Les jardins d'Hélène

livr'ados

Ma rencontre avec Violet Park – Jenny Valentine

10 Octobre 2010, 13:05pm

Publié par Laure

 

Traduit de l'anglais par Diane Ménard

  

ma-rencontre-avec-violet-park.jpgAlors qu'il rentre au petit matin en taxi, Lucas Swain, seize ans, rencontre Violet Park, ou plus exactement l'urne funéraire contenant les cendres de Violet Park, oubliée sur une étagère de la station de taxis depuis plus de 5 ans. Situation incongrue s'il en est, il souhaite offrir à cette inconnue défunte un endroit plus paisible. Lucas vit seul avec sa mère et sa sœur, leur père les ayant abandonnés en 2002, sans donner de nouvelles. Est-il seulement encore vivant ? Comment et pourquoi un homme peut-il abandonner comme cela sa famille, sans un mot ? Parce qu'il souffre encore de tout cela, il est sensible, et curieux de cette urne abandonnée dans une station de taxi : pourquoi personne n'est-il venu la réclamer ? Avec la complicité de ses grands-parents, il va la récupérer et mener l'enquête. Il s'avère que son père a bien connu cette Violet Park, comme bon nombre de personnes dans le quartier...

  

Que sait-on jamais des gens qui partagent notre vie ? Et s'ils avaient tous des secrets, des doubles vies inavouables ? Ce petit roman est étonnant, original dans le début de l'intrigue et cette enquête autour du personnage de Violet Park, moins surprenant dans le fait que les deux quêtes se mêlent (il faut bien rattacher l'intrigue de la disparition du père !), facile à lire, la fin est bien vue aussi, moins convenue que  ce que l'on aurait pu imaginer.

  

Ce qui m'a gênée dans ce livre, c’est la traduction. Je n'y suis pas sensible habituellement, je ne lis pas en VO ou très peu, je n'ai pas le texte original ici, mais j'ai buté sur de trop nombreuses phrases qui m'ont semblé calquées de l'anglais mais totalement inappropriées en français. Un manque de relecture aussi, laissant une coquille, ce qui est inhabituel pour cet éditeur, mais toujours agaçant.

  

Exemples :

p.30 : «Au moment où je la dépassai, elle me dit :

- Excusez-moi, mais vous n'auriez pas une cigarette ? me-dit elle au moment où je la dépassai. »

Dans cet exemple, ce n'est qu'un doublon, oubli de relecture, mais en début d'ouvrage, je tique...

  

Ce qui me semble être des bizarreries de traduction :

  

p.53 : « L'armoire de la salle de bains déborde de crèmes hydratantes vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de crèmes antirides, de destructeurs de cellulite, de conditionneurs augmentant le volume des cheveux. » Plusieurs choses me gênent là-dedans, des cosmétiques, j'en achète beaucoup, et je peux vous dire que jamais je n'ai vu de crème hydratante « 24h/24 », passe encore pour le destructeur de cellulite, mais le conditionneur, non, parcourez les rayons de supermarché ou de parapharmacie, vous y trouverez de nombreux après-shampooings, pas des « conditionneurs », calque pure et simple du « conditioner » anglais, même si l'on en comprend le sens, ce n'est pas un terme employé couramment en français.

 

p.92 « Elle n'est pas aussi jolie que je l'espérais, mais elle attire l'attention. Même sur la sortie imprimante de l'ordinateur que j'ai fixée au mur de ma chambre, et qui est de mauvaise qualité, toute grise et granuleuse, Violet a quelque chose qui vous donne envie de continuer à la regarder. » « La sortie imprimante de l'ordinateur que j'ai fixée au mur » ? "même sur la photo que j'ai imprimée et fixée au mur" ne serait-il pas plus courant en français que la sortie imprimante de l'ordinateur ?

 

Un dernier exemple, je n'ai pas noté la page, (mais j'ai continué à buter régulièrement) : l'écrivain fantôme ! Alors que dans le sens du texte il s'agit clairement de ce que nous appelons « nègre » (littéraire) en français, « ghostwriter » en anglais, la traductrice a préféré le calque « comme une sorte d'écrivain fantôme ». Pitié ! (pourtant, Diane Ménard est une traductrice aguerrie, d'où mon étonnement).

 

Ce livre est sélectionné pour le Prix des Lecteurs 13-16 ans 2011 de la Ville du Mans / département de la Sarthe. (L'ensemble de la sélection ici)

 

l'école des loisirs, coll. Médium, mars 2010, 230 pages, prix : 11 €

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crédit photo couverture : © Atsuko Ishii et éd. L'école des loisirs

 

 

 

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S'échapper d'ici - Arnaud Tiercelin

1 Septembre 2010, 06:49am

Publié par Laure

s'échapper d'iciGabriel a 13 ans, et une vie normale de collégien, avec son meilleur ami Luca et une Chloé un peu trop entreprenante qu’il préfère fuir pour le moment. Ses parents semblent encore amoureux, rien d’extraordinaire… quand arrive cette lettre égarée par la Poste, avec 13 ans de retard (tiens, son âge à lui !), une lettre adressée à Clara Riss (c’est le nom de jeune fille de sa mère) et qui semble semer la panique dans le couple. Ses parents ne se parlent quasiment plus, et Gabriel se sent de plus en plus mal à l’aise au milieu de tout ça :

p. 42 : « Mes parents ne se parlent plus et je n’en peux plus de leur silence. Ils se regardent à peine. Seules les fourchettes ont le droit de gesticuler. Mon père, par moments, se racle la gorge. Ma mère lui sert, sans le regarder, un verre d’eau. En parlant au chat. Après, c’est elle qui manque de s’étouffer avec une croûte de pain. Et lui, faussement attentif, qui vient lui taper dans le dos. Et qui file se rasseoir pour finir son assiette avant que ses pâtes refroidissent et sans quitter la télé des yeux.

J’ai pitié.

Je ne les reconnais plus. »

S’échapper d’ici est un roman facile à lire, langage courant, ton d’un jeune adolescent, parfait tant pour le héros qui raconte l’histoire que pour les lecteurs à qui le récit est destiné. Un abord simple pour une histoire tout en émotion et en découverte des origines, car bien sûr secret de famille il y a, et en parler permettra d’avancer plutôt que de se détruire à petit feu dans le silence. Il faut traverser l’épreuve. Un temps, c’est Gabriel qui se fait le sauveur de ses parents, pour lui-même grandir. Un joli roman d’apprentissage.

 

Dès 12 ans.

 

L’école des loisirs, septembre 2009, 184 pages, prix : 9 €

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 Crédit photo couverture : © Franck Juery

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Une saison parfaite pour changer - Aurélien Loncke

10 Août 2010, 09:39am

Publié par Laure

 

saison parfaite lonckeIl faudrait pouvoir aborder ce petit roman sans avoir lu la quatrième de couverture, et il est difficile aussi d'en parler sans en révéler d'emblée le sujet. Pourtant il faut se laisser prendre par le texte, le récit de Syril, cet adolescent qui retrouve espoir et vie dans cette nature sereine et qui se fait le protecteur de sa petite sœur Zoé, 7 ans, un puits de larmes et de cauchemars, une enfant brisée par la violence d'un père. Le juge a tranché, ils sont placés en famille d'accueil chez les Mattie, un couple aimant et discret, attentif, qui vit à la campagne, en bord de forêt.

Quel beau texte empli de pudeur ! On ne saura jamais ce qui est arrivé exactement aux enfants, mais on le comprend au fil d'un bleu resté un peu trop longtemps sur un bras, des cauchemars et du mutisme de Zoé. Cette distance saine et volontaire (l'auteur parle bien davantage des bienfaits de la nature, de l'origami auquel se consacre Syril, des relations d'amour immense entre frère et soeur) apporte apaisement et espoir : on aimerait croire que ce temps suspendu devienne pérenne et que cet automne soit effectivement la saison parfaite pour tout changer.

Un point fort dans le récit (mais il y en d'autres !), c'est la conversation téléphonique entre Syril et sa mère, cette femme qui ne rêve que de récupérer ses enfants, inconsciente de ce qu'elle a laissé endurer. Comment dire cette vérité à sa mère...

Un très beau roman, sensible et délicat, sur un sujet douloureux mais qui ouvre une belle fenêtre d'espoir et de reconstruction.

 

À proposer dès 13 ans.

 

Lu et aimé aussi par Thalie, la soupe de l'espace, Yulenka

 

L'école des Loisirs, mars 2010, 94 pages, prix : 8 €

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Crédit photo couverture : © Frank Juery et éd. EDL

 

 

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Frère - Ted Van Lieshout

6 Août 2010, 06:32am

Publié par Laure

Traduit du néerlandais par Véronique Roelandt

 

frere-van-lieshout.jpgMars 1973 : alors que sa mère s’apprête à faire le vide dans la chambre de son frère cadet décédé six mois plus tôt à l’âge de 14 ans, Lucas sauve le journal intime à peine ébauché de son frère Marius (qu’il appelle affectueusement Maus), il ne le lit pas, mais écrit le sien à la suite, sur les pages blanches restantes. Et pour que sa mère ne détruise pas définitivement ces pages qui ont appartenu à Marius, il se voit obligé de continuer à écrire en revenant intercaler ses propos dans ceux de son frère, et inévitablement, à le lire. C’est donc un journal à deux voix qui nous est donné un temps à lire. Un retour sur la maladie de Marius et son évolution, le regard incrédule des médecins qui le placent à tort en asile psychiatrique, la lutte perdue d’avance de Marius. Mais aussi sa grande histoire d’amour et la découverte de son homosexualité. Puis le journal cède la place rapidement au récit de Lucas seul à nouveau, lui aussi homosexuel, mais son cheminement et son ressenti dans la quête de son identité furent bien différents de ceux de son petit frère. Le final fait toute la lumière sur la maladie de Maus et la reconstruction d’une famille brisée par la perte d’un enfant.

 

Quel beau roman sur la fraternité et la quête de soi à l’adolescence ! Brillamment construit, riche de thèmes intimes, la question de l’amour fraternel me semble la plus importante, même si celle de l’homosexualité sera sans doute celle la plus retenue des (jeunes) lecteurs ( ?) Car Lucas s’interroge : est-il toujours un frère maintenant que son frère n’est plus ? « On appelle veuf l’homme qui perd sa femme, veuve, la femme qui perd son mari, et les enfants sans parents sont des orphelins. Comment s’appelle donc le frère qui n’a plus de frère (ou de sœur)? Il n’y a pas de nom pour ça» (p. 37). La relation à ses parents, à ses amis, à la maladie, au deuil, est également très bien exprimée.

Un  excellent roman d’une qualité rare, qui mérite d’être porté par le bouche-à-oreille, à défaut d’avoir été médiatisé.

 

(dès 14 ans et sans limite d'âge !)

 

La joie de lire, juillet 2001, 219 pages, prix : 10,20 €

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Crédit photo couverture : © Philippe Boisson et éd. La joie de lire

 

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Qui vive ? - Jean-Philippe Blondel / photographies de Florence Lebert

5 Juin 2010, 14:23pm

Publié par Laure

qui vive

 

Tout comme Marie, j'ai beaucoup aimé ce dernier roman de Jean-Philippe Blondel, et pourtant, je partais assez sceptique sur cette collection ados. Le principe : « une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s'aventure alors dans l'écriture d'un roman où ces photographies provoquent la fiction. »

Lors de notre rencontre à la bibliothèque pour Le baby-sitter , Jean-Philippe Blondel nous avait parlé de ce livre à paraître et raconté son désarroi à la réception des photos : il ne savait pas qu'en faire, s'était dit que non vraiment ce n'était pas pour lui, et puis... il commençait à en rêver la nuit de ces photos (tiens et la femme sur la photo, pourquoi elle est là ?), et petit à petit, il a écrit une histoire, et une très belle histoire !


Léo, 16 ans, vit tantôt chez sa mère, tantôt chez son père, au gré de ses envies, il est grand maintenant, il s'organise un peu comme il veut, ses parents divorcés habitant la même ville. Et puis il sent son père plus fragile en ce moment, la quarantaine peut-être. C'est par erreur qu'il ouvre une enveloppe destinée à son père, un courrier intrigant qui ne contient rien d'autre qu'une photo. Les envois anonymes se succèdent, les photos l'intriguent, qu'est-ce que ces images de monuments à l'abandon et de paysages en friche ont à voir avec Louis, son père? Qu'a-t-il bien pu vivre à Soukhoumi ? Il va l'interroger et Louis va raconter son amour de jeunesse perdu, lors de cet improbable voyage scolaire en Abkhazie dans les années 80. Les photos sont bien évidemment judicieusement placées et donnent tout son sens au texte (à moins que ce ne soit l'inverse ?), vous ne verrez jamais plus cette couverture autrement que comme l'illustration de « la belle histoire amour de Louis et Natasha ».


Qui vive ? est un très beau roman sur la relation père-fils, sur le passé qui ressurgit et avec lequel il faut régler ses comptes pour avancer, sur l'adolescence qui a besoin de repères pour se construire, et il réserve une très belle surprise aussi, que je n'ai pas vu venir, il m'a même fallu revenir en arrière, relire les propos de Léo, revoir à nouveau la photo, pour saisir...


C'est donc aussi pour moi l'histoire d'un revirement car tout au début du roman j'ai pensé un instant que c'était juste « du Blondel qui fait du Blondel » : un peu comme si chacun de ses romans se nourrissait du précédent, on avait déjà cette relation père-fils et ce quotidien commun d'un ado dans Blog,  alors ce début de qui vive  ? c'était pas mal mais voilà, ça avait un goût de déjà vu quand on connaît son œuvre. Et puis l'intrigue chemine, entre humour et amour (Léo a une petite amie aussi), l'histoire du conflit abkhaze, et le secret de ce père qui se dévoile... j'ai eu envie de noter plein de petites phrases par-ci par-là, et j'ai vraiment été surprise par la fin, séduite et convaincue. La relation texte / photographies est quand même sacrément bien fichue, et je porte un autre regard sur cette collection désormais.


Quelques extraits :

p. 45 :  « Je secoue la tête. Je regarde peu la télé, finalement. Je passe plutôt mon temps sur l'ordinateur où les nouvelles ont toutes la même importance. 30 morts au Pakistan, Angelina Jolie et Brad Pitt adoptent un nouveau bébé, une joggeuse enlevée et violée, typhon sur l 'Asie. Un nivellement. Je reçois tout cela très passivement – avec une sorte de résignation qui me fait ressembler à un vieux des maisons de retraite. A quoi bon faire quelque chose puisqu'on ne capte rien ? »


et pour sourire :

p. 97 : « Louis adore Facebook. Il a plus de 2400 amis – et il est toujours très fier de donner le nombre de ses contacts et de préciser, en riant, qu'il n'en connaît aucun. Mon père a décidé que, puisque la technologie le dépassait, il fallait bien faire semblant d'en être un de ses organisateurs. »


(Roman dès 14 ans)


Le site de Florence Lebert : ici


Thierry Magnier, coll. Photo roman, juin 2010, 106 pages, prix : 14 €

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Crédit photo couverture : © Florence Lebert et éd. Th. Magnier

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Les cheveux de la poupée - Eva Almassy

28 Mai 2010, 20:24pm

Publié par Laure

cheveux-de-la-poupee.jpgPour ses dix ans, l’oncle de Charlotte lui propose de choisir une poupée dans sa vaste collection : il est en effet fin connaisseur et collectionneur de poupées anciennes, au point d’envisager d’ouvrir un musée. Charlotte ne trouve pas son bonheur du premier coup, mais apprend en discutant avec son oncle comment elles sont fabriquées : moulages,  biscuit (car cuites deux fois), etc. Et c’est dans le carton reçu le matin même que Charlotte choisit sa poupée, parfaite, avec des yeux « riboulants » et ses cheveux naturels. Jusque là tout va bien, on est dans l’innocence de l’enfance, et la joie d’une petite fille qui va nouer une relation intime avec sa poupée à qui elle cherche un nom.

Mais faut-il continuer à raconter leur histoire ? Car « elle n’est pas simple et elle fait mal », nous annonce Charlotte dès la première page.

Le récit se déroule sur trois jours : la veille de l’anniversaire, le jour J, et le lendemain. C’est quand son amie Marianne lui apprend que sa poupée a des cheveux « de morte » que Charlotte sombre dans un profond désespoir. Elle va découvrir la réalité et l’horreur des camps de concentration, les déportés qui étaient rasés avant d’être gazés, et les cheveux longs des femmes qui ont pu servir en effet à la fabrication de ces poupées.  Il faudra à Charlotte un long moment de discussion avec sa mère puis avec son oncle pour se remettre de ce qu’elle a appris malgré elle, et apprendre du même coup la disparition de ses grands-parents.

C’est un roman très bref (60 pages à peine) qui contient en quelques pages un condensé d’Histoire, mêlant fiction pure et  vérité historique, une approche de la déportation par un détour surprenant et inédit. Comme se le demandait Clarabel dans son billet, on peut effectivement se poser la question de l’âge du lectorat visé par ce roman : 10 ans, comme l’héroïne ? Il y a l’innocence et la fraîcheur de l’enfance dans le début du roman, puis très vite la gravité du sujet, qui devient horreur et répulsion pour la petite fille.  Attendre que ce soit au programme d’histoire, soit en classe de 3ème actuellement, à 14 / 15 ans, quand on ne joue plus à la poupée depuis longtemps ? Peut-être un entre deux, dès 13 ans dirais-je ?  Parce que c’est un roman grave et que je ne suis pas sûre que plus jeune il touche vraiment son public.  Quoiqu’il en soit, c’est un texte à découvrir !

(Mais pour répondre à l’interrogation de Clarabel, si si, il y a des enfants passionnés d’histoire dès 10ans, au point de lire tout le rayon documentaire de la bibli, même si certains livres sont pour plus grands !, et dans le roman d’Eva Almassy, le personnage de Marianne me semble caractériser ce basculement dans la préadolescence : elle est attirée par le maquillage, les trucs de filles, tout ça, et n’a plus la naïveté de la petite Charlotte, c’est elle qui va la sortir de l’enfance.)

 

L’Ecole des Loisirs, coll. Médium, septembre 2009, 60 pages, prix : 7,50 €

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Crédit photo couverture : © Franck Juery et l’école des loisirs

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Le ciel est partout - Jandy Nelson

25 Mai 2010, 20:32pm

Publié par Laure

 

Traduit de l'américain parNathalie Perronny

ciel-est-partout.jpgBon … Clarabel, tu peux me frapper, me haïr jusqu’à la fin des temps, (idem pour toutes celles qui en ont fait l’éloge, car je n’ai pas encore trouvé un seul billet négatif sur ce livre !) : je n’ai pas aimé ce roman.

Revenons sur le pitch, rapidement. Lennie (que ses amis surnomment John Lennon pour sa passion pour la musique, elle joue d’ailleurs de la clarinette), 17 ans, vient de perdre sa sœur aînée, Bailey, 19 ans, décédée subitement d’un problème cardiaque. C’est déjà pas facile la vie quand votre mère vous a abandonnée à l’âge de un an pour courir le monde et quand il faut traverser l’adolescence sans trop de repères, même dans un foyer aimant entre grand-mère Manou et oncle Big, qui  font de leur mieux pourtant. Alors quand à ce drame douloureux s’ajoute le trouble de deux garçons qui lui renversent le cœur, Lennie peine un peu à trouver sa voie.

C’est un roman sur le deuil, l’amour, la culpabilité d’aimer malgré la douleur, le passage de la chrysalide au papillon, rien de bien nouveau sous le soleil (j’ai sans cesse pensé à Un endroit où se cacher et Metal mélodie, lus récemment), sauf qu’à l’inverse de ces romans que je trouvais riches dans le développement de leur intrigue, là je me suis ennuyée ferme. J’ai songé abandonner plusieurs fois, tant finalement l’auteur me semble gloser en permanence sur la même chose, sans jamais avancer. Il ne se passe quand même quasiment rien pendant plus de 300 pages !

p.73 : « Qu’est-ce qui cloche, chez moi ? Comment une fille normale peut-elle avoir envie d’embrasser tous les garçons qu’elle croise à un enterrement, ou d’étriper un mec dans un arbre après être sortie avec le petit ami de sa sœur la nuit d’avant ? Et d’ailleurs, comment une fille normale peut-elle sortir avec le petit ami de sa sœur tout court ? »

p. 137 : « Je voulais lui dire qu’on ne pouvait pas se revoir. Pas après ma promesse à Bailey. Pas après mon baiser avec Joe. Pas après l’interrogatoire de Manou. Pas après ma séance d’introspection qui m’a valu de découvrir un semblant de conscience morale. Je voulais lui dire qu’il fallait mettre un terme à cette histoire, penser à ce que Bailey ressentirait, penser à la culpabilité qui est la nôtre. Je voulais lui dire toutes ces choses, mais je ne l’ai pas fait, parce qu’à chaque fois que je m’apprêtais à l’appeler, je revivais cet instant près de sa camionnette hier soir (….) »

p. 160 : « Ce matin pour la première fois, Bailey n’a pas été ma première pensée au réveil, et je m’en suis voulu. Mais ce sentiment de culpabilité n’a pas pesé lourd face à la prise de conscience soudaine que j’étais en train de tomber amoureuse. »

Ce qui ne m’a pas aidée dans ma lecture, c’est que j’ai souvent trouvé l’écriture (traduction ?) maladroite (exemple : « Lucy et Ethel nous emboîtent le pas sur quelques mètres avant de faire demi-tour pour rentrer chez elles après un indéchiffrable échange avec lui. » hum, un indéchiffrable échange avec lui ? Et ce tic de langage, récurrent : « Cils. Cils. Cils ». (mouais) Mais là je marche sur des œufs, j’ai reçu les épreuves non corrigées et non le roman définitif).

Les petits mots reproduits sur des bouts de papier éparpillés dans des endroits improbables ne m’ont pas paru utiles (l’explication sur « trouvé à tel endroit » arrive bien trop tard), et les réflexions sentimentales m’ont paru souvent à la limite du cul-cul / mièvre. La partie « révélation » sur le lien mère / grand-mère, qui redonne un peu de densité au roman arrive bien trop tard aussi à mon goût.

Quelques points positifs quand même : les personnages de la grand-mère Manou et de l’oncle Big, les références aux Hauts de Hurlevent et quelques autres classiques,  et la conclusion (bien que sans surprise, mais salvatrice, enfin) : « Le deuil, c’est pour la vie. Ça ne s’en va jamais ; ça fait progressivement partie de vous, à chaque pas, à chaque souffle. Je ne cesserai jamais de faire le deuil de Bailey pour la  bonne raison que je ne cesserai jamais de l’aimer. C’est comme ça. L’amour et le deuil sont liés, l’un ne va pas sans l’autre. Tout ce que je peux faire, c’est l’aimer, aimer le monde, et célébrer sa vie en vivant la  mienne avec audace, joie et courage. » (p. 305)

Je crois qu’il y a des moments propices à certaines lectures, et d’autres moins. Ce roman a de toute évidence souffert de sa comparaison avec les deux romans lus dernièrement et brassant les mêmes thèmes, comparaison involontaire, simple aléa de l’enchaînement des lectures. Or ce ciel-là n’arrive pas à la cheville des deux autres, mais ça n’engage que moi. De même je verse sans doute peu dans la comédie sentimentale pour young adults version américano-puritaine, j’attends un peu plus d’un roman – même jeunesse, ou faut-il dire : surtout jeunesse ! - qu’un je t’aime moi non plus mais ciel j’ai pas le droit mais je t’aime alors comment je fais bah euh je t’aime quand même parce que mon petit cœur tout mou blablabla. (Tuez-moi)

Je vous laisse avec cet extrait qui explique le titre : p.141 « Il y a des années de cela, j’étais allongée sur le dos dans le jardin de Manou quand Big m’a demandé ce que je fabriquais. Je lui ai répondu que j’observais le ciel.  Il m’a rétorqué : « C’est une vision de l’esprit, Lennie, le ciel est partout, il commence à tes pieds. » 

Les billets (tous enthousiastes, je suis la seule sans cœur) d’Amanda, Thalie, Lily et ses livres, Gaëlle, et sans doute encore beaucoup à venir, ce livre ayant été largement proposé en SP à la blogo.

Nota : j'envoie volontiers mon exemplaire à toute personne qui le souhaite, à sa guise ensuite de le faire suivre à d'autres, de le garder, etc. Me contacter par mail.)

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, mai 2010, 331 pages, prix : 11 €

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Crédit photo couverture : éd. Gallimard.

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Metal mélodie - Maryvonne Rippert

22 Mai 2010, 15:50pm

Publié par Laure

metal-melodie.jpgS’il n’y avait eu le billet enthousiaste de Clarabel, je n’aurais jamais porté un regard à ce roman, question de couverture sans doute, qui ne me « parle » absolument pas. (Et pourtant elle prend tout son sens après lecture !) Mais "un roman pour les adolescents et leurs mères"… quand on est mère d’ados, déjà, ça vous parle un peu plus. Ma lecture remonte à plus d’un mois, je l’ai dévoré en une journée sur la terrasse ensoleillée à l’île de Ré, je ne remets la main dessus qu’aujourd’hui, l’ayant bien logiquement passé à ma (grande) fille, qui l’a bien aimé elle aussi (pas moyen de lui en faire dire plus ).

 

C’est donc l’histoire de Luce, 16 ans, qui comme beaucoup d’adolescentes, est en pleine rébellion et la communication avec sa mère qui l’élève seule est sinon inexistante, au moins très difficile. Alors quand Luce rentre un soir et trouve une lettre de sa mère qui lui dit simplement qu’elle a dû partir quatre mois en Australie pour son travail, que le loyer est payé et que son livret jeune sera alimenté, qu’elle n’a plus qu’à se débrouiller, c’est d’abord la joie pour la jeune fille : liberté, grandes fêtes avec les copains, plus personne pour la surveiller et critiquer ses penchants gothiques…

J’ai eu un peu de mal à accepter ce préambule (quelle mère laisserait vraiment seule sa fille pendant quatre mois sans même un coup de fil et sans répondre à ses appels ?), mais passé ce cap, quelle richesse et quel beau cheminement que ce roman ! Passage inévitable à l’âge adulte, premières expériences, amours, débrouillardise et obligation de se prendre en main, tout est à la fois doux et terrible dans cette histoire (roman d’apprentissage !), mais on ne peut le lâcher avant la fin, c’est certain. Plus j’avançais et plus j’admirais l’imagination fertile de l’auteur dans les liens tissés (rapports mère-fille, avec les personnages secondaires, retour sur l’histoire de la mère, amitiés fortes sur lesquelles toujours s’appuyer…). En atours, de beaux passages sur l’Espagne et la musique, même si ce n’est pas ce que j’en retiens en premier, ils font partie de cet ensemble très travaillé, riche, et qui se lit pourtant si facilement avec tant de plaisir !

Un coup de cœur donc ! (même si l’on comprend peu à peu vers la fin ce qui a amené la maman à partir, on fait le chemin avec Luce…)

 

(dès 13 ans)

 

Lu aussi par Clarabel, Caro, Stephie, Lael, ...

 

Sur le site Adolire 

La page Facebook du livre 

 

Milan, coll. macadam, fév. 2010, 210 pages, prix : 9,50 €

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Crédit photo couverture : éd. Milan.

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Un endroit où se cacher - Joyce Carol Oates

3 Mai 2010, 19:55pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Dorothée Zumstein

un-endroit-ou-se-cacher.jpgJenna, 15 ans, flotte «  dans le bleu » opiacé de l’hôpital, polytraumatisée et seule rescapée d’un accident de voiture dans lequel sa mère a perdu la vie. Cassée de partout physiquement (seuls de forts antalgiques lui permettent de « tenir »), elle est aussi détruite psychologiquement, persuadée d’être responsable de l’accident, croyant avoir vu quelque chose sur la route et avoir donné un brutal coup de volant qui les aurait fait sortir de la route.

Quand vient enfin le temps de la rééducation, le temps de quitter l’hôpital, de se retrouver « dans le vif », sans les dérivés morphiniques, Jenna s’enfonce, refusant de vivre chez son père qui les a quittées il y a longtemps pour refaire sa vie. Bien qu’elle soit chez un oncle et une tante bienveillants, elle ne réussit pas à se rouvrir à la vie, à s’adapter à son nouveau lycée.  Quand un garçon semble s’intéresser  à elle, elle fuit. Méfiante, souffrante, malheureuse, elle va se laisser amadouer par Trina, une ado d’une classe voisine. Commence alors pour Jenna la spirale des mauvaises fréquentations, des abus en tout genre,  de l’autodestruction et de la violence. Se détruire pour se punir, se détruire pur supporter la douleur ?

C’est un cheminement douloureux et violent que décrit Joyce Carol Oates, rien n’est épargné au lecteur de la souffrance de Jenna et des dérives (drogue, alcool, viols) d’une certaine jeunesse. Malgré un début un peu flottant (Jenna émergeant du coma, on ne sait pas très bien où on est, le récit est flou et haché), on s’attache vite au personnage, et on ne peut que compatir à sa terrible situation de l'héroïne qui a perdu sa mère. Malgré la descente en enfer qu’on aimerait éviter, le lecteur saisit la lueur d’espoir dans le personnage de Crow, qui permettra une fin pas totalement désespérée !

Un endroit où se cacher est un roman pour la jeunesse (dès 13 ans) qui n’épargne pas son lectorat, allant au pire des descentes et de la dépression, parlant du deuil et de la solitude, de la violence quotidienne d’un lycée et de quelques groupes, mais qui offre une ouverture positive sur sa fin, ce qui est bien !

 

Les lectures de Marie, cathulu, Clarabel, ...

 

Albin Michel Jeunesse, coll. Wiz, février 2010, 299 pages, prix : 13,50 €

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Crédit photo couverture : © DLILLC/Corbis/ et éd. Albin Michel

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Tes seins tombent - Susie Morgenstern

27 Avril 2010, 10:18am

Publié par Laure

tes-seins-tombent.jpgSusie Morgenstern remplit son rôle de grand-mère : elle « grandmerde » avec sa petite fille Yona, 13 ans, qu’elle emmène en vacances en Corse, à Cargese où elle va chaque année. L’adolescente a des priorités bien éloignées de celles de sa grand-mère : quand celle-ci lit un roman par jour pendant les vacances, la plus jeune, elle, ne cesse de « communiquer » via son portable et ses SMS en pagaille.

Monologue autour d’une tranche de vie, sur la relation grand-mère et petite-fille, écart des générations, et pourtant échanges si importants et si riches ! L’auteur revient également sur sa propre grand-mère, parle de ses enfants, de sa passion de lire, de ses rencontres dans les salons du livre, humour autour des rencontres sur Internet (veuve, ses amis l’ont inscrite sur un site de rencontres, et parce qu’un jour elle a rencontré un Suisse très poli dans un salon, elle choisit de ne s’intéresser qu’aux Suisses sur le net !), …

Elle est très excitée aussi à l’idée de faire rencontrer le génie scientifique Stephen Hawking à sa petite-fille, elle qui a l’habitude de rencontrer des stars au hasard de ses déplacements : Gina Lollobrigida, Rostropovitch, Bernard Kouchner… et quand ses enfants lui demandent si elle connaît des gens célèbres, elle répond : « Bernard Friot, Catherine Louis, Marie-Aude Murail, Hélène Vignal, Jacqueline Duhême, François Place, Corinne Lovera-Vitali, Pierre Bottero, Jeanne Benameur, et plus la liste s’allonge, plus s’allongent leurs visages ou leurs … belles jambes. » 

Roman tendre qui ne manque pas de justesse sur le temps qui passe et les marques sur le corps (« tes seins tombent ! » s’exclame d’emblée sa petite-fille), sur l’importance de la famille et de l’amitié, sur la fougue de la jeunesse, sur ce qu’on retient de sa vie quand on est une grand-mère active, bien dans sa tête et dans sa peau, comme l’est ici Susie Morgenstern !

Actes Sud junior, coll. D’une seule voix, avril 2010, 83 pages, prix : 7,80 €

Etoiles : stars-3-5__V45687331_.gif

Crédit photo couverture : éd. Actes Sud junior

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