Les jardins d'Hélène

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L'enfant de Noé - Eric-Emmanuel Schmitt

1 Avril 2008, 05:50am

Publié par Laure

enfant-de-noe.jpgPendant la guerre, en 1942, l’abbé Pons recueille et protège des enfants juifs, dont le petit Joseph, 7 ans. Mais il ne se contente pas de cela, il lui apprend aussi, dans sa crypte secrète, la religion israélite, pour laquelle il a commencé une collection d’objets de culte. Sur un sujet souvent abordé en littérature, E-E Schmitt a fait un court roman original, mais qui se rapproche davantage de la fable, car tant de « miracles » rapprochés ne sont là à mon avis que pour redonner un peu de foi en l’humanité, ce qui est déjà un objectif ambitieux, et ici réussi !
Mais je n’ai pas ressenti l’émotion que j’avais éprouvée à la lecture d’Oscar et la dame rose.
L’enfant de Noé est un récit très court, mais très riche : nazis, camps, résistance, Justes, amitié, il m’apparaît aussi intéressant pour son parallèle entre les deux religions : le catholicisme et le judaïsme.
 
Lu dans le cadre du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2008, sélection du mois de mars.
 
Le livre de Poche, janvier 2008, 122 pages, prix : 5 €
Ma note : 3/5
Crédit photo couverture : © Marcelino Truong et LGF

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Le strip-tease de la femme invisible - Murielle Renault

25 Mars 2008, 10:07am

Publié par Laure

Mars, le mois des kilos à perdre avant le maillot, c’est pas moi qui le dis, mais la ronde des magazines féminins qui envahissent nos kiosques ?

 

strip-tease-de-la-femme-invisible.jpgMélanie Bertier a toujours été ronde, et en a souvent souffert. A 15 ans, élève timide et isolée, elle se laisse séduire par la fougue de Fanny, tout son contraire. Elles deviendront amies, de ces amitiés à la vie à la mort qui vous accompagnent une vie entière. Construit d’abord sur trois grandes parties, on suit Mélanie à 15 ans, à 25 ans, puis à 35, et après… tout s’accélère.

A 15 ans, Mélanie reprend donc un peu confiance en elle, grâce à quelques coups de ciseaux dans sa chevelure et dans ses fringues par sa copine Fanny. A 25 ans, il faut bien l’avouer, Mélanie n’a pas de petit ami. Va pour le site rondeDesRencontres.fr et les mensurations qui plaisent à ces messieurs-là : 1,58 m – 85 kg – 100 E. De rencontres en rencontres, l’amour se présente finalement sous les traits de Pascal. A 35 ans, pas de bébé, plus de règles, le corps a encore pris de la place et fait des siennes. C’est alors que Mélanie postule à une émission de télé-réalité : Relooking Extrême ! Je vous laisse lire l’engrenage aussi stupide que bien décrit : on s’y croirait ! du régime aux opérations de chirurgie plastique en passant par le sport, Mélanie gagne son challenge. Mais à quel prix ?

N’allez surtout pas lire les deux dernières lignes du roman avant d’y arriver, ça gâche pas mal de choses (ça m’est arrivé sans le vouloir, en le feuilletant pour retrouver ma page).

Un roman qui se lit tout seul par sa simplicité d’écriture (ça coule tout seul), sa critique bien vue de la télé-réalité (même si d’autres s’y sont déjà essayé, ça reste à lire), l’engrenage des diktats de la minceur… Je regrette juste une fin qui vient un peu trop vite…

 

Elles l’ont lu :

Ephémerveille, Clarabel, Gawou

 

Critiques presse sur le site de l’éditeur :

 

Ed. Le Dilettante, janv. 2008, 221 pages, prix : 17 €

Ma note : 3,5/5

Crédit photo couverture : © Alice Charbin et éditions le Dilettante

 

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Ker Violette - Karine Fougeray

13 Mars 2008, 06:42am

Publié par Laure

ker-violette.jpg

Certains cherchent leur chat, Clara, elle, cherche son cheval. C’est ainsi qu’elle débarque un beau matin dans un bistrot breton et réclame sans rougir un kir champagne, servi dans une bolée de cidre, s’il vous plait. Belle blonde de 36 ans qui n’a pas la langue dans sa poche, elle ne tarde pas à taper dans l’œil de Félix, marin-pêcheur-peintre de rascasses pour touristes.
A peine ouvertes ces belles violettes, c’est du pur miel que ce roman, du Gavalda dans son meilleur cru, celui d’Ensemble c’est tout qui vous emporte et vous accompagne en pensée toute la journée.
Mais la belle Clara malicieuse des premières pages est bien plus fragile qu’il n’y paraît. Même si l’on devine les blessures profondes, elles ne prennent forme qu’à la toute fin, se dévoilant peu à peu au travers d’une construction parfaitement maîtrisée. Un sublime roman choral où le « je » est multiple, offrant tantôt Clara, tantôt Félix (ah, la scène de la cassette d’Elmer Food Beat dans la voiture, un morceau d’anthologie !), Violette, Arno et tous les autres. L’Irlande et les chevaux, les fantômes du passé, la folie et la quête salvatrice. Comme dans toute relation vraie entre l’homme et l’animal, c’est l’animal souvent qui se fait rédempteur.
Un livre fort, très fort, avec une fin qui balaie tout sur son passage, de toute beauté. Avec ce premier roman et après les Galettes, Karine Fougeray démontre avec brio qu’elle est désormais passée dans la cour des grands !
 
Clarabel l'a lu aussi

 
Ed. Delphine Montalant, février 2008, 250 pages, prix : 18 €
Ma note : 4,5/5
Crédit photo couverture © Karine Fougeray et éd. Delphine Montalant.

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Philippe - Camille Laurens

8 Mars 2008, 21:51pm

Publié par Laure

Il n'est pas dans mon habitude de mettre ici de vieux commentaires écrits longtemps avant l'ouverture de ce blog. Mais puisqu'on cherchait mon avis sur ce livre, je suis allée le récupérer sur zazieweb où je l'avais posté le 17 mars 2004. A l'époque je croyais ce livre épuisé chez l'éditeur et avais cessé d'espérer le trouver un jour. Véro ne pouvait pas me faire plus plaisir en me l'offrant. Parce que la polémique ne m'intéresse pas, et parce que ce livre m'est trop intime pour que j'en parle en mots raisonnés, je ferme ici les commentaires. Pour lire l'intéressante analyse comparée de Thom, voir ici

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Le 7 février 1994 Camille Laurens donne naissance à Philippe, qui meurt deux heures plus tard. Terrible récit d’une mère qui voit en si peu de temps naître et mourir son enfant. Le texte se compose de quatre parties, quatre étapes nécessaires au deuil : souffrir, comprendre, vivre, et écrire. J’ai vécu, dans des circonstances différentes, ce qu’a vécu l’auteur. Qu’une mère perde son enfant pendant la grossesse, à la naissance, à deux, sept ou encore vingt ans, la douleur est la même. Non, il n’y a pas de gradation dans la souffrance. Et cela, Camille le dit très bien, tout comme elle parle des amis qui disparaissent soudain, ou des maladroits qui vous disent « c’est pas grave, vous en aurez d’autres ». Mais je pourrais citer chaque phrase de ce court récit. Du début à la fin de ces 72 pages, chaque phrase est terriblement juste, chaque mot douloureusement exact. Bien qu’elle ait l’envie légitime de hurler sa rage face au médecin incompétent, elle cite simplement des extraits du rapport d’enquête. Ce n’est pas la mère effondrée qui condamne, mais l’instance obstétricale supérieure. Cette froide distanciation est d’autant plus efficace pour la force du récit. Dans ce texte plus qu’ailleurs, elle révèle son talent d’écriture, où chaque mot est celui qu’il faut. A ma dernière lecture de son dernier roman, je disais « merci Camille », je le redis cette fois encore. Merci, Camille, pour tant de résonance, Philippe aura toujours sa place dans ma bibliothèque. Note : sur le même thème, on peut lire aussi le très beau « A ce soir », de Laure Adler.

POL, 1995, 74 pages, prix actuel : 10 €
Ma note : 5/5
Crédit photo couverture : éd. POL


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Je vous aime - Catherine Siguret

14 Février 2008, 06:04am

Publié par Laure

je-vous-aime.jpgD’aucuns disaient « ne vous fiez pas à la couverture rose bonbon et au titre guimauve, c’est un très bon roman, ce qui se fait de mieux en matière de chick-lit ». Eh bien j’aurais plutôt envie de dire : « fiez-vous-y, à la couverture». Le livre est court aussi je l’ai fini (en me forçant un peu), mais je ne sais pas moi, offrez-le par exemple à votre nièce de 15 ans (à défaut de mieux, parce que vous l’avez sous la main).
Quid de l’histoire ? Alice est nègre, c’est-à-dire qu’elle écrit les autobiographies des stars et autres people du show-bizz. Ghostwriter en anglais. Un beau jour, elle croise Philippe Musil, romancier adulé (sauf par le Monde des Livres), et c’est le coup de foudre. Tout part d’un mail d’Alice à Philippe : « je voudrais vous revoir » (vous je ne sais pas, mais moi j’allume le girophare Marc Lévy). Commence alors un long jeu du « suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis », car ces deux-là, dans le domaine du masochisme, en tiennent une sacrée couche. Le Philou est imbu de lui-même, il en profite puisqu’il a tout Paris à ses pieds dans les chambres du Ritz et aux tables du Flore, et se plaît à ignorer Alice quand elle pleure derrière son écran. Et inversement, à son tour de snober le bellâtre quand il quitte une minute son manteau de romancier prétentieux. Bien sûr ces deux-là s’aiment, et bien sûr happy end garanti, faut bien que vous en ayiez pour la couverture quand même, c’est juste un peu tortueux pour y arriver. C’est sensé vous séduire parce que ça parle de littérature, d’écriture, de ce beau petit monde germanopratin et de « vous avez un mess@ge », vous savez, cette comédie romantique américaine. Même que dans le livre, ils font exprès de ne pas lire leurs messages ! Ou seulement au bout de cinq jours, quand ils sont fatigués de pleurer.
Que vous dire de plus, si ce n’est que tout le monde a senti le vent : parution en poche quelques jours avant la St Valentin, oh qu’il est joli le marketing !
En 3 mots : mignonnet, pour lecteurs patients …
 
La critique de Lire 
L’avis de Florinette 
Le site de l’auteur 
 
Fleuve Noir, nov. 2006, 139 pages, prix : 16 €
Sorti en poche en février 2008 chez Pocket, prix : 5,30 € (même couverture, mauve au lieu de rose)
Ma note : 2/5
Crédit photo couverture : Fleuve noir et Amazon.fr

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Une promesse - Sorj Chalandon

10 Février 2008, 07:27am

Publié par Laure

Ce deuxième roman de l’auteur est une sélection 2008 pour le prix des Lecteurs du Livre de Poche. Bien qu’il ait été généralement très apprécié au vu de ce que j’ai pu lire sur le net, j’ai pour ma part assez vite pris ce bouquin en grippe. (Difficile de vous dire pourquoi sans dévoiler l’intrigue, en gros parce que le [semi]-fantastique, c’est pas mon truc)

promesse.jpg7 amis rendent visitent régulièrement à Fauvette et Etienne à Ker Ael. Ils aèrent la maison, changent les draps, mettent des fleurs fraîches, etc. L’ambiance est étrange dès le départ, car l’on a d’une part la conversation du couple (et Fauvette toujours à chercher les définitions de ses mots croisés) et d’autre part, la lassitude des amis qui ne font même plus semblant : ils vont jusqu’à la maison et s’en retournent sans même entrer, du moins pour certains. Parmi eux, un seul y croit fermement et mène le groupe, il s’agit du bosco, le patron du bistrot et frère d’Etienne. Mais au bout de 10 mois de ce manège, il voit bien que son groupe en a assez, qu’il est temps de rompre cette fameuse promesse.

En dire plus serait vous gâcher la lecture, car même si je n’ai pas aimé (peut-être d’ailleurs parce que j’ai lu tout de suite le pourquoi du comment dans tous les résumés sur le net au lieu de laisser le mystère se lever au fil des pages), il y a des rites, une légende et une histoire familiale qui se reconstruit dans ce récit. La fin apporte une dimension inattendue à cette promesse, mais l’ensemble n’a pas suffi à me charmer. Pas séduite du tout, la Laure. Tant pis.

 

Livre de poche, janvier 2008, 217 pages, prix : 5,50 €

Ma note : 2/5

Crédit photo couverture : © Robert O’Dea /Getty Images

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Les trophées de Constance & autres objets de désir - Nathalie Cachin

29 Janvier 2008, 01:48am

Publié par Laure

troph--es-de-constance.jpgJ’ai acheté ce petit livre suite au billet de Tatiana sans savoir qu’il s’agissait du premier livre d’une blogueuse, repérée et encouragée par David Abiker. La couverture me plaisait beaucoup, et le prénom de ma fille dans le titre, c’est idiot, mais ça joue (un peu). Les trophées de Constance est donc un recueil de 18 courtes nouvelles, et dès la première, on pense à la conversation amoureuse, d’Alice Ferney. Une mère qui rencontre un autre père à l’école, quelques mots échangés, et la rêverie fantasmatique se met en marche… Toutes les nouvelles sont du même genre : une trentenaire, le plus souvent célibataire, croise un homme, et cet homme devient chaque fois l’objet de son désir : caresses, frôlements, esquisses, il ne s’agit la plupart du temps que d’ébauches, réelles, ou projetées dans l’imaginaire de la jeune femme. Une sensualité à peine effleurée, une douceur imaginée.
C’est frais, c’est féminin, c’est léger… Nathalie Cachin observe les hommes et en garde ce qu’ils ont de meilleur, ou du moins ce que son rêve de séductrice en fait. On aimerait parfois que les nouvelles aillent un peu plus loin, car elles s’arrêtent dès le premier rêve d’amour construit. Des objets de désir, donc… qui laissent libre cours à l’imagination. Mais il faudra que vous vous fassiez le film tous seuls…
« et que m’importe si les hommes sont mes chimères »… (p. 129)
Et ça n’a rien à voir et je sais que les petits éditeurs méritent plus d’indulgence que les « gros », mais 5 ou 6 coquilles et fautes d’accord ou de participes passés, sur 129 pages, c’est encore trop…

L'article du Buzz
 
Editions Le bord de l’eau, janvier 2008, 129 pages, prix : 12 €
Ma note : 3,5/5
Crédit photo couverture : éd. Le Bord de l’eau et Amazon.fr

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Le Pilon - Paul Desalmand

28 Janvier 2008, 07:02am

Publié par Laure


undefinedVoici une autobiographie hors du commun, puisqu’il s’agit ... de celle d’un livre ! Né le 17 juin 1983, à 16h37, sorti des presses de la Manutention à Mayenne, il pèse 230 g. Sa vie commencera réellement quand il sortira de l’entrepôt pour rejoindre la table d’un libraire. Si celui-ci daigne le sortir du carton de livraison, et s’il résiste un tant soit peu au turn-over d’une trop abondante production… Bref ce n’est que le début et ce récit nous emportera dans les tribulations du livre, lecteurs, libraires, bouquinistes, bibliothécaires, clochard sous les ponts, présidence de la république, quel voyage ! A chaque détour pèse le danger incontournable du pilon, pour qui n’est pas un livre rare. Le pilon : ces grosses mâchoires de fer qui vous broient. Jusque-là, notre bouquin est sacrément chanceux, et comme il est sympa, il nous fait aussi partager ses conversations d’étagère, échangeant avec ses compagnons de fortune.
Un petit bijou qui réjouira tous les amoureux des livres, et il vous viendra à un moment ou un autre ce doute risible quand vous regarderez l’un des vôtres sur vos étagères : et si tous ceux-là avaient les mêmes pensées que celui qui vous raconte sa vie, là, dans les pages de Desalmand ?
Eléments vérifiés sur les statistiques du livre, citations, anecdotes véridiques, le Pilon est une façon amusante de nous parler du milieu éditorial et de la littérature, et des pratiques louables ou non de ceux qui y oeuvrent. Avec un petit quelque chose en plus : du plaisir pour le lecteur ! A lire !
 
L'avis de
Cuné. 
Quidam éditeur, 2006, 145 pages, prix : 15 €
Ma note : 4/5
Crédit photo couverture : éd. Quidam et Amazon.fr

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Vieilles peaux - Anna Rozen

27 Janvier 2008, 08:34am

Publié par Laure

vieilles-peaux.gifVieilles peaux est un recueil de trois longues nouvelles, très différentes les unes des autres.

Dans la première, Postérité, une écrivain, Cressida Bloom, se met en quête d’un exécuteur testamentaire, quelqu’un qui s’occupera de ses archives, de ses inédits, et de son œuvre après sa disparition. Elle a une idée précise du profil de poste : un homme nécessairement, jeune…Mais les candidats ne sont jamais à la hauteur…

La seconde nouvelle, Marthe et Fernand, nous raconte le quotidien d’un couple marié depuis plus de 40 ans, quasi enterrés vivants dans leur routine, leurs habitudes monotones, avec la toute-puissance tyrannique de Madame sur Monsieur. Puis c’est la mort de l’un. Un jeune couple habite ensuite la maison. Même s’ils sont à peine trentenaires, ils suivent déjà le même chemin… C’est la nouvelle qui m’a le plus touchée, intimiste et mordante, piquant sans gêne les travers du couple.

La dernière nouvelle est atypique, Pas Moi. Une succession de fragments où l’écrivain se met dans la peau d’hommes ou de femmes divers et variés, qui commencent tous par je suis… Capacité extraordinaire du romancier à se jouer de nous en inventant tout ce qu’il veut. La conclusion est très belle : « Vous m’écoutez écrire, je vous regarde penser. Je ne suis pas moi. Je suis tous les autres. Les autres sont moi. Donc, il n’y a personne. Que moi. Et vous, peut-être. » Un exercice intéressant…au début, car j’avoue que j’ai trouvé cette nouvelle un peu trop longue, vite lassante.

Un tout qui mitige donc mon appréciation finale, mais qui se lit quand même rapidement et avec plaisir.

 

Lu aussi par : le buzzSébastienClarabel, Cuné  

 

Le Dilettante, mars 2007, 222 pages, prix : 16 €

Ma note : 3,5/5

Crédit photo couverture : éd. Le Dilettante et Fnac.com

Crédit tout court : merci Clarabel !

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Rêve d'amour - Laurence Tardieu

6 Janvier 2008, 20:49pm

Publié par Laure

undefinedAlice, 30 ans, cherche à retrouver le souvenir de sa mère, morte alors qu’elle avait 5 ans, et dont elle n’a plus qu’une image floue de vêtement bleu, dont elle ne sait d’ailleurs si elle est rêve ou réalité. Alors que son père meurt et qu’elle ne lui a pas encore dit combien elle l’aime, dans un dernier souffle, il lui confie que sa mère a aimé un autre homme, un peintre, Emmanuel Bisani. Elle le retrouve rapidement pour qu’il lui parle de sa mère, car elle n’a même pas une photo. Qu’est-ce qui a pu pousser son père à tout détruire, souvenirs, tableaux et photos… ?
L’histoire est aussi simple que cela, mais l’écriture ô combien magnifique. C’est un texte qu’on lit lentement, pour en apprécier chaque mot, chaque souffle, un livre d’une beauté rare et délicate. Il en ressort une douceur, une fragilité, autant qu’une force intérieure, un élan vital qui pousse à savoir, à chercher, pour s’apaiser, enfin. Car c’est de cela dont il est question aussi : l’apaisement. Sortir du vide pour vivre enfin, aimer, mais pour se faire il faut passer par toutes ces questions obsédantes qui scandent la quête de l’histoire maternelle. Un très très beau livre, intime, sobre et élégant. Et de très belles réflexions sur l’écriture, le souvenir et l’amour. Quand vous l’aurez achevé, vous n’aurez plus alors que l’envie d’aller écouter les Rêves d’amour de Listz, pour rester encore un peu avec Alice, Blandine et Emmanuel.
 
p. 22 : « (…) mon père meurt et l’été flamboie, mon père bientôt ne sera plus là et je me demande soudain ce que je sais de lui, quelles certitudes, nous nous sommes tant aimés et jamais rien dit, la douleur passait tant entre nous, la douleur de l’absente, la douleur de la femme perdue, la douleur de la mère disparue. »
 
p. 60 : « «Est-ce une folie d’être venue ? Cet homme a-t-il vraiment aimé ma mère ? L’a-t-il aimée comme je rêve que ma mère ait été aimée ? »
 
p. 134 : « J’ai écrit longtemps. Je crois que je vais bientôt finir le livre. L’histoire que je raconte n’est pas la mienne, mais il s’agit pourtant de moi : celle qui court dans le livre ressemble à celle qui court dans la vie. C’est la même quête, ce sont les mêmes questions, qui restent sans réponse, obsédantes, ouvertes, nécessaires. Ecrire, c’est s’approcher au plus près de certaines brûlures. J’ai su que le livre parvenait à son terme, parce que je me suis retrouvée. »
 
p.156 : Les livres ne se finissent pas : le mouvement qui les a fait naître, qui les a fait battre, ne s’achève pas. Les vies non plus.
J’ai écrit la dernière page cette nuit. Je ne sais pas à quoi ressemble le livre, d’autres le sauront pour moi. Il me semble avoir accompli quelque chose. J’en suis heureuse. » 
 
Stock, janvier 2008, 158 pages, prix : 15,50 €
Ma note : 5/5
Crédit photo couverture : éd. Stock et Amazon.fr

 

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