Les jardins d'Hélène

romans francais-francophones

Elle fait les galettes, c'est toute sa vie - Karine Fougeray

3 Avril 2006, 17:59pm

Publié par Laure

Ah… les galettes de Karine ! Ce livre a tout une histoire pour moi, longtemps désiré, rapidement arrivé, je l’ai laissé mûrir sur ma table de chevet.

D’abord, la couverture : en vrai, elle est beaucoup mieux que sur n’importe quelle photo du web, y compris sur ce blog. Légèrement granuleuse, on y voit la maille de la marinière marine. En revanche, le titre, le nom de l’auteur et celui de l’éditrice se font discrets, ce n’est pas très lisible, pas du tape-à-l’œil, c’est un livre qui se fait désirer !

Et puis, le titre : elle fait les galettes, c’est toute sa vie. Comme beaucoup je citerai cette phrase de la nouvelle éponyme : « Elle nous nourrit de galettes. C’est sa façon à elle de donner de l’amour», qui traduit à merveille et le recueil, et la Bretagne. Baignée du dernier album de Thomas Fersen, il m’évoque aussi cette chanson que je fredonne « Je n’ai pas la gale » :

« Son jardin donne des ronces,

son chien montre les dents,

ne réveillez pas l’eau qui pionce

ou gare aux accidents.

Elle fait rarement sa toilette,

Elle est sans religion,

Mais elle fait les meilleures galettes

De Lanmeur à Lannion.

(…)

Son jardin donne des ronces

et des fruits qui sont aigres,

Elle me tâte et elle m’annonce

Qu’elle me trouve un peu maigre.

Je vais pouvoir sans danger

me donner à l’ogresse,

car si elle veut me manger,

faut d’abord qu’elle m’engraisse. »

 

Les nouvelles de Karine, c’est un hymne à la mer et au pays breton. C’est un livre d’amour et de nostalgie, de souvenirs et de douceurs, de tendresse et de cruauté, un peu aussi parfois. Avec des mots simples et sans chichis, elle parle de la vie, pas n’importe laquelle, celle qui sent l’iode et la marée. Une Anna Gavalda bretonne, si si.

Quelques nouvelles cruelles toutefois, l’amour de la mer peut-il tout permettre ? Comme cette pauvre fillette soumise au mal de mer parce que tous les week-ends il faut accompagner papa en bateau (« Week-end »), cette fille larguée parce qu’elle n’aime pas les huîtres, les bulots et autres araignées (« un amour de crustacé »), ce touriste qui retrouvera sa voiture noyée parce qu’il n’a pas osé regarder dans les yeux les habitués du bar quand il a demandé l’heure de la marée (et s’il était tout simplement timide, hein ?). Je veux croire aux blagues et au second degré dans les coquillages, mais attention toutefois de ne pas faire de cet amour de la Bretagne et de la mer un chauvinisme exacerbé qui serait au final plus rédhibitoire qu’avenant… J’ai parfois craint de me sentir exclue de ces nouvelles : du genre quand on n’est pas breton on ne peut pas comprendre, ou même si on fait des efforts (j’adore les araignées, celles qui se mangent, mais je ne goûterai jamais aux huîtres ni aux bulots), et je n’ai pas le pied marin, seuls les natifs vrais de vrais qui affrontent la mer savent de quoi ils parlent, ce qui les autoriserait à être arrogants quand on touche à leur région ? J’aime la Bretagne, à ma façon, mais je ne suis pas bretonne. Alors voilà sans doute pourquoi j’ai préféré « à la vase de chocolat », parce que ça peut être universel, tout comme « la mer a tout emporté » et « comment ne pas perdre la tête » (en essayant de ne pas chantonner Bruel).

En dépit de cette impression de m’être parfois sentie légèrement agressée (tous les « estrangers » en prennent pour leur grade, voir aussi « à la pêche » et « stage de voile » qui finissent mal), j’ai aimé ce recueil de nouvelles, qui réussit à s’équilibrer entre amour du pays et exploration sublime de la vie, du couple et des sentiments.

Attention, toutefois, à ne pas s’enfermer dans la vigueur des vagues, il serait dommage que seuls les lecteurs bretons en profitent !

Et de conclure en disant que c’est trop court, à quand un roman, Karine ?

Editions Delphine Montalant, juin 2005, ISBN 2-915779-00-7, prix : 14 €

Ma note : 3,5/5

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Accident nocturne - Patrick Modiano

29 Mars 2006, 20:06pm

Publié par Laure

Présentation de l'éditeur :

"Peu avant ses vingt et un ans, le narrateur, aujourd'hui bien plus âgé, a été victime d'un accident Place des Pyramides : il est renversé par une Fiat vert d'eau, conduite par une jeune femme, Jacqueline Beausergent. En état de choc, il croît reconnaître en cette femme, une personne qu'il a déjà rencontrée, beaucoup plus tôt. Ses souvenirs se mêlent et il associe étrangement cet événement à un accident antérieur dont il ne lui reste que des détails confus. S'il retrouve cette femme, le narrateur a le sentiment qu'il apprendra quelque chose d'important sur lui-même, quelque chose qui changera le cours de sa vie." 

Ce roman n’est pas mon préféré de Modiano. [Je n’ai même pas eu le courage de vous le résumer, je vous ai mis le quatrième de couv de l’éditeur…] Trop flou à mon goût, une confusion chronologique que j’ai trouvé particulièrement agaçante, des personnages mystérieux dont on ne saura finalement pas grand-chose. Qui est donc réellement ce docteur Bouvieu ? 

Un point étonnant quand même dans ma lecture : je m’étais imaginée le personnage féminin, Jacqueline Beausergent, la conductrice tant recherchée de la Fiat vert d’eau, comme une femme d’âge mûr, plutôt bourgeoise (du fait de la clinique, de l’argent versé à la sortie, etc.), quelle ne fut pas ma surprise donc d’apprendre en fin de récit qu’elle n’avait que 26 ans !

Modiano écrit toujours bien, évidemment, mais là j’ai accroché moyen.

Ma note : 3/5

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J'ai oublié de la tuer - Tristane Banon

27 Mars 2006, 22:20pm

Publié par Laure

Flore ou la douleur de l’enfance battue. Voilà le roman de Tristane Banon, paru en août 2004. C’est le récit d’une petite fille, Flore Dubreuil,  élevée par une nourrice alcoolique et violente prénommée Amira, « 113 kilos de graisse, d’alcool et de tristesse aussi », dans l’indifférence la plus totale d’une mère toujours absente, femme d’affaires qui ne veut rien voir rien savoir, et encore moins s’encombrer d’une fille. Le déni maternel et la violence des coups sur l’enfant, c’est cruel. Flore narre son parcours jusqu’à ses 15 ans, la solitude, les mains tendues et le temps qui fait son affaire, puisque son désir le plus cher de tuer la bonne, elle l’aura finalement oublié.

J’ai un problème avec ce roman. A sa parution il a fait du bruit, annoncé comme une autofiction écrite sous pseudonyme, l’auteur serait fille de femme politique connue. (cf. ici  par exemple). Dès lors le public ne s’est pas intéressé à un roman, mais à un article people, cherchant le vrai et/ou le sale dans la pseudo fiction.

En tant que roman, tel que je l’aborde aujourd’hui, je ne lui trouve rien d’exceptionnel. Des romans sur l’enfance malheureuse, détruite et violentée, j’en ai lus. Je les ai souvent finis en larmes. Ce qui manque pour moi dans ce roman de Tristane Banon, c’est l’émotion. Une froideur, certes compréhensible au vu du vécu du personnage, une haine farouche que je trouve bien fade, un pied de nez d’une ado qui a réussi à s’en sortir, mais tout ça manque de poigne. Peu m’importe de savoir ce qui est vrai ou non dans ce livre, et c’est je crois ce mélange des genres médiatisé (roman ? autofiction ?) qui le dessert. Si vraisemblable il y a, il manque … ce que j’appellerais le talent. Il faut dire qu’il est difficile de rivaliser après le coup de poing dans l’estomac du bord de mer de Véronique Olmi.

Vite lu donc, mais pas indispensable.

Anne Carrière, août 2004, 130 pages, ISBN 2-84337-284-4, prix : 15 € 

Ma note : 3/5  

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Bord de mer - Véronique Olmi

24 Mars 2006, 19:55pm

Publié par Laure

Bord de mer fait partie de ces livres qui marquent et obsèdent un temps, pour ne pas dire longtemps. Dès la première page j’ai deviné la fin inéluctable et tragique (même si j’ignorais encore la méthode et si je pensais que la mère aussi disparaîtrait).

Je ne le lisais donc plus pour l’intrigue, mais pour ce style à la fois simple et foudroyant qui vous embarque malgré vous, retranscrivant si bien le désespoir et la misère.

Une mère de famille emmène pour la première fois ses deux enfants, deux jeunes garçons, au bord de la mer, un soir froid et pluvieux de novembre. Il ne s’agit pas de vacances mais d’une fuite en avant, terrible, immuable. Le voyage en car est minable, l’hôtel est sordide, et le regard des autres tout au plus absent, quand ce n’est pas méprisant. La fête foraine est l’ultime bonheur. La mère soigne ses crises d’angoisse pourtant, mais quel avenir offrir aux siens quand on n’a plus que quelques pièces de monnaie en poche ?

Dans quelle détresse inimaginable doit-on être pour assassiner ses enfants ? C’est noir, violent, cruel, et pourtant débordant d’amour. J’ai du mal à soutenir ce livre auprès de lecteurs potentiels tant je ne veux pas comprendre ni admettre le drame qui se joue, pourtant je suis emportée par l’écriture si touchante et si juste. Je suis mal à l’aise, vous l’aurez compris, même si je reconnais à Véronique Olmi un talent certain.

Tous les thèmes sont-ils défendables en littérature ? Oui, sans doute, mais il faut avoir le moral bien accroché. C’est un très bon roman, mais dérangeant.

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Déloger l'animal - Véronique Ovaldé

21 Mars 2006, 20:49pm

Publié par Laure

Voilà un livre qui a bien failli passer dans la case « les commencés jamais finis » !

A de nombreuses reprises j’ai failli en abandonner la lecture. Pourtant il avait fait partie de ma liste d’envies, ce fourre-tout virtuel qui permet de ranger quelque part tous ses désirs sans perdre tous ses bouts de papier éparpillés. Ce livre, je l’ai espéré, attendu, enfin eu, et … je ne l’ai pas aimé. Ben oui, ça arrive. Dommage, mais pas gravissime ! Ce livre fait 166 pages, et je l’ai lu en 10 fois, en 10 jours, pensez donc, c’est inimaginable. Mais je l’ai lu jusqu’au bout. 

Rose a 15 ans mais elle a tout l’air d’en avoir 7 dans sa tête, elle fréquente un institut spécialisé, on ne saura pas grand-chose de plus sur elle. J’ai bien aimé la première page : « Je me suis drapée dans ma cape de soie noire doublée fuchsia, j’ai ouvert la fenêtre, j’ai grimpé sur le rebord et, sans un dernier regard pour ma si jolie mère grillée, je me suis jetée dans le vide ». J’ai bien aimé la 3ème partie, soit les trois dernières pages. Entre, j’ai trouvé le temps long, presque aussi long que les phrases qui m’ont paru lourdes et chargées, multipliant les virgules et les digressions.

Un jour la mère de Rose disparaît et l’enfant va chercher à comprendre, à tenter de reconstruire la vie de sa mère, de son père biologique et de l’autre, à moins que ce ne soit le même, bref, va mêler rêve et réalité, une réalité qu’elle se construit à partir des propos entendus ici ou là, des suppositions qu’elle peut faire. Je n’ai pas accroché à ces longues pages. Et sans compter que sa mère s’appelle Rose aussi, ce qui n’est pas sans créer un certain cafouillage dans la narration (à ne pas lire quand on est fatiguée !)

La fin soudain m’a réveillée tout comme l’avait fait ce film vu récemment : c’est exactement la même ! Je ne vais pas vous la livrer si vous souhaitez encore voir l’un ou lire l’autre, mais le procédé est identique, le lecteur s’est fait berner, et les personnages de fiction aussi.

Je crois que ce qui m’a rebutée dans ce roman, c’est l’écriture. Trop d’errance diluée en propos ennuyeux. Mais pour un avis plus optimiste, je vous invite à lire la critique de  Cuné!

Actes Sud, août 2005, ISBN 2-7427-5633-7, prix : 17,80 €

Ma note : 2/5 

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Un soir de décembre - Delphine de Vigan

12 Mars 2006, 17:26pm

Publié par Laure

Matthieu Brin connaît le succès après la publication de son premier roman et vit une vie heureuse et ordinaire auprès de la femme de sa vie, Elise, et de leurs deux jeunes garçons.

Voilà qu’arrive au courrier une lettre de lectrice, qui est aussi une ancienne amante, une belle et vieille histoire de 10 ans en arrière, qu’il a rompu un soir de décembre, peu avant son mariage. Cette lettre et les suivantes vont le troubler bien plus qu’il ne le souhaite. Il s’enferme et devient taciturne, peut-il se libérer de cette histoire en écrivant son deuxième roman ? En s’enfermant dans l’écriture ? Entre propos communs (l’épouse lassée qui s’en va, l’homme miné par la déprime) et belles réflexions sur le désir amoureux, c’est toute l’histoire d’une rencontre que l’amante va réécrire, pour pouvoir, enfin, en faire le deuil.

J’ai aimé l’atmosphère délicate qui émane de ce roman. Les propos sont simples et efficaces. Les mots sur le désir sont beaux et justes. Le miroir (fidèle ?) de la mémoire. Peut-être ai-je regretté de ne pas en savoir plus sur le deuxième roman en cours d’écriture, parle-t-il de ce deuil amoureux ? Sans doute, mais comment….ou bien est-ce celui que nous avons entre les mains ? Cette solution-là ne me satisfait pas non plus....

Cet extrait : « Sara écrit l’histoire inachevée qui a été la leur. Dans le secret des mots, entre les lignes, elle cherche un sens. Elle attend une réponse. Il ne doit pas y penser. Pas encore. » (p.118)

« Il écrit sous l’emprise d’une femme qui a forcé l’espace clos de sa mémoire. Il sent vibrer, en deçà des mots, l’influx silencieux qui l’emporte vers elle. Il croyait qu’il était capable de maintenir l’histoire dans l’oubli. (…) Un livre peut-il porter à ce point la trace d’une femme ? Peut-on écrire seulement pour ça, pour se rapprocher de quelqu’un ou – de manière plus juste – pour l’attacher à soi ? » (p.120)

 

JC Lattès, juin 2005, 194 pages, ISBN 2-7096-2725-6, prix : 13.50€

Ma note : 4/5

 

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C'est égal - Agota Kristof

11 Mars 2006, 09:24am

Publié par Laure

Il y a des livres dont j’ai du mal à parler. Ou pas envie sur le moment. Ou je ne vois pas ce que je pourrais ajouter qui n’ait déjà été dit. Alors après ma lecture ils rejoignent leur étagère et je ne les partage pas, c’est-à-dire que je n’en parle pas ici ou ailleurs sur le net.

Que je les aie aimés ou non n’a rien à voir, parfois c’est juste un manque de temps, ou pas un emballement suffisamment grand quoique j’en dise ?

C’est le cas de ces courtes nouvelles d’Agota Kristof, que j’ai lues très vite tant le recueil est mince. Elles n’atteignent pas pour moi le talent de la trilogie du Grand cahier, en même temps le genre étant différent, elles ne supportent pas la comparaison.

C’est égal, c’est donc un ensemble de 25 nouvelles, très courtes, à peine deux pages pour certaines, toutes finalement noires ou désespérantes, malgré une ironie et un humour qui percent régulièrement. Les portes de la folie ne sont pas toujours pas bien loin.

Ce qui m’a gênée dans ce livre je crois, c’est la brièveté des textes : à peine le temps d’entrer dans un univers que déjà il faut en sortir : c’est frustrant !

Et puis il faut avoir le moral bien accroché, c’est quand même assez plombant, tout ce désespoir. Je citerai la même phrase que beaucoup, parce que c’est une évidence qui ressort de ce livre : « c’est égal, de toute façon, on n’est bien nulle part ».

 

A noter : bien qu’elle soit de nationalité hongroise, Agota Kristof écrit en français… d’où son « rangement » dans les romans francophones.

Seuil, janv.2005, 106 pages, ISBN 2-02-078764-4, prix : 12 €

Ma note : 3/5

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La famille Picoré - Anne Boulay

7 Mars 2006, 06:50am

Publié par Laure

Anne Boulay est sans aucun doute la fille cachée de Nicole de Buron dans le paysage romanesque du 21ème siècle. Elle nous embarque en effet dans les aventures quotidiennes et franchement pas tristes d’une famille nombreuse citadine à la CSP (catégorie socioprofessionnelle) somme toute confortable. Alors dans cette famille à l’image dorée de pub pour petit-déjeuner, il y a Monique, dite Vishnou pour sa capacité à tout gérer à la fois, et Jean-Claude Picoré, dit Jicé, ainsi que leurs 4 enfants : Gilbert, l’ado en classe de 4ème, Questche, 12 ans, en mal de portable car elle souffre de téléphonite aiguë, Odette l’intello surdouée malgré son jeune âge, et Petite Trésor, la petite dernière. Sans oublier Ingmar, le cochon-d’Inde paralysé de l’arrière-train, qui n’est pas le dernier dans la série mésaventures.

Dans une prose survitaminée, l’auteur nous livre donc les tribulations déjantées de cette famille qui n’a pas le temps de s’ennuyer. C’est bourré de références culturelles et commerciales que toutes les mères de famille de 30-40 ans ayant des marmots de 3 à 15 ans reconnaîtront sans peine, même si c’est caricatural à l’extrême, on ne peut s’empêcher de s’y retrouver quelque part !

C’est un roman léger, loufoque, sympathique, une lecture de détente à prendre comme telle. N’empêche que, quelle logorrhée ! A la fin, on est saoûlé ! On a comme une envie de calme et de silence. Wonderwoman-Monique-Vishnou devrait faire une cure de repos ! Et si la vie de famille nombreuse ressemble parfois à celle de la famille Picoré, je vous garantis aussi qu’elle peut être plus calme.

Une dernière remarque : pourquoi avoir donné un titre volontairement référent à une  publicité bien connue ? Pour casser ce côté idéal pas si vrai au quotidien ? C’est sans doute à prendre dans l’humour de l’ensemble…

Robert Laffont, mai 2005, 172 pages, ISBN 2-221-10433-1, prix : 17 €

 

 

 

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Carla on my mind - Cyril Montana

4 Mars 2006, 11:20am

Publié par Laure

Le narrateur, parisien, trentenaire, s’épuise à nous raconter ses errances après sa rupture amoureuse d’avec Carla. Seul, il explore des mondes souterrains et consomme toutes sortes de substances pour essayer d’oublier sa belle : drogues, alcool, rencontres sur le net qui ne le mènent nulle part. Tout lui pèse : son boulot, sa colocation, son ennui. Et nous lecteurs ? On a envie de le secouer, cet enfant gâté immature ! Ce roman est le bon reflet d’une génération, mais qu’en sera-t-il dans quelques décennies ? La plume est alerte et le langage djeun’s, mais c’est aussi furieusement nombriliste et creux. Le sexe facile décrit crûment ne trahit que le grand esseulement de l’homme abandonné. Carla on my mind est donc une lecture rapide et divertissante, mais qui au final n’apporte pas grand-chose.

Le Dilettante, mars 2005, 156 pages, ISBN 2-84263-102-1, prix : 13,50 €

Ma note : 3,5/5

 

 

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Une pièce montée - de Blandine Le Callet

3 Mars 2006, 18:01pm

Publié par Laure

Une pièce montée, c’est le récit d’un mariage bourgeois vu par différents personnages, avec son lot de convenances mais aussi de surprises.

L’auteur invite son lecteur à la cérémonie qui doit unir Vincent et Bérengère, et c’est à travers le prisme déformant (ou non), drôle ou cynique, fatigué ou émouvant des invités ou protagonistes que l’on découvre les travers de chacun, et l’hypocrisie de la journée. Il y a d’abord Pauline, la demoiselle d’honneur, 8 ans, rêveuse mais lucide sur les agissements des adultes. Il y a Bertrand, le prêtre épuisé, stressé, pas loin de péter les plombs (un bon point de vue, inattendu !), puis Madeleine, la grand-mère, Hélène, la belle-sœur qui a tout pour être heureuse, bon mari belle situation trois beaux enfants et pourtant…, Marie la sœur aînée de la mariée, toujours pas casée ça fait désordre, la rebelle de la famille, qui fait son coming out sur la piste de danse, Jean-Philippe, l’oncle qui ne supporte plus sa famille bourgeoise, Vincent, le marié, qui n’a plus l’air de reconnaître sa femme, et Damien, une vague connaissance aux fantasmes curieux (séduire les laides dans les mariages!). Tout cela avant de conclure sur la confidence de Madeleine à sa petite fille Bérengère, la reine du jour : un secret de famille jusqu’alors bien gardé, qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, comme s’il fallait ajouter un dernier cliché un peu larmoyant, car il faut se délivrer avant la mort, et Bérengère a le petit quelque chose en plus pour être la récipiendaire de ce secret. Je partage tout à fait l’avis de  Clarabel sur ce livre. Il reste néanmoins un bon roman, divertissant, bien écrit et agréable. Mais pour moi, la qualité des chapitres (de l’analyse des personnages) va en diminuant, et c’est un peu dommage … d’où une fin un peu bateau…

Ce livre me faisait penser à une nouvelle hors commerce d’Anna Gavalda, l’échappée belle, offerte par France Loisirs fin 2001 : trajet en voiture pour se rendre à un mariage, belle-sœur coincée et rabat-joie, fratrie (2 garçons, 2 filles) trentenaire qui se retrouve pour l’occasion, veut garder son âme d’enfant et partage une dernière fois cette complicité radieuse en s’échappant d’un mariage trop guindé, avec tout le talent naturel qu’on connaît à Gavalda pour décrire la vie, les joies simples et les faux-semblants.

Cet extrait : p.111 « Comment en est-elle arrivée là ? Qu’est-ce qu’il faudrait changer ? Elle n’a pas de réponse. Elle ne sait pas. Elle aime encore son mari. Et pourtant, c’est comme si quelque chose était mort, très profondément, dans son cœur, comme s’il n’éveillait plus en elle aucune émotion. Seulement l’attachement à ce qu’ils ont fait et vécu en commun. Une sorte de fidélité à leur mariage, qui n’a pas été malheureux.

Oui, elle aime son mari. Il est intelligent. Il travaille comme un fou, et elle est fière de sa réussite. Il ne s’occupe pas assez des enfants, mais comment le lui reprocher, avec tout le travail qu’il a ? (…) »

p.113 « les enfants, ça ne la retient pas. De toute façon, Alexandre est tellement peu à la maison que ça ne fera pas beaucoup de différence dans leur vie. A la limite, un week-end sur deux rien qu’avec leur père, ils le verraient plus que maintenant. »

Stock, fév. 2006, 319 pages, ISBN 2-234-05851-1, prix 17,50€        

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