L'arbre d'ébène - Fadéla Hebbadj
Imaginez un roman qui dit toute la réalité des passagers clandestins qui paient cher un voyage tout aussi dangereux que l'éden promis et qu'ils ne connaîtront jamais...
Imaginez un petit garçon malien d'une dizaine d'années qui raconte son voyage sur la pirogue, les viols répétés de sa mère sur le bateau, en termes imaginés... Imaginez les squats et toutes les
aberrations dont les sans-papiers sont victimes et dont l'actualité se fait l'écho... Sans doute est-il bien qu'un roman s'y arrête. Il est donc difficile d'y porter un « jugement ». Ce
qui m'a gêné dans ce livre, c'est le langage. Qui mêle simplicité du langage d'un jeune enfant à des propos philosophiques, crudité faussement naïve des viols et de la prosmicuité à des propos
autrement poétiques. Sagesse et innocence, nécessité vitale de se détacher de sa mère, pas facile si jeune, mais il faut survivre seul...
« J'ai caressé son cou. L'amour, c'est un soulagement, c'est la respiration pathétique de la douleur. J'ai fait partir la souffrance du coeur. J'ai expiré trois jours de tristesse en un seul souffle ». Il a quoi, dix ans à peine le gamin qui dit ça ? « L'amour, respiration pathétique de la douleur.. » même si je veux bien croire que c'est le retour en arrière d'un jeune adulte sur son enfance, c'est au coeur d'une narration d'un temps présent : « le lendemain, on est sortis faire quelques courses. Quand on est rentrés du Monoprix avec le lait et les gâteaux, des flics avaient cloué des planches de bois pour empêcher les gens d'entrer. » Là OK, il a bien dans les dix ans le gamin.
C'est ce mélange des perspectives qui m'a gênée, rendant l'ensemble peu crédible, comme un exercice trop brillant qui a manqué une étape quelque part. « Le malien, ma langue maternelle, est le tremblement de ma peau dans la bouche d'une femme, le chant naturel qui déverse sur moi des sensations de plaisir. J'écoutais sur ses lèvres parfumées et brûlantes les saisons hostiles où pleurent les fleurs. Cette langue berçait mon sang pour le raffermir. » Juste à côté de « Pleure Mama, pleure ». Par le même narrateur, Nasser, petit garçon malien, non, une fois encore, si les deux registres de langage se justifient, l'un à côté de l'autre ils m'empêchent d'adhérer au récit.
Les lectures de Cuné, Laurence et quelques uns des participants au prix Biblioblog 2009 (ce titre était dans la sélection de Laurence), Amanda (dont je suis très proche sur ce livre), Anne-Sophie, ….
Buchet-Chastel, juin 2008, 178 pages, prix : 14 €
Etoiles: ![]()
Crédit photo couverture : Kua Na Mewani Mala Kwa Mala... de Georges Lilanga, © Contemporary African Art Collection Limited / et éd. Buchet-Chastel
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Une femme roule en bord de mer. Elle aperçoit des flammes qui embrasent le ciel derrière une dune. Elle s'arrête et rencontre
là un homme, qui va lui raconter sa vie, de son enfance à l'embrasement de la maison de sa mère. La femme est elle-même en proie à ses propres fantômes : elle vient de quitter son dernier amant,
et fait une pause dans son travail de veilleuse de nuit d'un hôtel parisien.
J’aime depuis toujours les romans de Laurence Tardieu. Je les achète les yeux fermés dès qu’ils sortent. Mais à trop fréquenter la blogosphère, il me semblait qu’il y avait quelques
déceptions sur ce dernier opus. Je m’en approche un peu… même si le charme de
Misha a une dizaine d’années et vit chez sa mère, puisqu’elle a obtenu sa garde lors de son divorce. Mais le père de Misha ne se fait pas à la décision d’être un père du week-end et
du mercredi (le droit de visite est élargi) ni surtout à l’idée que son ex femme côtoie de nouveaux hommes. Ainsi il promet à Misha que sa mère reviendra vivre avec eux et qu’ils reformeront une
famille s’il obtient sa garde. Car il n’a jamais oublié les propos de son ex femme : « si le juge confie la garde de Misha à Ivan, je retournerai vivre avec lui pour ne pas être séparée
de mon fils ». Mais pour cela, Ivan a besoin d’un maximum de détails pour plomber un dossier, et Misha doit devenir son enquêteur et espion très vite.
Des critiques et des lecteurs enthousiastes, un livre déjà plusieurs fois primé, j’hésitais à ouvrir ce dernier Carrère que je savais différent d’un roman russe, parce que justement, ce
Philippe Lafosse, commercial dans une entreprise qui vend des pompes à chaleur, est fichu à la porte de chez lui par sa femme, quelques mois après son divorce. Manquant d’entrain, il
perd rapidement son boulot, et d’engrenage en engrenage, va basculer dans le monde de la rue, celui des SDF, de la misère crasseuse à la violence alcoolisée. Par amour pour sa petite fille
Claire, il s’efforce de garder un minimum de dignité,
Surprenant roman que ces
Quel lecteur gourmand n'a jamais rêvé d'une librairie où il ne trouverait que d'excellents romans, que des bouquins si réussis que son plaisir en serait toujours garanti ?
Justine a 12 ans, elle est orpheline de mère et vit seule avec son père, qui tient une boutique de retouches de couture. Ils communiquent peu, ne se comprennent pas. Justine n’aime
pas les femmes qui passent dans la cabine d’essayage se faire tripoter sous prétexte de retouches à faire. Justine a une passion : Géronimo, et une grand-mère un peu fantasque, Margot, qui
du haut de ses 80 ans a entretenu une curieuse légende : Justine serait la petite fille du soldat inconnu, qu’on célèbre sous l’Arc de Triomphe.
L’auteur est médecin et écrivain. Ses journées de travail sont longues et bien remplies, entre ses consultations, ses permanences au
dispensaire où viennent se faire soigner les prostituées, ses visites dans les camps de gitans où la vie n’est pas facile. Et pourtant, Marie Didier prend le temps de prendre un peu de recul sur
son travail, en ouvrant son carnet de contre-visite intérieure, où elle parle de ses difficultés, des rencontres qui la touchent, d’anecdotes de consultation. Ce n’est pas routinier car elle
exerce des fonctions variées. Ce n’est pas centré sur les malades, car l’auteur s’interroge beaucoup sur elle-même, sur ses failles. On pense bien sûr à la maladie de Sachs, de Martin Winckler,
mais je reste plus extérieure au récit de Marie Didier, moins romanesque, moins d’empathie, plus d’auto-analyse qui ne réussit pas à me toucher… Le livre est court et c’est très bien, sinon je me
serais vite lassée et ne l’aurais pas apprécié.