Les jardins d'Hélène

livr'ados

Mon premier jour d'amour - Sophie Tasma

4 Mai 2008, 06:06am

Publié par Laure

Ah ce souvenir éternel du premier baiser ! Paul a 14 ans et comme chaque été, il est en vacances avec ses parents en Bretagne. Cette année, c’est encore pire que d’habitude : son père trop sévère lui a refusé une escapade avec ses copains dans les Cévennes, et Paul ne parvient plus à communiquer avec lui. Sa mère ne se mêle pas trop de l’affaire. Tant pis, il passera son été solitaire à apprendre sa pièce de théâtre. Mais voilà que débarque une jeune Fanny complètement délurée qui n’a pas la langue dans sa poche et ne craint pas d’affronter le père. Comme il est tentant de rejoindre le petit groupe sur la plage, même si Paul a l’interdiction de sortir le soir…


Un roman pour adolescents qui n’a rien de révolutionnaire mais qui est frais et sensible. Et pour une fois, le premier amour est traité du point de vue d’un garçon ! Un récit court mais bien sympathique.

 

J’avais découvert Sophie Tasma en littérature « adultes » chez L’Olivier, et je m’étais promis de jeter un œil à sa production jeunesse. Voilà qui est chose faite. (J’ai encore un titre en réserve !)


L’école des loisirs, coll. Medium, sept. 1999, 109 pages, prix : 7,32 €

Ma note : 4/5

Crédit photo couverture : photographie de Robert Holmgren © Fotogram-Stone Images

Voir les commentaires

Je reviens de mourir - Antoine Dole

29 Avril 2008, 13:41pm

Publié par Laure

Quand Marion débarque à Paris, elle se laisse séduire par le premier garçon venu dans un café. Très vite, Marion aime Nicolas, qui lui la bat, la prostitue, et au final la viole. Mais par amour pour lui, elle accepte tout.

En parallèle, Eve consomme des hommes alpagués sur Internet, pour ne surtout pas s’attacher. Jusqu’au jour où elle rencontre David, qui pourrait bien tout faire changer ? Bien évidemment, les deux histoires vont se rejoindre. 

J’ai lu ce livre parce qu’il fait polémique. Ma libraire a d’abord refusé de me le vendre, c’est dire ! Enfin ça ne s’est pas passé tout à fait comme cela. Je lui demandais si elle avait ce livre, elle me répondait qu’elle ne l’avait pas en stock, mais que bien sûr elle pouvait me le commander. Et la discussion a démarré là : publié dans la collection eXprim de l’éditeur Jeunesse Sarbacane, il est, si l’on en croit la collection, destiné aux 15-20 ans. Ma libraire m’explique qu’elle ne comprend pas ce que ce roman fait en jeunesse, violent, cru, pornographique sont ses propres mots. Elle me propose de me prêter son exemplaire de Service de Presse, pour que je puisse le lire, et décider ensuite de l’acheter ou non pour ma section ados à la bibliothèque. Mais elle a déjà prêté cet exemplaire à une collègue, aussi pour diverses raisons administratives, je prends ce livre chez le libraire généraliste voisin, sans attendre.

Et je le lis. Et je le fais lire autour de moi. Et l’on discute, avec des lecteurs adultes, des collègues, documentalistes, libraires… Ce livre pose un sacré problème aux bibliothécaires. Impossible de le mettre en ados, rayon accessible dès 12 ans. Le mettre en adultes ? C’est une collection jeunesse, les adultes n’y verront que du feu ? Mettre en tous les cas une restriction de prêt au niveau informatique : interdit aux moins de 16 ans ? Ou moins de 18 ? Jusqu’où engageons-nous notre responsabilité si un parent venait à se plaindre que l’on ait prêté ce livre à son enfant mineur ?

Ce livre est dur, sans espoir, violent, et pourtant pas si mal fait. Et parle aussi d’une réalité, peut-être pas si fréquente, mais qui existe. Mais est-ce vraiment à donner à lire à des adolescents ? Je fais finalement le choix de le basculer en section adultes et de l’interdire aux moins de 16 ans (sans mention apparente sur le livre, au niveau informatique uniquement). Je ne suis pas certaine que ce livre trouve sa place, du moins son lecteur.
Toujours est-il que si j’avais accepté la proposition de ma libraire jeunesse, je ne l’aurais effectivement pas acheté après lecture pour la bibliothèque. 

voir l’article de Blandine Longre sur sitartmag qui propose également d’autres liens : http://www.sitartmag.com/adole.htm 


à voir également cet article de Claude André sur le site de Citrouille qui aborde la loi de 1949 et ces nouvelles collections dont ce livre.
 


Sarbacane, coll. EXprim, 2008, 135 pages, prix : 8,50 €

Ma note : 3/5
Crédit photo couverture : éd. Sarbacane.

Voir les commentaires

L'agenda - Hélène Montardre

11 Avril 2008, 20:45pm

Publié par Laure

Jérémie trouve un agenda scolaire dans la salle des revues au CDI de son collège. Son propriétaire n’a pas rempli la page d’identité / adresse, ou l’a fait avec des informations complètement farfelues. Jérémie emporte l’agenda chez lui et le lit à petites doses, quelques pages chaque jour, car ce carnet est rempli de petits mots, de petits dessins, de collages, assurément, c’est un truc de fille. L’adolescent commence à observer ses camarades, mène son enquête discrètement en recoupant les prénoms pour essayer de deviner qui est la propriétaire de ce carnet vert, d’autant qu’il croit comprendre que la jeune fille a perdu sa mère.

 

Et puis quelques pages avant la fin… renversement surprenant, l’auteur nous a bien mené en bateau, et ça, j’adore ! Je me suis fait avoir en beauté : ah la force d’un roman, c’est quelque chose quand même ! Du coup le récit prend une tout autre perspective, offrant une réflexion intéressante sur le deuil, la solitude, l’amitié, le manque, l’adolescence, l’imagination.

Une réussite bluffante !

Le texte joue aussi de la typographie pour faire plus véridique, c’est secondaire mais ça plaira sans doute aux jeunes lecteurs, du moins ça illustre le texte, le rend plus léger ou attractif.

 

A conseiller dès 12 ans. (et pas seulement aux filles !)

 

Rageot romans, avril 2007, 122 pages, prix : 5,90 €

Ma note : 4/5

Crédit photo couverture : éd Rageot.

Voir les commentaires

C'est arrivé à Lucile - Anne-Laure Boselli

29 Mars 2008, 10:12am

Publié par Laure

Premier roman.

 

Une nuit, Lucile appelle son amie Alexia. L’adolescente de seize ans dort et ne veut pas répondre. Le message qu’elle trouve la réveille immédiatement et la bouleverse : le père de Lucile est décédé subitement. Comment aider sa meilleure amie ? Que dire ? Que faire auprès d’elle ?

 

Sur un temps très court et avec une économie de moyens assez impressionnante, Anne-Laure Boselli nous propose un roman sensible et délicat sur l’impuissance face à la mort, mais sur l’importance de l’amitié. Plus que les phases du deuil qui n’ont pas le temps ici d’être développées, c’est sur cette impuissance et maladresse d’Alexia que l’auteur insiste. La jeune fille « se sent nulle », ne sait pas quoi dire à son amie, ne sait pas comment la soutenir, mais elle est là, même désemparée, elle a répondu présente à son appel, et c’est cela qui est important. 

 Extrait p. 53 : « Les deux amies se regardent en silence. Dans leurs yeux, défilent quinze années de jeux, de rires et de larmes, de secrets partagés. Elles se sourient. Elles fixent dans le passé, pour l’éternité, leurs souvenirs d’enfants. Il y aura un avant et un après ce moment, elles le savent. Après, il n’y aura plus d’insouciance, plus de légèreté. Après, la vie ne sera plus aussi belle. L’enfance sera restée derrière, comme un livre que l’on a trop tôt refermé. La mort l’a emporté avec lui, alors que l’encre n’était pas sèche et qu’il restait des pages à écrire. »

 p. 89 : « […] J’ai perdu mon père et ça ne va pas. Oui, je pleure. Oui, ça fait mal. Non, je ne vais pas l’oublier avec le temps. Jamais. Jamais. Jamais. Je ne veux pas. Il est dans mon cœur. Il reste dans ma tête. Dans mon corps. Je suis née de lui, je suis une part de lui. Je suis faite de lui… »

Un livre coup de cœur de Ricochet, dès 12 ans.
Un livre que j’ai acheté pour Camille, évidemment. 

Ed. Alice jeunesse, janvier 2008, 92 pages, prix : 8 €
Ma note : 4,5/5
Photo couverture : Rik Wouters, Portrait de Nel Wouters (détail)

Voir les commentaires

Les baisers des autres - Carine Tardieu

15 Janvier 2008, 14:13pm

Publié par Laure

baisers-des-autres-copie-1.jpgA l’origine, les baisers des autres est un court métrage, écrit et réalisé par Carine Tardieu. Un projet né 3 mois après le décès de sa mère, qui est devenu une aventure formidable, et un film de 13 minutes 30, avec Noémie Develay dans le rôle de Sandra, Didier Agostini dans le rôle de son père, et Isabel Otero dans le rôle de sa mère. Romane Bohringer assure la voix off de Sandra. Le film remporte de nombreux prix.

En 2003, Carine Tardieu est contactée par la directrice d’Actes Sud Junior pour tirer de ce court métrage une novellisation de 90 pages. Et voilà l’ouvrage. Plus ample, plus dense.
 

Sandra, donc, est une collégienne de 15 ans. Les baisers des autres la dégoûtent, peut-être parce qu’elle les envie aussi. Mal dans sa peau, elle souffre de son surpoids, de sa boulimie, de n’être pas jolie (enfin, de se croire pas jolie), elle est toujours effacée devant les autres, même si intérieurement elle revendique son droit de ne pas être et penser comme tout le monde.

Un père assez distant hormis un baiser rituel matin et soir, une mère dépressive, un frère qui ne lui sert pas vraiment de confident, bref, Sandra a une adolescence timide et douloureuse.

Bien écrit, on se prend vite dans l’histoire de Sandra, mais voilà, on nous fait un peu la totale :  ado isolée, sans amis, trop grosse, boulimique, une mère dépressive, puis un cancer, puis un décès : la barque n’est-elle pas un peu chargée sur seulement 90 pages ? 

Le scénario en ligne  

Actes Sud Junior, coll. Ados, ciné roman : Livre + DVD, avril 2003 (rééd. 2006), 101 pages, prix : 8 €

Ma note : 3,5/5

Crédit photo couverture : éd. Actes Sud et Amazon.fr

Voir les commentaires

La fille du papillon - Anne Mulpas

11 Janvier 2008, 10:34am

Publié par Laure

fille-du-papillon.jpgVoici un roman qui plaira à toutes les adolescentes de plus de 13-14 ans, qu’elles soient amoureuses… ou pas !

Solveig, 16 ans, vit seule avec son père depuis la mort de sa mère. Elle n’a jamais compris l’intérêt de tenir un journal intime, cette mièvrerie sirupeuse pour fillettes qui pleurnichent dans leur « cher journal », jusqu’à ce que… Solveig rencontre « Le Monde », charmant jeune homme qui rend visite régulièrement à son grand-père juste en face de chez elle.

Commence alors le « cher écran » *, car oui, Solveig vit avec son époque, elle tapote directement sur son clavier d’ordinateur. Et puis Solveig est une adolescente comme les autres, et les relations avec sa meilleure amie Manon, dite la Ni, ne sont pas toujours du goût de leurs parents, surtout quand elles sèchent les cours ou rentrent ivres mortes. De même Solveig n’est pas près d’accepter qu’une des nombreuses conquêtes de son père (d’où « la fille du papillon ») vienne remplacer sa mère. D’ailleurs, cette place N’EST PAS remplaçable.

Et que c’est compliqué la distance quand on habite Reims et que votre amoureux habite Châlons, que c’est pénible quand votre père vous prive de sortie alors que vous ne rêvez que d’une chose : un baiser du « Monde »…  Et la première fois ? C’est tout aussi tentant qu’effrayant, non ?

Un joli roman vif et frais, romantique et réaliste, sentimental et violent, un vrai joli reflet de l’adolescence amoureuse d’aujourd’hui. A lire sans hésiter !

* Solveig ne dit jamais « cher écran » mais je fais volontairement des allusions aux ouvrages de Philippe Lejeune

Lu aussi par Elfe.

 

Ed. Sarbacane, coll. Exprim’, sept. 2006, 217 pages, prix : 9 €

Ma note : 4/5

Crédit photo couverture : ©Image source Limited, éd. sarbacane et Amazon.fr

Voir les commentaires

La fille qui ne digérait pas le divorce de ses parents - Ellen Willer

15 Décembre 2007, 17:08pm

Publié par Laure

ellen-willer-divorce.jpgPetit roman ados sur le divorce, je me suis un peu trompée dans le choix de ce livre que je destinais  à ma fille de 11 ans (qui l’a lu avant moi et l’a trouvé « bof »). Après lecture, je le conseillerais plutôt aux filles de 14 ans, les préoccupations amoureuses qu’il traduit me semblant bien plus proches de leur âge que de celui de ma fille encore trop jeune. (Alors qu’elle lit d’autres Médium sans soucis).

Louise a 16 ans, un frère jumeau Etienne, et un petit frère Charles, et elle supporte difficilement le divorce de ses parents, leur père ayant choisi de vivre une nouvelle vie ailleurs. Son mal-être se traduit par de fréquents vomissements. Jusqu’au jour où Louise rencontre Nicolas, qui a le double de son âge, et qu’elle croit être le petit ami de sa mère, alors qu’elle-même n’est pas insensible à son charme.

Il y a clairement deux parties dans ce roman : celle traitant du divorce, que je trouve très réussie, sonnant juste, sans pathos, parfaitement décrite, jusque dans la marâtre, nouvelle belle-mère peu appréciée des enfants, et celle qui parle du désir de Louise pour Nicolas, avec cette ambiguïté peu fréquente : peut-on partager le même amoureux que sa mère ? Bien sûr il y a ce que Louise imagine et la réalité… et tout est bien qui finit bien !

Même si cette deuxième partie va guérir Louise de ses malaises et l’ouvrir à un autre avenir que celui terni par le divorce de ses parents, j’ai senti une cassure entre les deux thèmes. Plus qu’un livre sur le divorce vu par des adolescents qui en sont victimes, c’est d’abord la crainte du premier amour et toutes les émotions que celui-ci remue dans le cœur de Louise dont il est question. Je me suis donc sentie, de par le titre, un peu trompée sur la marchandise. Et l’ambiguïté sur la relation éventuelle entre Nicolas et la mère de Louise ne m’a pas paru très à-propos, un peu inutile en quelque sorte, même si elle évite alors de conclure trop béatement et trop vite sur l’idée que le flirt sauve de la souffrance…

 

EDL coll. Médium, mars 2007, 137 pages, prix : 9 €

Ma note : 3/5

Crédit photo couverture : Ecole des Loisirs et Amazon.fr

Voir les commentaires

Mais qu'est-ce qu'on va bien faire de toi ? - Jean-Paul Nozière

28 Octobre 2007, 20:37pm

Publié par Laure

noziere-faire-de-toi.jpgCamille a 15 ans quand s’ouvre le roman. Toujours surnommé Fanfan par ses parents, il vient d’échouer au concours d’entrée à l’école normale. On est dans les années 50, c’est le  drame pour les parents de Camille, tous deux enseignants. Mais qu’est qu’on va bien faire de toi ? !

Les chapitres suivants reviennent en arrière, un pour chaque âge, un pour chaque année scolaire. 12 ans, Camille est interne en classe de 5ème. C’est une année difficile pour lui, comment affronter un pensionnat quand on souffre d’énurésie et que le pion est un vrai tyran ? Brimades collectives, c’est aussi la solidarité entre camarades, l’amitié avec un élève un peu étrange, fils d’un consul suédois, Ingvar Mielsen. 14 ans, c’est aussi les rêves de filles (le collège n’est pas mixte !) et les lectures interdites, des polars de la série noire !

Camille a aussi un grand frère qui réussit haut la main, mais jamais ne laisse tomber son petit frère : une belle complicité les unit dans la dérision. Le dernier chapitre revient aux 15 ans, et ouvre sur une nouvelle vie…

Un beau petit roman d’apprentissage, souvenirs d’adolescence d’une autre époque, mais qui dans sa tendresse, son humour et sa force parlera à tous.

 

éd. de la Martinière jeunesse, coll. Confessions, 2005, 202 pages, prix : 8,50 €

Ma note : 3,5/5

Crédit photo couverture : éd. de la Martinière et Amazon.fr

Voir les commentaires

Je mourrai pas gibier - Guillaume Guéraud

9 Octobre 2007, 05:01am

Publié par Laure

je-ne-mourrai-pas-gibier.jpgMortagne, petit village de 1249 habitants. Sa scierie, et ses vignes. Ses deux clans, et le maire-pharmacien au milieu. Un passe-temps principal : la chasse. Son dicton : Je suis né chasseur, je mourrai pas gibier ! Et puis les bandes de jeunes, les luttes de clans, les beuveries, et Frédo Lopez qui tabasse Terence, le « pleu-pleu » du village, pour se défouler. Comment un garçon sans histoires, qui ne supporte plus cette ruralité étriquée, ce monde de « bourrins » avinés, bascule dans la folie meurtrière et tire à bout portant sur sa propre famille et ses invités au mariage de son frère ?

On pense inévitablement aux faits divers qui font l’actualité, on ressort chamboulé et glacé de ce roman, pourtant, quel talent ! Parce qu’il n’a pas supporté la bêtise de son entourage, il a perdu pied… Un récit à la première personne, qui commence dans le car de police qui l’emporte, et qui revient sur les événements.

Un style efficace, un récit d’une force et d’une brutalité rare, et pourtant, un excellent roman. Parce que la vie non plus n’est pas toujours rose bonbon.

  

Lauréat du Prix Sorcières 2007 dans la catégorie romans ados. 

Elles l’ont lu : Sylvie
, Clarabel , ...

  

Ed. du Rouergue, coll. DoAdo noir, janv. 2006, 75 pages, prix : 6,50 €

Ma note : 4,5/5

Crédit photo couverture : éd. du Rouergue et Amazon.fr

Voir les commentaires

Un endroit pour vivre - Jean-Philippe Blondel

6 Octobre 2007, 09:42am

Publié par Laure

endroit-pour-vivre.jpg Par le biais de ce petit roman « ados » je découvre en même temps une nouvelle collection de chez Actes Sud Junior qui m’était passée inaperçue. D’une seule voix, collection dirigée par Jeanne Benameur et Claire David, énonce cette ambition : « des textes d’un seul souffle. Les émotions secrètes trouvent leur respiration dans la parole. Des textes à murmurer à l’oreille d’un ami, à hurler devant son miroir, à partager avec soi et le monde. » Le texte écrit est aéré et imprimé très gros : « la taille du caractère a été spécialement étudiée pour faciliter une lecture à voix haute », précision reproduite à plusieurs endroits dans le livre, sans quoi on pourrait (peut-être) imaginer qu’il s’agit d’un roman léger pour petits lecteurs en difficulté, même au lycée. Je n’ai pas lu le texte à voix haute, mais on peut l’imaginer travaillé en ateliers en solo théâtre. Ce petit texte de Jean-Philippe Blondel est donc le dernier paru de cette collection qui en compte à présent 6
Venons-en à l’histoire : le narrateur est un élève de 1ère, âgé de 16 ans, un peu solitaire, rêveur et contemplatif, qui s’enferme volontiers dans la lecture, un élève sans histoires, mais sans problèmes non plus. Le nouveau proviseur est un pète-sec qui ne veut pas que son lycée soit un lieu de vie, mais un lieu de travail, de labeur et de savoir. Oui aux résultats, non aux flirts dans les couloirs.

Notre élève croit en son lycée comme un endroit pour vivre, et bascule de la lecture vers le cinéma : il se met à filmer (avec leur accord) les baisers tendres de ses camarades, les roucoulades de couples qui « se frottent » dans les couloirs, comme dit le proviseur. Et d’en être très ému. Une fin très …  très … cercle des poètes disparus… !

 

Chat échaudé craint l’eau froide, je me garderai bien de tout commentaire sur cet opus, mais je laisse des extraits parler pour moi, comprenne qui voudra :

 

pp 43-44 : « Devant moi – un baiser.

Un baiser filmé.

Long langoureux mouillé passionné doux violent tendre.

Je regardais la scène. J’étais hypnotisé par leurs peaux. Par la façon dont Sonia s’était collée à son homme. J’en avais la gorge nouée. Je me suis demandé si j’avais déjà été désiré de cette manière-là. »

 

pp. 53-55 : « C’est venu petit à petit. Tandis que je tenais la caméra à bout de bras et que je restais prisonnier du spectacle qui s’offrait à moi. La soie des doigts de Lise, ils amadouent les dieux – calment les peurs – font pénétrer la confiance – un onguent – une pommade. La naissance du visage enfoui de Samuel. Le dessin de son oreille gauche – c’est si fin, une oreille, si fragile – et les mains de Lise comme un murmure – je suis là, ne t’en fais pas, je suis là – il y avait là un tel abandon – le frisson est monté d’au-dessus du nombril – il est remonté le long du torse – un serpent dans les herbes hautes – il s’est lové à la base du cou – et soudain, il est parti à l’attaque des sinus – les yeux ont perlé presque immédiatement – j’aurais pu refouler en gardant le ciel imperturbablement bleu de ce mois d’avril – je n’ai pas pu ou pas voulu – je suis resté là devant le petit carré mouvant – devant les mains de Lise et les mèches de Samuel – j’ai laissé couler ce qui devait couler.

Quand tout a été fini – quand ils m’ont vu – les rigoles sur les joues – Lise s’est approchée. Samuel aussi. Ils m’ont serré dans leurs bras. Longtemps. Sans un mot. Et puis après, nous nous sommes arrachés.

Je sais qu’un morceau infime de leur corps a laissé son empreinte sur ma peau.

Je sais qu’ils m’accompagneront jusqu’au bout désormais. »

 

pp. 70-71 : « Yvan m’a téléphoné dans l’après-midi. Il venait de visionner le DVD. Il a dit : « Il manque quelque chose dans ton film – Quoi ? – Toi. Tu n’apparais nulle part » […] Il enclenche le film et puis soudain, il se détache, il s’approche de moi. De plus en plus près. Son haleine dans mon cou. Les battements de mon cœur. La respiration qui s’accélère.

Et le baiser. »

 

Et le clin d’œil : p.7 : « Mais on m’apprécie. Certaines filles commencent à me tourner autour. Gentiment. Tendrement. Elles me disent que je les comprends. Elles se persuadent toutes seules que je suis sensible. Il n’y a rien pour étayer leurs propos. Je ne montre jamais rien. Je sais très bien me taire. Et observer. C’est ce que j’aime surtout – observer. »  Ce passage m’a fait sourire. Ah il me plaît ce Blondel, quand même ! Même quand… non j’ai dit que ne je commenterais pas.

 

Et si Monsieur Blondel pouvait maintenant m’enlever cette chanson de la tête (oui je sais, j’abuse) : 

Imagine-toi dans une rue toute en ville
Mais avec une lumière comme y a pas chez toi
Et ce s'rait p't-êt' là un endroit pour vivre
Je s'rais bien loin de savoir ou dire
Si l'on verrait des jours ou bien meileurs ou pires
Ce s'rait p't-êt' là un endroit pour vivre
Ce s'rait p't-êt' là un endroit pour vivre
 (Un endroit pour vivre, William Sheller)

 

Actes Sud Junior, coll. D’une seule voix, octobre 2007, 77 pages, prix : 7.80 €

Ma note : 4/5

Crédit photo couverture : éd. Actes Sud, © Anne-Marie Adda, et Amazon.fr

Voir les commentaires

<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 > >>