Les jardins d'Hélène

romans francais-francophones

Autobiographie - Régis Jauffret

5 Mars 2007, 21:14pm

Publié par Laure

Ne vous y trompez pas, Autobiographie est un roman, et j’ai envie de dire, heureusement. Car ce livre ne peut laisser indifférent, tant il soulève d’horreurs dans la personnalité du héros. Le narrateur, dès les premières pages, demande à sa petite amie de se prostituer, afin qu’il puisse profiter de l’argent supplémentaire qu’elle va gagner. Sans scrupules et sans gêne. Dès les premières lignes on vomit ce personnage, qui va enchaîner, démultiplier jusqu’à l’invraisemblable, les coïts (comme il les appelle) en échange d’une hospitalité. Cet homme est un parasite qui ne veut pas travailler, juste jouir, en avilissant ses partenaires à l’extrême. Tout y passe, avec un crescendo dans l’abject. Les jeunes, les vieilles, les enfants, les bébés, parfois je me suis demandée comment un tel livre avait pu être publié, en ces temps de protection de l’enfance à l’encontre de la pédophilie. Alors il faut croire que c’est de la littérature, pour qu’un éditeur assez fou ait choisi de le donner à lire. Sauf qu’elle vous retourne sacrément l’estomac. Le livre est court, une centaine de pages, ce qui m’a permis d’arriver au bout. Avec l’obsession quand même de comprendre où l’auteur voulait en venir. Je n’ai pas la réponse. Dans le dégoût de ses pratiques relatées, le narrateur inclut la sienne : « il veut s’éliminer comme un déchet », mais il aura fallu d’abord supporter 100 pages d’une sexualité irrespectueuse démultipliée à l’infini. Jauffret provoque, Jauffret choque, c’est noir, sordide, vite, quelque chose de plus léger !

 

Voir le très bon article de Florent Cosandrey sur e-littérature.net

Verticales, mars 2000, 105 pages

Existe en poche (Folio), paru en 2006

Ma note : 3/5

 

Voir les commentaires

On n'empêche pas un petit coeur d'aimer - Claire Castillon

27 Février 2007, 15:21pm

Publié par Laure

Grosse déception que ce nouveau recueil de Claire Castillon qui m’avait enchantée avec Insecte. Ici, une thématique : le couple et l’amour. Des nouvelles toujours aussi mordantes, courtes, incisives, sadiques, flirtant avec la folie, sans tabous, mais hélas, tout est si vite… répétitif ! Un recueil qui aurait dû s’appeler infect, nous dit-on, car c’est vrai qu’ils le sont, infects, ses personnages.

 

Je n’ai aimé que les deux premières nouvelles du recueil : la première, qui porte le titre du livre, et la seconde « gratin ». Tout le reste n’est que déclinaison plus ou moins réussie du grain de folie sur un même thème de cette jeune auteure. Mon enthousiasme admiratif du précédent volume s’est envolé. Dommage, le titre était joli.

Fayard, janv. 2007, 156 p. ISBN 978-2-213-63059-5, prix : 14 €

Ma note : 2/5

 

Voir les commentaires

La mémoire des murs - Tatiana de Rosnay

23 Février 2007, 11:05am

Publié par Laure

Je poursuis ma découverte des romans de Tatiana de Rosnay, même si je crois à présent qu’il va être difficile de faire plus fort que Elle s’appelait Sarah. D’ailleurs, c’est amusant, la mémoire des murs préfigure Sarah, de par ses thèmes et quelques passages, sur le Vel d’Hiv entre autres.

Pascaline, fraîchement divorcée, s’installe seule dans un nouvel appartement. Très vite elle s’y sent mal. Elle apprend qu’une jeune femme y a été violée et tuée quelques années auparavant. Elle s’informe sur ces meurtres en série où de nombreuses jeunes filles ont subi le même sort. Elle va éprouver le besoin d’aller visiter ces lieux, car elle ressent « la mémoire des murs ». Mais cela fait remonter en elle des douleurs enfouies : le divorce d’avec Frédéric, dont elle n’est pas guérie, elle ne peut supporter de le voir heureux avec une nouvelle compagne, et de les voir attendre une petite fille, alors qu’ils ont perdu ensemble un bébé il y a 15 ans, une petite fille décédée à 6 mois de la mort subite du nourrisson.

J’ai aimé : les personnages actuels créés par l’auteur, si ancrés dans la vie telle qu'elle est. (Hélas, bien trop semblable à la mienne !)

J’ai moins aimé : le côté « parapsychologie ou légèrement surnaturel » du ressenti physique de la mémoire des lieux (c’est comme ça, moi je n’y crois pas), et la fin : comme dans Spirales, elle arrive beaucoup trop vite, et si une phrase laisse imaginer ce qui va advenir, c’est au lecteur de se faire son film, et ça ça m’agace : j’aime les fins fermées, où l’auteur écrit réellement ce qu’il a choisi de faire vivre à ses personnages !

Donc à mon goût, pas le meilleur de l’auteur, même si le démarrage « thriller » est assez prenant, il s’essouffle vite, mais à lire parce qu’il contient la genèse du dernier paru : Elle s’appelait Sarah.

 

 (enfin, à paraître le 1er mars chez Héloïse d'Ormesson).

 

Pocket, juillet 2005, 138 pages, 5 €

Ma note : 3/5

 

Voir les commentaires

Le passage à niveau - Philippe Routier

23 Février 2007, 10:32am

Publié par Laure

Premier roman.

Si comme moi vous avez un proche qui travaille à la SNCF, qui plus est à la traction (les conducteurs ou l’encadrement de ceux-ci), ce livre vous sera familier, car le vocabulaire propre à l’entreprise y est partout. Et si vous ne connaissez rien aux foyers de roulants, aux grèves légendaires, aux découchés et à la croix de Saint-André, ce livre peut vous parler quand même. C’est l’histoire de Guillaume, trentenaire, qui vit en couple avec Alice. Il est aiguilleur. Mais Alice n’en peut plus de le voir travailler en 3-8, d’être absent de longues nuits. Elle le pousse à passer conducteur, pour le prestige du métier, pour les primes assurées, pour le travail en 2-8 qui lui rendra son homme plus présent. Guillaume cède à contre cœur.  Quand, au passage à niveau non protégé, le TER qu’il conduit écrase et traîne sur 800 mètres une 405 vert céladon avec 3 personnes à bord, dont une fillette, sa vie s’arrête. Statistiquement, « l’accident de personne », c’est ainsi qu’on nomme les suicides ou les accidents de ce type, a 2 chances sur 3 d’arriver à un conducteur dans sa carrière. Il y a des cellules de crise « accompagnement psychologique », mais cela suffit-il à vous faire oublier le drame ? Guillaume n’est en rien responsable de l’accident, il a fait tout ce qu’il a pu quand il a vu la voiture engagée, mais on n’arrête pas un train en une fraction de seconde. Alors il culpabilise, se sent responsable. Ce retour sur soi est un moment aussi pour faire le bilan de son couple qui va à vau l’eau, et en échangeant avec un proche de la famille décédée, il va connaître la cause première de l’accident, dans lequel il n’est pour rien.

Banal dans le sujet, ce roman touche néanmoins par la volonté de sa compagne à gérer la vie de Guillaume à sa place, mais jusqu’où peut-on décider à la place de l’autre ce que sera sa vie ? Un roman triste, mais qui sonne juste.

Stock, août 2006, 157 pages, 15 €

Ma note : 3,5/5

Voir les commentaires

En cas de bonheur - David Foenkinos

13 Février 2007, 09:46am

Publié par Laure

Ah, ce Foenkinos, il m’avait déjà amusée avec le potentiel érotique de [sa] femme, il persévère avec en cas de bonheur. « Personne ne savait que faire en cas de bonheur. On avait des assurances pour la mort, pour la voiture, et pour la mort en voiture. Mais qui nous protégera du bonheur ? »

C’est l’histoire d’un couple, classique, banale, mais traitée avec humour et légèreté, et ça, change tout ! Jean-Jacques est marié à Claire depuis 8 ans, ils ont une petite fille, Louise. Mais où est passée la passion du début ? Où le désir s’est-il enfui ? Et si pour quitter sa routine Jean-Jacques écoutait les conseils de son meilleur ami divorcé, à savoir prendre une maîtresse ? L’usure du couple, l’adultère, la jalousie, les souffrances durables et les bonheurs éphémères, une galerie de personnages secondaires qui valent le détour (ah les beaux-parents !), bref, c’est à la fois si juste et si… loufoque ! Car l’auteur sait épicer son récit de situations complètement déjantées, si bien que l’on sourit de ce qui pourrait être une triste banalité.

Drôle et décalé, comme dit Tamara  

 L’avis d’Anne, qui a aimé aussi.

 

A noter : sortie en poche (J'ai lu, 4,80 €) prévue le 09 mars 2007.

 

Flammarion, août 2005, 232 pages, prix : 16 €

Ma note : 4/5

Voir les commentaires

Sa passion - Véronique Olmi

11 Février 2007, 21:50pm

Publié par Laure

« Comment font les autres, tous ceux qui ne meurent pas d’amour ? » Cette courte phrase est à elle seule la quatrième de couverture du livre, mais allez savoir, déjà elle me parle et me plaît.

Hélène est écrivain, elle est invitée à une Foire du Livre en Sologne un jour de novembre (tiens, novembre, comme dans Bord de mer). Le soir seule dans sa chambre d’hôtel glaciale et triste, avec ses scènes de chasse accrochées au mur de guingois, elle rappelle Patrick, son amant qu’elle a n’a pas vu depuis dix jours. Juste avant, il lui a envoyé un SMS : « tu me manque ». Sans S. Elle, elle en a plein des manques, avec S. Patrick est marié, il ne quittera pas sa femme pour elle. Alors par dépit peut-être, elle lui annonce qu’Isaac, lui, quitterait sa femme pour elle. Patrick part d’un long éclat de rire. Elle éteint son portable et commence alors la longue traversée de la nuit. Les mots qui disent la passion, l’adultère convenu, la solitude… Alternent aussi des passages de l’enfance, la fratrie trop nombreuse et la maison trop petite. Alors contre un chèque mensuel et une lettre terminée par le BBAB des gens pressés (Bons Baisers à Bientôt), ses parents la « prêtent » à une riche tante en mal d’enfants. Les allers-retours Perpignan-Orly. Et Patrick. Et cette chambre sinistre.

On sent que la nuit sera tragique. Je ne veux pas en dire plus. Il y aura une fuite, une errance, puis une fin, comme dans Bord de mer. Au début j’ai eu envie de noter des phrases par-ci par-là, et puis très vite ces phrases sont devenues trop nombreuses, alors je n’ai rien noté, parce que je me serais trouvée à recopier le livre. Les romans de Véronique Olmi sont de ceux que l’on garde précieusement, et qu’un jour inévitablement, on relit.

Grasset, janv. 2007, 168 pages, ISBN 978-2-246-66871-8, prix : 13,50 €

Ma note : 5/5

Voir les commentaires

Nous grandissons - Béatrice Rateboeuf

11 Février 2007, 12:17pm

Publié par Laure

Parfois comme cela sans raison, il me prend l’envie de sortir des rayons [de la bibliothèque dans laquelle je travaille] un livre oublié, un livre dont personne ne veut, qui n’a jamais été emprunté et que bien souvent nous avons choisi dans le bibliobus, l’une de mes bénévoles ou moi-même, avec le souci de varier nos collections. Pourquoi aujourd’hui ce livre plutôt qu’un autre, je ne sais pas. Il n’a pas de couverture illustrée qui pourrait être attirante, elle est sobre et pareille à toutes les couv bleues de chez Stock. Le format est petit et le livre assez fin, ce qui explique peut-être qu’il se perd entre deux plus gros sur une étagère. Alors le titre peut-être ? Nous grandissons, ce nous qui a valeur d’universel ? L’auteur ? Béatrice Rateboeuf, parfaite inconnue, alsacienne né en 1954, qui signait là son premier livre. Parfois ces pêches hasardeuses dans les rayons révèlent des petites pépites, parfois elles ne dévoilent qu’un livre disons, banal. C’est le jeu du hasard.

Nous grandissons est une suite de petits textes très courts, qui disent l’enfance d’une petite fille entourée de ses frères et sœurs, en Alsace, dans les années 50-60, une fillette née d’un père Allemand et d’une mère alsacienne. Un petit recueil de souvenirs réels ou imagés, de ces petits riens qui font l’enfance, les petites ruses pour échapper à la messe, les départs en vacances, les premières règles et tout ça. Ce petit livre se lit très vite, 100 pages tout juste ou presque, dans une police de caractère de taille 14 au moins. Mais voilà, qu’apporte-t-il vraiment ? Une douceur nostalgique ? un témoignage banal ? Il manque le petit quelque chose qui en aurait fait un roman attachant, une unité qui aurait mêlé avec davantage d’émotions ces petits chapitres épars… La brièveté ici dessert ce livre, il me semble. Il se lit vite, et s’oublie, trop vite aussi.

Stock, janvier 2001, 107 pages, prix : 11,45 €

Ma note : 3/5

 

Voir les commentaires

Le libraire - Régis de Sa Moreira

8 Février 2007, 09:37am

Publié par Laure

 J’avoue, lors de sa première parution, les critiques parues ne m’avaient pas donné envie de l’acheter, en particulier celle de Clarabel (en ligne ici) qui n’était pas emballée. Et puis quand même, un livre qui parle des livres… J’ai tout bêtement craqué sur la couverture de sa sortie en poche, ce mug de thé aux sachets dont les étiquettes représentent des titres, auteurs et résumés de romans. Irrésistible !

Et bien j’aurais dû rester sur l’avis de Clarabel, car je le partage totalement !

Imaginez le libraire idéal qui vit dans sa boutique, y travaille jour et nuit, a sélectionné (en les lisant) chacun des livres qu’il propose, un libraire qui parfois offre des livres, qui refuse de les vendre si la tête du client ne lui revient pas, un libraire qui écrit à ses dix frères et sœurs en leur envoyant une page arrachée d’un livre, un libraire qui boit une tisane au parfum choisi après chaque client, en fonction de ce que ce lecteur lui a fait éprouver… d’ailleurs je ne connaissais pas les tisanes au muguet et autres variétés surprenantes ! Bref, on s’imagine le paradis livresque sur terre, et on aimerait bien avoir pareil libraire. Sauf que… ce texte totalement fantaisiste et proche de l’absurde tourne assez vite au grand n’importe quoi et à la répétition : on se lasse dès la moitié du livre, même s’il est court et très vite lu. Bref, vite ennuyeux.

 

L’avis de Lilly

L’avis de Majanissa 

L’avis (bien plus enthousisate) de Cuné

L’avis de Kalistina 

Pardon pour ceux que j'oublie, je crois que vous êtes nombreux

à l'avoir lu...

 

Le livre de poche, sept. 2006, 189 pages, 5,50 €

Ma note : 2/5

 

Voir les commentaires

Crimes horticoles - Mélanie Vincelette

22 Janvier 2007, 20:58pm

Publié par Laure

Emile, jeune fille de 12 ans (oui, elle porte bien un prénom masculin), vit à la Conception avec ses parents, petite ville du nord du Québec. Son père, Philippe, est cultivateur de pavot et taxidermiste, et sa mère, Anouk, est l'astrologue du village. Autour d'eux gravitent Liam, un septuagénaire voisin de leur motel, et Pavel Bouillon, un polonais propriétaire d'un bar à filles, installé dans une roulotte. Pavel a une fille de 12 ans, Nila, qui est aussi la meilleure amie d'Emile. La mère de Nila, une indienne prénommée Anise s'est envolée il y a longtemps. Voilà qu'Anouk est enceinte,  et qu'Emile tombe amoureuse du nouveau vicaire, un beau sud-américain de 27 ans... et quand en plus on découvre un cadavre de femme au village, autant dire que la situation ne va pas aller en s'arrangeant.

Un premier roman québécois qui vaut surtout par ses personnages truculents et ses aventures fantasques. Notre jeune héroïne n'a pas froid aux yeux, et à 12 ans, elle a bien perdu l'innocence de l'enfance ! Quelques longueurs peut-être, mais un roman à découvrir pour son côté déjanté et néanmoins très tendre. 

 

D'autres lectures chez :

Allie (dont je partage tout à fait l'avis)

Clarabel (qui en parle si bien !)

mAlice  (qui l'a trouvé un peu trop chargé)

Cathulu (qui l'a dévoré)

Pardon si j'en oublie !

 

Robert Laffont, août 2006, 186 pages, 18 ?, ISBN 2-221-20748-9

Ma note : 3/5

Voir les commentaires

La mort de Lara - Thierry Consigny

11 Janvier 2007, 10:19am

Publié par Laure

Découvert grâce à Tatiana, j’avais acheté ce livre au Salon du Livre de Paris en mars 2006. Je m’en souviens, parce qu’il porte encore la petite pastille verte fluo qu’on vous colle à chaque achat pour prouver que vous avez payé le livre dans cette gigantesque foire au papier imprimé. Et puis je l’ai couvé, et ressorti quand j’ai senti le moment venu de le lire (ça ne s’explique pas, mais c’est ainsi)

Il s’agit d’un récit, de la vie même de l’auteur. Le décès de sa petite fille de 4 ans, Lara. Un banal et pourtant tragique accident domestique : une noyade dans une piscine. Malgré la douleur du sujet, c’est un livre d’une force et d’une beauté inouïes. Quel courage ! On pense bien sûr au dernier Laurence Tardieu, Puisque rien ne dure, mais ce livre-ci est différent (évidemment). Ce récit déborde d’amour à chaque page, décrit magnifiquement tous les sentiments vécus et éprouvés par la famille… pourtant… quelque chose m’a gênée. Quelque chose que je n’arrive pas à partager, et qui prend une place grandissante dans le texte : une aura quasi mystique, une foi inébranlable, des visions pures et esthétiques de la petite fille dans le ciel, une croyance qui donne force et beauté au père éprouvé, mais qui me laisse distante. Je suis admirative de voir qu’il est possible de surmonter ainsi un deuil, mais je m’en sens si éloignée. Beau texte, mais dans lequel l’église prend une place [pour moi] trop grande. Mais qui suis-je pour émettre un commentaire sur un drame privé si … rayonnant ?

Flammarion, fév. 2006, 89 pages, ISBN 2-08-068968-1, prix : 12 €

Ma note : 3/5

 

Voir les commentaires

<< < 10 20 30 40 50 51 52 53 54 55 56 57 58 > >>