nombreux retours sur les 15 ans de Shéhérazade, soit disons 1993. Et en 1993, figurez-vous que Shéhérazade surfait sur le net tout le temps et Sophie usait de son téléphone portable à tout va. Certes, c’est possible, ces medias existaient il y a 15 ans. Mais dans cet usage effréné et si évident (répandu) ? A deux reprises également, Shéhérazade nous cite des montants en euros… il y a 15 ans !! Aurait-il été choquant de parler en francs ? L’auteur a-t-elle converti pour son lectorat plus jeune ? A-t-elle inscrit son histoire dans un futur pour que cela sonne correctement dans 15 ans ? Et je vous donne un extrait qui se passe il y a 15 ans, soit en 1993 selon ma logique : p.162 : « Les photos qu’Ariane avait téléchargées sur son ordinateur depuis son téléphone portable corroboraient ses descriptions. » En 1993, moi je dis « chapeau ». Je ne vois qu’une solution : soit le roman se passe dans un futur indéfini mais au moins égal à 2015, soit le roman est truffé d’erreurs grossières. Soit le roman est volontairement un mensonge incohérent, après tout, c’est une fiction. En tous les cas ça ne colle pas. Mais personne n’a relevé cela (rien trouvé dans ce sens sur le net), et je ne peux pas croire qu’Albin Michel et ses relecteurs aient laissé passer cela, alors forcément, il y a une explication, et c’est là où j’aimerais beaucoup avoir celle de l’auteur, parce que vraiment, ces points-là m’ont dérangée. Et dans une histoire vraisemblable, j’aime qu’elle le soit totalement.

 


Albin Michel, août 2008, 312 pages, prix : 19,50 €

Ma note :



Crédit photo couverture : éd. Albin Michel
Merci à Cuné pour le prêt !

 

 

Ajout au 25 novembre : ça me poursuivait ce mystère, alors j'ai interrogé directement l'auteur sur facebook, et voici sa réponse, que je publie avec son accord, car je la trouve vraiment éclairante pour ceux qui se poseraient les mêmes questions que moi :

"C'est volontaire, oui. Je l'ai expliqué dans plusieurs entretiens : il n'y a pas de marqueurs de temps. Pas de date de naissance de Shéhérazade, pas de date pour les événements en banlieue, rien qui indique comment travaillent concrètement les salariés de cette chaine de télévision. L'histoire se passe effectivement aujourd'hui dans les deux cas. Les ados sont des ados d'aujourd'hui. Il était important pour moi qu'ils le soient puisque c'est un roman sur la société française contemporaine et non pas sur celle de la fin du XXeme siècle. Et je n'avais pas non plus envie de faire un roman d'anticipation en datant les scènes à la télévision en 2020. Je trouvais plus intéressant d'avoir un regard adulte et un regard adolescent sur la même société, exactement la même. Il est certain que si notre société change radicalement dans les 10 ans qui viennent (notamment dans sa manière d'envisager la télévision) alors ce roman sera très obsolète très vite. Si ce n'est pas le cas, dans 10 ans, la juxtaposition des temps n'aura plus aucune importance. Si vous avez lu Les faux monnayeurs, de Gide, vous avez pu constater qu' il mélange des événements ayant eu lieu à la fin du XIXème siècle avec d'autres du début XXeme. Franchement, ça n'a aucune importance, ce qui compte, il me semble dans un roman, c'est la permanence de la nature humaine, qui s'exprime notamment à travers la psychologie des personnages.
J'espère toutefois que le fait que le temps de ce roman soit cumulatif et non pas linéaire ne vous a pas complètement gâché votre lecture.
Amitiés
S.J"

Voir les commentaires

Monsieur le Directeur - Carine Beaufils

9 Novembre 2008, 18:53pm

Publié par Laure

Monsieur le Directeur est un portrait au vitriol d'un père de famille pathétique, alcoolo et très gros fumeur, qui sous prétexte qu'il subit une pression importante au travail, ne respecte rien ni personne, et veut faire de tous ses enfants des Cofi (Conseillers Financiers).

Ce portrait, c'est sa propre fille, Caroline, qui le dresse. 4 enfants, une mère qui vient des îles et qui est médecin (donc pas complètement stupide) et tout va à vau-l'eau dans cette famille où personne n'ose contredire le père, ni le mettre en garde quand il va trop loin, par pudeur sans doute, par gêne et par crainte. On se doute dès le début de la fin inéluctable, malgré une conclusion à peine originale.

C'est léger, vite lu, 150 pages très aérées à peine, mais trop long peut-être déjà tant cela manque de surprise et d'engagement, de style aussi, qui sortirait peut-être alors ce premier roman du lot. Peu convaincant.

 

Merci à Cuné pour le prêt ! (qui ne l’a pas commenté sur son blog ?)

 

Stock, mai 2008, 155 pages, prix : 15,50 €

Ma note : 2/5

Crédit photo couverture : éd. stock

 

Voir les commentaires

Où on va, papa ? - Jean-Louis Fournier

22 Octobre 2008, 10:54am

Publié par Laure

Où on va, papa ? est un livre qui est en train de faire son petit bonhomme de chemin porté essentiellement par le bouche à oreille des lecteurs. Il plaît. Tout le monde se le conseille. C’est facile à lire, rapide, et ça titille votre fond d’humanité. Ça ne prend pas la tête et ça vous montre qu’il y a plus malheureux que vous. Vous avez sans doute tous lu un livre de Jean-Louis Fournier, qui a surtout fait dans l’humour avec la grammaire française et impertinente, l’arithmétique appliquée et impertinente, ou encore, je vais t’apprendre la politesse, p’tit con, ces titres où on apprenait (révisait) des choses sérieuses en s’amusant.

Jean-Louis Fournier est aussi le père de deux garçons handicapés, c’est vraiment la faute à pas de chance. Il leur offre aujourd’hui ce livre, livre qu’ils ne liront jamais de toute façon, car ils en sont bien incapables, et l’un d'eux est décédé. Un livre d’amour pour dire le grave avec humour, un livre pour se faire pardonner de ne pas avoir été un père parfait, mais qui pourrait l’être, enfant normal ou pas ?

On connaissait la chanson de Lynda Lemay « ceux que l’on met au monde », on a le pendant littéraire avec le livre de Fournier. Il explique lui-même dans des interviews ici ou là (écouté sur France Inter à Noctiluque) que l’humour et l’autodérision ont été sa meilleure façon de surmonter l’insurmontable, de faire face au quotidien avec deux enfants tous deux lourdement handicapés. Un humour que tout le monde n’a pas toujours compris.

Tous les passages sonnent juste, c’est parfois délicat parfois grinçant, et ça mène à la compassion, cette compassion dont Fournier ne veut pas. Un livre d’amour et de quotidien, qu’on lit en acquiesçant, évidemment.

Donc oui c’est positif, mais voilà, ça n’est pas de la littérature non plus, ni un roman. De toute évidence ce livre saura toucher profondément les parents concernés, les autres garderont ce regard pudique sans bien savoir que faire du témoignage livré. Rien sans doute.

 

Stock, août 2008, 154 pages, prix : 15 €

Ma note : 3/5

Crédit photo couverture : éd. Stock

Voir les commentaires

L'obligation du sentiment - Philippe Honoré

10 Octobre 2008, 08:56am

Publié par Laure

C’est l’article de Clarabel qui avait attiré mon attention sur ce roman dont je n’ai pas entendu parler ailleurs, et comme je suis une inconditionnelle de la collection 1er mille chez Arléa, je n’ai pas hésité.

 

Comme souvent dans cette collection, l’histoire est forte, terrible, mais sacrément bien menée.

C’est l’histoire d’un couple sans histoires, trente ans de vie commune, bonne situation, pas de vagues. Louis et Jeanne Maisne ont un fils, Martin, qui n’a plus donné signe de vie depuis 10 ans, jusqu’à ce jour où par courrier il leur propose un rendez-vous dans un aéroport, une petite heure entre deux avions. Cette fois c’est sûr, le drame va éclater, le fils vient régler ses comptes. Dans une ambiance mystérieuse, un terrible secret va percer peu à peu. Drame de l’enfance violée avec la complicité tacite de la mère. Drame de l’enfant non désiré, non aimé, et en plus bafoué dans qu’il y a de plus grave. L’alternance des points de vue reconstruit l’histoire tout en faisant douter sur la charge de monstruosité : qui est le plus coupable ? Le père pour ses actes ? la mère pour son acceptation et son silence ? le fils pour ce lien qu’il recherche malgré tout avec son père ? Qui est le plus bourreau ? qui est le plus victime ? celui qui souffre dans sa chair ou celui qui nourrit la démence d’une autre ?

Adroit et terrifiant, troublant au fil des pages, c’est un livre qui ne peut laisser indifférent, et dont le titre prend sens dans l’avancement de la lecture. Terrible, glaçant, mais réussi. Brillant, en quelque sorte.

 


Arléa, septembre 2008, 122 pages, prix : 15 €

Ma note : 4/5

Crédit photo couverture : éd. Arléa.

Crédit tout court : merci à Clarabel pour le prêt !

Voir les commentaires

Val de Grâce - Colombe Schneck

8 Octobre 2008, 20:30pm

Publié par Laure

L'auteure se souvient de son enfance dans ce bel immeuble haussmannien de la rue du Val de Grâce, de l'amour de ses parents pour leurs enfants, une fratrie pourrie gâtée qu'ils choyent à outrance pour oublier la douleur de leur propre jeunesse. "est-ce qu'on pourra me pardonner d'avoir été aimée à ce point ?" Oui ! car si l'auteur mettra un peu plus de temps que les autres à voir la réalité du monde qui l'entoure, elle a reçu un tel amour de ses parents qu'elle ne peut qu'avancer confiante dans la vie, emplie d'une belle richesse intérieure, que rien ni personne ne pourra lui enlever.
Tout respire la douceur apaisée dans ce récit, les souvenirs et les regrets aussi, la mort de la mère, tout est feutré et délicatement suranné. C'est parfois un brin répétitif mais on se laisse bercer, c'est un très beau texte, apaisant.


L'avis de Clarabel, de Lily, et de Laurent...

Stock, août 2008, 138 pages, prix : 14,50 €
Ma note : 3,5/5
Crédit photo couverture : éditions Stock
Crédit tout court : merci à Clarabel pour le prêt !



Voir les commentaires

Une vraie boucherie - Bernard Jannin

22 Septembre 2008, 14:20pm

Publié par Laure

Ce roman m’a été présenté dans un contexte professionnel par une libraire dans le cadre d’une sélection de la rentrée littéraire. Un premier roman, un éditeur peu médiatisé et une mise en bouche très alléchante, il ne m’en fallait pas plus pour accroître ma tentation.

Sauf qu’au final, je suis un peu déçue… J’ai préféré la présentation de la libraire au livre lui-même ! Mais ce roman ayant le mérite de l’originalité, à vous de juger !

Richard Croquard est boucher-charcutier à Monsac, petit village perdu du centre de la France. La scène se déroule dans les années 50. Notre bonhomme a une spécialité : les pieds de cochon. Tandis qu’il prépare toutes les viandes et mets servis dans sa boutique, sa femme Mariette tient la caisse et s’occupe de la partie « traiteur » du magasin. Elle a deux passions : le catch, et la littérature, puisqu’elle écrit en secret un roman. Quand soudain, à l’abattoir, l’abatteur principal est retrouvé mort…

On m’avait prévenue : il faut aimer la viande (ce livre pourrait être à lui seul un dictionnaire de tous les termes possibles et imaginables du métier de boucher), il faut s’attendre à du gore et du trash, on ne peut pas dévoiler la fin, etc.

Pourquoi je suis déçue ? Parce que ça part un peu dans tous les sens, chaque chapitre (appelé « morceau » comme la viande) est quasi indépendant, et pas toujours raccroché à ce qui précède, ou d’une façon qui me gêne. L’auteur lance ainsi des pistes qu’il n’exploite pas (je m’attendais à davantage de choses sur le roman de Mariette, le meurtre de l’abatteur, …). Certains chapitres s’étirent un peu trop : la bataille de viande n’en finit pas, quand Croquard commence à faire les marchés et que les concurrents n’apprécient pas, on s’envoie toutes sortes de morceaux à la figure mais le vocabulaire devient lassant. Puis tout à coup, ça devient mystérieux, intrigant, intéressant ? Déroutant. Limite horreur ! Ceci dit folie et originalité sont au rendez-vous…ça sort du lot ! L’ambiance « village » est très bien reproduite. Il manque pour moi une unité, et un allégement du langage… là, c’est à vous faire devenir végétarien !

 

 


Editions Champ Vallon, mai 2008, 156 pages, prix : 14 €

Ma note : 2,5/5

Crédit photo couverture : éd. Champ Vallon

Voir les commentaires

Mari et femme - Régis de Sa Moreira

10 Septembre 2008, 12:35pm

Publié par Laure




« La première chose qui t'étonne lorsque tu ouvres les yeux c'est le plafond de votre chambre. Ça fait des mois que tu dors dans le salon. Tu ne comprends pas. Tu tournes la tête sur le côté, ta femme n'est pas dans le lit. Mais ses longs cheveux blonds s'étalent sous ta joue. Tu ne comprends pas du tout. Tu montes une main pour te gratter la barbe. Ta barbe a disparu. Tu ne respires plus. Tu descends ta main sous le drap. Tu cherches quelque chose entre tes jambes. Tu ne trouves rien. Tu te redresses d'un coup. Tu te tournes vers l'armoire à glace. Tu cries. Ta femme crie à ta place. »

 

Un homme se réveille un matin … dans le corps de sa femme. De même qu’elle est prisonnière de son corps à lui. C’est quelque peu embarrassant, déstabilisant, étonnant, mais voilà, il va falloir s’y faire. C’est sur ce postulat très original que se construit le roman de Régis de Sa Moreira, jouant sur le cocasse des situations. Ecrit à la deuxième personne, on se perd parfois un peu dans le tourbillon des pronoms où le tu n’est pas toujours celui qu’on croit, mais on se prend quand même très vite au jeu. On sourit, on regarde ce couple qui était sur le point de se séparer d’un œil compatissant, et on s’attendrirait presque de les voir se redécouvrir bien malgré eux. C’est un roman qui réjouit par son originalité, mais auquel il manque un je-ne-sais-quoi d’ambitieux, une pirouette un peu plus folle qui ferait oublier qu’hélas, le soufflé retombe vite, et que ça se conclut banalement une fois qu’on a compris le jeu.


Le site de l'éditeur : www.audiable.com



Au Diable Vauvert, août 2008, 181 pages, prix : 15 €
Ma note : 3/5
Crédit photo couverture : éd. au diable vauvert.

Voir les commentaires

à table ! - Tiffany Tavernier

3 Septembre 2008, 06:01am

Publié par Laure

Voici un roman délicieusement érotique et gourmand, tout autant que noir et dérangeant. Un roman percutant qu’on déguste les sens en alerte et d’une seule bouchée.


Marie est amoureuse d’Eli, mais Eli est marié, et n’a pas l’intention de divorcer. Le classique de la back street qui n’a plus que ses yeux pour pleurer le bel amant rentré dans son foyer. Mais quand Marie s’aperçoit qu’Eli la trompe avec une jeune étudiante, rien ne va plus, elle cafarde et vit comme un zombie, frôlant le licenciement alors qu’elle était une employée de banque particulièrement efficace pour faire rentrer des contrats. Ah monsieur va voir de quel bois elle se chauffe… la vengeance sera longue, hautement gastronomique, juste épicée à l’arsenic… ira-t-elle jusqu’au bout ? Ses recettes sont à se damner, la cuisinière un brin folle, le tout est tendu sur le fil du couteau, mais simplement jubilatoire. Bravo.

 

 

 

Les lectures de Laurence, Cuné, Yspaddaden, Amanda (moins enthousiaste)

 

Seuil, mai 2008, 138 pages, prix : 14,50 €

Ma note : 4,5/5

Crédit photo couverture : © Philippe Pache / Rapho / et éd. du Seuil

Crédit tout court : merci Cuné pour le conseil et pour le prêt !

Voir les commentaires

Vue sur la mère - Julien Almendros

1 Septembre 2008, 06:05am

Publié par Laure

« Je suis né le cordon ombilical autour du cou, un premier bijou qui, déjà, avait l’avantage de n’être pas très onéreux. » Voilà la première phrase de ce premier roman qui donne le ton mi drôle mi amer de l’ensemble. C’est l’histoire de Julien et de sa mère, ou plus exactement, un portrait de cette mère, possessive, jalouse, tyrannique, pleureuse, de celles qui vous gâchent l’enfance et virent pathétiques. Mais voilà, ça ne va pas plus loin, c’est vif et vite lu, mais ça reste factuel, oui des mères comme ça il y en a plein, mais alors, et après ?

Il manque un souffle à ce roman, un dépassement, quelque chose qui aille plus loin que ce portrait banal. Quant à l’épilogue… il n’apporte rien de plus, inutile donc, au fond on s’en fiche de savoir si c’est vrai ou pas, autobiographique ou non.

 

Mais les avis sont partagés : voir celui de Cuné (que je remercie pour le prêt), Laurence, et celui d’un libraire

 




Le Dilettante, août 2008, 124 pages, prix : 14 €

Ma note : 2,5/5

Crédit photo couverture : éd. Le Dilettante

Voir les commentaires

Laisse les hommes pleurer - Eugène Durif

30 Août 2008, 06:19am

Publié par Laure

Léonard est un ancien « populart », un pupille de l’Etat, à ne pas confondre avec un pupille de la nation qui, lui, a mérité de la patrie, précise-t-il. Père de 4 enfants d’un premier mariage, il vit à présent avec une nouvelle compagne, Hélène. Gardien de prison, il est blâmé pour éprouver un peu trop de compassion pour un détenu. Il se sent déprimé dans sa vie comme dans son couple. Il ressent alors le besoin profond de partir à la recherche de celui qui fut son quasi frère, un enfant placé comme lui, Sammy, un petit gamin tout droit arrivé dans la Creuse depuis l’île de la Réunion, comme c’était fréquent dans les années 60 de faire venir ces enfants en Creuse et de promettre à leurs familles une meilleure vie. Meilleure vie, tu parles. Larbins à la ferme, traités comme des chiens, mais dans l’adversité, le soutien moral et l’amitié de ces deux gamins se forgeront à toute épreuve.

Léonard remonte ses souvenirs d’enfance en même temps que la route qui lui permettra de retrouver Sammy, à qui la vie n’a pas tellement réussi. Rudesse d’une famille d’accueil au comportement inhumain, un environnement qui fait penser à ceux de Patrice Juiff ; réconfort d’une famille des environs avec qui ils auront sympathisé, l’espoir se mêle à la détresse, et la vie continue, malgré tout.

Un voyage intérieur autant que réel pour tenter de finir de se reconstruire, si c’est encore possible, une belle quête de cette amitié inoubliée. Même si la fin est un peu trop ouverte à mon goût, Eugène Durif offre là un roman humain et chaleureux, une histoire tout à la fois  simple et forte.

 
L'avis de Cuné


 

Actes Sud, août 2008, 138 pages, prix : 16 €

Ma note : 3,5/5

Crédit photo couverture : © Johann Fournier et éd. Actes Sud

Voir les commentaires