Les jardins d'Hélène

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Une confession - Véronique de Bure

20 Mai 2009, 20:09pm

Publié par Laure

Véronique de Bure est éditrice chez Stock, où elle a publié notamment le dernier livre de Jean-Louis Fournier, où on va, papa ?, prix Femina 2008. Elle a longtemps été très proche du philosophe, écrivain et peintre Jean Guitton, mort à l’âge de 97 ans en 1999. Elle a publié chez Payot l’un de ses derniers livres, Lettres ouvertes (1993).

Une confession est le premier roman de Véronique de Bure, qui mêle souvenirs et anecdotes du temps de ses rencontres avec Jean Guitton au jardin secret d’une femme emportée dans le tourbillon d’une passion adultère.

Quoi de plus banal qu’un énième roman sur l’adultère d’une bourgeoise qui s’ennuie, me direz-vous ? Et si on ne s’intéresse pas spécialement à Jean Guitton ? Et que vient-il faire là-dedans ? (La confession est postérieure à sa mort et lui est destinée). Chut… ouvrez, et laissez-vous simplement bercer par la douceur du récit.

J’ai aimé particulièrement cette douceur mélancolique qui imprègne tout le livre, on sent le réel attachement de la jeune femme pour l’intellectuel académicien, son admiration et sa grande tendresse pour l’homme. D’une relation de travail qui a duré six ans est née une intimité protectrice et confiante : Guitton était un véritable ami. En parallèle aux souvenirs de ces quelques années d’entrevues régulières, elle narre une passion adultère, de ses débuts tremblants à sa fin destructrice, laissant entrevoir sa nature angoissée et perpétuellement inapaisée.

Si les souvenirs avec Jean Guitton sont uniques et réels, l’histoire confessée n’est que fiction, dit-elle, mais au fond, quelle importance… ce sont bien deux histoires d’amour qui sont données à lire, même si point n’est besoin qu’elles soient toutes charnelles.

 

p. 176 : « Quand ça ne va pas, il m’arrive de repenser à vous. Lorsque j’étais triste, vous souffriez avec moi, vous vous donniez un mal fou pour que cesse ma peine et vous trouviez toujours les mots qui me faisaient du bien. Quand j’étais heureuse, vous vous réjouissiez. Le véritable amour n’est pas toujours fait de chair et de sang. »

 

Et le livre achevé, je retrouve ici et là en bordure de pages une dizaine de petits post-it colorés qui marquent les passages que je voulais noter, il y en a plus que je ne l’aurais cru. Cette confession que j’abordais sceptique s’est révélée une histoire douce et précieuse, intime et pudique à la fois.

 

p. 73 : « Je vous aimais. Certains étaient assez sots pour s’en amuser et rire grassement de notre relation, avec des plaisanteries d’un goût douteux. Mais je vous aimais. D’une manière rare, unique. Vous n’étiez pour moi ni un père, ni un grand-père, ni un vieil époux, ni un amant. Je vous aimais d’un amour étrange, désincarné, et qui, curieusement, me comblait. […] Je vous aimais paisiblement. »

 

éd. Stock, mai 2009, 199 pages, prix : 16 €

Ma note :

Crédit photo couverture : © Hubert Michel et éd. Stock.

 

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La remorque rouge - Marie-Gabrielle Duc

17 Mai 2009, 06:07am

Publié par Laure

Clarque Kowalski (ses parents aimaient Clark Gable mais l’officier d’état civil a préféré francisé avec un que) a à peu près tout raté dans sa vie, mais il occupe ses nuits à l’entrepôt en recopiant Proust in extenso. Il en est à sa douzième mouture de la Recherche. C’est le soir de Noël et il est de garde. Sa paisible routine est perturbée par l’apparition dans un hangar d’une remorque rouge. Et quand sept enfants muets en sortent, c’est encore plus compliqué…

 

Curieux roman, fantaisiste, étonnant, mais qui n’a pas réussi à me séduire. Mêlant le grave (l’histoire et le sort de ces enfants) et la fantaisie, l’originalité n’a pas suffi pour moi à faire une histoire. Quant à l’argumentaire des clandestins annoncé par l’éditeur, il me semble trompeur : ce n’est pas vraiment le sujet du livre ! Il s’agit davantage d’un conte étrange, auquel je n’ai pas adhéré.

 

Cuné a aimé (normal, on est presque toujours à l’opposé l’une de l’autre ! )

 

Albin Michel, avril 2009, 200 pages, prix : 14 €

Ma note :

Crédit photo couverture : éd. Albin Michel

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Demain - Anna Rozen et Philippe Leroyer

16 Mai 2009, 09:17am

Publié par Laure

D’Anna Rozen j’ai lu quelques livres, sans bien m’en souvenir je gardais d’elle l’idée d’un auteur de littérature érotique avec Plaisir d’offrir, joie de recevoir, mais ce n’est pas la seule corde à son arc : il y a eu vieilles peaux aussi, recueil de trois nouvelles très différentes.

 

Aujourd’hui sort un nouveau roman écrit à quatre mains avec Philippe Leroyer, un opus un peu déroutant, qui mêle conversations MSN et prose plus habituelle.
4 parties : la première, qui se déroule un Vendredi, est écrite par Anna Rozen seule : Alice Vermeulen s’apprête à revoir Thomas, avec qui tout a toujours été clair : on se voit quand on peut, mais chacun vit sa vie entre deux. Alice a donc rendez-vous le soir même avec un autre, mais ce qui importe le plus pour elle, c’est Demain, avec Thomas. La deuxième partie, ce même Vendredi, est écrite par Philippe Royer : dans la peau de Samuel, il s’inscrit sur un site web pour le moins détonnant : Ex-Site, un site qui permet d’entrer en contact avec ses ex, genre copains d’avant mais côté sexe. Et il va chatter avec beaucoup de ses ex, et à toutes donner un rendez-vous (décalé) le lendemain. Toutes y compris Alice Vermeulen. Cette partie est un peu agaçante : des conversations MSN qui s’entremêlent, c’est pas forcément une joie à lire ! Surtout quand c’est plus ou moins graveleux. On finit par s’emmêler les pinceaux sur qui baise comment, (oui vous ne lisez pas du Balzac là), mais à vrai dire, on s’en moque un peu (du comment et du qui). Cette expérience web ne dure qu’un jour. Demain est un autre jour, comme on dit. Arrive Samedi et la troisième partie, écrite à quatre mains par les deux auteurs. Très courte puisqu’elle ne fait que 5 pages et n’arrive qu’à la page 200. Et enfin, Dimanche, 4ème partie qui aura de quoi vous surprendre un peu sur sa seule et unique page.

Ce roman m’a parfois découragée. Objet Littéraire Non Identifié mêlant l’agaçant et la curiosité, construction inhabituelle, je suis allée au bout, sans toujours bien me souvenir de qui était qui. Sans toujours approuver l’expérience de la deuxième partie, les conversations MSN, c’est usant à lire. Le sulfureux ne fait pas toujours de la littérature. Mais il y a quelque chose quand même, qui se passe plus entre les lignes que dans ce qui est donné à lire, et c’est cela qui au final fait la qualité de l’ouvrage.

 

Pas sûre non plus que la couverture soit de bon goût, mais elle illustre assez bien le propos du livre !

 

Et plus si affinités… petit recueil des perles des sites de rencontres, par les mêmes auteurs


 

Au diable Vauvert, mai 2009, 224 pages, prix : 17 €

Ma note :

Crédit photo : éd. au diable vauvert

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Petites faiblesses inavouables - Véronique Fiszman

7 Mai 2009, 10:02am

Publié par Laure

Dix-huit courtes nouvelles qui partent de situations banales de la vie, mais qu’un mot ou un événement vont faire basculer, nous ramenant à ce qu’il y a de plus vrai en nous, de plus noir ou de plus spontané, de plus inavouable. Racisme, incivisme, lâcheté, (et autres faiblesses) percent ces récits tantôt cruels ou surprenants, parfois juste un peu moins marquants.
Lecture plaisante, rapide, particulièrement agréable dans la répétition mise en scène des « bords de Seine », quatre nouvelles qui ont le même décor et point de départ : une femme observe ce(ux) qui l’entoure(nt) sur l’île Saint-Louis.

Une petite faiblesse inavouable quand même ? J’ai un peu vite oublié ces textes, même si j’ai eu plaisir à les lire.

 

Lu aussi par du soleil sur la page

 

Léo Scheer, février 2009, 152 pages, prix : 15 €

Ma note :

Crédit photo couverture : éditions Léo Scheer.

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La grand-mère de Jade - Frédérique Deghelt

22 Avril 2009, 16:44pm

Publié par Laure

Ce que je garderai d’abord de cette lecture, c’est une infinie douceur, qui court sur près de 400 pages. Puis cette humanité qui réchauffe le cœur et cet amour souvent redit pour la lecture.

Jade prend sous son aile sa grand-mère Jeanne, qui a fait un malaise seule chez elle, et que ses filles très occupées veulent placer en maison de retraite. Jade vient de rompre avec Julien, elle est journaliste indépendante, elle ne sait pas encore comment elle s’organisera, mais elle embarque en douce sa grand-mère dans son appartement parisien.

Au fil de l’histoire on découvre une grand-mère qui a cultivé un vice caché : la lecture. Vaste gourmandise pour la littérature, la découverte, les auteurs… En secret parce que pour une femme de sa condition, à la campagne, la lecture est considérée comme une perte de temps. Et voilà que Jade écrit un roman qui se voit refusé par les éditeurs. Mais Mamoune, sa grand-mère octogénaire, a tellement lu qu’elle pourrait peut-être bien l’aider un peu à retravailler son texte…

Malgré toutes les qualités humaines du récit, il m’a parfois semblé un peu redondant, un peu lisse aussi, parfait et gentil (même si ça fait du bien de croire qu’une telle histoire pourrait être vraie), bref, pas aussi bon que ce que j’avais pu lire de Frédérique Deghelt jusqu’à présent. (cf mes billets sur la vie d’une autre et sur Je porte un enfant et dans mes yeux…)

Et puis il y a l’épilogue. Celui qui met fin à l’histoire et vous renverse totalement. Elle a sacrément du talent, Frédérique Deghelt, c’est certain !

 

J’ai aimé :

p. 49 : « Quand je lui raconte mon histoire, je la sens très loin de moi. Et comment pourrait-elle comprendre que lire, à mon époque, c’était avant tout dépenser de la lumière, perdre son temps à ne rien faire ?

Je suis entrée dans les livres par effraction, sans l’instruction qui donne le goût et l’aptitude à la lecture. En ouvrant des livres, j’ai choisi la pire chose qu’une femme de mon milieu puisse faire. J’ai contemplé un monde qui m’était interdit. J’avais parfaitement conscience que ce n’était pas le mien. Je l’ai contemplé longtemps. Puis j’ai refermé la porte, mais il m’était désormais impossible d’oublier ce que j’avais entrevu : un espace immense dont je ne pourrais plus me passer. »

 

p. 163 : « Je suis une lectrice. Je ne serai jamais capable d’écrire le moindre texte, mais quand je lis le roman d’un écrivain, je suis toujours frappée de ce regard singulier : cette façon de saisir la banalité et d’en rendre compte sous un angle insolite, cet art de tisser un lien entre des choses qui n’ont pas l’air d’en avoir. Plus il m’emporte dans une histoire qui semble vraie, plus il est insaisissable. »

 

p. 348 : « Ainsi les écrits pour ne point dire les écrivains formeraient une farandole qui fait danser nos vies, aide à comprendre, à cheminer et parfois à mourir. […] J’ai lu adossée à la vie réelle, j’ai lu contre quelque chose dont je ne voulais pas. Ce que je sais de meilleur, je croyais que c’était les livres qui me l’avaient appris, mais je n’en suis plus si sûre aujourd’hui. »

 

p. 372 : « Albert m’a aujourd’hui expliqué que la plupart des lecteurs de romans sont des lectrices et je crois moi que si les femmes lisent tant c’est parce qu’elles peuvent entendre ce qui n’est pas dit et qu’elles n’ont jamais peur que les sentiments laissent sur elles ces traces qui existent déjà dans leur cœur. »

 

Et comme Cuné, à tort ou à raison, je ne sais pas ce qui a conduit l’auteur à ce personnage, j’ai voulu voir dans le personnage de l’éditeur un bel hommage à Hubert Nyssen. Parce que tout y concourt et correspond à l’image que je me fais de cet homme.

 

 

Les lectures de Cuné , Clarabel, Anne, Michel, Marie, ...

 

Actes Sud, coll. Un endroit où aller, janvier 2009, 391 pages, prix : 21 €

Ma note :

Crédit photo couverture : © Jonathan Viner et éd. Actes Sud

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La consultation - Laurent Seksik

15 Avril 2009, 15:47pm

Publié par Laure

Julien, 25 ans, est le vilain petit canard de la famille Lerner : alors que son frère Alexandre est un brillant chirurgien, lui ne dégotte que des stages minables pistonnés dans un cabinet d’avocats. Ses parents le rabaissent sans arrêt, et sa timidité l’empêche d’aborder une jeune femme qui lui plaît. Hypocondriaque, il panique complètement quand il est atteint de violents maux de tête. Tumeur au cerveau ou anévrisme, grâce au ballet relationnel de sa famille, il passe de spécialiste en spécialiste, tout en étant toujours autant moqué et rabaissé par tous.

De l’humour ? Mouais… je ne sais pas à quel degré il faut prendre ce roman… Certainement pas au premier, mais le dérisoire et l’absurde sont plus fatigants que drôles, et déclencheraient chez moi plutôt une réaction épidermique qu’un éclat de rire. Tous les personnages sont antipathiques, stupides et vaniteux, et leur caricature à outrance sert sans doute à dénoncer certains parvenus du milieu médical qui placent le golf et le séminaire aux Bahamas bien au-dessus de leurs consultations. Enfin j’en sais rien, je me demande même pourquoi je suis allée jusqu’au bout (sans doute pour savoir de quelle maladie souffrait Julien et s’il allait mourir ou pas)

Un personnage de raté pour un roman… euh… lisez l’avis de Marion Haudebourg sur Evene qui le dit mieux que moi…

 

L’avis (plus positif) de Laurent


A paraître en poche prochainement. 

 

JC Lattès, août 2006, 176 pages, prix : 13,50 €

Ma note :

Crédit photo couverture : © Benjamin Chelly pour la photo de l’auteur

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La libraire a aimé - Sophie Poirier

8 Avril 2009, 07:55am

Publié par Laure

Tous les soirs à la même heure, ils sont là, à la terrasse d’un café. Ils boivent un whisky et parlent de livres. Ils sont libraires mais ne se connaissent pas plus que cela. Rien sur leur vie personnelle. Mais un beau jour Paul ne vient plus. Corinne s’inquiète. Plus encore lorsqu’elle pense voir son visage dans une expo photos, car il s’agit de visages de morts. Corinne réalise qu’elle ne savait rien de Paul, et part à sa recherche. Chez un oncle étrange, puis à New-York où elle rencontre Paul Auster et sa femme, etc. jusqu’au dénouement que je vous laisse découvrir.

 

Je croyais que ce livre parlait de livres. En fait pas tellement. Il est surtout la quête de plus en plus fantaisiste de Corinne vers cet homme qu’elle aime. Le début m’a beaucoup plu, et l’intrigue vous attire … mais la quête est trop imaginaire pour moi, trop fantaisiste. Plus on approche de la fin et plus non, on n’y croit pas. Pourtant il y a quelque chose de plaisant : c’est bien écrit, c’est hors du commun, c’est original, mais pour moi la fin n’a pas fonctionné, et trop de questions restent sans réponses… Un avis mitigé donc.

 

Merci à Liliba qui en a fait un livre voyageur…

  

Le blog de l’auteur, qui me plaît beaucoup !

 

 

Ana éditions, avril 2008, 71 pages, prix : 9,50 euros

Ma note :

Crédit photo couverture : © encore lui ?

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J'aime pas les autres - Jacques A. Bertrand

5 Avril 2009, 15:23pm

Publié par Laure

 

Anatole Berthaux mène une enfance ordinaire et timide sous la coupe d'un père instituteur au caractère rigide. C'est son parcours initiatique que nous narre avec humour, finesse et ironie l'auteur. Autobiographie romancée ? Jacques A. Bertrand en offre d'ailleurs une intéressante perspective :

p. 39-40 : « Tout discours critique sur l'autobiographie, l'autofiction, le narcissisme et le nombrilisme, opposés au prétendu vrai roman, relève de la plus haute fantaisie. L'imagination des plus grands créateurs, si ce n'est celle du Créateur lui-même, est très limitée. Elle consiste essentiellement à réunir deux ou trois éléments qui n'ont pas l'habitude de se côtoyer pour créer une idée, une image, une molécule, une sensation nouvelle. On peut tirer quelque chose de distrayant et d'instructif en juxtaposant deux mots qui, séparément, sont à peine crédibles dans les dictionnaires. Mais l'essentiel est ceci : tout roman est nécessairement biographique, fondé sur des éléments d'expérience ou d'observation transposés. Inversement, l'écriture n'étant jamais qu'une forme de transposition, toute biographie est un roman. Et l'autobiographie est vraisemblablement la forme de littérature la plus romanesque ».


On suit donc Anatole jusque dans ses études supérieures et ses premières amours, sa (double) vie de couple inattendue et son détour par le défunt service militaire. C'est tout simple, mais c'est un vrai plaisir. Un très agréable moment de lecture.


p. 70 « Je me suis toujours tenu à l'écart des clans. Je détestais déjà ce que Romain Gary appellerait quelques années plus tard « l'appartenance ». Qu'on me dise : « Vous les jeunes » (ma mère), « Vous les garçons » (les filles) ou « Vous les écrivains » (les critiques) me met en rage. Je ne crois qu'aux individus. »


éd. 10/18, mars 2009, 122 pages, prix : 6,50 €

Ma note :

Crédit photo couverture : éd. 10/18.

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Boomerang - Tatiana de Rosnay

3 Avril 2009, 16:43pm

Publié par Laure

Antoine, architecte, divorcé et père de trois enfants, un peu dépassé par ses ados, offre un week-end à Noirmoutier à sa sœur cadette Mélanie, qui fête ses 40 ans, elle aussi divorcée mais seule. Noirmoutier, l’île où ils passaient leurs vacances d’été lorsqu’ils étaient enfants. Ils n’y sont pas retournés depuis 1973, leur mère étant décédée juste après. Au retour, alors que Mélanie s’apprête à lui révéler un souvenir qui la hante depuis leur séjour sur l’île, c’est l’accident. C’est à l’hôpital qu’Antoine va s’interroger sur ce secret familial que voulait lui révéler sa sœur, s’inquiétant de son rétablissement, et en faisant la connaissance d’Angèle, une embaumeuse sexy qui ne manque pas d’initiative. Cette belle plante audacieuse réussira-t-elle à lui faire enfin tourner la page de son divorce malheureux ?

Mais inutile d’en dire plus, il faut accompagner Antoine dans son voyage intérieur, la très belle couverture du livre vous y invite, et les 400 pages qui suivent sauront vous faire oublier la réalité qui vous entoure, car vous aussi lecteurs, vous êtes pressés de le découvrir, le secret de Clarisse Rey !

Boomerang est une histoire d’amour, et d’amours au pluriel, entre des couples, entre des parents et leurs enfants, entre frère et sœur, l’histoire d’un secret familial aussi, qui se dénoue au fil des pages dans une tension accrue quand approche la fin. Mais c’est aussi l’histoire du quotidien, un quotidien aisé certes, bourgeois, mais remarquablement traduit par l’auteur dans sa vraisemblance et sa modernité : famille divorcée, attitude des enfants adolescents (on a tous les mêmes à la maison !), vitesse filante du monde dans lequel on vit.

Il m’a semblé parfois que ce roman était banal, presque sans surprises, que tout s’y déroulait naturellement, dans un enchaînement fondu d’avance. Mais sans aucune gêne car cela en fait sa force aussi : il est tout à la fois riche de quantité de choses, rebondissements et personnages qui ont une vraie profondeur, on les côtoierait presque dans la vie. Le suspense est plus retenu que dans d’autres romans de l’auteur, le dosage entre amour et enquête psychologique y est subtil, on se laisse juste emporter par l’histoire de cette tribu qui comme beaucoup, a ses secrets enfouis. Ceux qu’il faut dénicher afin de pouvoir s’en libérer, et avancer dans la vie. Et c’est un beau voyage, qui s’achève à regrets, car on voudrait qu’il dure encore. Même s’il est un chemin vers le bonheur, sans doute.


La lecture de Cuné
Celle de Clarabel

Pour lire un extrait  (cliquer sur l'onglet "extrait" pour ouvrir un fichier pdf, sur le site de l'éditeur.)
 

Ed. Héloïse d’Ormesson, avril 2009, 376 pages, prix : 22 €

Ma note :



Crédit photo couverture : © Stéphanie Têtu / Rapho / Eyedea et éd. EHO.

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L'hypothèse des forêts - Laurence Albert

25 Mars 2009, 15:16pm

Publié par Laure

Une chose surprend quand on aperçoit ce livre : sa couverture, qui irrésistiblement donne envie de pousser cette porte pour découvrir ce qu’il y a derrière ce verre opaque où se reflète une forêt dans la lumière du soleil. C’est très réussi. Le second point, plus déstabilisant, c’est le titre : l’hypothèse des forêts. C’est vendeur un titre pareil ? Comme ça, au départ, c’est un mystère. Pas très engageant à vrai dire. Ça sonne « mathématiques », ou houellebecquien, après la possibilité d’une île, il ne manquerait plus que la probabilité des ormes ? J’ironise, mais ce titre est pour moi un obstacle, un verrou qu’il faut faire sauter.

 

Cette curieuse hypothèse est l’histoire de trois sœurs, Léonie, Hortense et Rose Taillandier,  trois femmes adultes au moment du récit, qui vont revenir sur leur enfance, douloureux passé dont elles cherchent à guérir. Rose, la petite dernière, est la narratrice principale de leur histoire. On devine un drame ancien, lié à leur mère, internée en psychiatrie, sans que l’on sache bien pourquoi. En parallèle, on fait connaissance avec Thomas, aide-soignant dans cet hôpital, qui a quitté son Québec natal pour tenter de retrouver Léonie, rencontrée lorsqu’il vivait à Montréal, et dont il est tombé éperdument amoureux. Léonie Taillandier, l’aînée des trois sœurs, qui un beau matin a disparu. Pourquoi ? En se rapprochant de sa mère Marianne, et de Rose qui lui rend visite régulièrement, il espère la retrouver, comprendre sa fuite.

Le ressort du livre est construit sur l’alternance des chapitres écrits à la première personne, tantôt celle de Rose, tantôt celle de Thomas, on pense inévitablement à Karine Fougeray et à Ker Violette, même principe, roman polyphonique pour reconstituer le secret et le drame. Ça marche peut-être un tout petit peu moins bien ici, il m’a fallu souvent me raccrocher à l’accord des participes passés ou revenir au début de chapitre pour savoir qui « racontait l’histoire». Surtout que je ne voyais pas bien encore combien de personnages s’exprimaient. Du moins au début, car sur la fin l’évidence du fonctionnement a pris le dessus.

Puis on découvre la maladie de la mère (que je tais volontairement ici) et on imagine le drame vécu par les filles, à peine esquissé, mais qui détruit à jamais. La tentative de reconstruction de ces trois femmes, confiées encore toutes jeunes à leur tante lors de l’internement de leur mère, témoins aussi de la lâcheté de leur père qui a préféré prendre la fuite, se dénoue au fil des pages. On pourrait dire résilience pour utiliser ce mot à la mode. Mais la résilience fonctionne-t-elle pour chacune ? Où est Léonie ?

Hortense a la danse pour refuge, Rose a la forêt, ses forêts, la nature qui lui permet encore de respirer.

Après un petit passage à vide vers le milieu (faiblesse de ma part ou du roman qui me semblait patiner un peu ?) les quatre-vingt dernières pages m’ont vraiment emportée, et avec elles mon adhésion tout entière à ce roman fort et douloureux. Car malgré l’histoire terrible de cette famille, il est toujours empreint d’une lueur d’espoir, farouchement entretenue par Rose, qui porte au plus profond d’elle-même son acharnement au bonheur. Une lutte permanente pour le bonheur alors qu’elle lutte tout autant contre elle-même avant d’oser s’y abandonner.

 

Il faudra vraiment avoir atteint ces deux cents pages denses, mystérieuses, pour percevoir toute la force de cette histoire, qui laissera longtemps en vous l’empreinte de ses tensions.

 

En plus des libraires habituels et du site de l'éditrice, vous pouvez également commander ce livre sur coop-breizh : ici


Ed. Delphine Montalant, mars 2009, 201 pages, prix : 17 €

Ma note :



Crédit photo couverture : © Catherine Mantelet et éd. D. Montalant

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