Les jardins d'Hélène

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Notre château - Emmanuel Régniez

6 Mai 2016, 08:27am

Publié par Laure

Notre château - Emmanuel RégniezLe début s’ouvre sur un récit à la première personne dont seul l’accord des participes passés permet de comprendre au bout d’un moment qu’il s’agit d’un sujet masculin.

Octave sera nommé plus loin par sa sœur, Véra.

Depuis le décès accidentel de leurs parents (écrasés dans leur véhicule par un bus), Véra et Octave vivent seuls dans la maison familiale, celle dont le père avait hérité d’un ami, avec pour obligation de ne surtout pas l’habiter. Frère et sœur vivent reclus, sans jamais sortir ni voir personne, à l’exception du jeudi pour Octave, qui se rend en librairie pour se ravitailler en lectures pour sa sœur et lui. Leur bibliothèque occupe d’ailleurs une place prépondérante dans le récit.

 

 

Construit de manière très répétitive dans la structure des phrases, avec parfois un changement minime de l’une à l’autre (mais qui fait toute la différence), le texte paraît étrange et lancinant. Tout comme l’atmosphère, et le mystère dramatique qui semble en découler.

 

Si la fin semble donner une explication, le lecteur n’en reste pas moins sur sa faim, si le texte se veut un hommage à la littérature gothique et fantastique (l’auteur cite même ses auteurs de référence à la fin), réussi par l’atmosphère qu’il développe et la scansion des phrases itératives, il y a quelque chose de frustrant je trouve, à ne pas dépasser cette atmosphère (j’aime les réponses et avoir toutes les clés !)

 

Un premier roman qui a le mérite de l’originalité, se rapprochant du roman de genre et sortant de l’ordinaire, qui mérite la découverte mais qui pour autant n’est pas pour moi un coup de cœur.

 

(et si au départ je trouvais la couverture d'une laideur absolue, je dois bien reconnaître après lecture qu'elle fait sens et qu'elle est tout à fait appropriée ! mais vue sur une table de libraire, je ne m'y serais jamais arrêtée. Lu dans le cadre du projet de l'insatiable Charlotte, qui consiste à lire les premiers romans français de l'année 2016)

 

 

68 premières fois

 

 

Le tripode, janvier 2016, 140 pages, prix : 15 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Le Tripode

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Bianca - Loulou Robert

1 Mai 2016, 11:55am

Publié par Laure

Bianca - Loulou RobertBianca a 17 ans lorsqu'elle est hospitalisée en unité psychiatrique pour adolescents, après une tentative de suicide et une anorexie sévère. Elle y restera dix mois, le temps de se reconstruire.

 

L'auteur offre ici un récit vif et moderne d'un mal-être adolescent qui n'a pas forcément de cause connue. Si les autres malades sont là pour des actes de violence ou de maltraitance subis dans l'enfance, qu'est-ce qui conduit à l'anorexie ?

 

Un texte plein de rage et de vie, des rencontres, amoureuses et amicales, un homme figure de père et passeur de vie (le vieil homme atteint d'un cancer avec qui Bianca a sympathisé), un franc parler, on se laisse porter par ce texte facile à lire, qui n'est pas sans rappeler par certains moments Le pavillon des enfants fous de Valérie Valère (1978).

 

Le sujet n'a donc rien de neuf mais il a l'énergie fougueuse du premier roman d'une jeune femme de 23 ans, qui probablement a vécu peu ou prou ce qu'elle écrit.

 

Nul doute qu'être mannequin et fille d'un journaliste lui-même éditeur facilite la mise en lumière d'un roman qui s'il n'est pas mauvais, n'a rien non plus d'extraordinaire. Sans l'aventure des 68 premiers romans saison 2016 initiée par Charlotte, je ne m'y serais sans doute jamais intéressée.

 

 

68 premières fois 2016

 

 

Est-ce que je le conseille ? Aux lecteurs qui me demandent des histoires vraies à la bibliothèque, oui. Peu importe qu'elle en soit une ou non, elle en a le goût, et il n'est pas mauvais. Aux adolescents qui aiment les histoires de vie, pourquoi pas.

 

 

Julliard, février 2016, 306 pages, prix : 19 € (12,99 € en numérique)

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Maxime Cormier et éd. Julliard

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Paranoïa - Melissa Bellevigne

25 Avril 2016, 16:30pm

Publié par Laure

Paranoïa - Melissa BellevigneLisa Hernest, psychiatre renommée, est appelée au chevet de Judy Desforêt, une jeune femme souffrant de troubles paranoïaques et d'hallucinations, enceinte de 5 mois, et qui se laisse dépérir.

La psychiatre, atteinte dans sa vie affective par son incapacité à tomber enceinte, est profondément touchée par ce cas.

 

Si l'histoire est bien menée et se lit facilement, j'ai été gênée par plusieurs points.

 

De Lisa on ne saura jamais rien de son métier sinon qu'elle excelle dans les cas complexes et qu'elle est la meilleure de France. C'est un peu simpliste. Sur un sujet aussi fascinant et intéressant, on aurait aimé davantage de précisions : quelques exemples de cas traités par elle, une analyse de la maladie de Judy, hélas sur ce point tout reste très superficiel, comme si l'auteur ne connaissait pas du tout son sujet, ce qui est dommage et frustrant à la lecture.

 

Ses préoccupations de couple et son désir de maternité sont très passe-partout, là encore, ça fonctionne mais c'est un peu facile.

 

L'histoire de Judy m'a paru très enfantine, sans doute du fait de l'ami imaginaire (de fait parvenue à l'âge adulte on attend que l'auteur aille plus loin), et de l'enquête en Angleterre qui pour moi se rapproche de ce que je lisais enfant. Un certain décalage donc entre des personnages adultes, un secret de famille qui mêle enfance, enquête et désir de femme adulte néanmoins, et ce personnage de Lisa qui par le dossier qu'elle rend, donne une réponse à l'affaire, sans jamais l'expliciter. Fantastique ou maladie, le lecteur choisira son camp, ou acceptera la possibilité des deux.

 

La fin ne donne pas de réponse sur le devenir des personnages (pour ma part, je n'aime pas les fins ouvertes). L'auteur se laisse peut-être la possibilité d'une suite ? Encore que, à part l'histoire de couple, je ne vois pas bien ce qu'il pourrait y avoir comme suite.

 

Au final, ce premier roman m'a semblé manquer de maturité, simpliste et superficiel sur les aspects liés à la psychiatrie, enfantin et gentillet sur les aspects « mystérieux ». Mais c'est encore sur la résolution du mystère que cela fonctionne le mieux et donne un roman d'aventures au ton fantastique assez sympathique. Le choix de publier en black moon me paraît un peu ambigu, mais difficile également de le faire rentrer dans un genre en particulier.

 

Prometteur toutefois, la plume ne demande qu'à s’affirmer, et les sujets à être davantage creusés.

 

 

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Hachette, coll. Black Moon, mars 2016, 320 pages, prix : 17 € (11,99 € en numérique)

Étoiles :

Crédit photo couverture : éd. Hachette / Black Moon

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Jukebox Motel - Tom Graffin

19 Avril 2016, 20:36pm

Publié par Laure

Jukebox Motel - Tom GraffinThomas James Shaper a 24 ans quand il décide de quitter le Québec en 1965 pour partir aux États-Unis. Ses parents, producteurs de fraises, sont réticents, surtout son père : « Demande toi pour quel rêve tu nous quittes ». « Dans l'histoire de la famille, je devenais une anomalie : un paysan qui voulait se dépayser ».

 

A New-York, Thomas se concentre sur les collages, qu'il nomme le stick-painting, et sa vie va changer quand il va vendre un prix démesuré quelques toiles, puis rencontrer Johnny Cash dans un bar à Los Angeles. Le chanteur lui demande alors de créer un lieu tranquille pour accueillir les artistes qui ont besoin de se ressourcer. Ce sera le Jukebox Motel, autrement nommé aussi « le diable d'endroit », qu'il construira et tiendra Ted, le propriétaire qui lui cédera les terres et deviendra son ami.

 

Ce qui frappe d'emblée dans ce premier roman, c'est la maîtrise des mots, du jeu qui en est fait, et de la fantaisie omniprésente, tant dans le caractère des personnages que dans la formalisation écrite du pacte amoureux du héros et de sa compagne : le code de l'indamour à lui seul vaut le détour. Nouvelles règles auxquelles on aspire à croire, même si elles ne facilitent pas toujours les choses.

 

Thomas, le sarthamérincois (sarthois – américain – québécois) est peut-être un peu à l'image de Tom, l'auteur, sarthois d'origine : s'ils sont tous un peu frappadingues dans cette histoire, l'auteur lui, maîtrise parfaitement son récit et joue beaucoup avec son matériau : les mots. Il mêle humour, phrases qui font mouche, poésie et chansons, et fait preuve d'une imagination créatrice bluffante pour un premier roman.

 

Sur la route du rêve américain des années 65-70, on en vient même à réécouter du Johnny Cash !

 

Autre originalité de l’œuvre, le roman est proposé avec une bande originale à écouter en ligne (cf le site http://www.jukeboxmotel.fr/), et ma foi, elle est parfaitement appropriée et complète bien l'atmosphère du livre.

 

Un premier roman réjouissant !

 

«  - Du courrier ? Je demande à la réceptionniste

- No, Mister Shaper.

Je m'en vais mourir dans ma Dodge

- Just a telegram

Je lis. Je vis. Je pleure.

Jamie est née le 7 mai 1968. Indamour. Joan. »

 

 

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JC Lattès, mars 2016, 312 pages, prix : 18 € (12,99 € en numérique)

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Fabrice Petithuguenin et éd. JC Lattès

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Marguerite n'aime pas ses fesses - Erwan Larher

18 Avril 2016, 10:22am

Publié par Laure

Marguerite n'aime pas ses fesses - Erwan LarherMarguerite n'aime pas ses fesses : qui commencerait un roman par une telle phrase, aussi ambiguë d'un point de vue syntaxique ? Ses fesses : lesquelles, les siennes propres ou celles de son mec, ou celles d'une copine, ou celles de n'importe qui ?

 

En plus de ne pas aimer ses propres fesses, Marguerite a un mec pas très fréquentable mais elle n'y voit goutte, une mère complètement libérée qui jouit de la vie (et des hommes), mais Marguerite est aussi en manque de père et en quête d'elle-même. Aussi va-t-elle se découvrir peu à peu au contact d'Aymeric Delaroche de Montjoie (DDM pour faire court), ancien président qu'elle rencontre quotidiennement pour écrire ses Mémoires, et il faut faire vite, car la mémoire, il la perd.

 

J'ai été sceptique sur les 50 premières pages, parce que dérangée sans doute : Jonas, le compagnon de Marguerite est absolument détestable (et les scènes liées à ses obsessions sexuelles sont nombreuses), et cela me semblait bavard et creux, jusqu'à ce que je tombe sur cette phrase : « Tout se mélange en continuum fadasse, chaque journée ressemble à la précédente, la suivante les copie, fainéante. Seuls changent les épiphénomènes, les petites phrases des personnalités médiatiques, les lieux des conflits et la température extérieure. Sinon, c'est le même bout de chemin vers rien, choisir ses vêtements, interviewer le vieux, voir ses copines ou pas, y'a quoi à la télé ce soir ? » (p.63)

 

Ce rien qui occupe les journées de Marguerite, n'est-ce pas ce que l'auteur est en train de me décrire depuis le début ? Et quand quelques pages plus loin je suis tombée sur le salon du Livre du Mans (voir photo cliquable plus bas), « ma » 25ème heure (j'étais peut-être moi-aussi à la table derrière !), et sur une réflexion aussi drôle que juste sur les auteurs, les blogs et la lecture, je suis passée de « à cran » à « accro », en tous les cas loin des écrans.

Et je n'ai plus lâché le roman, que j'ai dévoré d'une traite (voilà à quoi sert le dimanche).

 

J'ai aimé la critique politique (et à quoi tient vraiment le pouvoir), j'ai aimé reconnaître plusieurs présidents en un seul, j'ai aimé le personnage foutraque de la mère, le réalisme des copines, l'évolution de Marguerite (à qui on crève d'envie d'ouvrir les yeux sur son mec), l'intrigue policière légère qui ajoute du piment à l'affaire (et d'intéressants personnages secondaires), bref, j'ai aimé l'ensemble, avec un seul regret sur la fin, mais ça c'est parce que je déteste les fins ouvertes. Je ne veux pas qu'on me laisse imaginer ce qui va se passer, en bien ou en mal, je veux qu'on me le dise. Parce que des hypothèses j'en ai, évidemment, mais rester dans le doute me laisse insatisfaite.

 

Dérangeant, engagé, moderne et décrivant avec réalisme une époque, avec ce qu'il faut de fantaisie et de jubilation pour le lecteur, Marguerite n'aime pas ses fesses tient toutes ses promesses. Foncez si vous aimez être bousculé !

 

Et vous savez ce qu me réjouit ? C'est que je n'ai pas encore tout lu d'Erwan Larher.

 

Sur ce blog également :

- l'Abandon du mâle en milieu hostile

 

 

Quidam éditeur, avril 2016, 252 pages, prix : 20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Hugues Vollant et Quidam éd.

Marguerite n'aime pas ses fesses - Erwan Larher

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Bellevue - Claire Berest

22 Février 2016, 15:06pm

Publié par Laure

Qu'est-ce qui a conduit Alma aux urgences psychiatriques de Bellevue, alors que tout allait bien dans sa vie entre l'écriture, les cours, et son compagnon Paul ? Qu'est-ce qui a tout fait basculer le jour même de ses 30 ans ? Ce sac poubelle qu'elle lui a demandé de descendre et qu'elle a retrouvé au même endroit quelques heures plus tard ?

 

L'incipit du roman est percutant. D'emblée j'ai aimé l'écriture de l'auteur et cette alternance entre présent dans la folie et les quarante-huit heures tumultueuses qui ont précédé. Une exploration fascinante de ce moment de bascule dans une vie ordinaire, et qui montre sans fard cette jeunesse désabusée, qui a perdu ses illusions, qui se cherche sans se trouver ou qui pour y parvenir passe par des extrêmes.

 

Un très bon roman, parfois dérangeant mais qui cache derrière certaines lignes plus crues une belle réflexion tout en profondeur sur l'âge adulte. Et c'est ce mélange des genres qui est particulièrement réussi.

 

 

Ce passage, où il est question de Julien Gracq, mais que je relève pour sa pique à l'Education Nationale :

p. 33 (numérique) : « […] l'auteur du Château d'Argol était un homme secret et discret. Aurait-il été taxé d'élitisme aujourd'hui, à l'heure des débats perpétuels sur la réforme scolaire ? Probablement. Quand on n'ose plus soumettre les enfants à des lectures obligatoires de crainte de les violenter, il est amusant de penser à ces ouvrages des éditions José Corti qu'il faut payer au prix fort, et dont il faut découper chaque page à la main avant d'entreprendre la lecture, l'éditeur publiant ce que l'on appelle des livres cousus. »

 

Cet enchaînement sur la même page :

p. 52 (numérique) : « Cet homme n'a aucune importance, je ne veux retenir ni son nom, ni son âge, ni son effort, ni son âpreté, ni sa bite, ni son goût, je n'ai voulu qu'être son support, et qu'il soit mon support, le temps de me fuir encore un peu, de trouver le rythme de ma fuite.

 

J'ai toujours imaginé que chacun possède une fenêtre dans la tête, une fenêtre avec vue, mais hermétiquement fermée. Sa seule présence est décisive, car son existence contient de l'autre côté la folie, qui reste alors une idée et un fantasme. Son scellement est le garde-fou indispensable à la normalité. La tenir bien close permet que s'accomplissent les tâches et les plaisirs, et qu'on s’accommode des petites trahisons que coud sur les êtres la fréquentation du quotidien. Il est rassurant qu'elle soit là, car elle rappelle qu'elle peut être ouverte, et même pulvérisée. Elle peut aussi rester fermée, inviter à la simple consultation. La fenêtre offre alors une vue possible, une vue alternative. Qu'elle soit là, c'est avoir le choix. Ouvrir, ne pas ouvrir. C'est primordial. »

 

 

p.99 (numérique) : « Je ne peux lire, je ne peux écrire, le Valium est mon début et ma fin, alors je verlainise. »

 

 

D'autres lecteurs enthousiastes (avec d'autres extraits)

- à l'ombre du noyer

- le blog du petit carré jaune

 

Une lecture Netgalley : 

 

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Stock, janvier 2016, 198 page, prix : 17,50 € (12,99 € en numérique)

Étoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Stock

 

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Bel Ordure - Elise Fontenaille

11 Février 2016, 11:06am

Publié par Laure

Avec Bel Ordure, Élise Fontenaille nous raconte une histoire d’amour, solaire et douloureuse (comme toutes les histoires d’amour ?), la sienne peut-être, celle d’Eva, son double littéraire.

 

Le roman s’ouvre une main courante déposée au commissariat du XXème à Paris. L’histoire d’amour commence par sa fin, ou presque. Mais Élise / Eva entraine son lecteur dans son histoire, comme si elle la racontait à une amie, à la table d’un café.  

Elle l’a aimé follement cet Adama, ce bel Adonis à la peau noire magnifique, au corps de liane, lui l’ancien danseur de Béjart devenu marginal et sans-papiers. Tout semble les opposer mais la passion emporte tout sur son passage, laissant peu à peu place à une réalité qu’elle refuse d’abord de voir : Adama boit, Adama la trompe, Adama vit aux crochets des femmes.

 

Peut-être un peu longuet aux deux-tiers, la fin apporte un nouveau ressort en même temps qu’un sentiment d’apaisement : comme elle fut belle cette histoire, malgré tout. Et comme elle l’est, encore. Encrée (ancrée) sur le papier. Un moment agréable de lecture, alors que je ne connaissais Élise Fontenaille que pour ses écrits en jeunesse et ados.

 

 

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Calmann-Levy, janvier 2016, 240 pages, prix : 17 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © détail d’une photographie de Jean-Louis Michel, SAIF, 2015, et éd. Calmann-Lévy

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Comme neige - Colombe Boncenne

8 Février 2016, 19:17pm

Publié par Laure

Constantin Caillaud, comptable dans une imprimerie, est aussi un lecteur aguerri (ses enfants se prénomment Aurélien et Emma, c'est dire...), grand admirateur de l’œuvre d’Émilien Petit, dont il a tout lu, sur le conseil notamment de sa maîtresse Hélène. Aussi est-il surpris et fébrile lorsqu'il découvre dans une maison de la presse de Crux-la-Ville, dans un bac de livres soldés, un roman de son écrivain fétiche, qu'il ne connaît pas : Neige noire. Il l'achète et le dévore.

 

A son retour chez lui, il veut en parler à sa maîtresse, mais il est incapable de remettre la main sur le livre, perdu, oublié lors du séjour ? Cette dernière ne le croit pas. Commence alors une enquête sur ce livre fantôme, au cours de laquelle Constantin tentera toutes les pistes possibles : l'auteur vit reclus et ne répond à rien ni personne (tiens, tiens... ça nous rappelle quelqu'un), et les attachée de presse et éditeur lui confirment que ce livre n'a jamais existé.

 

Folie ? Absurdité ? Constantin pense trouver la clé du mystère dans l’œuvre même de Petit, et il n'hésitera pas à questionner des amis de l'auteur : Jean-Philippe Toussaint, Olivier Rolin et Antoine Volodine, tous trois écrivains dans la vraie vie.

 

Le lecteur se délecte de ce jeu littéraire et se demande bien qu'elle va en être l'issue. Pour ma part je croyais réellement que Colombe Boncenne, dans ce premier roman très bien conduit, avait joué de la fiction en inventant des lettres écrites par ces vrais écrivains, avec je l'imaginais, leur accord pour les citer nommément. Mais c'est en écoutant une émission littéraire sur France Culture que j'ai découvert qu'Olivier Rolin avait réellement écrit ces lettres (j'imagine donc que les autres auteurs aussi). De même on y trouve des articles de presse écrits par Patrick Kéchichian du Monde, et Edouard Launet de Libération... Colombe Boncenne s'amuse avec malice à perdre (ou du moins promener) son lecteur entre fiction et réalité. Mais d'ailleurs, dans ce roman « Neige noire », n'y avait-il pas des éléments qui ressemblaient de manière troublante à la vie de Constantin, partagé entre ses deux femmes, Suzanne, et Hélène, sa maîtresse ?

 

Il y a sans doute du Borges derrière tout cela (Le jardin aux sentiers qui bifurquent) et à défaut de connaître, j'aime cette nouvelle curiosité que l'auteure suscite en moi.

 

Un premier roman prenant et étonnant, qui rend un bel hommage à la littérature et qui se joue, en douceur, du milieu de l'édition.

 

À découvrir !

 

 

Buchet-Chastel, coll. Qui Vive, janvier 2016, 115 pages, prix : 11 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Buchet-Chastel

 

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La fin de rien - Frédérick Tristan

29 Janvier 2016, 16:33pm

Publié par Laure

Dans un pays de l’Est indéterminé dans les années 1930, un homme reprend conscience dans une cellule et subit un interrogatoire. Il se nomme David Greedich mais la police s’obstine à l’appeler Monsieur Hortsman. Accusé d’attentats contre la sûreté de l’État, il ne comprend pas : il est un honnête citoyen, marié, représentant de commerce.

S’ensuit un long échange musclé complètement kafkaïen, qui n’est pas sans rappeler la triste période soviétique des geôles staliniennes,  où le prisonnier fait tout pour ne pas sombrer dans la folie ni céder à de faux aveux sous la torture. Une lueur d’espoir viendra en même temps que chaque nouvel intervenant, médecin, avocat, entrainant Greedich dans une spirale orwellienne. Déroutant !

 

Le lecteur est intrigué et va de l’avant, se demandant quel va être le fin mot de l’histoire, qui se révèle… inattendu, montrant une mise en abyme de la réalité dans la fiction, d’ailleurs y a-t-il une réalité dans la fiction ? Reconsidérez l’ensemble d’un œil neuf…

 

A lire si vous aimez ce qui sort de l’ordinaire !

 

Un livre qui m'avait été conseillé par Nicolas, libraire à L'Ancre des Mots - Sablé sur Sarthe et où un gentil lecteur m'avait rappelé qu'on ne disait pas librairie sablésienne (ça c'est la marque de gâteaux !) mais sabolienne ! :-)

 

 

Le Cherche-Midi, août 2015, 139 pages, prix : 14,80 €

Etoiles :

Crédit bandeau couverture : © Todd Warnock/Corbis et éd. du Cherche-Midi

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Mariages de saison - Jean-Philippe Blondel

19 Janvier 2016, 20:01pm

Publié par Laure

Été 2013. Corentin est vidéaste de mariage durant la belle saison, le restant de l'année, il est surveillant dans un établissement scolaire. Il pratique avec Yvan, son parrain, de 25 ans son aîné.

Corentin a 27 ans, et filmer ces couples du matin au soir le grand jour venu va le conduire à s'interroger sur sa propre vie : il est temps sans doute de choisir son avenir professionnel et affectif.

 

Cinq mariages (avec une préférence pour le premier et l'insupportable belle-mère) pour explorer la palette intimiste du couple : Blondel est fidèle à lui-même quand il s'agit de parler des relations humaines, de nous parler de nous, tout simplement, et de la vie telle qu'elle est en vrai.

L'ensemble est un brin caustique mais tout en finesse, et tendre à la fois.

 

J'ai aimé tout particulièrement l'idée de la construction, avec ses insertions de parole donnée aux proches de Corentin face caméra, avec la boucle finale et ce qu'elle dit de l'amitié.

 

Page 36 : «C'est important une photo de mariage. C'est ce qui restera des années sur le bahut de la salle à manger des beaux-parents et dans le deuxième tiroir du bureau du mari. On la ressortira devant les enfants – la cadette, huit ans, aura des étoiles dans les yeux, l'aîné, quinze, jugera ce cliché terriblement ringard et assommant. La seule personne qui trouvera grâce à ses yeux, sans qu'il ne l'avoue jamais, c'est sa mère – dans cette robe à la couleur crème. Jeune. Il ne comprendra pas pourquoi elle a aimé cet homme, son père, qui paraît tellement quelconque comparé à elle. »

 

Page 58 : « - à mon mariage, il n'y aura pas tout ce cinéma. On se retrouvera dans une salle, chacun apportera sa spécialité, chacun s'assiéra où il voudra, les amis disc-jockeys se relaieront et on passera notre temps à danser.

- Ce n'est pas un mariage que tu décris, Corentin. C'est juste une fête. Un mariage, ça doit faire plaisir aux deux familles, pas obligatoirement aux mariés.

- C'est une hérésie. »

 

Blondel a cet art d'écrire si naturellement ce que tout le monde pense tout bas. C'est pour cela qu'on l'aime.

 

 

Buchet-Chastel, janvier 2016, 183 pages, prix : 14 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © image source / Corbis et éd. Buchet-Chastel

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