Une confession - Véronique de Bure
Véronique de Bure est éditrice chez Stock, où elle a publié notamment le dernier livre de Jean-Louis Fournier, où on va, papa ?, prix Femina 2008. Elle a longtemps été très proche du philosophe, écrivain et peintre Jean Guitton, mort à l’âge de 97 ans en 1999. Elle a publié chez Payot l’un de ses derniers livres, Lettres ouvertes (1993).
Une confession est le premier roman de Véronique de Bure, qui mêle
souvenirs et anecdotes du temps de ses rencontres avec Jean Guitton au jardin secret d’une femme emportée dans le tourbillon d’une passion adultère.
Quoi de plus banal qu’un énième roman sur l’adultère d’une bourgeoise qui s’ennuie, me direz-vous ? Et si on ne s’intéresse pas spécialement à Jean Guitton ? Et que vient-il faire là-dedans ? (La confession est postérieure à sa mort et lui est destinée). Chut… ouvrez, et laissez-vous simplement bercer par la douceur du récit.
J’ai aimé particulièrement cette douceur mélancolique qui imprègne tout le livre, on sent le réel attachement de la jeune femme pour l’intellectuel académicien, son admiration et sa grande tendresse pour l’homme. D’une relation de travail qui a duré six ans est née une intimité protectrice et confiante : Guitton était un véritable ami. En parallèle aux souvenirs de ces quelques années d’entrevues régulières, elle narre une passion adultère, de ses débuts tremblants à sa fin destructrice, laissant entrevoir sa nature angoissée et perpétuellement inapaisée.
Si les souvenirs avec Jean Guitton sont uniques et réels, l’histoire confessée n’est que fiction, dit-elle, mais au fond, quelle importance… ce sont bien deux histoires d’amour qui sont données à lire, même si point n’est besoin qu’elles soient toutes charnelles.
p. 176 : « Quand ça ne va pas, il m’arrive de repenser à vous. Lorsque j’étais triste, vous souffriez avec moi, vous vous donniez un mal fou pour que cesse ma peine et vous trouviez toujours les mots qui me faisaient du bien. Quand j’étais heureuse, vous vous réjouissiez. Le véritable amour n’est pas toujours fait de chair et de sang. »
Et le livre achevé, je retrouve ici et là en bordure de pages une dizaine de petits post-it colorés qui marquent les passages que je voulais noter, il y en a plus que je ne l’aurais cru. Cette confession que j’abordais sceptique s’est révélée une histoire douce et précieuse, intime et pudique à la fois.
p. 73 : « Je vous aimais. Certains étaient assez sots pour s’en amuser et rire grassement de notre relation, avec des plaisanteries d’un goût douteux. Mais je vous aimais. D’une manière rare, unique. Vous n’étiez pour moi ni un père, ni un grand-père, ni un vieil époux, ni un amant. Je vous aimais d’un amour étrange, désincarné, et qui, curieusement, me comblait. […] Je vous aimais paisiblement. »
éd. Stock, mai 2009, 199 pages, prix : 16 €
Ma note :
Crédit photo couverture : © Hubert Michel et éd. Stock.
/image%2F0683481%2F20161028%2Fob_56b2ff_chaussette.jpg)

Aujourd’hui sort un nouveau roman écrit à quatre mains avec Philippe Leroyer, un opus un peu déroutant, qui mêle
conversations MSN et prose plus habituelle.


Julien, 25 ans, est le vilain petit canard de la famille Lerner : alors que son frère Alexandre est un brillant chirurgien, lui ne dégotte que des stages minables pistonnés dans
un cabinet d’avocats. Ses parents le rabaissent sans arrêt, et sa timidité l’empêche d’aborder une jeune femme qui lui plaît. Hypocondriaque, il panique complètement quand il est atteint de
violents maux de tête. Tumeur au cerveau ou anévrisme, grâce au ballet relationnel de sa famille, il passe de spécialiste en spécialiste, tout en étant toujours autant moqué et rabaissé par
tous.
Anatole Berthaux mène une enfance ordinaire et timide sous la coupe d'un père instituteur au caractère rigide. C'est son parcours initiatique que nous narre avec
humour, finesse et ironie l'auteur. Autobiographie romancée ? Jacques A. Bertrand en offre d'ailleurs une intéressante perspective :
Antoine, architecte, divorcé et père de trois enfants, un peu dépassé par ses ados, offre un week-end à Noirmoutier à sa sœur cadette
Mélanie, qui fête ses 40 ans, elle aussi divorcée mais seule. Noirmoutier, l’île où ils passaient leurs vacances d’été lorsqu’ils étaient enfants. Ils n’y sont pas retournés depuis 1973, leur
mère étant décédée juste après. Au retour, alors que Mélanie s’apprête à lui révéler un souvenir qui la hante depuis leur séjour sur l’île, c’est l’accident. C’est à l’hôpital qu’Antoine va
s’interroger sur ce secret familial que voulait lui révéler sa sœur, s’inquiétant de son rétablissement, et en faisant la connaissance d’Angèle, une embaumeuse sexy qui ne manque pas
d’initiative. Cette belle plante audacieuse réussira-t-elle à lui faire enfin tourner la page de son divorce malheureux ?
Une chose surprend quand on aperçoit ce livre : sa couverture, qui irrésistiblement donne envie de pousser cette porte pour découvrir
ce qu’il y a derrière ce verre opaque où se reflète une forêt dans la lumière du soleil. C’est très réussi. Le second point, plus déstabilisant, c’est le titre :