Les jardins d'Hélène

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Juste avant le bonheur - Agnès Ledig

27 Mai 2013, 19:42pm

Publié par Laure

 

juste-avant-le-bonheur.jpgJulie, 20 ans, est caissière dans un supermarché, malmenée par la clientèle à peine aimable et un chef tyrannique, mais ce job est vital pour elle qui a la charge, seule, d'un petit garçon de trois ans, Lulu. Alors qu'elle laisse poindre une larme de désespoir et de fatigue, un homme qui aurait l'âge d'être son père, fraichement divorcé, fait ses courses de célibataire désemparé et lui adresse quelques mots gentils. Empathie, compassion, douceur, il ne demande qu'à la connaître mieux et à l'aider, lui qui le peut financièrement. Mais pour Julie le plan paraît louche et le Prince charmant des contes de fée, ça n'existe pas. Pourtant, il va proposer d'emmener Julie et son petit garçon dans sa maison de Bretagne, juste pour faire un break, sans aucune attente en retour. Son fils médecin, qui ne se remet pas du suicide de sa femme, est du voyage.

Tous ces bras cassés vont se ressouder et sourire à nouveau à la vie, le lecteur sourit lui aussi à ce roman doudou, qui met du baume au cœur, façon « ensemble c'est tout » de Gavalda.

La deuxième partie change l'orientation du roman (ne lisez surtout pas la quatrième de couverture, car même si elle a été modifiée, elle en dit encore trop, et on trouve encore sa première version sur certains sites de vente, qui dévoile un élément pivot du roman qui survient pourtant tardivement : tout l'intérêt de la lecture est gâché : vous savez tout avant même de commencer!), cette deuxième partie, donc, quoique très réaliste (trop sans doute) relève plus de la collecte d'échanges de séances de psychothérapie que du roman. C'est dommage, sans cela je donnais volontiers 5 étoiles à ce roman. L'auteur semble y avoir intégré un drame personnel, et avec tout le respect que l'on peut y porter, cela affecte un peu le roman. Trop réel, pas assez de distance. La fin peut-être un peu facile aussi, mais l'on ne sait plus très bien, alors qu'on a sorti les mouchoirs pour pleurer, si ce roman fait du bien ou pas. J'ai perdu en route le côté « bonbon » du début, pour avoir l'impression de lire ensuite le récit personnel de l'auteur.

Malgré tout, c'est un roman qu'on n'a pas envie de quitter. Si le bonheur passe par l'entraide et la bienveillance, il passe aussi, ici, par la résilience. Pas si léger, donc.

 

Agnès Ledig vient d'obtenir le Prix Maison de la Presse 2013.

 

La sélection des titres en lice était la suivante :

 

Je vais mieux de David Foenkinos (Gallimard)
Éclats de voix d’Yves Hugues (Les Escales)
Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig (Albin Michel)
L'enfant de Calabre de Catherine Locandro (Héloïse d'Ormesson)
Le silence de Jean-Guy Soumy (Robert Laffont)
L'atelier des miracles de Valérie Tong-Cuong (JC Lattès)

 

(Roman lu dans le cadre du Club Testeurs d'Amazon)

 

Albin Michel, mai 2013, 342 pages, prix : 19,50 €

Etoiles : stars-4-0. V192553758

crédit photo couverture : © éd. Albin Michel.

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Les petites mères - Sandrine Roudeix

6 Mai 2013, 19:36pm

Publié par Laure

 

petites-meres.jpgL'auteur a du mérite, car j'avais égratigné son premier roman, et c'est sans rancune qu'elle est revenue vers moi pour me proposer la lecture du second. Je la remercie pour cette confiance et son ouverture d'esprit.


Les petites mères, c'est l'histoire d'une lignée de femmes, dont Rose est la dernière. Âgée de 23 ans, elle doit présenter son fiancé à sa mère et aux aînées de la famille.

Les femmes de cette famille semblent reproduire un même schéma : toutes ont été abandonnées par leur homme. Toutes souhaitent bien sûr que Rose rompe cette malédiction et épouse son Martin.

C'est dans la préparation du dîner et des retrouvailles avec Rose et son compagnon que se dévoile l'histoire de ces quatre femmes : l'arrière grand-mère, Conception, 88 ans, dite ici « la vieille en sucre », fille-mère elle a épousé l'épicier italien qui a bien voulu accepter l'enfant d'un autre, elle a eu quatre filles dont deux sont mortes ; Fernande, 64 ans, la grand-mère ; Babeth, la mère chez qui se passe le dîner, et Rose, l'arrière petite-fille vers qui se portent tous les espoirs.

Elles ont souffert ces femmes, se sont forgé leur caractère, et se demandent si un jour la reproduction de ces tristesses amoureuses cessera.

Si le roman se lit tout seul, je suis trop souvent restée sur ma faim : j'aurais aimé en savoir plus sur les hommes et leur raison de partir, sur la vie de ces femmes et leur rapport à l'amour, plus sur le pourquoi d'une telle méchanceté dans les propos de Fernande. Je me suis parfois presque perdue dans les propos d'unetelle ou unetelle (mince, qui est-elle déjà), le choix narratif surprenant m'ayant parfois un peu égarée : alternance de récit à la première personne et à la troisième personne pour un même personnage. De même j'ai trouvé dommage d'avoir indiqué une fratrie de filles (Concepcion a eu quatre filles notamment) et de les avoir occultées pour ne se concentrer que sur une seule : Fernande (car si j'ai bien tout suivi, l'une est mariée). Cela n'aurait-il pas mieux fonctionné avec une lignée de filles uniques ? (car ici toutes donc n'ont pas reproduit le schéma)

Une fin comme une boule dans un jeu de quilles, étonnante et logique à la fois.

A lire de préférence d'une traite, afin de ne pas oublier, quand une fille parle de sa mère, de laquelle il s'agit (ou peut-être étais-je trop fatiguée, bref mieux vaut rester concentré!)

 

Un portrait familial aux traits féminins, mais qui manque encore d'un petit quelque chose à mon goût pour être vraiment touchant.

 

Rose, p. 14 : « ça fait tellement longtemps qu'elle n'a pas embrassé sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère. Trois ans exactement, depuis son installation avec Martin, qu'elle n'a pas vu ses petites mères, comme elle les appelait, enfant. »

 

p. 59 : « Personne ne soupçonne qu'elle n'est pas du milieu. Du milieu des gens bien élevés, ceux qui ont appris. Personne ne soupçonne que sa mère est secrétaire, que sa grand-mère marchande de légumes, et son arrière grand-mère, ancienne femme de ménage immigrée, fille d'ouvrière. Personne ne sait qu'elles ont toutes été abandonnées par leur homme pendant ou juste après leur grossesse. Quatre femmes larguées comme des baleines échouées. »

 

p. 88 : « C'est un événement, un tremblement de terre, d'accueillir un mâle dans leur famille. Un homme légitime, enfin. Il n'y en a pas eu beaucoup dans leurs vies. »

 

 

L'avis de sylire, Lucie, Antigone

 

(tiens d'ailleurs ça ne m'interpelle que maintenant : le roman est sorti en février 2012 et c'est en avril 2013 qu'il est envoyé à quelques blogueuses... besoin de rattraper un titre passé inaperçu ?)

 

Flammarion, février 2012, 179 pages, prix : 16 €

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Crédit bandeau couverture : © Sandrine Roudeix (oui elle est aussi photographe!) et éd. Flammarion.

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Les nuits mélangées - Léa Lescure

23 Avril 2013, 09:06am

Publié par Laure

nuits-melangees.jpg

Etudiante, Manon met le doigt dans l'engrenage de la prostitution pour arrondir ses fins de mois. Des passes sur l'autoroute au club privé, l'argent devenu facile semble être la seule motivation d'une jeune femme qui ne sait pas très bien où elle en est. Prostitution rime avec drogue aussi, bien sûr.

Pas de récit glauque, une plume agréable et élégante, toutefois ça ne suffit pas à faire une histoire, laquelle reste banale et creuse, comme le vide intérieur et la fuite en avant de son personnage.

 

Lu dans le cadre du Club testeurs d'Amazon.

 

Editions Kero , avril 2013, 159 pages, prix : 16,50 €

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Crédit photo couverture : © éditions Kero

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Rideau ! - Ludovic Zékian

22 Avril 2013, 15:51pm

Publié par Laure

 

rideau.jpgLa Tour-du-Pin, petite commune d'Isère. Un jeune homme devenu fonctionnaire au Ministère des Finances raconte le métier de sa mère, commerçante qui baisse définitivement, à 67 ans, le rideau de son magasin. Elle-même déjà était fille de commerçants, elle a commencé naturellement à travailler sur des marchés forains, puis a tenu un commerce de prêt-à-porter. A la fermeture de celui-ci, elle change du tout au tout pour une Maison de la Presse, alliant journaux, magazines et librairies. C'est le sort des commerces de proximité qui est ici évoqué, leurs fermetures successives au profit des grandes surfaces excentrées, le lien social qu'ils représentaient, leur mort programmée. Sans jugement, juste un constat posé. Ce roman autobiographique est aussi un hommage au dévouement maternel, à une femme qui a exercé son métier avec passion et persévérance jusqu'au bout de ses forces.

Hommage à la mère, au courage, à la vie sociale, au livre aussi.

Si j'ai eu un peu de mal à me faire à l'écriture, peut-être un peu froide et distante, cette impression s'est vite estompée. Beaucoup de non-dits peut-être aussi, de pudeur et de retenue, l'auteur ne rue pas dans les brancards, il raconte, sans effets de manche, une vie qui interagit avec la vie d'un centre bourg devenu moribond...

 

 

Phébus, février 2013, 121 pages, prix : 11 €

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Crédit photo couverture : © Marie-Aude Serra et éd. Phébus.

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à l'encre russe - Tatiana de Rosnay

7 Avril 2013, 15:27pm

Publié par Laure

 

Traduit de l'anglais pas Raymond Clarinard

 

a-l-encre-russe.jpgLe problème, quand on commence à bien connaître un auteur, du moins quand on a tout lu d'elle, assisté à plusieurs rencontres avec leur lot traditionnel de questions / réponses et qu'en plus on la suit sur les réseaux sociaux, c'est qu'on a l'impression de voir dans son roman tout ce qu'elle a pu y mettre d'elle.

A l'encre russe met en scène, avec une construction enchâssée à la manière des poupées russes très habile, moult éléments déjà connus tenant du parcours de l'auteur : le renouvellement du passeport où il lui a fallu prouver que ses parents étaient bien français, le succès mondial d' Elle s'appelait Sarah, le film qui en est tiré et dans lequel elle y fait une courte apparition, les conséquences sur le quotidien d'un tel succès, le risque de prendre la grosse tête, la disparition en mer de son oncle Arnaud de Rosnay, son éditrice ici appelée Alice Dor (Héloïse d'Ormesson), la place importante des réseaux sociaux (Tatiana est très présente sur Facebook et Tweeter), les clins d’œil deci-delà : il y a un Patrick Treboc qui rappelle l'écrivain maison Harold Cobert, ses écrits dans le JDD (ici une journaliste littéraire dans un grand hebdo du week-end), Margaux Dansor rappelle la Yansor (Rosnay) qui a existé sur le web, etc.

 

Si j'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir - je m'imaginais au soleil sur une chaise longue de grand hôtel, comme dans ce décor de rêve du Gallo Nero, loin de la grisaille trop froide de ce printemps de l'ouest de la France – si j'y ai vu un roman parfait pour la détente des vacances, il m'a quand même manqué … une histoire que je ne connaisse pas déjà... (l'épisode revisité du Concordia n'est pas non plus une surprise). A souligner quand même, les savoureux échanges érotiques virtuels entre la mystérieuse Sabina et Nicolas, une nouvelle touche à la palette de l'auteur ! (nouvelle, nouvelle, pas tant que cela si l'on en croit une vieille légende  )

 

C'est donc avec un léger regret que j'ai achevé ce roman, mais je reste attachée à l'auteur, je sais que je lirai toujours ses romans, et je n'oublierai pas non plus qu'elle a été le premier écrivain que j'ai reçu dans le cadre de mon travail, alors que Sarah venait tout juste de sortir, juste avant tout le succès que l'on sait ensuite, et qu'elle ainsi inauguré un rendez-vous devenu régulier depuis avec d'autres auteurs, et qu'elle garde une place particulière dans mon coeur. Elle me fait toujours l'honneur de m'envoyer ses livres, et je l'en remercie !

 

Et comme j'en dis peu sur le roman lui-même, je vous conseille le très bon billet de Guy Jacquemelle.

 

(et Tatiana nous avait fait sourire avec une photo sur Facebook montrant l'épuisant travail des relectures des épreuves, sorry ma belle, il reste une seule coquille, une bête inversion de mots page 45 : « Une fois à la maison, bien que rongé par d'en parler l'envie, il n'avait pas ... » Le lecteur rétablira bien sûr de lui-même, mais j'avais été surprise par le délai si court entre les dernières relectures et la mise en vente, ça me semblait mission impossible !)

 

Editions Héloïse d'Ormesson, mars 2013, 347 pages, prix : 22 €

 

Crédit photo couverture : © DR / The bridgeman library / éd. Héloïse d'Ormesson

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Un père en colère - Jean-Sébastien Hongre

30 Mars 2013, 10:47am

Publié par Laure

un-pere-en-colere.jpgStéphane, séparé de sa femme, revient dans leur maison suite à un appel de celle-ci : elle n’en peut plus de la violence de leurs enfants, deux grands adolescents qui ont pris le pouvoir dans leur vie, victimes et bourreaux de la drogue, dealers, caïds de banlieue.

À bout, Nathalie décide de partir mais est victime d’un très grave accident de la route. Hasard ou tentative de suicide ? C’en est trop pour Stéphane, qui exprime son impuissance, son désarroi et sa colère dans un blog « un père en colère ».

L’anonymat ne fait pas long feu et la télé-réalité avide de voyeurisme s’empare de ce bon coup médiatique….

Beaucoup de points intéressants dans ce roman, mais beaucoup d’aspects agaçants aussi, maladroits peut-être.

Fred et Léa, les enfants, sont en fait de jeunes adultes, tous deux majeurs, ils ont pris possession de la maison familiale où ils tolèrent la présence cloitrée de leur mère. À aucun moment l’auteur ne donne leur âge (ou alors j’ai raté quelque chose), vers la fin seulement il indique qu’ils sont majeurs, cela m’a gênée dans ma lecture, car j’avais du mal à situer Léa.

Le récit se veut d’un réalisme ultra violent, tant dans les propos que dans les faits, on a l’impression de regarder un énième reportage sur les banlieues à feu et à sang. C’est une réalité, livrée ici brute dans sa kyrielle de clichés, comme un condensé du pire directement plaqué là, pas de demi mesure. Parents dépassés, certes, mais à ce point…

Ce qui m’a semblé le plus intéressant, c’est la description des médias, l’utilisation et la manipulation faite par ces derniers. Réaliste, toujours, mais si peu compris par tous ceux qui se gavent de cette télé-là, y compris au JT de 13h…

L’ensemble est un peu trop manichéen, bien sûr ça finit bien et bien sûr il y a un gentil Kamel, étudiant en prépa maths sup qui travaille comme il peut dans sa chambre de bonne, tout en connaissant sur le bout des doigts toute l’organisation des dealers, les planques, et tout. Il fréquente ce monde-là mais a su rester « clean ». Bon sentiment mais une implication qui reste assez peu crédible dans sa présentation. Trop d’écart entre la violence et les « gentils ».

Un roman de société qui a eu du mal à trouver son chemin entre fiction (mais y est parvenu) et essai documentaire. Une réflexion sur la difficulté d’être parents aujourd’hui, quelques pistes soulevées sur les causes liées à notre société en mutation, abordées mais pas creusées, là encore toute la difficulté entre le débat et le roman.

Je reste donc assez perplexe : peut-être trop de clichés et pensées toutes faites plaquées sur une trame romanesque, un débat esquissé qui ne réussit pas à trouver la bonne place dans le récit, des scènes surréalistes qui côtoient la bienséance sans que personne ne s’en émeuve jamais vraiment, comme un flottement qui cherche à interpeller dans un monde en perdition.

 

(Lu sur épreuves non corrigées non mises en page proposées par Amazon dans le cadre de son club testeurs, mon commentaire porte donc sur cette version, j’ignore si hormis les corrections d’usage (orthographe, etc.) des modifications de fonds ont été apportées ou non.)

 

Max Milo, mars 2013, 250 pages, prix : 18 €

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Crédit photo couverture : © éd. Max Milo

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Savannah dream – Cécilia Dutter

27 Mars 2013, 16:05pm

Publié par Laure

savannah-dream.jpgJulien est sociologue au CNRS, spécialiste du comportement appliqué à l’environnement. Il est débauché par un chasseur de têtes pour une mission dans la grande firme d’Atlanta, Coca-Cola, où il est chargé de donner une image plus verte à la communication de la marque. Il s’expatrie avec femme et enfants.

Mais dès son arrivée il est abordé par une jolie prof de philo esseulée, expatriée elle aussi : Maud. Julien aime sa femme, ne veut pas la tromper. Mais comment résister à Maud qui semble avoir tout compris de ses faiblesses, de ses failles intérieures et blessures d’enfance non cicatrisées.

Un roman qui démonte avec précision et justesse le mécanisme psychologique de l’adultère, de la culpabilité et de la passion dévorante.

Des éléments troublants vont faire douter Julien : Maud l’aime-t-elle vraiment ? Et si tout n’était que manipulation de sa part ? Et si tel était le cas, pourquoi ? Un parfait engrenage sur la fragilité et la folie des êtres.

Une fin particulièrement réussie qui vient clore une longue partie qui commençait à ronronner un peu trop, dévastatrice mais qui a manqué pour moi d’un peu de souffle central.

 

p. 142 : « Elle avait si bien joué la comédie de la passion que je m’étais abandonné à la confiance. Quelle naïveté ! Comme à son habitude, après avoir donné, elle reprenait ce qui lui apparaissait sans doute comme un trop perçu. Je hurlais de rage contre elle. Contre moi surtout, qui m’étais fait ballotter par cette garce depuis des semaines sans réagir. Maud ébranlait la sécurité affective que j’avais acquise auprès d’Hélène. J’avais grandi, je m’étais construit grâce à ma femme. Elle était mon roc. Un roc poncé par des années de vie commune et sur lequel reposait mon parcours d’homme. Maud ne le parsèmerait que de cristaux tranchants. Qu’avais-je à gagner à m’écorcher à vif ? »

(ce n’est pas un verdict final, des rebondissements s’ensuivent !)

 

Albin Michel, février 2013, 215 pages, prix : 16 €

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Crédit photo couverture : © Sally Waterman / Millennium Images, UK, et éd. Albin Michel

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L’abandon du mâle en milieu hostile – Erwan Larher

13 Mars 2013, 07:00am

Publié par Laure

abandon-male-milieu-hostileJe n’avais jamais lu Erwan Larher, je n’en avais même jamais entendu parler avant cette rentrée littéraire de janvier où son dernier roman a fleuri sur quelques blogs. Je crois que c’est sur celui de Charlotte que j’ai commencé à le repérer (son billet ici) d’autant plus qu’elle a proposé peu après une très belle interview de l’auteur (partie 1, partie 2)

Et puis reconnaissez que le titre est plutôt intriguant…

 

Le narrateur est en classe de terminale lorsque s’ouvre le roman, adolescent de bonne famille, issu de la bourgeoisie dijonnaise, une ville tranquille par excellence, il est à mille lieues de cette nouvelle élève qui débarque, cheveux verts, sales, allure punk et mauvais goût. D’emblée c’est l’aversion, qui peu à peu va tourner à l’obsession teintée de fantasme.

Ces deux-là vont se rencontrer, se bousculer, s’aimer.

Une fois encore je pense qu’il ne faut pas trop en dire, la tension dramatique monte d’elle-même pour mieux surprendre le lecteur le moment venu, c’est fort, très fort. Si  la deuxième partie est différente, elle n’en est pas moins juste et tout aussi prenante.

Ce qui m’a scotchée d’emblée, c’est l’écriture d’Erwan Larher : je ne sais pas la définir, précise, parfaite, exigeante, en tout cas absolument fascinante. Quelque chose qu’on ne trouve plus ailleurs. C’est bien simple, je suis décidée à lire l’intégrale de cet auteur tant j’ai été séduite par sa manière d'écrire !

 

 

Plon, janvier 2013, 220 pages, prix : 19 €

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Crédit photo couverture : © éd. Plon.

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Les araignées du soir - Elsa Flageul

3 Mars 2013, 18:24pm

Publié par Laure

 

araignées du soirVictor a rencontré Véra quand il avait 12 ans, en classe de 6ème. Il est tombé amoureux d'elle immédiatement. Mais Véra va en aimer d'autres, et Victor reste patient, ami et confident. C'en est trop quand à 18 ans, elle lui confie sa liaison avec un homme marié qui a le double de son âge : Nigel.

Roman à quatre voix (enfin trois surtout, Nigel ne prenant que très peu la parole), le drame est reconstitué par les récits successifs de Victor, de Violette (l'épouse trompée), de Véra, l'amante, et de Nigel, l'écrivain marié. Ce n'est au final qu'une histoire banale d'adultère assortie d'un quatrième mousquetaire dans le rôle de l'amoureux transi, au geste vengeur décisif.

Je reste mitigée sur ce roman, s'il y a de très bons passages dans la dernière partie (le récit de Véra, la lettre de Violette), il y a eu aussi pour moi beaucoup d'ennui, de vide et de creux. Je ne dois d'être allée au bout qu'à la brièveté de l'ouvrage. L'enchâssement est bien construit, même si le procédé n'est pas très original, on pourra regretter que les 4 voix différentes aient toutes le même ton. On s'en expliquera par la mise en abyme en final du roman (l'écrivain...). Mouais. Forces et faiblesses se mêlent.

 

Et je sais que je suis pénible avec ça, mais quand je suis heurtée par la première phrase, j'ai tendance à faire ma difficile jusqu'au bout : « Ma rencontre avec Véra, je me souviens, j'ai douze ans. » Je me souviens ? Je m'en souviens ? On se souvient de quelque chose, on se rappelle quelque chose. La tournure revenant à chaque nouvelle partie suivante (voix de chaque personnage), on dira que c'est un gimmick volontaire. Certes la tournure transitive directe est acceptée, mais rare (donc ce n'est pas une faute), et sur le moment, elle m'a gênée :

"Note : Ce verbe est en principe transitif indirect (avec la préposition de ou le pronom indirect inversé en), contrairement à se rappeler qui est en principe transitif direct.

  • Toutefois, des utilisations transitives directes sont parfois relevées, pour se souvenir quelque chose lorsque l’objet du souvenir dans le passé est resté agréable ou lorsque le narrateur exprime de la nostalgie ou un espoir ; cela reste dans un registre plutôt soutenu, et ce registre peut être renforcé par la forme impersonnelle. L’objet du souvenir doit alors être cité mais ne peut pas être représenté par un simple pronom ; le verbe devient synonyme de revenir (employé de façon figurée, mais lui aussi dans sa forme impersonnelle et transitive directe). Il me souvient mes anciennes amours."

(source : http://fr.wiktionary.org/wiki/se_souvenir)
Que penser alors de ces phrases, page 120 : « Et moi Véra, qui aie cette peur-là, qui aie cette honte-là, ce jour-là je suis si émue par cette fraternité impromptue entre nous que je prends la décision de l'embrasser. » Que vient faire ce subjonctif présent « aie » ? un indicatif « ai » aurait convenu, non ? Si je remplace par l'auxiliaire être ou par un pluriel, ça ne fonctionne pas : « Et moi Véra, qui sois … non, qui suis ! »
p. 135 : « en face on s'impatiente, sont-ils nul ceux-là, (…) ne sont-ils pas mous... » On peut mettre un S à nul, non ?
Alors oui, je sais bien qu'aujourd'hui tout le monde s'en moque, que ce n'est pas cela l'important, que c'est la qualité de l'histoire qui compte, blablabla, que de toute façon dans dix ans plus grand monde ne lira et qu'aujourd'hui déjà les mômes ne savent pas écrire en sortant de 6ème, alors « aquoibon » être casse-pieds avec l'orthographe et la grammaire hein... Je ne sais pas, question de rigueur et de sérieux conféré à l'image de la maison peut-être. Mais 18 euros un ouvrage imprimé en caractères taille 14 (à vue de nez), avec plein de pages blanches, dans une grande maison parisienne qui devrait avoir les moyens de payer des correcteurs, hum...
Je sais, l'éditeur et d'autres viendront hurler que ça peut arriver, qu'il faut être tolérant, …. Allez-y, hurlez, j'ai le dos large. (Et comment font les maisons qui publient encore sans faute ?)
Tiens d'ailleurs, rien à voir mais je ne réalise qu'à l'instant que la page de garde manque sur ce titre que j'ai acheté d'occasion sur le net, le livre s'ouvre direct sur la page de titre. C'est propre, la découpe a été bien faite, je ne l'avais pas remarquée. Encore un SP dédicacé revendu ? (sans que bien sûr ce soit précisé dans la description, car autant je trouve normal de racheter d'occasion un livre à quelqu'un qui l'a payé, autant ça me choque de le faire auprès de quelqu'un qui ne l'a pas payé, et qui gruge son acheteur)
Il y a quelques semaines, chez un libraire d'occasion, j'ai posé la question : il n'y a que moi que ça gêne de trouver dans vos bacs des exemplaires estampillés sur la tranche haute « exemplaire gratuit, ne peut être vendu » mais étiquetés d'un prix à 10 euros sur leur couverture ? Oui, apparemment il n'y a que moi que ça gêne car ils y sont toujours. Mais c'est un autre débat.
Je vais le mettre en don à la bibli, où il séduira je l'espère d'autres lecteurs.

 

Julliard, janvier 2013, 171 pages, prix : 18 €

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Crédit photo couverture : © éd. Julliard

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La patiente - Jean-Philippe Mégnin

23 Février 2013, 17:29pm

Publié par Laure

 

la-patiente-megnin.jpgCamille D. , 32 ans, célibataire, directrice de collection chez un éditeur, se présente pour la première fois au cabinet de Vincent, gynécologue. Dès le premier regard dans la salle d'attente, il est frappé par un sentiment naissant d'insécurité, d'atmosphère pesante. Il lui confirme son début de grossesse.

P.17 : « Elle était presque absente de ce qui lui arrivait.

C'est pendant que l'aiguille descendait sur le cadran qu'elle m'a posé LA question.

- Gynécologue, c'est un choix professionnel un peu étrange, pour un homosexuel, non ? »

Le ton est donné, l'engrenage est lancé lorsque la patiente précise, en montrant la photo encadrée sur le bureau du médecin : « C'est David qui me l'a dit »

Malgré l'élégance du propos, et la justesse de l'ensemble, l'intrigue est immédiatement transparente, cousue de fil blanc, le trio qu'on comprend sans peine dès cette phrase de la page 19, la narration qui suit la trame attendue, jusque dans tous les clichés de Paris-Rive-Gauche-weeks-ends-en-Bretagne. Alors oui, une phrase choc vers les ¾ du livre vient retourner la situation, un peu à la façon de David Vann dans Sukkwan Island, vous savez le truc horrible que vous n'aviez pas vu venir et qui vous donne des frissons dans le dos, alors oui le roman n'est plus pareil, questionne davantage, interpelle, mais voilà, il ne reste plus guère qu'une quarantaine de pages avant la fin. Ça ne suffit pas après ¾ de roman sans surprise. Dommage, critiques élogieuses sur les blogs et engouement d'émissions littéraires, je partais confiante, en suis sortie assez déçue.

A moins de n'en retenir vraiment que les quarante dernières pages sur la réflexion de ce qui fait vraiment la filiation (liens du sang ou parents de substitution) et des autres sujets qui en découlent et que je ne veux pas dévoiler pour ne pas vous gâcher la découverte non plus, l'ensemble souffre pour ma part d'une trop grande partie bien huilée mais si convenue, même si c'est elle qui induit si bien en erreur.

On s'interrogera sur la manipulation (du personnage, du lecteur), on regrettera que ce fameux ressort intervienne si tard et si près de la fin.

 

Le Dilettante, septembre 2012, 157 pages, prix : 15 €

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Crédit photo couverture : © Marilou Laure et éd. Le Dilettante

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