Les jardins d'Hélène

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Tropique de la violence - Nathacha Appanah

28 Décembre 2016, 10:18am

Publié par Laure

Tropique de la violence - Nathacha AppanahLe roman s'ouvre sur le récit de Marie, qui revient sur son incapacité à enfanter et l'adoption de Moïse, ce petit garçon possédé par le djinn, parce qu'il est né avec des yeux de couleur différente, il a été abandonné par sa mère, venue accoucher sur l'île de Mayotte, ce territoire français qui s'annonce Eldorado pour beaucoup de migrants.

Or Mayotte, c'est peut-être la France, mais c'est surtout la misère, la violence, la drogue, le chaos, les ghettos (comme celui qui est baptisé Gaza ici, en bordure de la capitale Mamoudzou, et dont Bruce se déclare le chef), et le flux incessant des embarcations de fortune qui déversent des Comoriens qui rêvent de mieux (la France!).

 

Moïse, adolescent de 15 ans, est en prison pour avoir assassiné Bruce. Comment et surtout pourquoi en est-il arrivé là ? A travers un récit choral donnant la parole à chacun des protagonistes (ainsi qu'à un travailleur social en mission pour une ONG), le lecteur reconstitue le fil, en étant fortement ébranlé tout le long de sa lecture.

 

Je ne sais comment Nathacha Appanah réussit ce prodige à chacun de ces romans, de construire une histoire touchante, brillamment écrite et construite, mais celle-ci tout particulièrement possède cette violence qui n'est autre que celle de la réalité, qui fait froid dans le dos mais ouvre sur le monde, notre monde. Un roman saisissant qui pourtant, réussit à placer de la beauté dans cet enfer.

 

Sans doute ma plus belle lecture de l'année.

 

 

Gallimard, septembre 2016, 174 pages, prix : 17,50 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © Éditions Gallimard

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Le bon fils - Denis Michelis

6 Décembre 2016, 08:28am

Publié par Laure

Roman en trois actes (Installation, Perturbation, Confession), ce deuxième ouvrage de Denis Michelis pose la question du bon fils et du bon père.

 

Un homme et son fils adolescent s'installent à la campagne. La mère est partie refaire sa vie, elle ne supportait plus ce « mauvais » fils. Le père lui, en souffre, il est sans cesse épuisé, bon à rien. Albertin (quel curieux prénom), en classe de 1ère ES, est mauvais élève, un peu fainéant sur les bords aussi, plus préoccupé par ses hormones que par les cours (un ado quoi, diront certains!)

 

Les dialogues sont relevés, très visuels, les phrases sont souvent interrompues, formant un enchaînement savoureux,

 

p. 31 : « Je t'ai demandé s'il restait encore du riz.

Mais bon sang tu m'écoutes à la fin ?

Mon père joue les indignés.

Manger, manger, manger.

Qu'est-ce que vous savez faire à part manger, traîner et vous masturber ? »

 

Dans le deuxième acte arrive un personnage tiers, Hans, un vieil ami qui sort d'on ne sait où. Il prend les choses en main pour faire entrer Constant dans le moule. Car oui, désormais Albertin s'appelle Constant. Hans, c'est un peu le père idéal, il cuisine, il bricole, il fait le ménage, il conduit au lycée, il est toujours attentif, mais en filigrane ses méthodes ne sont sans doute pas si nobles. Le vrai père lui « donne » son fils pour l'année scolaire.

Et ça marche, le niveau scolaire de Constant remonte, il rentre dans le pli.

 

Mais la dernière partie interroge, plaçant le lecteur en position inconfortable. Au fond cet Hans existe-t-il vraiment ? N'est-on pas depuis le début aux lisières du fantastique ? Où est la réalité ? Faut-il tuer symboliquement le père ?

 

Une fois encore, après sa critique habile du monde du travail dans « La chance que tu as », Denis Michelis dérange avec la réussite scolaire comme norme du « bon enfant », réussite scolaire mais aussi familiale, et amoureuse.. Roman social, qui joue avec les codes de l'étrange.

 

p.195 : « Encore bravo d'avoir réussi à changer un mauvais fils en bon fils, et que peuvent attendre les bons fils sinon intégrer, une fois leur bac bien au chaud au fond de leur cartable de bon fils, de grandes classes préparatoires qui les guideront vers de grandes écoles, et ces grandes écoles, cher monsieur, leur permettront d'obtenir sans effort de grands diplômes, et ces grands diplômes exerceront une force d'attraction telle que ces bons fils se marieront, auront beaucoup d'enfants qui à leur tour deviendront de bons fils, etc.

Le pays a besoin de bons fils.

Le pays a besoin de vous. »

 

Et peu importe les moyens employés pour y arriver ?

 

Denis Michelis livre un roman étrange, plaisant dans ses dialogues enlevés, troublant dans son atmosphère, qui ne manque pas au passage de faire penser à Œdipe, un roman qui en tout cas ne laisse pas indifférent. Un auteur à suivre !

 

On notera aussi l'intéressante couverture représentant une feuille d'arbre (celui auquel se confie Albertin/Constant dans le roman) et les deux visages qu'elle représente.

 

 

 

Notabilia / Les éditions Noir sur Blanc, mai 2016, 207 pages, prix : 16 €

ISBN : 978-2-88250-425-8

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Visuel : Paprika / et les éd. Noir sur Blanc

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Garde-corps - Virginie Martin

30 Novembre 2016, 21:46pm

Publié par Laure

Garde-corps, Virginie MartinGabrielle Clair a 11 ans en classe de 5ème quand elle est violée par un élève de son collège, un m'as-tu-vu de 16 ans qui s'y croit (où, d'ailleurs?). Parce qu'elle ne trouve pas d'écoute à la maison – ses parents ne font guère attention à elle – elle va laisser gronder sa colère en silence mais mettra toute son énergie à se hisser seule vers les plus hautes marches du pouvoir : elle deviendra Ministre du Travail.

Construit en alternance de chapitres, le récit enchaîne retours en arrière vers son adolescence et scènes de la vie actuelle au Ministère ; le personnage se raconte, de l'abnégation à la revanche, vengeance.

Quand son violeur se trouvera sur sa route par hasard, la rage explosera.

 

Le premier chapitre (la scène de viol) est d'une cruauté et d'une crudité rare, un incipit percutant mais qui à mon sens n'est pas gratuit : le roman se construit dans le réalisme le plus vraisemblable, parce que c'est ce qui motive la rage contenue du personnage. Puis devenue adulte, femme de pouvoir, Gabrielle est en proie au machisme ordinaire, un pouvoir masculin dominant où le sexe est maître. On ne manquera pas d'y voir de nombreuses allusions à des affaires politiques connues, mais on y côtoie aussi la violence ordinaire faite aux femmes, quel que soit le milieu.

 

 

J'ai aimé cet aspect du roman pour cette violence qu'il dénonce, cette domination persistante à l'heure où l'on ne cesse de parler parité et égalité des sexes, l'auteur connaît son sujet, et la femme engagée transparaît. J'ai trouvé plus facile (plus superficielle) la partie « Ministre », même si elle semble tout aussi réaliste pour ce qu'elle décrit des jeux de pouvoir, mais l'ensemble va très vite, le récit est bref, rapide, va droit au but. Et personne n'est dupe. Mais le pouvoir est un jeu de dupes, et ça arrange tout le monde. Une fin un peu facile, une écriture nerveuse un peu inégale, mais avant tout un message : la dénonciation d'un machisme séculaire ordinaire.

 

Le garde-corps remplit ici une fonction contraire à celle qui est la sienne, la justice est aux abonnés absents (parce que Gabrielle Clair l'a voulu, mais d'abord n'a pas pu trouver la force de dénoncer, alors qu'elle était enfant), ce roman a des relents bien réalistes (on ne vit pas au pays des Bisounours tiens donc). On aime ou on déteste, pour ma part, j'ai plutôt aimé.

 

 

 

Un roman lu dans le cadre du Challenge des 68 premières fois, initié par l'insatiable Charlotte.

 

 

 

Lemieux éditeur, juillet 2016, 164 pages, prix : 15 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © Gérard Cambon et éd. Lemieux.

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Lucie ou la vocation - Maëlle Guillaud

28 Novembre 2016, 17:35pm

Publié par Laure

Lucie ou la vocation - Maëlle GuillaudAprès une année de classe préparatoire difficile, Lucie fait le choix radical d'épouser le Seigneur. Elle entre au couvent, malgré les larmes de sa mère et la colère de son amie Juliette, et c'est la découverte de ce monde clos et impitoyable que nous fait découvrir l'auteur.

Les novices acceptent de renoncer à la vie extérieure (vœux de silence, de pauvreté, de chasteté) et mènent une vie difficile où tout est fait pour les couper du monde et de leur famille.

 

Malversations, manipulations, mensonges, ce n'est pas bien joli.

Sans doute par idéologie personnelle, ce sont les passages en italique que j'ai préférés, ceux qui donnent la parole à Juliette, l'amie de toujours qui essaie de comprendre, d'aider, de faire changer d'avis, qui accepte mais reste présente, qui se révolte parfois, mais toujours en vain.

 

 

Un premier roman intéressant par le milieu qu'il fait découvrir, et le choix assumé de la jeune Lucie, qui ne manque pas de surprendre au XXIème siècle. Une lecture rapide, une histoire qui fonctionne et qui dérange, mais à laquelle manque le petit quelque chose pour en faire une lecture qui marque durablement.

 

 

Un roman lu dans le cadre du Challenge des 68 premières fois, initié par l'insatiable Charlotte.

 

 

 

Editions Héloïse d'Ormesson, août 2016, 199 pages, prix : 17 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Claude Rouyer / éd. EHO

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La chance que tu as - Denis Michelis

2 Novembre 2016, 11:40am

Publié par Laure

La chance que tu as - Denis MichelisUn jeune homme dont on ignorera le prénom est déposé au « domaine » par ses parents, ou du moins un couple qui prétend l’être. Il est embauché comme serveur dans ce grand restaurant perdu au milieu d’une forêt, connu de ses seuls habitués.

 

D’emblée tout est étrange, le jeune homme se voit dépouillé de ses affaires personnelles, ne signe pas de contrat de travail (mais tous lui disent qu’il l’a nécessairement fait), et très vite, les conditions sont rudes pour ce garçon sans expérience.

 

L’équipe qui l’entoure se montre sévère et sans pitié, seule la lingère semble avoir un peu plus d’empathie que les autres.

 

Fable contemporaine sur le monde du travail, c’est un récit dépouillé, très maitrisé, et extrêmement glaçant que nous livre l’auteur. Jusqu’où peut-on aller dans l’acceptation de conditions de travail humiliantes, sous prétexte qu’on a au moins la chance d’avoir un emploi ?

Solitude, violence, humiliation, mais aussi persévérance du héros, le lecteur souffre avec lui et se voit complice, témoin de son honnêteté et de son désarroi, tout comme de son impuissance.

 

Un premier roman à l’atmosphère kafkaïenne vraiment très réussi.

 

 

Ed. stock, coll. « La forêt », août 2014, 152 pages, prix : 17 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Sock.

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Avant que naisse la forêt - Jérôme Chantreau

27 Octobre 2016, 14:49pm

Publié par Laure

Avant que naisse la forêt - Jérôme ChantreauAlbert est marié et père de famille, il mène une vie tranquille en région parisienne quand il apprend le décès de sa mère. Il rejoint alors la maison familiale au cœur de la forêt en Mayenne, pour y organiser les obsèques. Après une incinération dans la plus stricte intimité, c’est la cérémonie des funérailles qu’il doit accompagner, prévoir les textes et les chants.

 

Seul dans une maison vide, il entend des bruits, des sons, des voix, il sort le plus souvent en forêt, croit y voir un homme sauvage, brûle peu à peu tous les meubles de la maison…jusqu’à perdre la raison ou retomber dans un état quasi animal. Sa femme s’inquiète, les habitants du village le prennent pour un fou, la nature reprend le dessus.

 

Je n’ai pas été enthousiasmée par ce roman, trop contemplatif, trop détaché de la réalité pour moi, trop long peut-être aussi malgré ses deux cent et quelques pages, pourtant je lui reconnais une belle qualité d’écriture, et un beau développement de ce vers quoi peut conduire le deuil : une descente dans la dépression et les souvenirs, dans un paysage particulier où se sont noués des drames et des bonheurs d’enfance.

 

Original et dépaysant, mais je m’y suis souvent ennuyée.

 

 

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Lu dans le cadre du projet « 68 premières fois », initié par Charlotte.

 

 

68 premières fois édition 2016

 

 

Les Escales, août 2016, 224 pages, prix : 17,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Hokus Pokus Créations Photo : © Travelpix Ltd / Getty images / et éd. Les escales

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Enfants du diable - Liliana Lazar

24 Octobre 2016, 11:20am

Publié par Laure

 

Enfants du diable - Liliana LazarDeuxième roman de l'auteur (après Les affranchis, publié en 2009), il décrit les orphelinats sous Ceaușescu dans les années 1980 et la politique nataliste de ce dictateur.

 

 

Elena Cosma est sage-femme dans une maternité de Bucarest. N'ayant pas un physique gracieux, elle ne s'est jamais mariée. La politique nataliste roumaine interdit alors la contraception et l'avortement à toute mère de moins de quatre enfants. Il n'est pas rare qu'Elena pratique des avortements clandestins, mais quand arrive cette belle femme rousse, il est déjà trop tard. Elle passe un pacte avec elle et lui achète son enfant, devenant ainsi mère sans être mariée.

Mais la mère naturelle a des remords, Elena choisit de fuir dans un village perdu, Prigor. Rigueur du climat, pauvreté, Elena fait office de médecin, avant d'assurer les soins dans un tout nouvel orphelinat. Ceux-là même qu'on a découvert dans des reportages télé édifiants à la chute du régime en 1989.

 

Malgré son obsession de protéger son enfant, son secret sera découvert par le Maire, un homme plutôt exécrable, qui pourtant ne se révélera pas tout noir non plus.

Une intrigue rondement menée au service de la mémoire d'une époque sinistre et lourde, avec moult rebondissements qui maintiennent le lecteur en haleine jusqu'au bout.

 

Le ton est clinique, distant, factuel, ce qui donne beaucoup de force aux événements décrits. Les personnages principaux sont souvent ambivalents, ce qui leur laisse une part d'humanité. J'ai craint un instant une surenchère inutile quand après la maltraitance des orphelins surviennent la catastrophe de Tchernobyl et l'épidémie de Sida, mais ils servent aussi l'intrigue. Je regrette juste une fin trop ouverte à mon goût, qui si elle se dessine, n'est pas explicite.

 

Un roman à découvrir, tant pour sa qualité littéraire que pour les faits qu'il dénonce par le biais d'une fiction réussie.

 

Extrait p. 40 : « -Faut pas être docteur pour soigner les gens d'ici. Les femmes et les truies accouchent de la même façon, seulement ça va plus vite chez les truies. »

 

Seuil, mars 2016, 267 pages, prix : 18 €
Etoiles :
 
 
Crédit photo couverture : © Ed. du Seuil

 

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Les mains lâchées - Anaïs Llobet

23 Octobre 2016, 13:12pm

Publié par Laure

Les mains lâchées - Anaïs LlobetMadel est une jeune journaliste française qui travaille pour Phil24, une chaîne de télé basée à Manille, lorsque le typhon Yolanda dévaste la ville de Tacloban, où elle se trouvait avec son amoureux Jan, un chirurgien esthétique renommé. Si la tornade a été annoncée et des mesures de sécurité préconisées, elles ne l'ont pas été à la hauteur du drame dévastateur : un tsunami qui a fait près de 7000 morts.

 

En proie à l'horreur et à la perte d'un être cher, Madel raconte de manière très réaliste l'après immédiat : le médecin David, qui en oublie sa famille pour sauver le plus de vies possibles, Jack le pompier qui ramasse les morts et les porte à la fosse commune, et pour elle, la difficulté à poursuivre son métier : donner des images, les plus voyeuristes possibles pour faire de l'audience au prétexte d'informer le monde. Peut-elle concilier sa souffrance personnelle et son métier ? D'autres qui paraissaient plus forts en seront fortement ébranlés.

 

Un premier roman qui marque, par son aspect réaliste (d'ailleurs, faut-il vraiment parler de roman ? Ne serait-ce pas plutôt un témoignage mis brillamment en récit?), tout autant qu'il dérange par la dénonciation d'une certaine télévision qui fait la course à l'image choc. Un roman qui donne sa place aussi à un réseau de personnages secondaires nécessaires dans cette tragédie humaine, où la survie crée une entraide spontanée et évidente.

 

Un premier roman touchant, qui se fait devoir de mémoire pour les victimes du typhon Haiyan, le 08 novembre 2013 aux Philippines.

 

 

Extrait p. 12/13 (numérique) : "Je n'ose sortir : des cris me parviennent de l'extérieur et je devine qu'on découvre des corps, qu'il y a peut-être parmi eux celui de Jan. Et je sais que, tant que je ne le vois pas, il n'est pas mort : je veux faire durer ce moment aussi longtemps que possible.

J'ai du mal à respirer, l'air est si lourd. Ce n'est pas facile d'être la seule personne vivante dans une pièce, d'entendre ce bruit de succion que fait l'eau en se retirant de la maison, comme si elle aspirait la vie hors de mon corps. De se souvenir des mains qu'on a lâchées."

 

 

 

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68 premières fois - édition 2016

 

 

 

 

Plon, août 2016, 160 pages, prix : 16 €

Étoiles :

4 étoiles

 

 

Crédit photo couverture : © V.Podevin © Burton McNeely / Getty Images et éd. Plon

 

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Rien que des mots - Adeline Fleury

27 Septembre 2016, 13:14pm

Publié par Laure

Rien que des mots - Adeline FleuryParce qu’elle a trop souffert enfant de l’absence de son père toujours retenu par l’écriture de ses romans, Adèle refuse aujourd’hui de donner accès aux livres à son fils : il n’écrira point. Son mari, Hugo, le père de son enfant est écrivain aussi : il est relégué dans une chambre de bonne à l’écart de l’appartement familial, et elle-même, journaliste, arrête de travailler pour se consacrer pleinement à son fils.

 

Les livres papier ont quasi disparu de la société, le contenu des tours de la BNF a été numérisé et son centre accueille un musée de livres papier. Les liseuses numériques (« Linums ») ont pris le pas sur le livre.

 

Mais Nino, le fils, élevé dans cet enfermement, est curieux, et fera céder les barrières érigées par sa mère.

 

 

Réception ambivalente pour moi que cette lecture d’Adeline Fleury : parti pris excessif contre le livre numérique tout en même temps que déclaration d’amour à la littérature (de nombreuses références parsèment le texte), manque de crédibilité sur bien des aspects (enfant non scolarisé et qui n’a pas accès au livre mais qui apprend à lire tout seul et très bien), figures masculines tout autant rejetées que nécessaires dans la transmission familiale et la sauvegarde du livre : il y a de l’intéressant et de l’agaçant dans ce roman !

 

Alors gardons l’intéressant ! A prendre comme un hommage à la littérature et à l’amour des livres avant tout.

 

 

Une lecture qui s’inscrit dans le cadre des 68 premières fois (et que je n’aurais sans doute jamais lu sans cette aventure)

 

68 premières fois - édition 2016

 

 

 

Éditions François Bourin, janvier 2016, 176 pages, prix : 20 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Éditions François Bourin

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Vivre près des tilleuls - L'AJAR

21 Septembre 2016, 13:42pm

Publié par Laure

Vivre près des tilleuls - L'AJARL’auteur indiqué sur la couverture surprend : l’AJAR ? Il s’agit d’un collectif de 18 jeunes auteurs de Suisse romande (Association de Jeunes Auteur-e-s Romandes et romands), qui a pour objectif d’explorer la possibilité de création littéraire en groupe.

 

Vivre près des tilleuls, par Esther Montandon (qui est le sous-titre) est donc leur premier roman collectif publié. Un avant-propos donne la parole à un certain Vincent König, dépositaire des archives de l’écrivain Esther Montandon. Cette jeune femme, après des années de stérilité, était enfin parvenue au bonheur d’avoir un enfant, une petite fille qui malheureusement perdit la vie à l’âge de 3 ans.

À travers 63 très courts chapitres, ce sont les mémoires retrouvés, ou des fragments, qui reconstituent ce drame si personnel et si intime.

 

Quelques pages finales, à considérer hors du roman, remettent en perspective l’ensemble du texte et donnent à réfléchir à l’essence même de la création littéraire. Où est la vérité ? Y en a-t-il nécessairement une ? Vrai ou vraisemblable ? Peut-on parler du deuil quand on ne l’a pas soi-même vécu ? Quelle est la légitimité de la littérature ?

Intéressant ! En plus d’un récit délicat et sensible, au ton très juste, comme on a pu en lire d’autres déjà sur la perte d’un enfant, c’est la perspective de l’écriture qui interroge. Le lecteur se sent-il abusé par l’artifice ? Comme l’on aimerait pouvoir en débattre avec ces jeunes auteurs et d’autres lecteurs !

 

 

(Une lecture qui s'inscrit dans le projet des 68 premières fois, qui consiste à lire (si possible tous) les premiers romans français publiés)

 

68 premières fois édition 2016

 

 

Flammarion, août 2016, 127 pages, prix : 13 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © éd. Flammarion.

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