Les jardins d'Hélène

romans francais-francophones

Equinoxe - Arnauld Pontier

7 Avril 2007, 09:02am

Publié par Laure

Voilà un roman qui vous envoie un uppercut en pleine face comme vous aimeriez en recevoir plus souvent en littérature ! Carine est une jeune femme paralysée qui vit en fauteuil, elle a perdu l’usage de ses jambes et de la parole dans un accident de voiture qui a coûté la vie à son père. Pour communiquer, elle griffonne sur une ardoise. Elle vit seule avec sa mère, laquelle se noie dans sa culpabilité et sa détresse. Carine hurle sa rage en même temps que son désir, celui d’un homme qu’elle aperçoit à la fenêtre de l’immeuble d’en face. Commence alors le récit de leurs rencontres, leur désir qui dérange mais qui est un cri à la vie. A moins que … ? 

Des ressorts romanesques bienvenus et c’est un livre qui bouleverse, qui vous pousse à vous interroger sur votre regard et votre compassion bien-pensante à l’égard des handicapés, tout ce que vous faites et ce que vous ne faites pas. Un livre qui fuit le conformisme ambiant sans toutefois dénoncer agressivement ou diaboliser, un livre qui offre intelligemment un regard différent, et c’est beau ainsi.

L'avis de Clarabel, et d'Amandine

Le site de l'auteur : http://www.arnauld-pontier.com/

Actes Sud, janv. 2006, 120 pages, prix : 16 €

Ma note : 4/5

 

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Tsubaki - Aki Shimazaki

4 Avril 2007, 05:01am

Publié par Laure

Méfiez-vous des apparences, Aki Shimazaki est bien japonaise, mais elle vit au Québec, et elle écrit directement en français. Tsubaki est le premier roman d’une tétralogie (ou pentalogie ? ai-je pu lire ailleurs), Tsubaki, c’est le nom du camélia en japonais, la fleur préférée de Yukiko, l’héroïne du livre. Avant de mourir, Yukiko a laissé une lettre pour sa fille Namiko, une lettre dans laquelle elle avoue avoir tué son père, alors que tous le pensaient mort dans l’explosion de la bombe sur Nagasaki. Elle avoue aussi l’existence d’un demi-frère. Un amour secret impossible, la double vie paternelle, sur fond de bombes d’Hiroshima. Dans un style très sobre et épuré, que d’émotions, de secrets et de trahisons dans ce court récit. On sent bien là toute la retenue et l’élégance de la littérature japonaise… je suis curieuse de connaître les autres titres !

 

 

L’avis de Papillon

L’avis de Lhisbei 

L’avis de Frisette (sur toute la série)

Actes Sud, fév. 1999, 121 pages. Existe en Babel poche.

Ma note : 4/5

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La première marche - Isabelle Minière

3 Avril 2007, 08:39am

Publié par Laure

Un nouveau roman d’Isabelle Minière est toujours une tentation quand comme moi on a beaucoup aimé ses deux précédents romans, cette nuit-là et un couple ordinaire . La première marche, c’est l’histoire d’une petite fille à l’enfance bafouée. Mal aimée, sa mère est violente et désagréable avec elle, et lui préfère ouvertement son petit frère. Quelles souffrances ou quelles difficultés cache donc la mère pour se comporter ainsi ? Et le père ? aimant mais distant, toujours occupé, toujours trop de travail. Alors la petite se réfugie dans ses pensées, sur la première marche d’escalier. Parfois un espoir quand une femme médecin écoute ses cauchemars, mais la mère à nouveau balaie cela d’une phrase assassine, quand ce n’est pas d’un « aller-retour », cette paire de gifles qui fait l’aller-retour, joue gauche, joue droite. On s’enlise un peu dans l’histoire, qui tourne en rond, se répète, n’a pas la force des récits sur le même thème (voir Mal à ma mère, de Clara Vidal ). Enfin, la chute, si vraie, le refuge que trouvera la petite fille pour consoler son enfance à jamais perdue : la lecture. Plus rien ni personne ne pourra l’atteindre, « elle a son billet, valable à vie, pour voyager dans d’autres vies. »

Voir aussi l'avis de Clarabel.

Le dilettante, mars 2007, 186 pages, prix : 15 €

Ma note : 3/5

 

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L'élégance des veuves - Alice Ferney

2 Avril 2007, 11:29am

Publié par Laure

On oublie trop vite aujourd’hui ce que fut le sort des femmes au début du XX ème siècle, et avant bien sûr. Dans l’élégance des veuves, Alice Ferney retrace cet accomplissement féminin si bien rythmé par le mariage, les maternités, le veuvage quand l’époux périt au front, le chagrin et la douleur quand les fils meurent à la guerre ou les filles de maladies. Autres temps… mais quel élégant roman ! On retrouve là tout le talent d’Alice Ferney pour nous raconter la vie de Valentine, de sa belle-fille Mathilde et de ses trop nombreux enfants, les bonheurs familiaux et les drames qui endeuillent, un avenir tout tracé dans lequel la femme n’a aucun choix. Une écriture précise et riche, finement ciselée, où chaque mot est le bon, une écriture classique mais ô combien plaisante à lire.

Cet extrait p. 14 : « En une année, celle de ses vingt ans, elle fut fiancée officiellement, mariée religieusement, installée bourgeoisement, ardemment fécondée et douloureusement accouchée : la vie de Valentine commençait à être ce qu’elle se devait d’être. »

Babel / Actes-Sud, août 1997, 125 pages

Ma note : 4/5

 

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Je m'attache très facilement - Hervé Le Tellier

31 Mars 2007, 13:33pm

Publié par Laure

Au croisement de la A32 et de la S70, dans la lande verdoyante écossaise, c’est la fin de l’histoire. La fin de l’amour au grand jour, si tant est qu’il ait jamais existé.

Un homme de 50 ans (« notre héros » dans le texte) quitte Paris pour 3 jours en Ecosse, où il rejoint sa jeune maîtresse (30 ans, « notre héroïne »), il sait pourtant que sa venue n’est pas désirée, mais il s’y rend quand même. Il passe son temps sur les routes, dans sa Nissan Almera de location, à discuter avec la demoiselle dont le vélo ne rentre pas dans le coffre ! Un tout petit récit (100 pages à peine) léger et original sur l’amour non partagé, qui se joue avec dérision de la déconfiture amoureuse. Un narrateur extérieur interpelle sans cesse le lecteur, chaque chapitre est résumé en 2 lignes au début des pages en question, bref, on a l’impression que l’auteur s’amuse beaucoup, ce qui donne au lecteur une lecture plaisante, rapide et enjouée.

Pourtant sur ce sujet j’aurais aimé plus de profondeur, plus de détails et d’analyses, je reste un peu sur ma faim.

Extrait p.64 : « Notre héros veut partir, désormais. Son désir pour elle est intact, sa tendresse aussi, il veut rentrer avant de se sentir boueux. Il ne veut pas lutter. Il n’a ni l’envie d’être tyrannique, ni l’énergie d’être colérique. S’il a appris une chose, une seule, c’est que les sentiments, la tendresse, le désir doivent aller ou se défaire d’eux-mêmes. Et aussi que l’amour – donnons-lui ce nom par convention – que l’amour, donc, n’est pas un caillou au bord de la route, immobile, venu de nulle part et né de rien. L’amour disparaît, revient, il change, il bouge, il tombe et se redresse alors qu’on le croit mort. 

Mais pour l’heure, il lui faut partir. 

Il veut l’aider, elle, à se débarrasser de lui. Et il veut faire vite. » 

 Lire ici l’avis très proche de Clarabel.

Merci à C. pour le prêt de ce livre !

Mille et une nuits, janvier 2007, 103 pages, prix : 10 €

Ma note : 3/5

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La chambre - Philippe Bonilo

30 Mars 2007, 11:38am

Publié par Laure

Ce petit texte très court (66 pages à peine et beaucoup d’aération) ne se donne pas facilement. Il demande concentration et attention, malgré la simplicité du langage. Dialogue entre une jeune femme et un homme plus âgé (sans que l’on ait pour autant davantage de détails), ils échangent sur leur amour, avec parfois des considérations charnelles. D’ordinaire j’aime beaucoup ce que publie Arléa, c’est d’ailleurs pour cela que j’avais repéré ce petit bouquin dans leurs nouveautés, avec en plus une très jolie couverture : deux bonnes raisons de m’attirer. Hélas je suis restée complètement hermétique au propos de l’auteur, au discours entre les deux personnages (pas compris où ils voulaient en venir), désolée de le dire ainsi, mais cela m’a semblé un bavardage stérile.

 

Merci à C. pour le prêt de ce livre !

 

Arléa, mars 2007, 66 pages, 9 €

1,5/5

 

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Eloge de la cellulite et autres disgrâces - Dominique Dyens

29 Mars 2007, 16:00pm

Publié par Laure

J’ai beaucoup aimé  les précédents romans de Dominique Dyens, la femme éclaboussée  et Maud à jamais  (je n’ai pas lu une maison bleue), mais en empruntant celui-ci, je n’ai pas fait attention qu’il s’agissait d’un recueil de nouvelles et non d’un roman. Pourtant c’est écrit en sous-titre : nouvelles caustiques ! Et pour être caustiques, ça oui, elles le sont ! Pour mon plus grand régal d’ailleurs : j’ai adoré la plupart des textes ! (il y en a 7 en tout).

La première nouvelle, Eloge de la cellulite, nous plonge tout droit dans un futur pas si invraisemblable : celui de la chirurgie esthétique devenu le seul credo des femmes, on se croirait vraiment dans la série nip/tuck. Mais voilà, les hommes en ont marre, les petites rondeurs, le moelleux et l’authenticité, ça leur manque sacrément ! Dans la seconde, La ménagère de moins de cinquante ans, on est en avril 2007 (tiens, tiens), une femme, Henriette Laverge, est élue présidente de la République (tiens, tiens) et fait ouvrir des MCFR : maisons closes pour femmes respectables, où elles pourront consommer librement du mâle . Grand succès, mais qui ne plaît pas à tout le monde. Les deux nouvelles suivantes sont mes préférées. Dans Noces de verre, un couple est invité aux dix ans de mariage de leurs amis, Bettina et François. Tout est délicieusement égratigné, ce petit monde du chic et des fringues où l’apparence est reine, la copine envieuse et jalouse, mais la fête et surtout le cadeau du mari se transforment en véritable bombe à retardement : c’est jubilatoire ! Puis dans la soumission de Marie, une femme finit par accepter de coucher pour que son mari puisse obtenir un contrat, et ainsi de suite. Un régal de faux-semblants, de bourgeoisie chic qui vole en éclats, de couples qui s’ennuient (va voir chez les autres)… Bref, ce livre ne m’avait pas attirée pour une bête histoire de couverture que je trouvais moche et de titre pas terrible, et il m’a très agréablement surprise. Un vrai plaisir de lecture !

Toutefois, si vous croyez au couple à la vie à la mort je t’aimerai toujours, passez votre chemin.

Ed. Héloïse d’Ormesson, fév. 2006, 171 pages, prix : 16 €

Ma note : 4,5/5

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Fringales - Jacques Perry

26 Mars 2007, 21:09pm

Publié par Laure

Impossible de me rappeler où j’ai pu lire qu’il fallait lire ce livre ! Pourtant je l’avais noté sur mes listes, réservé à la BDP, et comme c’est le seul que j’avais dans le train ce matin, je l’ai lu. Mais je ne l’ai pas aimé du tout ! (Je l’ai fini parce qu’il est court : 130 pages). C’est une histoire curieuse, dérangeante, sans style particulier. Un vieil homme habite au bout d’un bois. Il n’a pas de nom. D’ailleurs il se fera appeler Dubois. Il ne fait rien. Une jeune femme (19 ans) lui apporte à manger régulièrement, elle travaille au supermarché de l’autre côté du bois. Elle lui donne de la nourriture, en échange il lui fait l’amour. Ils ne se parlent pas, ou pas beaucoup. Parfois elle ne vient pas, pendant 15 jours, 3 semaines ou plus. Alors il veut mourir. Et puis il a rien à manger. Mais l’agent de sécurité et le vieux père d’Anna, patron du magasin, le sauvent. Il ne se passe rien d’autre. A manger, de l’amour. Enfin sans amour, sans sentiments, sans cœur qui bat. Bizarre. Non vraiment, vous pouvez passer votre chemin. Malgré la première phrase qui voudrait en rappeler une autre : « Ce matin, je me suis levé de bonne heure » et le côté petit chaperon rouge …

L'avis d'Evene

Ed. du Rocher, août 2006, 130 pages, prix : 17,90€

Ma note : 1,5/5

 

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Se résoudre aux adieux - Philippe Besson

25 Mars 2007, 11:56am

Publié par Laure

Après une lecture peu concluante d’un précédent roman de Besson, je me donnais une seconde chance avec celui-ci dont le sujet me semblait proche, très proche, de moi. Et bien je dois avoir du mal avec Besson… je ne l’ai fini que parce qu’il est court, et sans débordement passionné dans ma réaction de lectrice.

Clément a quitté Louise pour une autre femme, Claire. Louise tente de surmonter sa douleur et son chagrin en partant revisiter les lieux qu’ils ont visités, ou d’autres, comme une fuite en avant pour se libérer de cette souffrance qui la dévore de l’intérieur. De la Havane, de New-York ou d’Italie, elle écrit. Des lettres à Clément, sur leur amour passé. Elle n’en attend pas de réponse. C’est sa façon à elle d’essayer d’en guérir. Jusqu’à la dernière lettre justement, celle du retour à Paris et de l’apaisement. Louise a rencontré quelqu’un avec qui elle va démarrer une nouvelle vie. Finies la rancœur et la tristesse, elle peut tourner la page.

On peut reconnaître à l’auteur le talent de s’être mis dans la peau d’une femme pour écrire, et d’avoir réussi un très bel exercice de style. Mais voilà, il ne s’en est dégagé pour moi quasi aucune émotion, un exercice un peu lisse et contemplatif, qui m’a parfois donné envie d’abandonner ma lecture.

Et puis pourquoi les héroïnes romanesques qui sont larguées ont-elles toujours la possibilité de partir au bout du monde aussi longtemps qu’elles le souhaitent, sans contraintes matérielles particulières ? Louise n’a pas d’enfants, elle est libre de son temps professionnel (elle écrit des articles pour des journaux), elle n’a pas de souci d’argent (elle a hérité de son père). Comme un idéal éthéré pour faire son deuil hors du monde. Pourquoi moi j’ai un boulot chronophage et mal payé, l’incapacité réelle de prendre ne serait-ce que deux jours de congés pour souffler, et trois beaux enfants pour qui il faut que je sorte de mon lit pour faire à manger ? Contemplative et idéaliste, la littérature ? J

 

Extrait p.33-34 : « J’écris pour ne pas être tout à fait morte, parce que le mouvement de la main est au moins un mouvement, parce que cette occupation me soustrait à l’ennui, c’est tout. […] Je ne cherche personne non plus, tu me le reprocheras. Cela t’arrangerait que je flirte avec un autre, que je refasse ma vie, pourquoi pas ? Mais j’en suis incapable. Je ne peux laisser aucun homme s’approcher, ni envisager de blottir mon corps contre un corps étranger. »

 

p. 69 : « Tu me jurais que cela lui aurait fait trop de mal d’apprendre qu’elle avait été trompée, il convenait de ne pas ajouter à la séparation l’humiliation de l’adultère. »  [J’en connais qui ne se donnent pas tant de mal…]

Julliard, janvier 2007, 188 pages, 18 €

Ma note : 3/5

 

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Une odyssée - Julien Bouissoux

7 Mars 2007, 21:12pm

Publié par Laure

Cette histoire commence fort, dans un univers complètement loufoque et fantaisiste au jeu duquel on se prend volontiers. Notre héros, rédacteur de slogans publicitaires à la chaîne, rencontre un renne dans sa bonne ville de Besançon. Il l’invite au restaurant puis le ramène chez lui. Mais un renne en appartement, ça fait des dégâts. Notre homme est donc contraint de fuir, avec l’idée de ramener son renne dans le grand nord, non sans causer de nouveaux dégâts dans les hôtels qu’il fréquente avec sa bestiole. Son éditeur (car oui il est aussi écrivain) va le sortir de ses misères en le mettant sur un bateau au Havre, direction l’Amérique. Ayant perdu son renne, notre héros s’attache à une petite fille, et cette complicité de l’enfance leur va bien. Mais bien vite soupçonné à tort de pédophilie, les passagers sont contre lui. Et ainsi de folie en folie douce, notre écrivain noircit des cahiers de poésie, il écrit son odyssée en vers et chemine jusqu’au grand nord, avec ou sans bateau, avec ou sans renne.

Si je me suis amusée dans la première partie du roman, trouvant sympathique cet humour décalé et un rien absurde, j’avoue avoir trouvé toute la partie du voyage en bateau et la fin un peu longues, sans lien entre elles que cette fuite en avant, la mélancolie en bandoulière. Roman surprenant, décalé, je n’ai cependant pas toujours adhéré à la fantaisie de l’auteur, ne réussissant pas à trouver une unité suffisante au récit, mais peut-être ai-je bien trop de mal à me laisser emporter dans l’absurde…

L’Olivier, fév. 2006, 201 pages, 18 €

Ma note : 2,5/5

 

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