Dans la tête de Shéhérazade - Stéphanie Janicot
Shéhérazade Halshani a 30 ans, et une belle carrière télévisuelle. Elle anime une émission à succès, « ô nuit », un talk show façon Delarue ou Mireille
Dumas. Lorsque son fiancé et rédac chef lui demande de préparer une émission sur le thème « rêves d’adolescents », elle revient sur sa propre histoire, et plus particulièrement sur ses
15 ans et son année de seconde dans un grand lycée parisien.
Pendant tout le roman, c’est le personnage de Shéhérazade qui s’adresse directement à son public. Alternance du
présent et retours en arrière, Shéhérazade a grandi seule avec son père, un immigré marocain qui tient un bistrot dans le 5ème arrondissement, et dont on sent toute la fierté pour sa
fille, leur complicité et leur amour certain. Elle a perdu sa mère très jeune. Empreinte d’une double culture, elle se sent néanmoins différente de ses amis, Aubin et Sophie, avec qui elle
partagera une année scolaire et un double drame. Quelques clichés, mais on se laisse embarquer très vite par l’histoire qu’on lit d’une traite ou presque.
Toutefois, quelque chose m’a profondément gênée, au point de me focaliser dessus : anachronisme, erreurs grossières, ou volonté assumée, mais laquelle ? Je m’explique : dans le
roman qui se passe au présent, Shéhérazade a 30 ans. Il n’y a pas de date donnée, mais involontairement, on le situe aujourd’hui, allez disons 2008. De nombreux retours sur les 15 ans de
Shéhérazade, soit disons 1993. Et en 1993, figurez-vous que Shéhérazade surfait sur le net tout le temps et Sophie usait de son téléphone portable à tout va. Certes, c’est possible, ces medias
existaient il y a 15 ans. Mais dans cet usage effréné et si évident (répandu) ? A deux reprises également, Shéhérazade nous cite des montants en euros… il y a 15 ans !! Aurait-il été
choquant de parler en francs ? L’auteur a-t-elle converti pour son lectorat plus jeune ? A-t-elle inscrit son histoire dans un futur pour que cela sonne correctement dans 15 ans ?
Et je vous donne un extrait qui se passe il y a 15 ans, soit en 1993 selon ma logique : p.162 : « Les photos qu’Ariane avait téléchargées
sur son ordinateur depuis son téléphone portable corroboraient ses descriptions. » En 1993, moi je dis « chapeau ». Je ne vois qu’une solution : soit le roman se passe
dans un futur indéfini mais au moins égal à 2015, soit le roman est truffé d’erreurs grossières. Soit le roman est volontairement un mensonge incohérent, après tout, c’est une fiction. En tous
les cas ça ne colle pas. Mais personne n’a relevé cela (rien trouvé dans ce sens sur le net), et je ne peux pas croire qu’Albin Michel et ses relecteurs aient laissé passer cela, alors forcément,
il y a une explication, et c’est là où j’aimerais beaucoup avoir celle de l’auteur, parce que vraiment, ces points-là m’ont dérangée. Et dans une histoire vraisemblable, j’aime qu’elle le soit
totalement.
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Albin Michel, août 2008, 312 pages, prix : 19,50 €
Ma note :
Crédit photo couverture : éd. Albin Michel
Merci à Cuné pour le prêt !
Ajout au 25 novembre : ça me poursuivait ce mystère, alors j'ai interrogé directement l'auteur sur facebook, et voici sa réponse, que je publie avec son accord, car je la trouve vraiment éclairante pour ceux qui se poseraient les mêmes questions que moi :
"C'est volontaire, oui. Je l'ai expliqué dans plusieurs entretiens : il n'y a pas de
marqueurs de temps. Pas de date de naissance de Shéhérazade, pas de date pour les événements en banlieue, rien qui indique comment travaillent concrètement les salariés de cette chaine de
télévision. L'histoire se passe effectivement aujourd'hui dans les deux cas. Les ados sont des ados d'aujourd'hui. Il était important pour moi qu'ils le soient puisque c'est un roman sur la
société française contemporaine et non pas sur celle de la fin du XXeme siècle. Et je n'avais pas non plus envie de faire un roman d'anticipation en datant les scènes à la télévision en 2020. Je
trouvais plus intéressant d'avoir un regard adulte et un regard adolescent sur la même société, exactement la même. Il est certain que si notre société change radicalement dans les 10 ans qui
viennent (notamment dans sa manière d'envisager la télévision) alors ce roman sera très obsolète très vite. Si ce n'est pas le cas, dans 10 ans, la juxtaposition des temps n'aura plus aucune
importance. Si vous avez lu Les faux monnayeurs, de Gide, vous avez pu constater qu' il mélange des événements ayant eu lieu à la fin du XIXème siècle avec d'autres du début XXeme. Franchement,
ça n'a aucune importance, ce qui compte, il me semble dans un roman, c'est la permanence de la nature humaine, qui s'exprime notamment à travers la psychologie des personnages.
J'espère toutefois que le fait que le temps de ce roman soit cumulatif et non pas linéaire ne vous a pas complètement gâché votre lecture.
Amitiés
S.J"
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Monsieur le
Directeur
Où on va, papa ?
Comme souvent dans cette collection, l’histoire est forte, terrible, mais sacrément bien menée.
L'auteure se souvient de son enfance dans ce bel immeuble haussmannien de la rue du
Val de Grâce, de l'amour de ses parents pour leurs enfants, une fratrie pourrie gâtée qu'ils choyent à outrance pour oublier la douleur de leur propre jeunesse.
Ce roman m’a été présenté dans un contexte professionnel par une libraire dans le cadre d’une sélection de la rentrée littéraire. 
Voici un roman délicieusement érotique et gourmand, tout autant que noir et dérangeant. Un roman percutant qu’on déguste les sens en alerte et d’une seule bouchée.
« Je suis né le cordon ombilical autour du cou, un premier bijou qui, déjà,
avait l’avantage de n’être pas très onéreux. »
Léonard est un ancien « populart », un pupille de l’Etat, à ne pas confondre avec un pupille de la nation qui, lui, a mérité de la patrie, précise-t-il. Père de 4 enfants
d’un premier mariage, il vit à présent avec une nouvelle compagne, Hélène. Gardien de prison, il est blâmé pour éprouver un peu trop de compassion pour un détenu. Il se sent déprimé dans sa vie
comme dans son couple. Il ressent alors le besoin profond de partir à la recherche de celui qui fut son quasi frère, un enfant placé comme lui, Sammy, un petit gamin tout droit arrivé dans la
Creuse depuis l’île de la Réunion, comme c’était fréquent dans les années 60 de faire venir ces enfants en Creuse et de promettre à leurs familles une meilleure vie. Meilleure vie, tu parles.
Larbins à la ferme, traités comme des chiens, mais dans l’adversité, le soutien moral et l’amitié de ces deux gamins se forgeront à toute épreuve.