Les jardins d'Hélène

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Un soir, j'ai divorcé de mes parents - Rachel Hausfater

9 Septembre 2009, 10:56am

Publié par Laure

Le jeune lycéen narrateur de l’histoire vient de subir de plein fouet le divorce de ses parents. Il n’en peut plus de voir sa mère effondrée et son père envolé. Alors c’est décidé, il divorce lui aussi, de sa mère, de son père, et de lui-même leur enfant. Profitant de l’absence de communication entre ses parents et du déménagement de son père, il cache à sa mère le fait qu’il ne pourra plus voir son père un week-end sur deux, et profite de ces week-ends libérés pour vivre seul sa vie dans une chambre de bonne familiale, en secret.

Besoin de distance pour se recréer lui-même, pour mûrir plus vite, comme sans doute l’oblige souvent un divorce pour des adolescents.

L’écriture de l’auteur m’a d’abord gênée, trop travaillée, beaucoup de jeux sur les sons, les rimes, la langue, c’est sympathique, mais trop c’est trop, fatigant. Exemple : (p. 19, sur sa mère) « Pendant des heures elle erre, randonneuse en détresse, elle déambule en somnambule, et arpente en aveugle les rues sans issue de notre appartement. Elle tourne en rond, en rien, en vain. Elle ne va nulle part et n’y arrive même pas. Car elle s’est perdue.

Et moi, je l’ai perdue. »

Le texte m’a souvent fait l’effet d’avoir besoin d’être slamé, clamé, déclamé à voix haute. On s’y fait, l’effet se calme un peu ensuite, ou je n’y ai plus prêté attention.

L’histoire est courte et agréable à lire quand même, mais je la trouve au final peu crédible : trop adulte, trop mature, trop de réflexions toutes faites sur le divorce, sensées mais très « magazines psy » vues partout, l’auteur n’a pas su à mon goût s’effacer suffisamment pour laisser vivre son personnage,  du coup il semble déclamer un discours qui n’est pas le sien. Et puis pouvoir vivre aussi longtemps seul les week-ends sans que ses parents s’en rendent compte, mouais…

 

L’avis assez identique de Clarabel

 

Ed. Thierry Magnier, mars 2009, 125 pages, prix : 7,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Claude Cachin et éd. Th. Magnier.

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Les fleurs brûlées - Nadine Monfils

4 Septembre 2009, 07:19am

Publié par Laure

Paris, septembre 1676. Marie-Madeleine vit recluse avec sa chambrière, fuyant la vie et le tumulte de la ville, gardant pour elle son secret : sa mère, la marquise de Brinvilliers, a été guillotinée en place de Grève, pour ses multiples implications dans l’affaire des Poisons. Sa fille, qui porte le même prénom, ne peut accepter les horreurs et meurtres perpétrés par sa mère et n’arrive pas à dépasser ce lourd héritage moral, même si elle n’est en rien responsable des actes de sa mère. Elle vit désormais le plus discrètement possible, même Jeanne sa chambrière ne sait rien de son histoire.

Mais un beau jour, Marie-Madeleine reçoit des colis inquiétants, qui laissent entendre que quelqu’un sait qui elle est et veut lui faire payer les crimes de sa mère.

L’aspect policier du roman (qui envoie ces colis et pourquoi ?) passe vraiment au second plan dans le roman. Le sujet principal me semble plutôt être la « reconstruction » de la jeune femme, le regard qu’elle va pouvoir poser sur sa mère après le soutien et l’affection que lui a apportés La Reynie, Chef de la Police parisienne ayant fait condamner sa mère.

Un roman qui devrait plaire aux jeunes lectrices (dès 12-13 ans quand même) qui affectionnent les romans historiques, car celui-ci notamment part d’une trame réelle, les personnages ayant réellement existé. Seule l’intrigue développée autour du devenir de la jeune Marie-Madeleine est imaginaire.

A la fin du roman, de courtes notices retracent l’affaire historique des poisons et la biographie des personnages (La Voisin, La Brinvilliers, Nicolas Gabriel de La Reynie, Louis XIV…)

Une façon sympathique aussi de réviser l’Histoire !

 

Mijade, 2009, 142 pages, prix : 7 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Guy Servais / Shutterstock et éd. Mijade

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Demain, ça ira mieux - Jean-Paul Nozière

18 Août 2009, 05:51am

Publié par Laure

Dans cette excellente collection de nouvelles chez Thierry Magnier (pour ados et sans limite d’âge !), un nouveau titre : Demain, ça ira mieux. Huit nouvelles percutantes d’un auteur prolifique qu’on ne présente plus : Jean-Paul Nozière.

Des nouvelles variées qui ont le plus souvent pour point commun une triste fin, une chute inattendue (qu’on devine quand même parfois !) mais qui jouent sur l’humour (noir !) pour nous intriguer et nous faire aller de l’avant.

Contrairement à Esmeraldae, la première nouvelle (Triple saut, sur le pari d’un adolescent) est peut-être celle que j’aime le moins, car on en sort frustré : oui la chute est évidente, mais non, on en veut plus, ça ne peut pas finir comme ça ! Mordante ironie du sort ! Petits malfrats ou pédophiles, père endeuillé qui veut voir son fils triompher dans le cyclisme pou revivre sa jeunesse par procuration, jusqu’au drame (On va gagner), les chutes sont toutes terribles, mais la lecture est rendue légère par le plaisir qu’on y prend !

 

L’avis de Sophie Pilaire sur Ricochet 
 

Le site de l’auteur 

 

Thierry Magnier, coll. Nouvelles, juin 2009, 179 pages, prix : 9,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Marion Bataille et éd. Th. Magnier

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En secret - Arnaud Tiercelin

10 Août 2009, 14:12pm

Publié par Laure

Alors qu’il s’apprête à vendre la maison de ses parents décédés, Léo retrouve son journal dans sa chambre d’adolescent. L’occasion d’un retour en 1995, quand il avait 13 ans, était blanc comme un cachet d’aspirine et musclé comme une mouche, qu’il était hypersensible et toujours à fleur de peau, qu’il rêvait de devenir écrivain au point d’y consacrer tous ses mercredis après-midi, sans grand succès d’ailleurs. Plus qu’un journal, c’est une longue lettre à Cédric, ce garçon qui lui manque tant et dont on ne sait pas tout de suite qui il est, quel lien il y avait entre eux. L’écriture est le seul moyen qu’a trouvé Léo pour faire taire ces voix qui le hantent et pour libérer cette déception concernant cette Sophie qui ne le comprend pas, c’était pourtant bien une lettre d’amour qu’il lui a donnée !

Un roman fin et délicat, un peu mélancolique, placé sous l’influence d’Arnaud Cathrine et d’Olivier Adam (pour les thématiques de la mort, du deuil, de la solitude, de l’amour adolescent, …), d’ailleurs Arnaud Tiercelin les remercie à la fin, et va même jusqu’à terminer son roman par un extrait de Mon démon s’appelle Martin, d’Arnaud Cathrine. Il n’égale pas encore les maîtres, mais il en prend la voie. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. En secret est son premier roman publié (je crois...)

 

A découvrir dès 13 ans.

 

Le blog de l’auteur
Un nouveau titre à paraître le 9 novembre 2009 : S’échapper ici. (voir sur son blog ou sur le site de l'Ecole des Loisirs)

 

Ecole des Loisirs, coll. Medium, mars 2009, 167 pages, prix : 9,50 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Sereg et éd. L’école des loisirs

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On s'est juste embrassés - Isabelle Pandazopoulos

26 Juillet 2009, 05:56am

Publié par Laure

Aïcha vit dans une cité de banlieue parisienne, seule avec sa mère depuis que son père les a mystérieusement quittées sept ans auparavant, elle a 15 ans, elle est née en France, c’est seulement son nom qui est arabe. Au collège, elle a une meilleure amie : Sabrina Boussaïd. Son quotidien bascule le soir où elle embrasse Walid, le grand frère de Sabrina. Celui-ci se vante de plus, elle a beau nier : « on s’est juste embrassés », rien n’y fait, le déshonneur circule plus vite que la vérité.

Plus qu’un roman sur les jeunes filles maghrébines de banlieue, c’est d’abord un roman sur les racines, Aïcha ne pourra pas avancer dans la vie tant qu’elle n’aura pas dénoué son histoire familiale. Bien des points sont secrets : les non-dits de sa mère, les raisons de son épuisement et de son mal-être, et il faudra du temps aux uns comme aux autres pour que les fils se retissent, dans la vérité cette fois.

Un roman intéressant qui mêle peut-être un peu trop de thèmes (fallait-il vraiment que le jeune Koto, fidèle ami d’Aïcha, soit un malien sans papiers ?) Honneur de la famille, incompréhension des jeunes filles qui veulent vivre à l’Occidentale, résignation, mal-être de l’adolescence, génération post-immigration, premier flirt, première fois, absence du père sont des éléments de ce roman simple et touchant, à proposer dès 13 ans.

 

p. 27 : « Ma mère détestait me voir lire, alors j’évitais qu’elle le sache. C’était comme une maladie honteuse, comme le plaisir que l’on se donne à soi-même, ou les larmes, je faisais ça en cachette. »

 

Lu aussi par Clarabel, Karine, Gawou, Bellesahi , Cathulu, Lael, (pardon si j'en oublie, je n'ai pas encore trouvé le moteur parfait qui recense tout le monde !…)

Nota : je n'ai jamais été contactée par la mystérieuse Véronique de chez Gallimard Jeunesse à qui de nombreux billets font référence, pour ma part, c'est un livre de la bibli.
 

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, juin 2009, 157 pages, prix : 8 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Luc Beziat et éd. Gallimard jeunesse

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Jeu de mains - Adeline Yzac

12 Juin 2009, 05:48am

Publié par Laure

Valantin (oui, avec 2 a) est en classe de seconde et a à peine 15 ans, non qu’il ait une année d’avance, mais il est de la fin de l’année, 14 ans et 10 mois, quoi… Valantin est comme tous les garçons de son âge : curieux et angoissé face à sa sexualité naissante, et pour tout dire obsédé. Mater les filles et se masturber, voilà qui occupe la quasi-totalité de son temps, du moins de ses pensées ! Mais cet après-midi-là, dans une papeterie près de la place du Capitole à Toulouse, Valantin achète une paire de ciseaux, des ciseaux rouges, pointus, qu’il choisit longuement, méticuleusement.

Adeline Yzac réussit là un double exploit : celui de parler ouvertement et clairement de la masturbation masculine adolescente pendant 110 pages, sans jamais être vulgaire ou graveleuse, et celui de faire mine de nous mener quelque part pour nous conduire finalement tout à fait ailleurs. Car au fil des pages, la tension monte, à force de nous parler du tranchant de ses lames et du courage qu’il va lui falloir, Valantin nous stresse un peu quand même, sur l’utilisation qu’il compte faire de ses nouveaux ciseaux ! Or la chute est surprenante, vraiment bien conduite !

J’ai aimé également le regard porté par l’adolescent sur ses parents, c’est tout à fait ça !

 

A conseiller dès 14 ans.

 

J’avoue tout de même que la médiation de ce livre n’est pas évidente. J’ai un fils de 14 ans et 10 mois et quelques (comme dans le livre quoi) et je ne me vois pas le lui offrir. Parce que les garçons de 14 ans ne lisent pas, ou pas de romans (parce que ce n’est pas vrai qu’ils ne lisent pas !), et que c’est un sujet qu’une mère ne sent pas d’aborder si facilement. N’y aurait-il pas dans le coin une mamie moderne qui dirait nonchalamment : tiens, je ne l’ai pas lu, mais mon libraire me l’a vivement conseillé pour les jeunes de ton âge, ou un parrain bienveillant, je ne sais pas moi, parce que même si je le laisse traîner sur le canapé, j’ai plus de chances qu’il  soit lu par mes filles ou qu’il serve de coussin au chat que de se retrouver entre les mains de l’adolescent en question. Adolescent qui ne nous plaignons pas, après avoir lu Schopenhauer ( !), m’a demandé les Misérables, a failli le regretter quand je lui ai ramené les 1800 pages imprimées en caractère taille fourmi des deux tomes en Folio, mais qui s’est remis à lire après 2 ou 3 ans de désert sidéral (informatique, surtout), des trucs qu’il pioche je ne sais où mais en tous les cas pas au collège (parce qu’à chaque fois que je lui demande quel prof a parlé de ce livre, il me répond que non, c’est sur Internet avec les copains). Parce qu’il n’y a que lui pour lire le laboratoire des poisons sous un cocotier à la Réunion (quand sa mère lit Gala ou Voici quoi, n'est-ce pas Véro ?) et Kesey, Vol au-dessus d’un nid de coucou dans les TGV pour aller chez son père. Finalement, je suis comme la mère du livre : il est bien mon fils !

 

L’avis de Laurence, du Biblioblog  et celui de Clarabel.

 

Ed. du Rouergue, coll. DoAdo, 110 pages, janvier 2009, prix : 7 €

Ma note :

Crédit photo couverture : © Marion Bataille et Le Rouergue

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Be safe - Xavier-Laurent Petit

11 Juin 2009, 09:58am

Publié par Laure

Oskar, 16 ans, est un ado comme les autres, au sein d’une famille américaine, passionné de rock, il joue d’ailleurs de la basse et espère monter un groupe avec son frère aîné, Jeremy, 18 ans. Mais Jeremy, en quête d’un emploi, s’engage dans l’armée où il espère devenir constructeur de ponts. Le père semble peu enthousiaste face à ce départ mais ne dit mot.

Très vite, Jeremy se trouve confronté à une réalité qu’il n’avait pas pressentie : repéré comme excellent tireur, il ne construira jamais ses fameux ponts, mais se retrouvera sur le front et l’horreur de la guerre d’Irak.

Le roman est intelligemment construit : face à l’histoire légère d’Oskar qui vit sa vie d’ado et une histoire d’amour timide avec Marka (ils créeront d’ailleurs leur groupe de rock tous les deux) se trouve le contrepoint violent des emails de Jeremy à son frère. Si aux parents Jeremy envoie des lettres rassurantes, à son frère il ne cache pas la réalité de la guerre. Il termine chaque mail par la même phrase, leitmotiv des soldats : « be safe », qui signifie « reste en vie ».

Les personnages secondaires sont également intéressants, particulièrement le père, qui cache un secret vite découvert par ses fils : il a connu les horreurs de la guerre du Vietnam. Leur relation est vraiment bien vue, entre volonté de protéger et besoin d’expliquer quand même ce que fut sa réalité. La grand-mère, qui débarque de temps en temps avec ses romans d’amour à l’eau de rose, apporte une touche d’humour au roman, alors qu’elle y tiendra un rôle important plus grave. Et sans parler des amis et jeunes voisins qui ne reviendront pas forcément, de l’angoisse de leurs familles.

Roman engagé, qui allie à la fois simplicité de l’histoire occidentale d’Oskar (qu’on peut d’ailleurs trouver un peu édulcorée, idéaliste, peu crédible) et profondeur et gravité de la réalité irakienne de Jeremy. A noter que tout au long du roman, aucun lieu n’est cité, on pourrait très bien ne pas savoir où ça se passe, mais les éléments de l’histoire sont suffisamment limpides pour qu’on identifie très bien de quoi il est question.

 

Ce roman ado faisait partie de la sélection (avec 9 autres titres) du Prix des Lecteurs 13-16 ans de la Ville du Mans et du département de la Sarthe pour l’année scolaire 2008-2009. Près de 1800 collégiens ont lu  les 10 ouvrages et voté, et le résultat a été proclamé hier au Palais des Congrès et de la Culture du Mans, en présence des principaux organisateurs : la médiathèque Louis Aragon (ville du Mans), l’association des 24 heures du livre, la Bibliothèque Départementale de la Sarthe, et pardon si j’en oublie… Relayé par les bibliothécaires, les documentalistes, les enseignants, nombreux étaient présents hier. Vous aurez bien évidemment compris que le prix de cette 12ème édition des Lecteurs 13-16 ans du département est allé à Be safe, de Xavier-Laurent Petit.

La 11ème édition avait couronné l’an dernier le combat d’hiver de Jean-Claude Mourlevat. Une chose est sûre : nos collégiens ont un goût sûr et sont réceptifs à la grande qualité littéraire des ouvrages proposés !

Après l’ouverture de quelques cadeaux et quelques échanges avec les collégiens qui l’ont interrogé sur son roman, Xavier-Laurent Petit a expliqué que ce prix était désormais le 14ème qu’il recevait pour be safe. (Et ce n’est sans doute pas terminé !). D’ailleurs, les collégiens d’à côté lui ont aussi attribué leur prix il y a quelques semaines à Sablé-sur-Sarthe. Preuve en est, si besoin était, que ce roman est excellent et a su toucher ses lecteurs.

 

Chaque année, la remise du Prix s’ouvre d’abord sur un spectacle (avant le suspens final !), et les tranches de vie proposées hier par le conteur Olivier Hedin et le musicien Jean-Baptiste Feuillet étaient particulièrement vivantes, drôles, et réussies. Même si elles vont à présent s’appeler Enfin tranquille ! (Cherchez pas, quel que soit le titre, on adore !) On serait bien restés plus longtemps en leur compagnie ! Plein d’infos sur son myspace : notamment si vous êtes du côté d’Aurillac cet été, ou dans l’ouest à l’automne.

 

Voilà, on attend à présent la sélection 2009-2010, qui ne devrait pas tarder… J

 

 

Ecole des Loisirs, coll. Medium, juin 2008, 259 pages, prix : 10,50 €

Ma note :

Crédit photo couverture : © Franck Juery et éd. L’école des loisirs

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Miss Charity - Marie-Aude Murail

8 Juin 2009, 15:19pm

Publié par Laure

Londres, 1875. Charity Tiddler a 5 ans, et c’est une petite fille qui se sent bien seule. Elle se réfugie dans son petit monde animalier, où elle apprivoise souris, lapins, canards, et autres corbeaux. Ce n’est pas du goût de ses parents, surtout de sa mère qui n’a guère de paroles aimables pour elle, mais Charity s’épanouit ainsi, tout en dessinant ses animaux.

Hommage évident à Beatrix Potter et à son lapin Peter, hommage au roman victorien, à Dickens, Austen, Brontë, Shakespeare … ce bon et gros roman de Marie-Aude Murail est un chef-d’œuvre : délicatement illustré par les aquarelles de Philippe Dumas, il bouleverse les publications de l’Ecole de Loisirs puisqu’il n’exige pas moins qu’un grand format exceptionnel ! Plus de 560 pages où tout est de qualité : l’objet, le papier, l’illustration, le récit… On suit avec plaisir la petite Charity jusqu’à l’âge adulte, côtoyant Oscar Wilde et Bernard Shaw, la société victorienne de la fin du XIXème siècle où toute jeune fille non mariée est suspecte. Indépendance de la femme, liberté de création, monde de l’édition, et déjà… fortune des produits dérivés, voilà quelques uns des thèmes abordés dans ce livre. Histoires d’amour aussi, bien sûr, en plus des nombreuses références aux personnages cités plus hauts.

Ce qui m’a toujours soufflée dans ce genre de romans, c’est le talent à plonger et à rendre vraisemblable une époque, alors que la période d’écriture est pourtant tout ce qu’il y a de plus contemporain, ce livre ayant été publié en 2008.

Bourré de références, il n’en reste pas moins aisé à lire, et très plaisant.

A conseiller dès 12 ans et sans limite d’âge, même s’il entre dans la catégorie 12-16 ans sur le catalogue de l’école des Loisirs.

 

Déjà lu par une bonne partie enthousiaste de la blogosphère (suis un peu fainéante pour chercher tous les liens)

 

La critique de Catherine Gentile sur Ricochet

 

L’école des Loisirs, septembre 2008, 562 pages, prix : 24,80 €

Ma note :

Crédit photo couverture : © Philippe Dumas et éd. Ecole des Loisirs

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Moi je - Arnaud Cathrine

17 Avril 2009, 06:59am

Publié par Laure

Moi je, c’est le père de Doriand, adolescent de 16 ans. Ils vivent seuls depuis que leur mère (et ex femme) est partie vivre à quelques pâtés de maisons de là, huit ans auparavant.

p.12 : « Je vous présente « Moi Je ». Avant je l’appelais papa, mais, franchement, je ne le reconnais plus. Alors c’est « Moi Je ». Mon père n’est plus mon père. Mon père est devenu en quelques heures un être terriblement autocentré et ennuyeux. Traduction : papa vient de commencer une psychanalyse chez un certain Robert. Il affiche un enthousiasme qui lui donne un air bête. Surtout il ne parle plus que de lui. »

On l’aura compris, ce père est en pleine crise existentielle et Doriand a déjà bien assez à faire de sa vie que d’avoir en plus à être le pilier de secours de son père. Car Doriand est amoureux de Julie, et il essaie de lui écrire, car il aimerait bien franchir le pas avec elle, cette fameuse première fois pour laquelle il est matériellement équipé. « Julie, je t’aime, mais tu n’apprendras rien : j’ai dû te le dire 35 282 fois depuis qu’on s’est embrassés la première fois. Et je voudrais faire l’amour avec toi, j’ai tout le matériel. » Pas très romantique pour parler des préservatifs sous le lit mais bon, c’est pas si facile d’écrire une lettre à son amoureuse hein ! Julie ne répond pas, et part en voyage à San Francisco. Doriand est un peu désespéré. Echanges de SMS avec son copain Sylvain, discussions avec sa mère, réflexion intérieure et début de roman, on suit d’un œil malicieux le chemin qui a des allures d’échec de Doriand. Rassurez-vous, ça finira bien. Malicieux parce que je ne sais pas pourquoi, j’associais souvent dans l’idée Arnaud Cathrine et Olivier Adam comme écrivant des romans ados assez tristes, douloureux, tournant autour de la mort et de la dépression. Et là surprise, j’ai éclaté de rire pas mal de fois, ce petit roman est bourré d’humour et de boutades bien à propos. Et Cathrine se moque de lui-même avec ce père qui écrit des romans que Doriand refuse de lire, des romans intitulés La route de Baya, mon démon s’appelle Martine, les Vies de Mika… , alors que Cathrine a écrit respectivement La route de Midland, Mon démon s’appelle Martin, Les Vies de Luka… C’est le genre de clins d’œil que je trouve toujours sympas ! Bref, Arnaud Cathrine m’a agréablement surprise avec ce roman alors que j’étais restée sur ma faim avec Vendredi 13 chez tante Jeanne et Mon démon s’appelle Martin…Bien sûr à la longue, le Moi Je de l’histoire devient un peu Doriand quand même, mais c’est un beau parcours entre adolescence et indépendance, prise en main de sa propre vie, un enfant, même adolescent, n’a pas à être le parent de son père…. Sans oublier les titres de chapitres savoureux et Daho en musique de fond.

 

Dès 14 ans je dirais…

 

Ecole des Loisirs, coll. Medium, mars 2008, 123 pages, prix : 8,50 €

Ma note :

Crédit photo couverture : © Franck Juery et EDL

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Les parents de Mélie - Corinne Albaut

9 Avril 2009, 07:39am

Publié par Laure

En 2002 paraissait le titre Mal à ma mère, sous le nom de Clara Vidal. Ce titre m’avait profondément émue, pour des raisons toute personnelles. Vous trouverez ici mon commentaire de l’époque.

Aujourd’hui, Corinne Albaut republie ce livre sous son vrai nom cette fois, et le prolonge d’une seconde partie : Paix à mon père.

Mal à ma mère décrivait la descente aux enfers d’une enfant (puis adolescente) victime de la violence psychologique de sa mère, Paix à mon père décrit la colère et l’incompréhension de cette enfant devenue adulte devant la faiblesse et la lâcheté de son père. Pourquoi n’intervenait-il pas ? Pourquoi préférait-il fuir et la laisser ainsi dans sa souffrance et son désarroi, elle sa fille ? S’il était aussi victime de la tyrannie de sa femme, il était adulte et pouvait (devait) réagir. C’est devant son lit de mort que Mélie revisite son enfance avec ce père trop souvent absent, à qui elle en veut terriblement. Mais sa veillée funéraire lui permettra, même en l’absence de réponse, de mieux le comprendre et de lui pardonner. Pour trouver enfin la paix.

Un texte rare sur un sujet rare, mais si juste du début à la fin.

 

Je ne saurais dire à l’auteur combien ce livre a une place précieuse dans mon cœur.


Dès 13 ans
 

Ed. Syros, coll. les uns les autres, août 2008, 169 pages, prix : 10 €

Ma note :

Crédit photo couverture : © Mathilde Aubier et éd. Syros

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