Les jardins d'Hélène

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Entre chien et louve - Gudule

2 Mai 2012, 05:54am

Publié par Laure

 

entre-chien-et-louve.jpgJean vient de décéder, Astrid, son épouse ramenée d'Afrique il y a bien longtemps se retrouve donc veuve. Le fantastique est au rendez-vous, léger, bien amené, permettant une intéressante relecture du couple. Car c'est en chien errant que Jean est réincarné. Alors que jusque là elle n'aimait guère les animaux, Astrid va le recueillir, l'adopter, en faire son fidèle confident, son protecteur, jusqu'à l'appeler Fidèle, comble de l'ironie quand on écoute Astrid lui raconter son passé !

Que sait-on vraiment de l'autre quand on vit en couple ? Qu'en est-il réellement du bonheur apparent ? S 'arrange-t-on avec ce que l'on veut bien voir ? C'est muselé par sa nouvelle enveloppe canine que Jean va recevoir ces confidences, tout en vivant sa vie de chien en allant visiter la chienne du voisin, celle qui est là depuis longtemps, et dont on dit que son maître, un trisomique, la fait s'accoupler une fois par an avec une louve.

Le texte se veut sensuel, entre les souvenirs de Jean, de sa « négresse » séduite à 10 ans, ramenée à 12 (!), ceux d'Astrid, et le rut plus brusque de l'animal, qui piste les odeurs de la chienne dès qu'il sort. Il faut bien que la rage de Jean s'exprime, prisonnier des traits de Fidèle.

Une fin particulièrement soignée et étonnante pour ce court texte découvert grâce aux petits prix des offres en numérique.

 

 

Bragelonne, 2008 (139 pages)

Acheté en numérique lors d'une offre promotionnelle à 0,99 €. (tarif habituel : 2,99 €)

(ce sont ces petits prix attractifs qui me font découvrir des textes vers lesquels je ne serais probablement pas allée en version brochée à prix habituel éditeur)

En version papier, se trouve encore d'occasion chez Denoël, collectionPrésence du Fantastique, sous le nom d'Anne Duguël, ou plus facilement dans le tome 1 de l'Intégrale des romans fantastiques de Gudule, « le club des petites filles mortes », chez Bragelonne, 669 pages, 25 €.

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Crédit photo couverture : éd. Bragelonne

 

 


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Un homme ordinaire - Yves Simon

16 Avril 2012, 12:47pm

Publié par Laure

 

un-homme-ordinaire.jpgLa qualité et l'intérêt de cette petite collection ne sont plus à prouver. (voir entre autres, Annie Ernaux, L'autre fille). Dans ce court opus, Yves Simon s'adresse à son père, cet « homme ordinaire », homme de peu, mais homme au grand cœur. Ils n'ont pas toujours été d'accord sur tout, mais chacune des phrases dit l'amour réciproque entre eux. On en apprend un peu plus aussi sur la jeunesse de l'auteur. Un très beau récit, intime, tout en pudeur et retenue.

 

Nil éd., coll. Les Affranchis, novembre 2011, prix : 7,10 €

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Crédit photo couverture : © éd. Nil.

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La liseuse - Paul Fournel

12 Avril 2012, 14:46pm

Publié par Laure

la-liseuse.jpgVendredi soir, l’éditeur Robert Dubois, s’apprête à rentrer chez lui avec une pile de manuscrits à lire, comme il en a l’habitude. Une jeune stagiaire vient lui apporter une liseuse numérique et lui en explique tous les avantages. Il va apprivoiser la machine, et avec son équipe de stagiaires (on ne le dit jamais assez, explique-t-il, ce sont les stagiaires qui font tourner l’édition), va imaginer une nouvelle façon de créer et de faire entrer la littérature chez les gens par le biais de ces liseuses.

J’avoue, ce livre m’a agacée dès le départ, car la fameuse liseuse évoquée et souvent décrite est une tablette Ipad. Manque plus que la pomme sur la couverture mais une TABLETTE,  PAS UNE LISEUSE. Et nous pendant ce temps-là, on passe notre vie à expliquer la différence aux gens, et l’auteur nous casse la baraque en quelques lignes. La tablette peut servir à lire des livres numériques, mais elle fait aussi plein d’autres choses (sauf le café) et surtout, à la différence des liseuses, elle est comme tous les ordinateurs et autres smartphones : elle fonctionne avec un écran rétroéclairé qui épuise nos petits yeux. La liseuse elle, la vraie, ne sert qu’à lire, et fonctionne avec la technologie e-ink, une encre numérique qui donne l’aspect d’une lecture sur papier. Bref, ça va mieux en le disant.

Certains ont pu trouver qu’on apprenait plein de choses sur le petit monde éditorial : si vous êtes à mille lieues, oui, si vous êtes gros lecteurs ou familiers de la chaîne du livre, honnêtement, non. On sait déjà tout cela.

Mais ça reste sympathique, rapide et facile à lire et surtout, ce que j’ai aimé, c’est que le vieil éditeur « à l’ancienne » (l’auteur ?) donne l’impression de vraiment s’amuser, avec les petits jeunes et leur projet commun. Il y a une bonne humeur et un humour savamment distillé dans cet ouvrage, rien de grincheux, au contraire, c’est vif et alerte. Avec les petites piques nécessaires, avec une fin touchante et juste.

Quant à la forme choisie, roman écrit sous forme de sextine (l’auteur explique le fonctionnement à la fin de l’ouvrage), cela ajoute à la contrainte de l’écriture et intéresse après coup, mais reste imperceptible à la lecture pour qui n’est pas spécialiste de littérature.  C’est là tout l’art aussi de la réflexion, écriture, littérature ou gazole et camions qui vont si vite de l’imprimeur au pilon…

 

Quelques bonnes pages :

p. 10 : « Celui qui est sous ma joue est un manuscrit d’amour : c’est l’histoire d’un mec qui rencontre une fille mais il est marié et elle a un copain… J’en ai lu sept pages et je le connais déjà par cœur. Rien ne pourra me surprendre. Depuis des lunes, je ne lis plus, je relis. La même vieille bouillie dont on fait des « nouveautés », des saisons, des rentrées « littéraires », des succès, des bides, des bides. Du papier qu’on recycle, des camions qui partent le matin et qui rentrent le soir, bourrés de nouveautés déjà hors d’âge. »

 

p. 39 : «  - Regardez les retours. C’est le déluge. On envoie dix camions de livres le matin sur les routes de France, et on en reprend six et demi le soir. Ça a quel sens ?

- Une bonne partie du travail de l’édition consiste à brûler du gazole. Tu es au courant, depuis le temps… »

 

p. 143 « La réunion des représentants est une incontournable messe. […] Elle est le premier maillon des malentendus.

J’aime les représentants, des gaillards qui chaque matin tournent la clé de leur Peugeot diesel pour aller vendre des livres alors qu’ils pourraient tout aussi bien aller vendre autre chose, vendre par exemple des choses dont tout le monde a besoin et sur lesquelles il n’y a rien à dire. Et ils ont choisi le livre, dont peu de gens ont besoin et que l’on doit bonimenter à l’infini jusqu’à ne plus savoir au juste de quoi on parle.

Ils ont du courage, ils aiment les livres et ils aiment même les libraires qui n’ont pas assez de temps à leur consacrer, qui gémissent sur la longueur des listes de livres, qui ploient sous le poids de la manutention des offices et des retours. Ils sont le rouage mobile de la machine folle qui vend les livres. »

 

P.O.L, janvier 2012, 216 pages, prix : 16 €

Existe en version numérique au prix de 10,99 €

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Crédit photo couverture : éd. P.O.L

 

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Les raisons de mon crime - Nathalie Kuperman

22 Mars 2012, 10:09am

Publié par Laure

raisons-de-mon-crime.jpgSentiment mitigé sur cette lecture. J’ai été constamment partagée entre l’envie d’abandonner et l’entrain malgré tout de certains passages. Je suis allée au bout, je l’avoue, uniquement par la motivation du titre, curieuse de ce que pouvait être ce crime que je ne voyais pas encore. D’ailleurs sur ce point précis, la réponse qui ne parvient qu’en avant-dernière phrase du roman, est intéressante.

Pour revenir rapidement sur l’histoire : Marianne Raevens, graphiste au chômage qui jusqu’à présent menait une vie confortable, retrouve à l’enterrement de sa tante, une cousine perdue de vue depuis longtemps. Martine est à l’antipode de Marianne, faisant partie de ces petites gens au quotidien aussi terrible que fataliste : violence conjugale, ravages de l’alcoolisme, etc.

Marianne va se rapprocher peu à peu de Martine, dans l’idée d’écrire un livre sur elle et plus largement sur sa famille, tant sidérée que fascinée par ce qu’elle voit et entend. Au fil du récit, on sent la chute de Marianne qui n’est finalement peut-être pas si éloignée de cette misère sociale. La construction en deux grandes parties (Martine / la tante Biquette) qui forment une boucle partant et aboutissant à l’enterrement de la tante est intéressante.

Pourquoi ça n’a que moyennement fonctionné sur moi : la misère sociale et intellectuelle, si elle est très bien décrite, dans toute sa violence ordinaire et la répulsion qu’elle produit sur le lecteur, n’est pas nouvelle. D’autres l’ont déjà (très bien) fait, et je pense notamment aux romans de Patrice Juiff (Frère et soeur, Kathy). Il m’est arrivé régulièrement de trouver dès lors ce roman bavard, n’offrant au final que trop de variations sur le même thème, alors qu’on en avait déjà bien compris le sel. (Il faut dire que je sortais de la lecture de Vie animale, de Justin Torres, qui décrit un même univers sordide avec un art de l’ellipse assez remarquable !)

Je suis allée au bout, par curiosité du titre, m’interrogeant sur le rôle de Marianne. Si le roman fournit une réponse, je reste toutefois mitigée sur l’ensemble, qui ne propose rien d’exceptionnel et aurait mérité, à mon goût, davantage de sobriété dans l’écriture pour en accroitre la force.

 

Un passage sur l’écriture que j’aurais aimé voir développé plus loin mais qui reste unique :

p. 29 : « Noter discrètement, et travestir mon écriture pour que ses yeux ne balaient pas la feuille, ne décèlent pas les horreurs que je suis en train de noter. Elle aurait peine à croire que ce sont ses propres mots. L’écriture transforme, de toute façon. Qu’elle transforme des faits réels ou imaginaires, c’est la même chose ; elle donne valeur de vérité. Et cette vérité-là, je ne suis pas certaine que Martine en veuille, malgré ses bonnes intentions. »

 

p. 108 : « Je mets à distance les plaies raccommodées à la va-vite par des chirurgiens urgentistes, je n’ai pas demandé à voir, je suis presque furieuse de devoir assister au spectacle clownesque d’un corps martyrisé à outrance. Sous chaque boursouflure, je lis l’alcool. Ses membres son dos son ventre sont une carte des vins, du pastis, de la bière. L’alcool qui casse les os. Comment s’est arrivé ? Qui a provoqué qui ? Martine est une femme, c’est elle qui a encaissé, d’où les côtes, le tibia, le fémur, le poignet, l’épaule et tout ce qui s’ensuit. Les coups ont plu, même Lucien, le gentil Lucien, le Lucien qui lui a sauvé la vie. Oui, m’avoue Martine quand je lui pose la question, lui aussi. »

 

p. 119 : « Arrivent les larmes, séchées par le Sopalin que Martine replie pour ne pas gaspiller et qu’elle repose sur la pile, s’ensuit un énième verre de vin blanc coupé à l’eau, viennent les larmes qui épongent la peine. Je suis déchirée, Martine me déchire, et elle est forte au point qu’elle me fait douter de qui je suis vraiment. Je n’ai ressenti cet effondrement devant personne d’autre. Ma cousine m’empoisonne, me guette et me surprend. Le même sang coule dans nos veines, le même poison, la même saloperie d’exister. »

 

Gallimard, janvier 2012, 233 pages, prix : 17,90 €

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Crédit photo couverture : © éd. Gallimard

 

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Je tue les enfants français dans les jardins - Marie Neuser

4 Mars 2012, 13:39pm

Publié par Laure

 

je-tue-les-enfants-francais.jpgça y est, je l'ai mon premier vrai frémissement de l'année 2012, le coup de poing à l'estomac d'un livre pas déjà lu cent fois. Écrire un tel roman, il fallait l'oser, et tout autant pour l'éditeur, oser le publier. Sur un sujet aussi sensible que la violence scolaire et l'impuissance des enseignants, il faut s'attendre à ce que le débat soit virulent, et que la polémique enfle. On s'éloigne du politiquement correct, on reprochera que ce sont toujours les mêmes populations qui sont stigmatisées. On tempèrera la discussion en répondant que « c'est un roman, une fiction ! » Oui mais une fiction aux accents si réalistes qu'on en a parfois froid dans le dos.

Lisa Genovesi est prof d'italien dans un collège sensible de Marseille. La ville n'est jamais nommée mais les indices sont parlants. Dans sa classe de 3ème2, Malik et Adrami font la loi, caïds légitimés par tous. Lisa part de chez elle la peur au ventre, elle sait qu'elle affrontera les insultes, les crachats, le chahut et que son cours ne sera qu'un leurre qui aura au mieux des allures de garderie. L'administration tout aussi impuissante (surtout ne pas faire de vagues) ne la soutient pas. Lisa repense à son père, son modèle qui l'a guidée malgré lui vers ce métier. Au chapitre 25, pivot du livre, ce père déclare : « Je ne trouve pas de solution. Je cherche, mais je ne trouve pas. »

Dès lors, la peur se mue en colère, la haine tapie se déchaîne, jusqu'à une fin que l'on pressent, noire. Roman noir, dérangeant, frappant, qui use en permanence de la comparaison du propre et du sale. Les images sont fortes, l'enseignante a besoin de se laver de cette crasse humaine. Le parti pris est osé, extrême, il y a les trop propres et les trop sales, les trop gentils et les très méchants, et une telle dichotomie ne laisse aucune place à l'entre deux. C'est ce qui gêne aussi et ne peut laisser indifférent.

D'autant plus que l'auteur est elle-même enseignante, la frontière est ténue entre fiction et réalité, comment se positionner réellement face à ce récit ? Le propos questionne d'autant plus. Mais c'est bien le rôle de la littérature aussi, de secouer de temps en temps, non ? Bravo !

 

p. 9 : "Mon inspecteur m'a dit, il y a trois mois : N'essayez même pas de faire cours, Mademoiselle. Sauvez votre peau."

 

L'écailler, juillet 2011, 163 pages, prix : 16 €

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Crédit photo couverture : ©Patrick Blaise et éd. L'écailler


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La pizzeria du Vésuve - Pascaline Alleriana

28 Février 2012, 17:13pm

Publié par Laure

Il y a peu, je m’inquiétais de ma tendance à lire trop, et par là je voulais dire absorber une surproduction dont il ne me restait au final pas grand-chose. Plus on lit et plus on devient difficile, plus on lit et plus le chef d’œuvre - en tout cas le livre qui vous frappe vraiment - se fait rare. Mes propos avaient été plutôt mal compris, vous me répondiez que vous, vous ne lisiez pas assez, alors que je vois à vos blogs que vous lisez pourtant bien plus que moi.

pizzeria-du-vesuve.jpgEtrange introduction pour parler de ce recueil de Pascaline Alleriana, mais parce qu’il me semble aujourd’hui que j’en suis là pour beaucoup de livres. L’un chasse l’autre mais ma mémoire ne garde pas grand-chose.

J’ai appris à me méfier des mails d’auteurs qui proposent leurs ouvrages faute de réel travail promotionnel éditorial, je ne réponds pas la plupart du temps, parce que je ne suis pas un robot non plus, et que je ne peux pas lire trois livres par jour (et que j’ai été échaudée par de si médiocres publications à compte d’auteur). Quand Pascaline Alleriana m’a proposé son recueil, je suis allée visiter le site de l’éditeur et l’approche m’a semblée intéressante et sérieuse. J’aime les nouvelles, j’ai donc répondu favorablement. J’ai lu le recueil un week-end, quasi d’une traite, agréablement surprise, notamment par l’écriture, le style, le rythme, rapide, enjoué, qui donne presque parfois un peu le tournis. Travail sur le langage, la temporalité (même si parfois transparaît peut-être un peu l’exercice codifié d’ateliers d’écriture), sur la dualité, je me suis surprise à trouver cela vraiment pas mal. Mais voilà, aujourd’hui, une semaine après ma lecture, il ne m’en reste rien, sinon le souvenir d’avoir passé un bon moment, mais je suis incapable de résumer ne serait-ce qu’une seule des quatre nouvelles. C’est peut-être cela le burn out de lecture dont je parlais. Pourtant, il y a quelque chose d’intéressant dans l’écriture de Pascaline Alleriana. Alors comme je pense qu’elle mérite au moins un billet sérieux sur son recueil, je suis prête à le faire voyager si l’un ou l’une d’entre vous, blogueurs lecteurs habituels de ces jardins souhaite le découvrir, avec possibilité de faire suivre. Ça ne fait pas vendre (je persiste à penser que ce n’est pas notre rôle), mais ça peut donner à l’auteur d’honnêtes retours de lecteurs.

 

 

Ed. Kirographaires, janvier 2012, 144 pages, prix : 18,45 €

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Crédit photo couverture : © éd. Kirographaires

 

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Banquises - Valentine Goby

7 Février 2012, 16:03pm

Publié par Laure

banquises.jpgVingt huit ans après la disparition de sa sœur aînée au Groenland, Lisa prend l’avion pour cette même destination, pour peut-être enfin mettre un terme à cette situation restée ouverte et ces recherches vaines mais pour d’abord se libérer elle-même de vingt huit années d’emprisonnement intérieur.

Sarah avait 22 ans quand elle a disparu, en 1982, nul ne sait ce qui lui est arrivé, les recherches n‘ont rien donné d’autre qu’un sac à dos trouvé sur un bateau. Bien sûr ses parents se sont effondrés, sa mère en particulier ne s’en est jamais remise. Lisa, adolescente à l’époque, est devenue transparente aux yeux de sa mère.

Voyage sur la banquise, description de paysages en destruction à cause du réchauffement climatique, nature souveraine, les scènes à Uummannaq sont des épreuves fortes, qui font découvrir un pays finalement peu connu, mais ce qui m’a semblé essentiel dans ce roman, ce sont les flashback qui reviennent sur la vie familiale après la disparition de Sarah, et l’impossible deuil pour les parents (il n’y a pas de corps, et elle était majeure, il n’est pas interdit de changer de vie), l’enfermement obsessionnel de la mère dans l’espoir si mince, la position du père, qui ne peut rien pour sa femme, et Lisa, qui ne semble plus exister pour personne. Jusqu’à la fin du voyage sans réponse mais qui permettra enfin la renaissance à soi-même de Lisa, les pensées de la mère resteront frappantes pour le lecteur.

Un voyage qui sonde des pistes mais sans donner toutes les réponses, qui  fait découvrir un pays tout en laissant le lecteur sur sa faim, une écriture qui parfois pâtit de quelques longueurs, c’est le voyage intérieur qui m’a plus touchée que le voyage réel, et qui pour moi garde un goût d’inachèvement, même si l’histoire s’achève bel et bien, sur la voix de Lisa.

 

Extrait p.118-119 : « Le père a besoin de sa femme. Terrible comme il a besoin d’elle, de moins en moins femme, de plus en plus mère. Il voudrait être elle. Pouvoir lui aussi situer la douleur quelque part. Elle c’est le ventre. Lui c’est diffus, partout, autant dire nulle part. Il a besoin du ventre de sa femme. Il voudrait qu’elle le prenne en elle, qu’elle l’absorbe dans ses muqueuses tièdes. Il voudrait jouir dans ce ventre presque sans bouger, presque sans effort, y déverser toute la souffrance qui n’a pas de lieu en lui, déverser l’amour et la peur, et la serrer, cette femme, et qu’elle le serre, dans ses bras, dans sa peau chaude, qu’elle l’enlace, se contracte autour de son sexe même devenu mou, vieux, son sexe son ventre, qu’elle accomplisse encore le pacte primitif. Seulement c’est étroit. C’est occupé. Par la fille absente, par le réenfantement de la fille » © Valentine Goby.

 

Albin Michel, août 2011, 246 pages, prix :18 €

Existe en numérique au prix de 13.99€

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Crédit photo couverture : © éd. Albin Michel.

 

 

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Au pays des kangourous - Gilles Paris

1 Février 2012, 17:48pm

Publié par Laure

au-pays-des-kangourous.jpgSimon a neuf ans lorsqu’il découvre un matin son papa recroquevillé dans le lave-vaisselle. Situation inhabituelle s’il en est ! Son père est écrivain (il écrit surtout des livres pour les autres), et sa mère travaille chez Danone, mais elle est très souvent en voyage, à l’autre bout du monde, à Sydney notamment, Australie. Le pays des kangourous.

Le père de Simon traverse une mauvaise passe, dépression aiguë, qui nécessite de l’hospitaliser. C’est la grand-mère Lola, libre et fantasque, qui va s’occuper de Simon, qui se pose beaucoup de questions sur la maladie de son papa, les absences de sa mère, leur amour. Le petit garçon va trouver beaucoup de réconfort auprès de Lily, une enfant qu’il rencontre régulièrement à l’hôpital, et qui lui apprend plein de choses sur la maladie de son papa, tout simplement ce que les adultes ne lui disent pas.

            J’ai aimé l’idée que pour une fois, ce soit le père qui soit dans une situation de dépression profonde, et la mère obnubilée par son travail, très peu présente, assez peu maternelle, ça fait du bien de temps en temps de voir ces rôles habituels inversés ! Si j’ai aimé le ton du livre, le point de vue de l’enfant, la vivacité des personnages qui l’entourent (Lily, sa grand-mère Lola), j’ai trouvé toutefois que le rythme était un peu lent, qu’on commençait à tournait un peu en rond (peut-être la traduction de l’enlisement profond du père dans la maladie ?), jusqu’à une révélation inattendue qui redonne un nouveau sens à l’ensemble. Si la fin est quelque peu convenue, elle fait tout simplement du bien au lecteur, et plus j’approchais de la fin, plus je l’aimais finalement ce roman, d’autant que le personnage de Lily devient de plus en plus intrigant ! Un roman positif et pas triste du tout, le sujet ne doit surtout pas vous faire peur !

 

Gilles Paris est également l’auteur de deux autres romans plus anciens : Autobiographie d’une courgette (en 2002, je ne retrouve pas de billet mais j’avais beaucoup aimé !) et Papa et maman sont morts (1991, que je ne connais pas mais que du coup j’ai envie de découvrir). Et je n’ai réalisé qu’en fin de lecture, en lisant que l’auteur travaillait dans le monde de l’édition, que j'avais été en contact avec lui il y a quelques années lors d’un accueil d’auteur. Je n’avais jamais fait le rapprochement avec les mails d'info que je reçois toujours, ou j’avais pensé à une homonymie, il faut croire que je n’imagine pas les auteurs faire autre chose qu’écrire J

 

Une interview de l’auteur sur Libfly

  

Don Quichotte, janvier 2012, 247 pages, prix : 18 €

Existe en numérique (différents formats selon librairies et liseuses) au prix de 12,99 €

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Crédit photo couverture : © Olivier Balez et éd. Don Quichotte

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Les en dehors ... - Stéphane Beau

20 Janvier 2012, 16:04pm

Publié par Laure

les-en-dehors.jpgLéopold, libraire de profession, écrivain à ses heures, a décidé de tout laisser tomber le jour de ses trente ans. Il a tout vendu, sa boutique dans l’ouest de la France, ses biens, pour aller vivre en ermite à Porcatol, un petit bourg du Sud. Il n’a gardé que ses livres, et vit de peu dans une vieille bicoque sans eau ni électricité. Finie l’hyperconsommation et les faux-semblants du monde, il est libre, et s’approvisionne du peu qu’il lui faut à l’épicerie et vit en « homme des bois » (toute à l’allusion à Henry-David Thoreau est bienvenue). C’est dans ces circonstances qu’il fait la connaissance de Colas, un môme de 7 ans perché en haut d’un arbre, qui l’interpelle sans gêne. Ainsi il apprend que la peste birmane a gagné du terrain, les écoles ont fermé, les gens n’ont plus le droit de circuler librement, la milice est partout. Trop éloigné de la vie fourmillante, Léopold n’avait pas mesuré la rapidité et l’importance des événements. Colas, devenu orphelin, est à l’abri de l’épidémie qui progresse trop vite à la ville, retiré ici à la campagne chez sa tante. Mais il ne l’aime pas beaucoup cette tante, et c’est réciproque…

Dans une ambiance de fin du monde encore plus assombrie par l’occupation militaire, Colas et Léopold vont s’attacher l’un à l’autre, et surmonter ensemble bien des difficultés. Rite sacrificiel, meurtre, fuite, camps d’enfermement (pour mise en quarantaine sanitaire) qui de par l’horreur et l’absurdité ne sont pas sans rappeler une autre période de l’Histoire, on chemine avec les personnages dans leur lutte pour la survie et la liberté. Le rapprochement avec La route de McCarthy est évident, cet extérieur hostile, la relation qui se tisse entre Colas et Léopold même s’ils n’ont pas de lien du sang, l’horreur traversée, la lutte pour avancer, rester libre et triompher de la bêtise des hommes…Néanmoins, n’y voyez pas une pâle copie de la route, si l’on ne peut s’empêcher d’y penser (et le livre est d’ailleurs cité dans le récit), celui-ci est différent, et ne manque pas de notes positives, des dénouements parfois un peu trop faciles dans leur réalisation mais qui viennent compenser agréablement des scènes précédentes à peine soutenables. Et puis il y a l’écriture de Stéphane Beau, simple, limpide, mais efficace. Pas de chichis, beaucoup de justesse.

J’ai aimé les idées véhiculées par ce roman, les personnages attachants, les doutes et les peurs (un personnage féminin rejoint l’histoire, peut-on encore aimer quand on a choisi la solitude depuis plus de douze ans ?), je pardonne les passages que j’ai trouvés un peu « faciles » car ils contrebalancent bien la rude noirceur qui précède ; bref, c’est une très belle découverte que ce roman publié par un petit éditeur d’Anjou, et j’avoue que j’ai très envie de continuer à découvrir les romans de l’auteur, notamment l’un de ses précédents , le coffret, qui évoque l’interdiction de la lecture et l’abolition absolue des livres. Il faut dire qu’avec de tels sujets, c’est déjà presque gagné, son talent fait le reste !

(Et venant de moi qui ne suis pas du genre « à me faire l’intégrale d’un auteur » parce que j’ai aimé un livre, c’est que j’y vraiment trouvé quelque chose d’intéressant, que je ne parviens pas forcément à bien retranscrire)

 

p. 14 : « L’homme n’a jamais eu d’enfants. Il ne s’est jamais véritablement senti à l’aise en leur présence. Il y a une telle force en eux, une telle puissance, une telle spontanéité, tellement d’énergie brute difficile à canaliser… Et puis, ils sont trop bavards, trop curieux. »

 

Stéphane Beau est très impliqué en littérature :

- Blog de la revue Le Grognard 

- Chroniques sur K-Libre

 

Editions du Petit Pavé, novembre 2011, 185 pages, prix : 18

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Crédit photo couverture : éd. du Petit Pavé.

 

 

 

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Les liaisons ferroviaires - Jean-Pierre Martin

19 Janvier 2012, 17:35pm

Publié par Laure

liaisons-ferroviaires.jpgLe romancier embarque le lecteur à bord du TGV 9864, voiture 16, pour un aller-simple Nice-Bruxelles et un voyage au cœur des pensées des passagers, et de quelques membres du personnel de bord, conducteur, contrôleur, employé de la voiture bar. Les passagers s’observent, se cherchent, fantasment et trahissent leur désir amoureux sous l’œil attentif d’Etienne Montgolfier, un « ethnologue du proche » qui distribue des questionnaires pour son étude sociologique de la sexualité et de l’amour dans un monde à grande vitesse.

Etonnant, original, parfois drôle, peut-être un peu trop juxtaposé au niveau des voix, j’ai aimé cet ensemble polyphonique qui fonctionne en huis-clos ou presque (une voiture de TGV, quelques passagers qui montent ou descendent au fil des gares, des déplacements à la voiture bar), j’ai aimé aussi que même la motrice prénommée Alice prenne la parole, et que l’écrivain soit mis en scène également sur la fin. Pourtant, cela reste un peu léger, des réflexions qui s’entrecroisent pour une nouvelle carte du Tendre, mais qui ne m’emporte pas non plus plus que cela.

 

Champ Vallon, janvier 2011, 215 pages, prix : 17 €

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Crédit photo couverture : © éd. Champ Vallon       

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