Les jardins d'Hélène

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Comme des trains dans la nuit - Anne Percin

23 Janvier 2011, 17:07pm

Publié par Laure

 

comme-des-trains-dans-la-nuit.jpgPeu après Comment (bien) rater ses vacances, fort drôle et vitaminé, Anne Percin montre à nouveau toute l'étendue de son talent à travers quatre nouvelles au ton très différent, tant entre elles que par rapport au roman cité précédemment, mais qui ont pour point commun de mettre en scène des duos d'adolescents.

La première nouvelle éponyme au titre du recueil m'a totalement soufflée, agrippée, remuée. Une bombe amorcée dont on guette l'explosion sans bien savoir quand ni comment elle va sauter. Une tension croissante au fil du récit, un réalisme très réussi de la description de cette « Planète bouse » où deux jeunes ados que beaucoup de choses opposent vont devenir pyromanes, réunis par Could you be loved de Bob Marley. Cette nouvelle, je pourrais la relire vingt fois et la trouver toujours aussi effroyable, extraordinaire de justesse, parfaite en tous points. (et penser à chaque fois à certains romans de Guillaume Guéraud pour l'effroi d'une violence ordinaire).

Du coup... les trois autres nouvelles ont glissé sur moi sans vraiment m'accrocher, trop différentes, moins fortes, je ne sais pas... je dis ça et en même temps j'ai toujours en mémoire la première nuit d'amour de Tony et Naïma (dans Loin des hommes), singulière et douce, sans doute la nouvelle la plus optimiste du recueil. La troisième nouvelle (Nirvana) dans le Londres des années 90 où deux ados découvrent l'art et la vie en pleurant la mort de Kurt Cobain ne m'a pas touchée du tout. La dernière, La Forge, remonte l'histoire plus cruelle de Julien et Christine, deux cousin-cousine si différents et pas tant que cela non plus, qui se libèrent de l'emprise d'un père/oncle tyran sur fond de mai 68. Avec au bout du tunnel la lumière...

 

(dès 14 ans)

 

Anne Percin le souligne : en dépit de la collection, choix éditorial, ce n'est pas que pour les ados !

 

La librairie du Parc / Actes Sud en a fait son coup de coeur.

 

Rouergue, coll. DoAdo, janvier 2011, 119 pages, prix : 9,50 €

Crédit photo couverture : © Dorothy-Shoes et éd. du Rouergue

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Comment (bien) rater ses vacances - Anne Percin

30 Décembre 2010, 14:36pm

Publié par Laure

 

comment-bien-rater-ses-vacances.jpgMaxime a 17 ans, l'âge où l'on n'a plus très envie de partir en vacances avec ses parents, surtout quand ceux-ci ont décidé de faire le GR 20, alors si en plus il a le soutien inespéré de sa petite sœur qui n'a aucune envie elle non plus d'aller crapahuter chez les Corses, ce sera vacances tranquilles chez Mamie, au Kremlin (Bicêtre), pendant que la soeurette fera une colo poney en Bretagne. Glandage assuré tous les jours devant l'ordi, suffit d'aider un peu mamie dans sa confection de cerises à l'eau de vie en grimpant à l'arbre. Mais ce plan idyllique n'avait pas prévu que mamie ferait une crise cardiaque et changerait l'été de Maxime...

 

Ce qui est sûr, c'est que Maxime est survolté à l'humour, et que c'est un plaisir de le suivre ! Pro de la guitare et du chat (du quoi déjà : clavardage ?) sur SpaceBook® (17 ans quoi), ses expériences culinaires valent aussi à elles seules le détour ! Un roman tonique, drôle, sensible juste comme il faut, pas déprimant, critique (ah l'arrestation en règle....), musical (la playlist de Maxime est en bonus à la fin) et qui finit bien ! Et y a même un chat, un vrai, Hector, qui a tout compris à l'opportunisme de la vie de chat : c'est bon la macreuse !

 

Tout comme Cathulu, j'aurais peut-être trouvé inutile d'ajouter un ultime secret de famille (c'est vrai quoi, on nous en sort un dans tous les romans maintenant, ça suffit, on est gavés), pas besoin de ça pour faire un bon roman !

Merci à Anne d'avoir contribué à me faire passer de bonnes vacances : faut dire qu'avec le JiB jouant de la guitare toute la journée à côté (alternant électrique et acoustique histoire de varier les plaisirs) et le Mosquito qui découpe Cheval Star en me montrant trente six mille posters de canassons dont je n'ai que faire (avec obligation d'élire mon préféré), j'étais totalement raccord avec le texte !

 

Plusieurs comités de sélection de Prix Ados sont en train de plancher sur leurs titres 2012 (2011 c'est déjà fait), alors oui je confirme : Comment (bien) rater ses vacances y a sa place, ou je change de métier... (ça c'était un clin d’œil à ma collègue K.)

 

Et dans quelques jours à peine, un nouveau roman d'Anne Percin sort au Rouergue toujours : Comme des trains dans la nuit...

 

Rouergue, coll. DoAdo, novembre 2010, 185 pages, prix : 11,50 €

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Crédit photo couverture : éd. du Rouergue

 

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Sans la télé - Guillaume Guéraud

23 Décembre 2010, 10:34am

Publié par Laure

sans-la-tele.jpg« Le cinéma fabrique des souvenirs, alors que la télévision fabrique de l’oubli ». C’est sur cette phrase de Jean-Luc Godard que s’ouvre le récit autobiographique de Guillaume Guéraud. Il a huit ans en 1980, dans la banlieue de Bordeaux. Tous ses copains ont la télé sauf lui, car sa mère y est farouchement opposée (« la télévision, c’est pour les vieilles personnes qui ne savent plus quoi faire de leur vie »), tout comme son oncle (qui vit avec eux), qui affirme que « la télévision, c’est un poison qui rend con ! ». Il n’empêche qu’il est sacrément envieux de toutes ces histoires de cour de récré, où tous évoquent Goldorak, Dallas, Laura Ingalls, Tom Sawyer, et j’en passe. Mais sa mère lui fait un autre cadeau : elle l’emmène régulièrement au cinéma. Certes il voit rarement des films de son âge, mais il en est marqué à un point que c’est dans les salles obscures que se forgent ses plus forts souvenirs, qu’il partage avec le lecteur dans ce court récit. Un chapitre par film, avec souvent un court extrait du scénario, ou quelques explications en fin de chapitre. De même à la fin de l’ouvrage on retrouve la filmographie référencée de toutes les œuvres citées. Et ça a la magie de faire noter le tout ou presque, avec l’envie irrépressible d’aller faire une razzia au rayon DVD, pour voir ou revoir. 

Le cinéma a traversé son adolescence et l’a fait grandir, et Jennifer Jones dans Duel au soleil n’y est pas pour rien, tout comme Scarface l’a guéri de quelques tics…Hommage au cinéma, petit roman qui se dévore d’une traite avec souvent le sourire aux lèvres, et qui a cette magie de vous donner envie. Certainement parce que j’ai le même âge que l’auteur (donc les mêmes références télé et souvent ciné), j’ignore ce qu’il en sera des ados d’aujourd’hui (le livre est publié dans une collection pour adolescents), en espérant qu’il suscite la curiosité, mais en tous les cas, c’est une pépite qui se lit avec beaucoup de plaisir, à tout âge, et qui éclaire les autres romans de l’auteur.

 

 

Les avis de Reno, gaëlle, clarabel (qui cite en plus un extrait savoureux), ...

 

Rouergue, collection DoAdo, septembre 2010, 101 pages, prix : 9,50 €

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Crédit photo couverture : © Ed. du Rouergue.

 

 

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Tu me plais, tout simplement - Marie-Claude Bérot

16 Novembre 2010, 07:08am

Publié par Laure

tu-me-plais.jpgManon est une élève de première atteinte d’un cancer, épuisée par les traitements, elle ne peut plus aller en cours. Alors ce sont souvent ses amies qui viennent la voir, et même Quentin, le plus beau garçon du lycée, qui est amoureux d’elle. Touché par sa personnalité, ses valeurs, il lui avoue son amour, « tu me plais, tout simplement », lui dit-il, alors qu’elle a le crâne rendu chauve et lisse comme un œuf par la chimio.

Mais il y a aussi Eva, une amie fragile et en souffrance, plus effacée, personne ne l’apprécie vraiment. Eva va oser se confier à Manon, elle souffre de dépression sévère, elle est au fond du trou et ne pense qu’à mourir. Dit comme cela, on peut penser que la barque est un peu chargée, surtout qu’Eva cache un terrible secret qui bien évidemment la ronge et la détruit, et que ce secret est en lien avec Quentin. Trop de drama dans ce court roman ? D’autant que la dépression est ici pensée comme « plus grave » que le cancer, car avec un cancer, « tout le monde vous soigne et est aux petits soins pour vous », alors que la dépression, on vous dit juste « allez, secoue-toi un peu ». Les deux jeunes filles souffrent, différemment, mais l’une a la chance d’être aimée et entourée, l’autre moins. C’est le message qu’il faut y voir.

Tout cela fait quand même beaucoup pour un aussi bref roman, et pourtant, ça fonctionne. C’en est presque léger, plaisant, une belle histoire d’amitié et d’amour, où souffle l’espoir et la force de la vie.

 

A découvrir, mais en connaissance de cause.

 

(dès 13 ans)

 

Flammarion, coll. [Tribal], mars 2010, 113 pages, prix : 8 €

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Crédit photo couverture : © Susanna Erkheikki / Flickr/ Getty Images et éd. Flammarion

 

 

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Ma rencontre avec Violet Park – Jenny Valentine

10 Octobre 2010, 13:05pm

Publié par Laure

 

Traduit de l'anglais par Diane Ménard

  

ma-rencontre-avec-violet-park.jpgAlors qu'il rentre au petit matin en taxi, Lucas Swain, seize ans, rencontre Violet Park, ou plus exactement l'urne funéraire contenant les cendres de Violet Park, oubliée sur une étagère de la station de taxis depuis plus de 5 ans. Situation incongrue s'il en est, il souhaite offrir à cette inconnue défunte un endroit plus paisible. Lucas vit seul avec sa mère et sa sœur, leur père les ayant abandonnés en 2002, sans donner de nouvelles. Est-il seulement encore vivant ? Comment et pourquoi un homme peut-il abandonner comme cela sa famille, sans un mot ? Parce qu'il souffre encore de tout cela, il est sensible, et curieux de cette urne abandonnée dans une station de taxi : pourquoi personne n'est-il venu la réclamer ? Avec la complicité de ses grands-parents, il va la récupérer et mener l'enquête. Il s'avère que son père a bien connu cette Violet Park, comme bon nombre de personnes dans le quartier...

  

Que sait-on jamais des gens qui partagent notre vie ? Et s'ils avaient tous des secrets, des doubles vies inavouables ? Ce petit roman est étonnant, original dans le début de l'intrigue et cette enquête autour du personnage de Violet Park, moins surprenant dans le fait que les deux quêtes se mêlent (il faut bien rattacher l'intrigue de la disparition du père !), facile à lire, la fin est bien vue aussi, moins convenue que  ce que l'on aurait pu imaginer.

  

Ce qui m'a gênée dans ce livre, c’est la traduction. Je n'y suis pas sensible habituellement, je ne lis pas en VO ou très peu, je n'ai pas le texte original ici, mais j'ai buté sur de trop nombreuses phrases qui m'ont semblé calquées de l'anglais mais totalement inappropriées en français. Un manque de relecture aussi, laissant une coquille, ce qui est inhabituel pour cet éditeur, mais toujours agaçant.

  

Exemples :

p.30 : «Au moment où je la dépassai, elle me dit :

- Excusez-moi, mais vous n'auriez pas une cigarette ? me-dit elle au moment où je la dépassai. »

Dans cet exemple, ce n'est qu'un doublon, oubli de relecture, mais en début d'ouvrage, je tique...

  

Ce qui me semble être des bizarreries de traduction :

  

p.53 : « L'armoire de la salle de bains déborde de crèmes hydratantes vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de crèmes antirides, de destructeurs de cellulite, de conditionneurs augmentant le volume des cheveux. » Plusieurs choses me gênent là-dedans, des cosmétiques, j'en achète beaucoup, et je peux vous dire que jamais je n'ai vu de crème hydratante « 24h/24 », passe encore pour le destructeur de cellulite, mais le conditionneur, non, parcourez les rayons de supermarché ou de parapharmacie, vous y trouverez de nombreux après-shampooings, pas des « conditionneurs », calque pure et simple du « conditioner » anglais, même si l'on en comprend le sens, ce n'est pas un terme employé couramment en français.

 

p.92 « Elle n'est pas aussi jolie que je l'espérais, mais elle attire l'attention. Même sur la sortie imprimante de l'ordinateur que j'ai fixée au mur de ma chambre, et qui est de mauvaise qualité, toute grise et granuleuse, Violet a quelque chose qui vous donne envie de continuer à la regarder. » « La sortie imprimante de l'ordinateur que j'ai fixée au mur » ? "même sur la photo que j'ai imprimée et fixée au mur" ne serait-il pas plus courant en français que la sortie imprimante de l'ordinateur ?

 

Un dernier exemple, je n'ai pas noté la page, (mais j'ai continué à buter régulièrement) : l'écrivain fantôme ! Alors que dans le sens du texte il s'agit clairement de ce que nous appelons « nègre » (littéraire) en français, « ghostwriter » en anglais, la traductrice a préféré le calque « comme une sorte d'écrivain fantôme ». Pitié ! (pourtant, Diane Ménard est une traductrice aguerrie, d'où mon étonnement).

 

Ce livre est sélectionné pour le Prix des Lecteurs 13-16 ans 2011 de la Ville du Mans / département de la Sarthe. (L'ensemble de la sélection ici)

 

l'école des loisirs, coll. Médium, mars 2010, 230 pages, prix : 11 €

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crédit photo couverture : © Atsuko Ishii et éd. L'école des loisirs

 

 

 

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S'échapper d'ici - Arnaud Tiercelin

1 Septembre 2010, 06:49am

Publié par Laure

s'échapper d'iciGabriel a 13 ans, et une vie normale de collégien, avec son meilleur ami Luca et une Chloé un peu trop entreprenante qu’il préfère fuir pour le moment. Ses parents semblent encore amoureux, rien d’extraordinaire… quand arrive cette lettre égarée par la Poste, avec 13 ans de retard (tiens, son âge à lui !), une lettre adressée à Clara Riss (c’est le nom de jeune fille de sa mère) et qui semble semer la panique dans le couple. Ses parents ne se parlent quasiment plus, et Gabriel se sent de plus en plus mal à l’aise au milieu de tout ça :

p. 42 : « Mes parents ne se parlent plus et je n’en peux plus de leur silence. Ils se regardent à peine. Seules les fourchettes ont le droit de gesticuler. Mon père, par moments, se racle la gorge. Ma mère lui sert, sans le regarder, un verre d’eau. En parlant au chat. Après, c’est elle qui manque de s’étouffer avec une croûte de pain. Et lui, faussement attentif, qui vient lui taper dans le dos. Et qui file se rasseoir pour finir son assiette avant que ses pâtes refroidissent et sans quitter la télé des yeux.

J’ai pitié.

Je ne les reconnais plus. »

S’échapper d’ici est un roman facile à lire, langage courant, ton d’un jeune adolescent, parfait tant pour le héros qui raconte l’histoire que pour les lecteurs à qui le récit est destiné. Un abord simple pour une histoire tout en émotion et en découverte des origines, car bien sûr secret de famille il y a, et en parler permettra d’avancer plutôt que de se détruire à petit feu dans le silence. Il faut traverser l’épreuve. Un temps, c’est Gabriel qui se fait le sauveur de ses parents, pour lui-même grandir. Un joli roman d’apprentissage.

 

Dès 12 ans.

 

L’école des loisirs, septembre 2009, 184 pages, prix : 9 €

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 Crédit photo couverture : © Franck Juery

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Une saison parfaite pour changer - Aurélien Loncke

10 Août 2010, 09:39am

Publié par Laure

 

saison parfaite lonckeIl faudrait pouvoir aborder ce petit roman sans avoir lu la quatrième de couverture, et il est difficile aussi d'en parler sans en révéler d'emblée le sujet. Pourtant il faut se laisser prendre par le texte, le récit de Syril, cet adolescent qui retrouve espoir et vie dans cette nature sereine et qui se fait le protecteur de sa petite sœur Zoé, 7 ans, un puits de larmes et de cauchemars, une enfant brisée par la violence d'un père. Le juge a tranché, ils sont placés en famille d'accueil chez les Mattie, un couple aimant et discret, attentif, qui vit à la campagne, en bord de forêt.

Quel beau texte empli de pudeur ! On ne saura jamais ce qui est arrivé exactement aux enfants, mais on le comprend au fil d'un bleu resté un peu trop longtemps sur un bras, des cauchemars et du mutisme de Zoé. Cette distance saine et volontaire (l'auteur parle bien davantage des bienfaits de la nature, de l'origami auquel se consacre Syril, des relations d'amour immense entre frère et soeur) apporte apaisement et espoir : on aimerait croire que ce temps suspendu devienne pérenne et que cet automne soit effectivement la saison parfaite pour tout changer.

Un point fort dans le récit (mais il y en d'autres !), c'est la conversation téléphonique entre Syril et sa mère, cette femme qui ne rêve que de récupérer ses enfants, inconsciente de ce qu'elle a laissé endurer. Comment dire cette vérité à sa mère...

Un très beau roman, sensible et délicat, sur un sujet douloureux mais qui ouvre une belle fenêtre d'espoir et de reconstruction.

 

À proposer dès 13 ans.

 

Lu et aimé aussi par Thalie, la soupe de l'espace, Yulenka

 

L'école des Loisirs, mars 2010, 94 pages, prix : 8 €

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Crédit photo couverture : © Frank Juery et éd. EDL

 

 

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Frère - Ted Van Lieshout

6 Août 2010, 06:32am

Publié par Laure

Traduit du néerlandais par Véronique Roelandt

 

frere-van-lieshout.jpgMars 1973 : alors que sa mère s’apprête à faire le vide dans la chambre de son frère cadet décédé six mois plus tôt à l’âge de 14 ans, Lucas sauve le journal intime à peine ébauché de son frère Marius (qu’il appelle affectueusement Maus), il ne le lit pas, mais écrit le sien à la suite, sur les pages blanches restantes. Et pour que sa mère ne détruise pas définitivement ces pages qui ont appartenu à Marius, il se voit obligé de continuer à écrire en revenant intercaler ses propos dans ceux de son frère, et inévitablement, à le lire. C’est donc un journal à deux voix qui nous est donné un temps à lire. Un retour sur la maladie de Marius et son évolution, le regard incrédule des médecins qui le placent à tort en asile psychiatrique, la lutte perdue d’avance de Marius. Mais aussi sa grande histoire d’amour et la découverte de son homosexualité. Puis le journal cède la place rapidement au récit de Lucas seul à nouveau, lui aussi homosexuel, mais son cheminement et son ressenti dans la quête de son identité furent bien différents de ceux de son petit frère. Le final fait toute la lumière sur la maladie de Maus et la reconstruction d’une famille brisée par la perte d’un enfant.

 

Quel beau roman sur la fraternité et la quête de soi à l’adolescence ! Brillamment construit, riche de thèmes intimes, la question de l’amour fraternel me semble la plus importante, même si celle de l’homosexualité sera sans doute celle la plus retenue des (jeunes) lecteurs ( ?) Car Lucas s’interroge : est-il toujours un frère maintenant que son frère n’est plus ? « On appelle veuf l’homme qui perd sa femme, veuve, la femme qui perd son mari, et les enfants sans parents sont des orphelins. Comment s’appelle donc le frère qui n’a plus de frère (ou de sœur)? Il n’y a pas de nom pour ça» (p. 37). La relation à ses parents, à ses amis, à la maladie, au deuil, est également très bien exprimée.

Un  excellent roman d’une qualité rare, qui mérite d’être porté par le bouche-à-oreille, à défaut d’avoir été médiatisé.

 

(dès 14 ans et sans limite d'âge !)

 

La joie de lire, juillet 2001, 219 pages, prix : 10,20 €

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Crédit photo couverture : © Philippe Boisson et éd. La joie de lire

 

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Qui vive ? - Jean-Philippe Blondel / photographies de Florence Lebert

5 Juin 2010, 14:23pm

Publié par Laure

qui vive

 

Tout comme Marie, j'ai beaucoup aimé ce dernier roman de Jean-Philippe Blondel, et pourtant, je partais assez sceptique sur cette collection ados. Le principe : « une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s'aventure alors dans l'écriture d'un roman où ces photographies provoquent la fiction. »

Lors de notre rencontre à la bibliothèque pour Le baby-sitter , Jean-Philippe Blondel nous avait parlé de ce livre à paraître et raconté son désarroi à la réception des photos : il ne savait pas qu'en faire, s'était dit que non vraiment ce n'était pas pour lui, et puis... il commençait à en rêver la nuit de ces photos (tiens et la femme sur la photo, pourquoi elle est là ?), et petit à petit, il a écrit une histoire, et une très belle histoire !


Léo, 16 ans, vit tantôt chez sa mère, tantôt chez son père, au gré de ses envies, il est grand maintenant, il s'organise un peu comme il veut, ses parents divorcés habitant la même ville. Et puis il sent son père plus fragile en ce moment, la quarantaine peut-être. C'est par erreur qu'il ouvre une enveloppe destinée à son père, un courrier intrigant qui ne contient rien d'autre qu'une photo. Les envois anonymes se succèdent, les photos l'intriguent, qu'est-ce que ces images de monuments à l'abandon et de paysages en friche ont à voir avec Louis, son père? Qu'a-t-il bien pu vivre à Soukhoumi ? Il va l'interroger et Louis va raconter son amour de jeunesse perdu, lors de cet improbable voyage scolaire en Abkhazie dans les années 80. Les photos sont bien évidemment judicieusement placées et donnent tout son sens au texte (à moins que ce ne soit l'inverse ?), vous ne verrez jamais plus cette couverture autrement que comme l'illustration de « la belle histoire amour de Louis et Natasha ».


Qui vive ? est un très beau roman sur la relation père-fils, sur le passé qui ressurgit et avec lequel il faut régler ses comptes pour avancer, sur l'adolescence qui a besoin de repères pour se construire, et il réserve une très belle surprise aussi, que je n'ai pas vu venir, il m'a même fallu revenir en arrière, relire les propos de Léo, revoir à nouveau la photo, pour saisir...


C'est donc aussi pour moi l'histoire d'un revirement car tout au début du roman j'ai pensé un instant que c'était juste « du Blondel qui fait du Blondel » : un peu comme si chacun de ses romans se nourrissait du précédent, on avait déjà cette relation père-fils et ce quotidien commun d'un ado dans Blog,  alors ce début de qui vive  ? c'était pas mal mais voilà, ça avait un goût de déjà vu quand on connaît son œuvre. Et puis l'intrigue chemine, entre humour et amour (Léo a une petite amie aussi), l'histoire du conflit abkhaze, et le secret de ce père qui se dévoile... j'ai eu envie de noter plein de petites phrases par-ci par-là, et j'ai vraiment été surprise par la fin, séduite et convaincue. La relation texte / photographies est quand même sacrément bien fichue, et je porte un autre regard sur cette collection désormais.


Quelques extraits :

p. 45 :  « Je secoue la tête. Je regarde peu la télé, finalement. Je passe plutôt mon temps sur l'ordinateur où les nouvelles ont toutes la même importance. 30 morts au Pakistan, Angelina Jolie et Brad Pitt adoptent un nouveau bébé, une joggeuse enlevée et violée, typhon sur l 'Asie. Un nivellement. Je reçois tout cela très passivement – avec une sorte de résignation qui me fait ressembler à un vieux des maisons de retraite. A quoi bon faire quelque chose puisqu'on ne capte rien ? »


et pour sourire :

p. 97 : « Louis adore Facebook. Il a plus de 2400 amis – et il est toujours très fier de donner le nombre de ses contacts et de préciser, en riant, qu'il n'en connaît aucun. Mon père a décidé que, puisque la technologie le dépassait, il fallait bien faire semblant d'en être un de ses organisateurs. »


(Roman dès 14 ans)


Le site de Florence Lebert : ici


Thierry Magnier, coll. Photo roman, juin 2010, 106 pages, prix : 14 €

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Crédit photo couverture : © Florence Lebert et éd. Th. Magnier

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Les cheveux de la poupée - Eva Almassy

28 Mai 2010, 20:24pm

Publié par Laure

cheveux-de-la-poupee.jpgPour ses dix ans, l’oncle de Charlotte lui propose de choisir une poupée dans sa vaste collection : il est en effet fin connaisseur et collectionneur de poupées anciennes, au point d’envisager d’ouvrir un musée. Charlotte ne trouve pas son bonheur du premier coup, mais apprend en discutant avec son oncle comment elles sont fabriquées : moulages,  biscuit (car cuites deux fois), etc. Et c’est dans le carton reçu le matin même que Charlotte choisit sa poupée, parfaite, avec des yeux « riboulants » et ses cheveux naturels. Jusque là tout va bien, on est dans l’innocence de l’enfance, et la joie d’une petite fille qui va nouer une relation intime avec sa poupée à qui elle cherche un nom.

Mais faut-il continuer à raconter leur histoire ? Car « elle n’est pas simple et elle fait mal », nous annonce Charlotte dès la première page.

Le récit se déroule sur trois jours : la veille de l’anniversaire, le jour J, et le lendemain. C’est quand son amie Marianne lui apprend que sa poupée a des cheveux « de morte » que Charlotte sombre dans un profond désespoir. Elle va découvrir la réalité et l’horreur des camps de concentration, les déportés qui étaient rasés avant d’être gazés, et les cheveux longs des femmes qui ont pu servir en effet à la fabrication de ces poupées.  Il faudra à Charlotte un long moment de discussion avec sa mère puis avec son oncle pour se remettre de ce qu’elle a appris malgré elle, et apprendre du même coup la disparition de ses grands-parents.

C’est un roman très bref (60 pages à peine) qui contient en quelques pages un condensé d’Histoire, mêlant fiction pure et  vérité historique, une approche de la déportation par un détour surprenant et inédit. Comme se le demandait Clarabel dans son billet, on peut effectivement se poser la question de l’âge du lectorat visé par ce roman : 10 ans, comme l’héroïne ? Il y a l’innocence et la fraîcheur de l’enfance dans le début du roman, puis très vite la gravité du sujet, qui devient horreur et répulsion pour la petite fille.  Attendre que ce soit au programme d’histoire, soit en classe de 3ème actuellement, à 14 / 15 ans, quand on ne joue plus à la poupée depuis longtemps ? Peut-être un entre deux, dès 13 ans dirais-je ?  Parce que c’est un roman grave et que je ne suis pas sûre que plus jeune il touche vraiment son public.  Quoiqu’il en soit, c’est un texte à découvrir !

(Mais pour répondre à l’interrogation de Clarabel, si si, il y a des enfants passionnés d’histoire dès 10ans, au point de lire tout le rayon documentaire de la bibli, même si certains livres sont pour plus grands !, et dans le roman d’Eva Almassy, le personnage de Marianne me semble caractériser ce basculement dans la préadolescence : elle est attirée par le maquillage, les trucs de filles, tout ça, et n’a plus la naïveté de la petite Charlotte, c’est elle qui va la sortir de l’enfance.)

 

L’Ecole des Loisirs, coll. Médium, septembre 2009, 60 pages, prix : 7,50 €

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Crédit photo couverture : © Franck Juery et l’école des loisirs

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