Les jardins d'Hélène

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L'enfant éternel - Philippe Forest

14 Octobre 2009, 09:01am

Publié par Laure

S’il est un livre incontournable de Philippe Forest, c’est bien celui-ci.
Si vous n’en avez jamais entendu parler, sachez juste que dans ce roman (oui, roman), Philippe Forest raconte la maladie et le décès de sa fille de 4 ans, Pauline, atteinte d’un cancer des os. C’est dur, violent, émouvant, juste, mais ce n’est pas que cela. Au-delà d’une histoire personnelle, Philippe Forest est un écrivain, universitaire enseignant de littérature, et cela donne une dimension supplémentaire au livre. On se replonge avec intérêt dans la poésie d’Hugo et Mallarmé, pères confrontés à la perte de leur enfant, on suit la boucle intime et universelle que prend l’histoire de Peter Pan de James Barrie dans la vie de Forest. Livre sur la vie, la douleur, la mort, Forest mêle le quotidien réaliste des traitements à une réflexion plus philosophique de ce qu’il est en train de vivre, au cœur de sa cellule familiale, mais au sein de la société également.

L’enfant éternel est un livre précieux, rare, intelligent, de ceux que l’on conserve précieusement pour en relire, ici ou là, quelques passages.

Une lecture à compléter par celle de son essai : Tous les enfants sauf un.

 

 

Gallimard, janvier 1997, 369 pages, prix : 19,82 €

Existe en Folio (poche)

Etoiles :

Crédit photo couverture : ed. Gallimard

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Le voyage d'hiver - Amélie Nothomb

7 Octobre 2009, 07:14am

Publié par Laure

Zoïle aurait dû s’appeler Zoé, mais voilà, il est né de sexe masculin, et ses parents ont bien dû aviser, en lui donnant le nom d’un philosophe grec phonétiquement proche. Zoïle travaille pour EDF-GDF, en proposant des solutions énergétiques à des gens qui viennent d’emménager et qui n’ont rien demandé. C’est ainsi qu’il va faire la connaissance d’Astrolabe et d’Aliénor, qui vont bouleverser sa vie. Zoïle va tomber amoureux d’Astrolabe, laquelle restera fidèle à Aliénor Malèze, écrivain autiste dont elle s’occupe au quotidien. Dans l’espoir de passer à l’acte avec Astrolabe, Zoïle va tout tenter, notamment un mémorable dîner de champignons hallucinogènes. Et pour qu’Astrolobe prenne conscience de la portée de son amour, Zoïle va l’impressionner en faisant exploser en vol un Boeing 747 avec un tesson de bouteille de champagne grand cru acheté en duty free après avoir passé les portiques de sécurité de l’aéroport…


Ne croyez pas que j’aie tout dit, il en reste encore à découvrir ! Vous vous posez des questions sur cet univers de fous aux prénoms décalés ? Pas d’erreur, vous êtes bien dans un roman d’Amélie Nothomb, roman qui répond aux critères habituels : lu en 1h30 environ, 2 heures grand maximum peut-être si vous êtes fatigué, les thèmes fétiches sont toujours là : la laideur et la beauté, l’écriture, l’anorexie, sa « culture » littéraire, musicale et artistique en fond, sa fantaisie proche du délire… Amélie Nothomb écrit bien du Nothomb, et ça ne surprend plus. Ça ennuierait presque. Oui c’est un peu n’importe quoi et ça tient malgré tout à peu près la route, mais après ? J’aimerais un roman qui me surprenne ou qui m’enchante, un truc qui me captive ou me rende admirative, au lieu de cela, j’ai juste un devoir annuel conforme au cahier des charges qui me laisse de marbre. J’aimerais tellement voir ce qu’Amélie a dans les tripes sur un pavé de 500 pages, ce jour-là peut-être, je redeviendrai fan…

 

Pas de doute, c’est du Nothomb : p. 103 : « […], on a besoin de grandeur parce que c’est absolu, c’est une question de taille et non de structure, si le baobab rapetisse prodigieusement, il devient un brocoli, le brocoli peut être mangé, le baobab est le brocoli cosmique dont parlait Salvador Dali, […] » moi je dis juste qu’il faut arrêter les champignons, Amélie…

 

Albin Michel, août 2009, 130 pages, prix : 15 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © studio Harcourt, Paris

 

p. 39 : « J’appréciais par ailleurs qu’il n’y ait pas de photo de l’auteur sur la jaquette, en cette époque où l’on échappe de moins en moins à la bobine de l’écrivain en gros plan sur la couverture. »   Elle a de l’humour, Amélie…

 

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Irène sur le plancher des vaches - Frédéric Michaud

21 Septembre 2009, 06:18am

Publié par Laure

En dix courts chapitres qui sont autant de nouvelles, Frédéric Michaud évoque la vie du petit village d’Abbéfontaine, dans le Jura, et la disparition de ses paysans, par autant de petits sauts de cinq ans de chapitre en chapitre, des années 60 à 2005.

1960, Irène Gauthier est une enfant qui avec ses sœurs passe ses week-ends à aider son père à l’épierrage des champs. Que ces cailloux à enlever avant le passage du tracteur pèsent lourds ! Et comme elle préfèrerait vivre sa vie d’enfant à jouer et à rêver plutôt qu’à aider aux champs ! D’emblée, Irène m’a touchée, car des adultes aujourd’hui encore marqués par cette activité lorsqu’ils rentraient du pensionnat en fin de semaine, qui en voulaient à leurs parents sans oser le dire, j’en ai connus, qui en parlent encore, et j’ai retrouvé dans ce récit de Frédéric Michaud toute la réalité d’une époque et d’un milieu de vie. J’ai quitté Irène à regret, espérant la retrouver quelques chapitres plus loin, ou au moins à la fin (ce qui est le cas, je vous rassure). Et l’auteur nous offre ainsi des tranches de vie de ce petit village jurassien perdant au fil des lustres ses paysans, l’agriculture se mécanisant, se modernisant, s’intensifiant, vouant à la disparition les petites fermes familiales et la campagne à un dortoir pour citadins en mal de verdure.

Ah qu’ils sont attachants ces personnages et comme on aimerait les suivre plus longtemps ! La vieille fille Perticoz en 1965, la Madeleine Tush et l’opération bol de riz pour l’Ethiopie en 1985, tous les habitants du village qui répondent à l’invitation du prêtre à venir partager un bol de riz et offrir en aumône la différence financière d’un repas normal, pauvre prêtre qui les voit tous débarquer avec leurs cocottes de riz au lard, leur lapin à la moutarde, c’est qu’à la campagne, on a besoin de plats qui tiennent au corps ! Et l’Ethiopie, va savoir où c’est ! Et la difficulté de cette fille qui tente de dire à sa mère qu’elle s’est séparée de son conjoint et cette mère qui ne veut rien entendre, focalisée sur la « nouvelle » cuisine de sa fille (1990).

J’ai une tendresse particulière pour ce livre de Michaud, pour sa construction originale, pour sa façon si perspicace de décrire la vie, les faiblesses et les défauts de ses personnages. Comme j’aurais aimé que ce livre soit plus long !

 

p. 68 : « Madame Bluem était née à Abbéfontaine et y avait toujours vécu, mais elle l’avait toujours vu « d’en bas ». D’ici, la vue n’était pas seulement dominante, on découvrait l’arrière des maisons, une vie cachée faite d’épaves de voitures, de clapiers, de balançoires, de fil à linge et de petites constructions annexes ayant échappé à tout permis de construire. C’était un terreau d’informations sur la vie des gens. » Et ce terreau, Michaud le cultive à merveille. Irène sur le plancher des vaches est son premier roman ; on ne peut que souhaiter qu'il y en ait d'autres.

 

Ed. Delphine Montalant, septembre 2009, 106 pages, prix : 15 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Catherine Mantelet et éd. D.Montalant

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L'arbre du voyageur - Jean-Paul Tapie

16 Septembre 2009, 08:38am

Publié par Laure

Denis Hoareau vit en Vendée, divorcé, avec pour seule passion la course à pied. Lorsque sa mère meurt à Bordeaux, ses quatre frères et sœurs renouent avec lui pour lui confier une mission : la dernière volonté de leur mère : que ses cendres soient répandues au pied d’un arbre du voyageur, à un endroit bien précis dans le cirque de Mafate, à la Réunion. Pourquoi lui ? Lui qui justement souffre toujours de n’avoir pas été aimé par sa mère (du moins le croit-il), contrairement à ses frères et sœurs, qu’a-t-il donc de différent ? Que s’est-il passé ? Pourquoi leur père est-il resté à la Réunion et pourquoi ne le voient-ils plus ?

En accomplissant sa mission, en même temps qu’un retour aux sources, Denis va découvrir les secrets de sa mère, la grande passion qui l’a dévorée sur l’île Bourbon, et l’histoire (plus étonnante) de sa filiation. Certes on pressent assez vite ce qui va se passer, passion romanesque et tout et tout, mais c’est agréable à lire, d’autant plus quand on peut visualiser tous les lieux réunionnais cités. Un beau retour au voyage. L’auteur nous offre même le récit du passage d’un cyclone, toujours surprenant même si les Réunionnais y sont habitués.

 

L’auteur, né à Bordeaux et ayant longtemps vécu en métropole, s’est installé à la Réunion en 2000.


[Non je n’ai pas décidé de ne lire dorénavant que des livres sur la Réunion, les hasards des cadeaux vont parfois bien ensemble, c’est tout !]

  

Voir des photos de l’arbre du voyageur  

 

Ed. Orphie, 2003, 186 pages, prix : 12,95 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : éd. Orphie

Crédit tout court : merci Véro !

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Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel

10 Septembre 2009, 10:18am

Publié par Laure

Il y aurait tant à dire sur ce très riche roman de Philippe Claudel que je ne sais par où commencer. Et tout ce qu’on pourrait en dire ne remplacerait pas sa lecture !

Je n’avais jamais lu Claudel jusqu’à présent, malgré les critiques élogieuses sur la plupart de ses titres. [Il y a tant à lire et on ne peut pas tout lire !] Mais voilà que je vais bientôt suivre un stage de deux jours sur la mise en place d’un café littéraire, et que la formatrice nous demandait par avance de lire quelques livres dont celui-ci. Je suis très curieuse de ce que l’on va en faire ! On peut en faire tant de choses tant il y a matière dans ce roman !

 

Brodeck est donc chargé par les habitants de son village de rédiger un rapport sur le meurtre collectif de l’Anderer, un habitant étranger et solitaire qui s’était installé dans leur village et qu’ils ont fini par tuer. Brodeck lui, n’a rien fait, mais il sait écrire, alors c’est à lui qu’on confie cette mission. On découvrira peu à peu pourquoi les hommes se sont acharnés sur l’Anderer, tout comme l’on découvrira l’histoire de Brodeck.

Claudel a une façon si particulière de dire l’indicible : dans un détachement total, Brodeck raconte l’horreur des camps de déportés dont il est revenu, la délation au village, le drame enduré par sa femme pourtant restée au bourg, la peur, la culpabilité, la médiocrité et la petitesse des âmes. C’est un livre sombre qui dit beaucoup de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus bas, mais aussi de plus beau, dans l’amour et la confiance, l’intelligence et la bêtise, le tout porté par une écriture somptueuse, simple mais parfaitement adéquate.

 

p. 319 : « Je ne sais pas si l’on peut guérir de certaines choses. Au fond, raconter n’est peut-être pas un remède si sûr que cela. Peut-être qu’au contraire raconter ne sert qu’à entretenir les plaies, comme on entretient les braises d’un feu afin qu’à notre guise, quand nous le souhaiterons, il puisse repartir de plus belle. »

 

Ce roman a eu le Prix Goncourt des Lycéens en 2007.

Il est sorti en poche en 2009.
 

Ed. Stock, août 2007, 400 pages, prix : 21,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Hubert Michel et éd. Stock.

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Le nouvel amour - Philippe Forest

5 Septembre 2009, 06:29am

Publié par Laure

Dans mon esprit, Philippe Forest est l’écrivain de l’enfant perdu (cf ce titre, entre autres). Celui qui d’un livre à l’autre parle du décès de sa petite fille, et de la façon dont lui-même et son épouse l’ont vécu. Ici, il se fait plus intime, plus impudique, en décryptant son nouvel amour, tant dans sa façon de l’approcher par la réflexion que dans ses problèmes d’érection. J’avoue avoir été nettement moins intéressée et partager souvent de l’avis de Bernard, internaute qui en parle ici.

Pourtant, je ne réussis pas à désapprouver complètement ce livre non plus. Sa relation triangulaire entre son épouse qu’il ne réussit pas à quitter (elle reste la mère de l’enfant qu’ils ont perdu, et ils sont les seuls à pouvoir partager cela) et Lou, la jeune femme qui devient sa maîtresse et avec qui il ne parvient pas à vivre totalement, est décortiquée dans sa moindre pensée, dans son moindre échec ou bonheur, un tel jusqu’auboutisme dans l’écriture est surprenant. Il reste néanmoins de très belles pages sur l’amour dans lesquelles on peut davantage se retrouver, parce que pour le reste, même si la démarche est très littéraire, la vie sexuelle de Monsieur Forest ne m’intéresse guère.

Mais parce que c’est plus que cela, ce nouvel amour mérite qu’on s’y arrête, et je ne me dépars pas de l’idée de lire tout Philippe Forest, pour le deuil, et pour sa façon d’entrer en littérature.

 

P. 90 : « Aux toilettes quand elle voulait que je la rejoigne, elle laissait la porte ouverte. J’entrais. Je m’agenouillais sur le carrelage devant elle et l’embrassait profondément, faisant tourner ma langue dans sa bouche tandis que j’écoutais le bruit qu’elle faisait en se vidant dans la cuvette, la robe relevée, les cuisses découvertes sur lesquelles je posais mes deux mains que je remontais jusqu’à ses hanches. J’écris ces choses non pas parce que je les pense uniques – avec toute femme amoureuse de moi, j’ai vécu les mêmes scènes – mais parce que je ne les ai jamais lues dans un livre. »

 

p. 94 : « J’aimais tout de Lou et pourtant je ne cessais jamais complètement de penser à Alice.

L’amour de l’une n’enlevait rien à l’amour de l’autre et le laissait intègre, intact. Chacun de ces amours faisait naître comme un monde à part et parallèle où il était le seul souverain. »

 

 

Folio Gallimard, janvier 2009, 213 pages, prix : 5,50 €

Etoiles :

(Merci à Clarabel !)

Crédit photo couverture : © Jason Hetherington / Getty Images (détail) et éd. Gallimard

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L'inattendue - Karine Reysset

17 Août 2009, 06:06am

Publié par Laure

L’inattendue est le premier livre publié de Karine Reysset, initialement aux éditions du Rouergue en 2003, tout juste ressorti en poche le mois dernier.

On connaît Karine Reysset pour ses romans ados à l’Ecole des Loisirs, et ses romans adultes désormais chez L’Olivier (voir par exemple Comme une mère), et je suis ravie de cette sortie en poche pour un titre dont je n’avais jamais entendu parler.

L’inattendue est le journal de bord d’une grossesse, de l’attente, de la longue attente qui précède cette heureuse nouvelle, une attente si longue que lorsque les deux barres bleues apparaissent dans le petit cadre, ça en devient inattendu ; puis la relation étroite qui se noue entre un bébé in utero et sa mère, jusqu’à la délivrance, la connaissance, la vie au dehors.
Commencé dans un train (parce que c’est toujours dans un train qu’on écrit - dit l’auteur), ce carnet peut surprendre au premier abord, par ses phrases inachevées, coupées dans le vif. On rétablit sans problème en pensée le mot manquant, mais le procédé galopant tout au long du livre peut décevoir un peu, ou au contraire donner un rythme à la pensée entrain de s’écrire. Ça surprend en tout cas, au moins au début.

C’est l’histoire banale d’une première grossesse et de son attente, de son aboutissement, et pourtant il y a les mots justes de l’auteur qui en font un récit attachant, entre peur et bonheur, avec les ombres planantes d’un petit frère décédé de mort subite du nourrisson il y a longtemps, si longtemps. Mais ici l’auteur n’est plus la sœur, elle est la mère, et tout doit changer, malgré la crainte en filigrane. Elle est mère mais elle est d’abord femme, une femme amoureuse, elle parle aussi de son homme dans son devenir de père, son Olivier bien connu en littérature aussi, avec justesse, avec ses défauts et ses qualités.

Enfin l’enfant paraît, le carnet peut se refermer, un autre s’ouvrir, c’est une autre histoire qui commence.

Une sensibilité certaine, une réflexion intérieure au plus juste, et une jolie plume font de ces petits carnets de l’attente un bien joli livre.

 

Quelques passages (mais il y en a tant qu’on a envie de relever !) :


p. 19, dans le train : « Le jeune homme en face de moi écrit aussi avec le stylo que je lui ai prêté. Il me le rend. C’était du travail. Moi c’est pas du travail, c’est pas une activité (souligné). C’est ma voix, celle qui ne parle pas, celle qui se tait. Celle qui se cache. Ma voix, ce n’est pas moi. C’est pour ça que je peux. Sinon ce serait trop. C’est ma voix de quand j’écris avec ma voix. »

 

p. 27, l’attente : « Dans quatre jours, peut-être deux, je saurais si. Et alors le carnet pourra vraiment commencer. En attendant, je fais du remplissage, du coloriage. Petite musique d’attente. Avant de passer aux choses sérieuses. NON. C’est du sérieux ma détresse, ma décrépitude, ma pauvreté. Mendiante qui tend son corps, donnez-moi un enfant, même un tout petit, une petite graine à laisser pousser, un valeureux chêne ou un olivier freluquet, une rose, une guimauve. Je veux bien vous débarrasser de tous vos enfants, qui prennent trop de place, qui vous embarrassent. Je n’en demande pas tant que ça. Un me suffirait. Pour commencer à monter ma petite affaire. En attendant, je me trimballe le ventre plein de vide. »

 

p. 35, le nid : « Dis maman comment on fait les ? Comme elle m’a expliqué, le petit nid préparé au cas où. Dommage. J’y avais mis des brindilles, de la paille, des pétales, du coton, de la barbe à papa, des fougères, de la laine de mouton. J’avais posé de la couleur, du rose vif à la manière d’un Baselitz, enfant à l’envers, tête en bas, prêt à naître. Mais tout ça est à refaire et mon corps fatigué s’épuise à reconstruire, inlassablement. La prochaine fois, je mettrai un peu de sel, j’en ai fait provision sur l’île, et puis de la crème de marron pour qu’il morde à l’hameçon. »

 

de la crème de marron pour qu’il morde à l’hameçon, voilà le petit mot en plus qui me fait tant aimer l’écriture de Karine Reysset.

 

Pocket, juillet 2009, 174 pages, prix :5,90€

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Nathalie Girard et éd. Pocket

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L'échappée belle - Anna Gavalda

28 Juillet 2009, 12:11pm

Publié par Laure

Edit du 31 octobre 2009 : le roman ressort dans quelques jours au Dilettante, et cette fois, on est dans une communication claire et honnête autour de cette réédition, et c'est tant mieux.
Le mot d'Anna Gavalda à ce sujet
Le billet de Cuné sur cette nouvelle mouture : !


Fin 2001 ou début 2002, la plupart des abonnés France Loisirs ont pu recevoir en cadeau cet inédit hors commerce d'Anna Gavalda : l'échappée belle. Court roman ou longue nouvelle (124 p.), elle était encore peu connue à l'époque (son recueil de nouvelles cartonnait quand même !) et elle nous offrait ce texte qui augurait du meilleur (pour ceux qui aiment Gavalda, s'entend).


" Garance, Simon, Lola et Vincent sont frères et soeurs unis par les souvenirs et par le coeur. Ils se retrouvent tous les quatre à l'occasion d'un mariage qui s'annonce particulièrement ennuyeux. Sur un coup de tête, ils décident de s'éclipser et de prendre le chemin des écoliers pour quelques heures. Le temps de voler de rares instants de bonheur à la vie.
Un livre drôle et pudique, au style léger, direct, d'une séduisante simplicité." (4ème de couv.)


Et voilà que le Dilettante, éditeur historique d'Anna Gavalda, nous annonce pour le 4 novembre 2009 un nouveau roman de la dame :

L’ÉCHAPPÉE BELLE
de ANNA GAVALDA
EAN : 9782842631840
10,00 E

Je dis ça, je dis rien. C'est vrai qu'il n'y a pas de raison que seuls les lecteurs de France Loisirs en aient profité. Mais je dédie ce billet à Cuné, elle sait pourquoi ;-)
Mais peut-être que le roman a été retravaillé, réécrit, rallongé, que sais-je... mais à 10 €, ça m'étonnerait.
Ceci dit c'est un très bon Gavalda, allez-y ! du Gavalda de 2001, d'occas' à pas cher sur tous les sites spécialisés :-)


Nota : lisez aussi les commentaires de ce billet, vous y trouverez davantage de précisions !

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Carton - Serge Joncour

25 Juillet 2009, 05:52am

Publié par Laure

Sous-titré : ou l’histoire d’un libraire qui se transforme en carton

 

Curieux petit livre que cette métamorphose d’un vendeur au rayon livres d’une grande surface en carton vivant monté sur pattes : la fameuse PLV, Publicité sur Lieu de Vente. Est-ce à force de manier du carton toute la journée qu’il en devient un lui-même ? Fable étrange qui si elle délivre un certain nombre de critiques du produit livre et de la fabrication de best-seller, peine un peu à prendre en tant qu’histoire. C’est plein d’humour absurde, de petites vérités critiques tournées en dérision, c’est amusant pour cela, mais le personnage en lui-même ne porte guère à l’attachement, même quand il regarde avec gourmandise sa voisine de rayon la bouchère. Quelques épisodes farfelus, pour un ensemble qui me laisse dubitative.

Je ne connaissais pas cet éditeur, Eden productions, mais s’il veut conserver de lecteurs, il faudrait qu’il envisage d’augmenter sa police de caractères, parce que taille 8, c’est juste pas possible sans y laisser ses yeux ! Et qu’il embauche un correcteur par la même occasion, parce qu’une coquille, passe encore, dix, non.

 

Un extrait parmi d’autres : p.17 « Libraire de livres, ça a l’air tout simple comme rayon, d’apparence bien moins sollicitant que le fruits-et-légumes ou que la boucherie, mais c’est sans compter que de nos jours le livre est un produit frais, et qu’on doit lui assurer des rotations assez proches de celle du beurre ou du jambon… En dépit de l’apparence, l’activité de coin-librairiste est complexe, car, en plus d’un certain goût de l’agencement, il faut avoir les nerfs du dos solides, et même des muscles pour manier ces aller et retour de cartons, sachant que le propos général est de faire en sorte qu’il y ait moins de cartons qui repartent qu’il y en a eu d’arrivés. »

 

Les lectures de la blogosphère : Benoît, Caro[line], chatperlipopette, emeraude, goelen, le bibliomane, ...

 

Eden production, coll. fictions, mai 2003, 93 pages, prix : 9 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : en l’absence de mention quelconque sur l’ouvrage, on dira : éditeur

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Festin de miettes - Marine Bramly

23 Juillet 2009, 06:10am

Publié par Laure

Voilà un roman qui ose camper des personnages extravagants ou hors norme : sur l’une tout glisse, insouciance et indifférence semblent flirter sans problème avec la vie, même une fois devenue mère de famille, sur l’autre, une soumission sans vagues et un dévouement sans faille cacheraient-ils au final une sacrée perversité ? 

Sophie et Deya sont deux anciennes amies de lycée que tout oppose : milieu familial, éducation, caractère, mais elles ont pour point commun d’être plutôt seules dans la vie, parents absents ou indifférents. Le personnage de Deya est particulièrement travaillé (celui de Sophie l’est tout autant, mais on ne le réalise qu’à la fin), car son histoire et son mode de vie sont totalement atypiques. Sa mère part vivre en Afrique et laisse les deux ados vivre ensemble dans une dépendance d’hôtel particulier, en autonomie qui scellera des liens indénouables, du moins pour Sophie, qui est fascinée par Deya… Huit ans après leur rupture (dont on ne connaîtra la raison que vers la fin du roman), Sophie revient vers Deya et redécouvre son amie dans une nouvelle vie toujours aussi frappadingue ! Par de captivants retours en arrière (captivants parce qu’ils nous emportent dans l’histoire sans qu’on sente trop la construction), l’auteur nous raconte ce qui a fait l’amitié et la particularité de ces deux demoiselles. Mariage raté et désabusé pour Sophie, vie de bohême pour Deya après que sa mère est partie vivre en Afrique. Les deux amies vont partir en aventurières au Sénégal, pour retrouver la trace d’Ariane, la mère de Deya. Et à partir de là, tout est encore plus dépaysant, et dérangeant : Sophie se révèle par petites touches, elle que l’on croyait si douce et responsable pour deux.

Roman passionnant car il emporte dans l’inattendu, rebondit de façon étonnante jusqu’au bout, et dans sa fin surprenante dévoile toute son ambition. Ce que l’on peut prendre pour une histoire de copines à la sauce vaguement exotique de bourgeois désoeuvrés et caricaturaux se révèle au final un roman qui a du souffle, mêlant originalité, modernité et ambition dans le caractère fouillé et puissant de ses personnages. Le tout avec légèreté et facilité, c’est ça qui est bluffant ! Même si souvent quand même, on a envie de bondir à la façon dont est élevé le petit Félix, car tout est quand même assez cocasse dans ce roman !

  

Les lectures de Clarabel, ChoupynetteCathulu, ...

 

France Loisirs, collection Piment, novembre 2008, 315 pages, prix : 9,95 €

Ou Le livre de poche, février 2009, prix : 6,50 €

(1ère publication chez J-C Lattès en janvier 2008, prix : 18 €)

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Jean-Pierre Robin et éd. France Loisirs
ou éd. LGF pour le LDP

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