Les jardins d'Hélène

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Un écrivain, un vrai - Pia Petersen

15 Février 2013, 10:34am

Publié par Laure

 

un-ecrivain-un-vrai.jpgA New York de nos jours, Gary Montaigu est un écrivain reconnu sacralisé par l’International Book Prize.

Mais pour aller plus loin encore et rendre accessible à tous la littérature (qui n’en rêverait pas ?), il accepte de participer à une émission de téléréalité, un écrivain, un vrai, qui montrera en direct son roman en train de s’écrire, et fonctionnera en interaction avec les téléspectateurs qui voteront, et influeront sur le scénario. L’image est devenue reine, le « j’aime, je partage » d’un site bien connu est la seule pensée restante, le storytelling a pris le pas de la création.

Fortement pressé par sa femme Ruth, opportuniste, ambitieuse, attirée par les paillettes, la gloire et la reconnaissance de « femme de », persuadée que sans elle son mari ne serait rien, jusqu’où l’écrivain pourra-t-il aller dans cette compromission ? Il étouffe, ne se reconnaît plus, ne peut plus écrire.

 

Mêlant deux temps différents, le début de l’émission, et la reprise du tournage quelques mois plus tard après un mystérieux accident dont on n'aura les clés que vers la fin, le roman interroge sur la place de la littérature de nos jours, l’omniprésence de l’image, de la facilité et de l’immédiateté, avec un constat assez peu optimiste mais des plus réalistes face à l’indigence télévisuelle qu’on nous sert. Le tout servi avec subtilité.

Ironique, salutaire, à la fois déprimant et réconfortant (où en est-on arrivé et faut-il encore se battre ?), je ne vous dévoile pas la fin, mais combien seront-ils à y croire encore ?

 

p. 22 : « Il avait longuement hésité avant d’accepter le projet mais aujourd’hui il était content d’avoir signé le contrat. Ce n’était plus possible pour la littérature de tourner le dos au monde afin de se préserver face aux nouveaux modes de communication et aux nouveaux supports, le monde changeait à une vitesse vertigineuse, devenait à chaque seconde de plus en plus incompréhensible et insaisissable. Il y avait un sacré boulot pour les écrivains. Miles fit claquer sa langue en signe d’approbation. »

 

p. 47 : « Gary posa ses mains à côté du clavier et attendit mais sa tête était vide. Les caméras tournaient et lui, il ne bougeait pas. Quel échec. Pourtant il trouvait toujours l’idée d’une téléréalité intéressante. Il parlait de livres, de romans, il rendait accessible la capacité des écrivains à transformer leur vision du monde en réflexion, en fiction. La littérature était enfin à la portée de tous et reflétait la société. Mais cette intrusion systématique dans son travail était insupportable. Il ne savait plus où il en était. J’aime, je partage. Apparemment il n’y avait pas eu beaucoup de j’aime la veille. Miles n’était pas content. »

 

p. 59/60 : « Avec son émission de téléréalité il écrivait son roman en direct. Y avait-il des conséquences sur son écriture ? Gary réfléchit un long moment et une fois qu’il eut fini de réfléchir il dit avec beaucoup d’émotion dans la voix qu’il était vigilant quant à son travail de romancier et que bien évidemment cela influait sur son écriture. Il devait prendre en compte tous les avis et son roman se réduisait au fur et à mesure et tout ça pour séduire le télé-lecteur. Il fabriquait désormais de la banalité, en faisait une star, un mythe. Les idées de son roman étaient ordinaires, petites, sans complexité. L’exaltation de la médiocrité. (…) »

 

p. 123 : « Gary retourne sa chaise et contemple la feuille vide devant lui. Il se tâte pour écrire mais à quoi bon ? ça ne sert plus à rien. Le monde sombre dans l’ignorance, dans la déshumanisation, dans le totalitarisme, dans l’obsession de la sécurité, dans le profit, les hommes sont réduits à n’être plus que des vecteurs économiques, il y a trop d’hommes et ils ne comptent plus du tout, l’esprit critique n’est plus possible, remplacé par j’aime, je partage et lui, il se demande si ça sert encore à quelque chose d’écrire. À une époque, il pensait que la littérature contribuait à la construction de la société, qu’elle apportait une vision des choses. Elle était cet intervalle où il était encore possible de penser en continu, avec un fil conducteur. L’image, le mot par l’image, la transparence, la confession, accepter l’idée que l’image l’ait emporté, l’envie de baisser définitivement les bras, ne plus désirer changer le monde. Et maintenant ? »

 

p.135 : « Deux jeunes achetaient un sandwich au stand d’un vendeur ambulant et le regardèrent bizarrement quand il passa à côté d’eux. En ralentissant il leur demanda s’ils lisaient des livres mais ils ne dirent rien, ils l’observèrent juste.

Non ? C’est bien ce que je pensais. Vous pouvez regarder mon roman à la télé. On n’a plus à s’embêter à lire. C’est le début du repos éternel pour le cerveau. Les grandes vacances. »

 

Une résonance particulière avec mon quotidien professionnel encore particulièrement éprouvé ces derniers jours (non les élèves d’une classe de 4ème ne sont plus capables de lire un roman ado contemporain de 300 pages, prévenus 6 semaines avant de la rencontre avec son auteur et moins d’un tiers du groupe l’aura lu au moment d’en débattre avec l’auteur – alors s’ils n’y arrivent pas sur un roman, comment voulez-vous qu’ils y arrivent sur 10 romans d’un prix des lecteurs sur une année scolaire… Et ce n’est pas du Balzac hein, mais de la fiction contemporaine d’auteurs reconnus en littérature jeunesse)…

Résonance réitérée par Philip Roth dans son interview au Monde ce 14 février 2013 dans cette réponse à la question :

 

"On achète toujours des livres, mais les lit-on vraiment ?

 

Un vrai lecteur de romans, c'est un adulte qui lit, disons, deux ou trois heures chaque soir, et cela, trois ou quatre fois dans la semaine. Au bout de deux à trois semaines, il a terminé son livre. Un vrai lecteur n'est pas le genre de personne qui lit de temps en temps, par tranches d'une demi-heure, puis met son livre de côté pour y revenir huit jours plus tard sur la plage. Quand ils lisent, les vrais lecteurs ne se laissent pas distraire par autre chose. Ils mettent les enfants au lit, et ils se mettent à lire. Ils ne tombent pas dans le piège de la télévision, et ils ne s'arrêtent pas toutes les cinq minutes pour faire des achats sur le Net ou parler au téléphone. Mais c'est indiscutable, le nombre de ces gens qui prennent la lecture au sérieux baisse très rapidement. En Amérique, en tous cas, c'est certain.

 

Les causes de cette désaffection ne se limitent pas à la multitude de distractions de la vie d'aujourd'hui. On est obligé de reconnaître l'immense succès des écrans de toutes sortes. La lecture, sérieuse ou frivole, n'a pas l'ombre d'une chance en face des écrans : d'abord l'écran de cinéma, puis l'écran de télévision, et aujourd'hui l'écran d'ordinateur, qui prolifère : un dans la poche, un sur le bureau, un dans la main, et bientôt, on s'en fera greffer un entre les deux yeux. Pourquoi la vraie lecture n'a-t- elle aucune chance ? Parce que la gratification que reçoit l'individu qui regarde un écran est bien plus immédiate, plus palpable et terriblement prenante. Hélas, l'écran ne se contente pas d'être extraordinairement utile, il est aussi très amusant. Et que pourrions-nous trouver de mieux que de nous amuser ? La lecture sérieuse n'a jamais connu d'âge d'or en Amérique, mais personnellement, je ne me souviens pas d'avoir connu d'époque aussi lamentable pour les livres – avec la focalisation et la concentration ininterrompue que la lecture exige. Et demain, ce sera pire, et encore pire après-demain. Je peux vous prédire que dans trente ans, sinon avant, il y aura en Amérique autant de lecteurs de vraie littérature qu'il y a aujourd'hui de lecteurs de poésie en latin. C'est triste, mais le nombre de personnes qui tirent de la lecture plaisir et stimulation intellectuelle ne cesse de diminuer."

  

Propos recueillis par Josyane Savigneau et traduits par Lazare Bitoun, © Le Monde

Interview en français et accès à l’intégralité de l’interview en anglais ici 

  

À lire également sur le roman de Pia Petersen : l’excellent billet d’In cold blog, avec d’autres extraits.

 

Actes Sud, janvier 2013, 214 pages, prix : 20 €

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Crédit photo couverture : © Rodney Smith et éd. Actes Sud

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Mouche' – Marie Lebey

21 Janvier 2013, 20:51pm

Publié par Laure

 

mouche.jpgEn commençant ce roman, je voyais déjà la longue liste de clichés qu'on peut y aligner : une fille qui raconte sa mère alors que cette dernière est très âgée, le récit est autobiographique (l'auteur n'hésite pas à se nommer dans le texte) bien que roman soit écrit sur la couverture, le livre est dédicacé à Nathalie Rheims qui publiait le même genre de récit chez le même éditeur il y a moins de six mois, toutes les filles ont quelque chose à régler avec leur mère, alors si toutes les filles doivent sortir un bouquin, on n'est pas rendu, et si en plus celui-ci s'ouvre sur la plongée en fosse de piscine, rappel du liquide amniotique, tout cela, n'en jetez plus ! Ajoutez-y une pincée de culture classique, l'apologie de Proust et la visite guidée du Grand Hôtel déjà mainte fois lue, et la ville de Cabourg a trouvé son nouveau faire-valoir.

 

Et puis, et puis.. C'est vrai qu'il y a quelque chose dans l'écriture, le sens de la formule, un côté vachard et tendre à la fois, Mouche' avec son apostrophe finale en clin d’œil est un personnage haut en couleurs, avec un petit côté burlesque.

p. 25 : « Mes trois garçons s'étaient attachés à cette grand-mère belge un peu braque, qui refusait d'être appelée mamie pour prendre le nom plus énigmatique de mouchka, qui signifie bonne-maman en russe, mais que ses petits-enfants derrière son dos surnommaient « Mouche' ».

 

Plus personnel : 

p. 65 : « A la mort de ma sœur, je perdis ma mère. Je devins cette adolescente qui passait inaperçue aux yeux de tous. Et comme c'est toujours les meilleurs qui partent en premier, j'en avais pris pour un bail sur cette terre. »

 

p. 89 : « Je n'ai pas le souvenir que Mouche' ait jamais posé sur moi un regard de mère. Je veux parler de cette tendresse qui irradie un enfant, comme un soleil aveuglant. Son regard blessant me donnait des coups. Mes défauts ressortaient comme des bleus. Sous couvert de faire de l'humour, elle se moquait de moi. Si elle m'aimait ? Oui, sûrement, ce qui la rendait plus dangereuse encore. Les rares fois où elle avait eu pour moi un geste affectueux, sa main était glacée. »

 

Rien de très novateur me direz-vous. Il y a quelques passages plus fantasques, un brin cocasses, mais là aussi, j'imagine qu'on a tous quelques originaux dans nos familles. Finalement, ce que j'ai le plus aimé, c'est le regard de l'auteur sur ses trois enfants, sa relation avec eux (ils sont adultes à présent), ses trois mecs qui ont baigné dans le foot, père footballeur célèbre, et le verdict de la mère sur cette ambiance :

p. 103/104 : « Trois fils de footballeur, c'est trois garçons qui pensent sincèrement que taper dans un ballon, c'est un vrai métier, et que l'histoire ou la géographie ne servent à rien. Le foot aura été ma croix. Je l'ai portée sous la pluie deux fois par semaine lors des entraînements et les dimanches à l'heure de la sieste […] Remplir le frigidaire tous les deux jours. Continuer à acheter des livres qu'ils n'ouvrent jamais. Partir faire valider avant 18 heures le bulletin de Cote et Match, en sachant pertinemment que s'ils gagnent au loto, ils ne me paieront pas la piscine de mes rêves, mais un séjour dans la maison de retraite la plus proche. »

 

Conclusion ? Et bien même l'auteur vous la donne : (p. 124) « Avec l'âge, Mouche' rétrécit, se lyophilise un peu plus chaque jour, mais son esprit reste intact. Elle trouve que mes livres n'ont pas grand intérêt, mais que j'ai un petit quelque chose. »

 

CQFD.

 

 L'avis de Livrogne

 

 

Ed. Léo Scheer, janvier 2013, 124 pages, prix : 18 €

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Crédit photo couverture : éd. Léo Scheer.


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Vous ne connaîtrez ni le jour ni l’heure – Pierre Béguin

12 Janvier 2013, 07:21am

Publié par Laure

PierreBeguin-Vousneconnatreznilejournilheure-HD.jpgDepuis trois semaines, un homme, marié et père de famille, connaît le jour et l’heure de la mort de ses parents. « Ce sera le 28 avril à 14 heures ». Le propos va à l’encontre du verset de l’évangile selon St Matthieu (25:1) qui donne son titre au livre. La veille de ce jour fatidique, il s’installe dans son ancienne chambre d’enfant, et écrit ce qu’il ressent à l’approche de ce suicide annoncé.

Réflexion générale et particulièrement pertinente sur le suicide assisté en fin de vie (thème plus que jamais d’actualité et dans la législation et dans la littérature, j’ai lu en décembre, sans le commenter mais je l’ai beaucoup aimé, le roman de Martin Winckler, en souvenir d’André, (chez P.O.L) qui aborde – différemment et de manière plus romanesque le même thème, en janvier sort également je crois le récit d’Emmanuelle Bernheim, Tout s’est bien passé (Gallimard)), ce roman de l’écrivain suisse Pierre Béguin frappe par la justesse de ses propos, et montre combien ce n’est pas simple, même lorsque l’on a déjà une idée bien arrêtée sur la question. S’il voit son père convaincu, il sent le doute et la fragilité de sa mère. N’accepterait-elle pas cet acte que comme une dernière preuve d’amour à son mari ?

Le narrateur revient également sur son enfance, avec l’éclairage sociologique que lui apporte désormais sa maturité, la personnalité de ses parents et comment il s’est forgé la sienne propre, jusqu’au récit du déroulement de l’acte (la démarche passe par une association, la présence de deux médecins, l’absorption d’une potion létale), mais le récit ne s’achève pas à ce moment venu, il va bien plus loin, et gagne encore – s’il était besoin – en force et pertinence.

Une telle analyse, que je trouve bien plus proche de l’essai et du récit très introspectif plus que du roman ( ?), ne peut laisser indifférent. J’ai noté beaucoup de passages qui venaient bousculer ou confirmer ma propre réflexion, mais j’ai fini par arrêté la prise de notes tant chaque phrase pourrait être retenue.

 

En fin d’ouvrage, on trouvera des précisions sur l’état actuel de la législation en France et en Suisse.

Un roman (puisque c’est ainsi qu’il est noté sur sa page de titre) qui interpelle, invite à réfléchir, se révèle particulièrement brillant, séduit sans jamais sombrer dans une émotion douteuse, et qui confirme qu’une écriture classique, rigoureuse, simple et travaillée à la fois, ajoute à la valeur du texte.  

 

p. 14 : « Au bout de leurs forces, le visage chaviré de fatigue, le regard épuisé, ils semblaient soudain implorer mon aide. Pouvais-je m’ériger en juge de leur état ? Au nom de quelle valeur aurais-je pu contester cette conception radicale qu’ils s’étaient forgée de leur dignité ? Comment savoir si cette décision sans appel soulignait la défaillance de leur nature ou la vigueur de leur âme ? De quel droit me serais-je opposé à leur liberté essentielle ? »

 

p. 35 « Il est tellement plus simple de se soumettre à la fatalité. C’est la liberté qui est insupportable, invalidante, tragique… »

 

p. 62 : « Écrire m’est davantage une réparation qu’une création, un devoir qu’un plaisir, une souffrance qu’une jubilation. Il en a toujours été ainsi. Et je crois comprendre les raisons pour lesquelles je n’ai jamais ressenti que très parcimonieusement cette jouissance de l’écriture que revendiquent certains écrivains. La jouissance est dans la création, la réparation est dans la culpabilité… »

 

p. 137 : « Jamais je n’avais remis en cause le droit légitime de chacun à disposer de son existence. Jamais je n’avais testé la résistance de cette conviction. Le recours à l’ « autodélivrance » s’imposait à moi comme un principe intangible. Tant que je n’y étais pas impliqué… Cet axiome se fissure maintenant aux secousses du deuil. Je ne sais plus à quel raisonnement me raccrocher. »

 

p. 138 : « Pratiquer l’euthanasie, n’est-ce pas abdiquer, renoncer à toute quête d’amélioration, accepter un état de fait comme définitif, ouvrir la porte aux impératifs économiques douteux ? Ne vaudrait-il pas mieux convoquer toute notre énergie contre cette tentation à la démission ? Une société qui ne pratique pas l’euthanasie reste une société en recherche de solutions meilleures. » 

 

Philippe Rey, janvier 2013, 192 pages, prix : 17 €

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Crédit photo couverture : éd. Philippe Rey

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06h41 - Jean-Philippe Blondel

7 Janvier 2013, 11:53am

Publié par Laure

 

06h41.jpgAu lendemain d'un week-end éprouvant passé à Troyes chez ses parents, Cécile Duffaut reprend le train pour Paris, où elle vit et travaille, le premier train du matin, le 06h41. A côté d'elle s'asseoit Philippe Leduc, qui « monte » à la capitale voir un ami en fin de vie. Ils feignent d'abord l'indifférence mais tous deux se connaissent, ils se sont aimés vingt-sept ans auparavant, le temps d'une aventure houleuse qui s'est très mal finie. Renoueront-ils le dialogue ?

Le voyage en train est l'occasion pour chacun de revivre son passé, son parcours et son présent. Comment cette liaison de jeunesse les a profondément changés, a infléchi leur vie sans qu'ils en mesurent peut-être toute l'importance sur le moment. Un renversement s'est opéré dans leur caractère, leur ambition, leur superbe ou leur effacement. N'est plus aussi fort celui qu'on croit.

 

Jean-Philippe Blondel confirme une fois encore qu'il est l'écrivain du sentiment intérieur, du cheminement intime qui s'égrène à travers des faits en apparence anodins. Fin observateur de la vie, de nos vies. Pour autant, 06h41 ne m'a pas emportée comme ses précédents romans ont pu le faire. J'ai trouvé le voyage presque long et terne, même si l'arrivée a finalement gagné mon adhésion. J'en suis encore imprégnée, de cette histoire, de cette fin, de ces possibles, alors que j'ai eu beaucoup de mal à m'attacher aux personnages. Trop loin de moi sans doute, l'effet miroir n'a pas opéré. Ambivalence toutefois puisque l'ensemble fonctionne, bien construit, justement pensé, une parenthèse séduisante le temps d'un voyage, une parenthèse qui n'a pas – pour moi - la portée de ses autres romans.

 

Ce n'est pas l'avis de Clara, qui a été profondément touchée.

 

 

p. 12 : « Vient un âge où on est coincés entre des enfants indifférents et des parents récalcitrants. Voilà. J'ai quarante-sept ans. Je suis en plein dedans. »

 

Buchet-Chastel, janvier 2013, 231 pages, prix : 15 €

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Crédit photo couverture : ©2009 Tony Kearney / Getty Images / et éd. Buchet-Chastel.

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L'assassin à la pomme verte - Christophe Carlier

27 Décembre 2012, 07:21am

Publié par Laure

assassin-a-la-pomme-verte-copie-1.jpgUn huis clos au sein d’un palace parisien, le Paradise, où trois personnages (pour l’essentiel) prennent la parole à tour de rôle. Il y a le réceptionniste, Sébastien, qui observe et imagine des vies à ceux qui passent devant lui tout au long de la nuit ; il y a Craig, le professeur qui vient des États-Unis pour quelques interventions universitaires, et Elena, la quadra italienne qui travaille dans la mode et qui est là pour une semaine également. Il y a ce gros bonhomme vantard qui importune Elena au bar en lui racontant ses trois épouses et ses enfants, et il y a Amélie, la femme de chambre qui le trouve mort dans sa chambre peu après, étendu dans une mare de sang.

Se déploie alors une ambiance à la Agatha Christie, où chacun continue son récit. On sait assez vite qui est le coupable, là n’est pas tant la question que la raison pour laquelle il a tué.

Et Sébastien de penser, p. 75/76 : « C’est un criminel au cœur léger qui a dû quitter la suite 205. Aurait-il croisé quelqu’un dans l’ascenseur que son front lisse et sa mise impeccable n’éveillaient aucun soupçon. Il devait être aussi anonyme que l’homme à chapeau melon dont Magritte dissimule le visage derrière une pomme verte. Je l’imaginais, méticuleux, irréprochable, les traits absolument masqués par la rondeur et la couleur du fruit.

Seule certitude : l’assassin à la pomme verte n’a pu quitter l’hôtel, lundi soir, qu’en passant devant la réception. J’ai donc nécessairement vu glisser sa silhouette devant le comptoir où je suis assigné à résidence. »

 

Continue ensuite un jeu de l’amour et du hasard entre Craig et Elena, ces deux-là iraient bien plus loin dans leur rapprochement. Un roman qui séduit par sa construction (l’alternance des voix, les jours de la semaine qui s’écoulent, son suspense léger – le meurtrier sera-t-il arrêté ?), par son style, élégant, ciselé, réjouissant, par ses personnages qui intriguent, et par sa fin, en forme d’épilogue six mois plus tard qui offre une nouvelle voix, dans un dénouement inattendu et audacieux.

 

Un premier roman d’une qualité devenue rare, qui fait de Christophe Carlier un auteur à suivre.

 

Serge Safran éd., août 2012, 178 pages, prix : 15 €

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Crédit photo couverture : © éd. Serge Safran

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« Oh... » - Philippe Djian

26 Décembre 2012, 07:38am

Publié par Laure

 

Oh-Djian.jpgJe crois que je n'avais pas lu Djian depuis 37°2 le matin, c'est dire .. si je suis bien incapable de comparer ce dernier à ses précédents opus. Peu importe d'ailleurs.

« Oh... » est singulier et dérangeant. J'ai eu du mal à accepter la réaction de Michèle après son viol qui ouvre le roman, du mal à prendre pour crédible son comportement, et puis c'est une telle femme, qui porte sur ses épaules tant d'hommes peu solides avec tant de faiblesses partagées que là est sa force. La rage et la fureur fulminent à l'intérieur. Son entourage est brinquebalant et fragile : son ex mari a toujours besoin de son appui, son fils unique s'est amouraché d'une femme enceinte capricieuse et immature, il n'est pas le père de l'enfant qu'elle porte – l’individu est en prison – et s'obstine à vouloir reconnaître l'enfant, son amant est le mari de sa meilleure amie et elle commence à en avoir assez, son voisin maladroit semble l'attirer de plus en plus, sa vieille mère s'entiche du premier gigolo venu … seul le chat Marty observe en silence et se fait le pilier reposant de cette maisonnée.

Elle en devient attachante, Michèle, à se débattre avec tout ça, les vieux démons concernant son père (qui a massacré des enfants dans un club Mickey quand elle était gamine et qui moisit en tôle depuis), tous les drames qui vont se succéder, jusqu'à la fin, surprenante, réconciliante, subjuguante.

Un récit d'une seule traite (pas de chapitres), ramassé sur le mois de décembre et le début du mois de janvier, où drames, amours et morts se mêlent à travers une écriture simple et des personnages complexes qui m'ont conquise, et où plus que jamais, ce sont les femmes qui portent le monde.

 

Gallimard, septembre 2012, 236 pages, prix : 18,50 €

(Prix Interallié 2012)

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Crédit photo couverture : © Laurent Hini pour la photo du bandeau / éd. Gallimard.

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La vie - Régis de Sa Moreira

12 Décembre 2012, 10:32am

Publié par Laure

la-vie-moreira.jpgJ’ai abordé ce livre sans rien en savoir, ni du contenu (il y a belle lurette que je ne lis plus les 4ème de couv.) ni de la particularité de sa forme, car je l’ai acheté en numérique, sans feuilleter d’éventuels extraits. Je l’ai acheté parce que j’avais déjà lu d’autres romans de cet auteur, et parce que cet éditeur a une politique de prix en numérique incitative, qui facilite l’achat impulsif. Parfois, c’est aussi bête que cela.

J’ai donc été surprise et un peu déroutée au premier abord quand j’ai découvert la forme de ce roman : une succession de paragraphes qui sont autant de personnages qui prennent la parole pour quelques lignes, une pensée, une anecdote, un fragment de vie.

J’ai trouvé l’idée audacieuse et intéressante. J’ai cru un temps qu’il fallait absolument que je ne perde pas le fil, le personnage suivant étant celui abordé par le paragraphe précédent, à la manière de nos jeux d’enfants, marabout-bout de ficelle- selle de cheval- cheval de course, etc. Et puis j’ai commencé à me demander si la boucle allait réellement se boucler, combien de temps ça allait durer (en fait ça pourrait ne jamais finir), et j’ai réalisé que c’était sympa, mais que je ne retenais strictement rien de ce que je lisais. Un beau soufflé qui s’effrondre aussi vite, ou presque. Je suis allée au bout par curiosité, j’ai aimé la fin (mais je n’en attendais pas moins, peut-être qu’une autre fin aurait été décevante, il se trouve là que la pirouette est bien trouvée), mais je me demande au final si le livre ne tient pas plus de l’exercice de style que du roman qui me semble un peu vain.

Intéressant pour l’effet de surprise, l’originalité de la forme, un peu décevant sur le contenu, qui tourne trop en rond.

 

Tiens, c’est amusant, en relisant mon commentaire de Mari et Femme en 2008, je réalise que je disais à peu de choses près … la même chose. Et en retrouvant un billet plus ancien encore, Le Libraire, daté de 2007, je me dis que finalement, cet auteur n’est peut-être pas pour moi !

 

Au diable vauvert, août 2012, 119 pages, prix : 15 € (4,99 € en numérique)

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Crédit photo couverture : éd. au diable vauvert

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Le vase où meurt cette verveine - Frédérique Martin

24 Octobre 2012, 06:37am

Publié par Laure

 

le-vase-ou-meurt-cette-verveine.jpgJoseph et Zika ont 77 ans chacun ou presque, et 56 ans de mariage. Ils s'aiment comme au premier jour, malgré les difficultés de la vie. Gens de peu, ils ne peuvent faire face quand la maladie vient frapper Zika, et sont contraints de laisser leurs enfants prendre les choses en main. Faute de place et par commodité, Zika sera hébergée par sa fille Isabelle, dans son minuscule appartement parisien, qui a l'avantage d'être proche d'un hôpital et de médecins spécialistes qui pourront soigner son cœur ; Joseph lui rejoindra son fils Gauthier et sa belle-fille, ainsi que leurs enfants dans le sud-ouest. C'est leur première séparation, qu'ils espèrent brève. Ils s'écrivent de tendres lettres, belle correspondance à l'ancienne où ils se disent tout leur amour, mais aussi leur rage d'être séparés, et ils observent peu à peu les failles de leurs enfants.

Quels propos justes et touchants dans cette correspondance ! J'y aurais bien vu mes grands-parents, et j'ai souvent été émue (chut, j'ai parfois pleuré comme une madeleine). Pourtant, j'ai eu énormément de mal à adhérer à ce postulat de départ, sur lequel tient le roman : la séparation. Qu'importe qu'ils soient un ou deux dans une chambre qui contient un lit double, ça ne tient pas tout cela ! Mais il faut continuer sa lecture, pour voir le roman prendre des tournures totalement inattendues, un revers glaçant qui vient figer le lecteur, et une fois les personnalités des enfants approfondies, la relation frère-soeur, réaliser que tout se tient, et que c'est d'une perversité et d'une violence inouïe.

Ce roman offre de nombreuses pistes de réflexion, sur la vieillesse, la perte d'autonomie, la connaissance que l'on croit avoir de ses enfants, sur l'amour maternel et le rapport mère-fille, la famille recomposée à travers l'histoire de Gauthier, le fils (plus attendu, un indice laissant deviner assez tôt le ressort, mais offrant néanmoins de très beaux passages sur le lien qui unit une belle-fille et son beau-père), réflexions sur le rapport grands-parents / petits-enfants, notamment quand l'un n'est pas du même sang, et j'en oublie sans doute.

Un très beau roman épistolaire qui, s'il commence comme une belle histoire d'amour douce et surannée, prend au fil du temps qui s'égrène (les saisons rythment la correspondance du couple) une tournure dérangeante et saisissante. Il faut tourner la dernière page pour réaliser combien la construction était habile. Le lecteur n'en sort pas indemne, et c'est tant mieux.

 

 

Belfond, août 2012, 220 pages, prix : 18 €

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Crédit photo couverture : © éd. Belfond

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Version originale ! - Fabienne Betting

7 Octobre 2012, 17:16pm

Publié par Laure

 

version-originale.jpgThomas, vingt-cinq ans, est serveur chez MacDo, heureusement que sa compagne Sandrine est patiente et assure le gite et le couvert. Alors qu'il daigne enfin se bouger pour trouver un job plus stable, il tombe sur cette petite annonce du journal 20 Minutes : « Recherche traducteur pour le mesmène vers le français. Rémunération très bien. » Le mesmène, cette langue balte qu'il a apprise à la fac, plus pour le beau sourire et les jambes parfaites de sa prof que pour la langue elle-même... Et s'il tentait sa chance ? C'est plutôt bien payé, les délais sont un peu courts, mais il se lance... et le moins qu'on puisse dire, c'est que comme traducteur, Thomas est plutôt... imaginatif ! Le bon plan va se révéler assez vite foireux, d'autant qu'il va entrer malgré lui dans la lumière car la Mesménie, ce minuscule pays méconnu fait soudain l'actualité, des terres rares (ou plutôt des minerais rares) y ont été découvertes, et voilà qui agite toute l'Europe. L'aventure n'est pas près de s'achever !

 

D'emblée le ton est donné, c'est vif, frais, léger, et drôle ! Et vraiment original. Les pages sur la traduction en cours et les libertés prises par Thomas sont délirants, voyez plutôt :

« [Encore une scène de sexe complètement indécente alors je la remplace par des considérations géopolitiques sur la Mesménie. J'estime que c'est mon devoir d'écrivain.] »

La scène de l'enregistrement au Masque et la Plume est très réaliste, c'est savoureux ! Les rebondissements, les déceptions amoureuses, le voyage avec les vieilles, …, l'auteur ne manque pas d'imagination et sait garder son ton enjoué du début à la fin.

 

Je suis d'ordinaire très sceptique face à l'autoédition qui déborde le plus souvent de textes mal écrits, sans intérêt et bourrés de fautes, rien de tout cela ici : l'auteur sait construire une histoire, sait écrire (il reste une demi douzaine de coquilles mais qui sont des fautes de frappe, lettres inversées ou qui manquent – mais pas de doute, elle maîtrise très bien syntaxe et orthographe), et propose avec Version originale ! un texte tout à fait original ! Quelques maladresses encore peut-être (et je ne commenterai pas les clichés à l'emporte-pièce sur le concours d'assistant territorial de conservation du patrimoine et des bibliothèques qui n'a rien à voir avec la réalité - pas de bol, c'est mon métier), quelques réflexions - parfois faciles et attendues venant de l'auto-édition - sur les notions de best-sellers mais justes aussi sur la fabrication du succès (le récit le démontre bien !) néanmoins Fabienne Betting mérite vraiment d'être encouragée à poursuivre.

 

Je ne peux que lui suggérer aussi de proposer son ebook en format ouvert epub (il ne l'est qu'en format Kindle pour Amazon), elle gagnerait ainsi une ouverture de son lectorat, j'ai déjà expliqué maintes fois mon refus des formats propriétaires fermés comme l'est celui d'Amazon. (L'auteur m'a proposé son ouvrage en PDF que j'ai converti sans problème en epub pour le lire sur une liseuse Sony, mais à ma connaissance il n'est pas à la vente en epub).

 

Lire le premier chapitre : ici 

 

Auto-édition numérique format Kindle en vente sur Amazon, 137 pages,  prix : 4,37 €

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Crédit photo couverture : © Fabienne Betting (ou certainement son frère Pascal !)

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Barbe bleue - Amélie Nothomb

4 Octobre 2012, 19:03pm

Publié par Laure

barbe-bleue.jpgLe cru 2012 d’Amélie Nothomb serait-il sponsorisé par le groupement des grandes marques de vins de Champagne ? En tout cas, avec autant de name dropping au décimètre carré imprimé, on finit par s’en agacer. Il démarrait bien pourtant, ce conte de Barbe Bleue revisité avec une Saturnine locataire aussi sûre d’elle-même qu’intelligente et cultivée. Les dialogues avec son logeur Don Elemirio Nibal y Milcar, alliant les plaisirs gustatifs au répondant et à la provocation oratoire, j’y ai goûté bien volontiers. Dommage que le dernier tiers bascule un peu trop dans le grand n’importe quoi, même si l’ensemble se tient dans un triomphe intellectuel qui ne finit par plaire qu’aux héros eux-mêmes, laissons Saturnine et Don Elemirio à leur délire, et le lecteur passer à autre chose.

Meilleur que les années précédentes, sans jamais rattraper les splendeurs des débuts.

 

Albin Michel, août 2012, 169 pages, prix : 16,50 €

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Crédit photo couverture : © Pablo Zamora / S Moda éd Conelpa  / et éd. Albin Michel

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