Quel beau métier vous faites ! - William Réjault
J’avais beaucoup aimé le premier livre de Ron l’infirmier, La chambre d’Albert Camus et
autres nouvelles, et j’avais bien sûr très envie de lire son nouveau, quel beau métier vous faites !,
publié cette fois sous son vrai nom.
Même principe : un recueil de nouvelles (diverses et variées) sur son métier, sans trop de continuité car cette fois il parle surtout de très courtes missions d’intérim, dans des endroits aussi variés que des maisons de retraite, un grand magasin parisien, la médecine du travail d’une grande entreprise, un établissement scolaire, etc.
L’empathie et l’humanité du premier recueil ont laissé place ici à l’amertume, l’aigreur, l’usure et le règlement de comptes. Tous les malades sont chiants, sales et puants, les morts sont (presque) profanés, les médecins sont tous des cons, les collègues des fainéants, … je schématise un peu, mais c’est ce que j’ai ressenti à la lecture : un homme qui en a marre de son métier, qui n’en peut plus, et qui balance sa réalité. Et qui ramène tout bien sûr à sa propre personne, la seule à peu près intelligente dans le lot, vous l’aurez compris. Certes on connaît les difficultés des métiers de santé en sous effectifs, les infirmiers sous payés et non reconnus sur leur nombre d’années d’études, etc. mais là, on en a un tableau acide, parfois limite vulgaire, et c’est un peu facile de mettre toute l’incompétence ou la bêtise sur les autres.
Et puis… et puis… il y a la dernière nouvelle, la trente cinquième : De l’autre côté du miroir. Très bien écrite, autobiographique, thérapeutique, celle qui explique tous les soucis personnels de l’auteur et les souffrances personnelles endurées. La nouvelle qui vous impose un mot : respect. Ce respect dont l’auteur semble avoir manqué dans les presque 34 textes précédents. Situation personnelle qui explique l’usure et la fatigue, la lassitude et le fait que l’homme soit à bout, et qui vous fait reconsidérer ce qui précède en pensant : oui d’accord, maintenant ça s’explique, ça n’allait pas bien dans sa vie, mais maintenant ça va aller mieux, il va aimer à nouveau son métier, espérons-le, etc.
Cette situation me fait penser au livre de Jean-Louis Fournier, où on va papa ? , qui m’avait laissée mitigée, car après de tels récits qui forcent le respect, toute critique est impossible. Que voulez-vous dire qui ne soit pas immédiatement interprété comme scandaleux , là où le politiquement correct impose la compassion et l’admiration, ou au moins le silence timide de celui qui n’a pas de malheur dans sa vie ?
Pour conclure, ce nouvel opus a quand même quelques bons passages, se lit d’une traite (je l’ai lu en une longue soirée), mais si vous n’avez jamais lu William Réjault, préférez de loin la Chambre d’Albert Camus qui vient de sortir en poche chez J’ai Lu.
Ed. Privé, novembre 2008, 285 pages, prix : 15 €
Ma
note :
Crédit photo couverture : © Pierre Gay et éd. Privé.
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Conseillé par Nicolletta (elle n’a pas de blog mais c’est une grande
lectrice fidèle de la blogosphère que j’ai rencontrée lors du Prix des Lectrices de Elle 2008), c’est l’émission du 1er novembre de
Il est des livres qu’on referme avec un sentiment de plaisir savouré, nul doute
que
Louis Martin est un presque quinqua qui va se prendre de plein fouet la middle
life crisis en pleine face (à moins que ce ne soit en plein cœur). Et oui, personne n’est jamais à l’abri : belle situation, beau mariage, belle vie de famille avec enfant, mais quand le
démon vient frapper à votre porte sous les traits d’une belle jeunette, vous revivez illico et gagnez vingt ans d’âge.
Dans les années 2000 au large de Boston... après la mort de tante Françoise, Lise hérite
d’une maison sur l’île de Martha's Vineyard et de quelques boîtes laissées par son cousin (et ex amant) Nick décédé lui aussi, boîtes qui contiennent des photos, des cassettes, et un manuscrit
intitulé déjà-vu. Dans ce manuscrit, Nick revisite
Shéhérazade Halshani a 30 ans, et une belle carrière télévisuelle. Elle anime une émission à succès, « ô nuit », un talk show façon Delarue ou Mireille
Dumas. Lorsque son fiancé et rédac chef lui demande de préparer une émission sur le thème « rêves d’adolescents », elle revient sur sa propre histoire, et plus particulièrement sur ses
15 ans et son année de seconde dans un grand lycée parisien.
Monsieur le
Directeur
Où on va, papa ?
Comme souvent dans cette collection, l’histoire est forte, terrible, mais sacrément bien menée.
L'auteure se souvient de son enfance dans ce bel immeuble haussmannien de la rue du
Val de Grâce, de l'amour de ses parents pour leurs enfants, une fratrie pourrie gâtée qu'ils choyent à outrance pour oublier la douleur de leur propre jeunesse.