Les grandes bourgeoises - Emmanuelle de Boysson
C’est frais, féminin, léger, bref, parfait pour l’été (ou pour quand vous voulez si vous cherchez une lecture détente). Dans ce roman, une ronde de six grandes bourgeoises qui ont des soucis de femmes riches (révisez votre vocabulaire Prada et Cie) et des souvenirs de rallyes (pas les courses automobiles hein, les coteries dansantes pour jeunes filles du beau monde). Bref elles ne sont pas à plaindre et pourtant toutes sont touchantes, dans leurs faiblesses, leur prétendue supériorité et leur volonté farouche d’exister par elles-mêmes et non par la fortune de leurs maris.
Il y a Cerise, coincée et bourrée de principes mais lucide sur les absences de son mari, Philippine, qui a la manie des « sauces à part », ambitieuse et manipulatrice. Viennent aussi Iris, que ses copines trouvent trop ronde et pitoyable, un peu godiche elle se fait rouler par son amant, puis Douce, Lila et Rose. Lila rêve d’écrire un roman mais elle ne trouve pas mieux que le plagiat, puis le chantage quand sa seconde mouture est refusée. Rose enfin, l’avocate, aristocrate sans le sou, sur qui l’éducation parentale a déteint au point d’en devenir radine et économe au plus haut point. Toutes auront un amant avec qui elles connaîtront plus de déboires que de plaisir, adultère qu’elles auront choisi peut-être par simple lassitude d’être perpétuellement trompées par leurs maris. Un fil conducteur relie l’histoire de ces six amies qui s’aiment autant qu’elles se détestent : une bague en émeraude qui passera de l’une à l’autre par le biais de l’intrigue bien menée. On pense à Desesperate Housewives, à la pièce montée de Blandine Le Callet, on sourit souvent de ce milieu prétentieux et snob dont l’auteur se moque gentiment. On se retrouve aussi un peu parfois dans ces portraits ou ces désirs intérieurs. Je ne suis pas une habituée de Madame Figaro, mais j’ai bien aimé ce roman !
PS : je crois que Tatiana avait parlé de ce roman mais je ne réussis pas à retrouver son article...
JC Lattès, avril 2006, 247 p. ISBN 2-7096-2740-X, prix : 15 €
Ma note : 4/5
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Débutée avec un sentiment de malaise, cette lecture est devenue révélation. Il y a des livres qui ont ce pouvoir là, et c’est à la fois comme un choc violent et un doux instant magique. Vous ne comprenez pas ce que je raconte ? Moi non plus. Je n’aimais pas le titre de ce livre. Une lectrice l’avait rapporté en disant « ouais ça c’est moyen » et puis suite au passage d’Emmanuelle Pagano elle-même sur mon blog (article sur Pascale Kramer), je m’étais promis de lire un de ses livres.
Ce petit livre tout juste paru est en réalité une réédition. Il s'agit du premier livre de Claire Fourier paru chez Actes Sud en 1996.
Un adolescent ne sait plus comment vivre « l’après » : son frère aîné s’est suicidé un an auparavant, sans laisser de lettre, sans que personne n’ait rien senti venir. Depuis, entre le chagrin et la nécessité de continuer à vivre, il ne trouve plus sa place dans sa famille, il se sent invisible et inutile auprès de ses parents.
Ce livre est un petit régal à la fois simple et original. Suffisamment intrigant pour qu’on avance dans sa lecture sans vouloir le lâcher. Différents personnages vont construire le portrait subtil d’une femme, à travers leurs voix tour à tour humoristique, envieuse, admirative ou encore sarcastique. Il y a les proches : la mère, la sœur, les enfants, les deux époux successifs, et ceux qu’elle fréquente pour diverses raisons : le gynécologue, le dentiste, le banquier, la vendeuse, etc. Ecrit dans un style alerte et frais, on a envie de savoir qui est en vérité cette femme « normale » et il faut résister à l’envie d’aller vite lire le dernier chapitre où elle se dévoile. Une vérité bien banale, une femme « normale », il ne fallait pas chercher plus loin. « Une femme comme on en croise tous les jours et qu’on remarque…ou pas ! »
Voici un roman amer mais clairvoyant sur l’usure du couple.
Louisa-Marie est étudiante et héritière d’un appartement dans le Marais. Mais voilà, l’appartement est déjà occupé par une vieille dame, vieille harpie de 80 ans, ancienne secrétaire de l’oncle légataire, et elle ne peut la déloger. C’est donc une colocation forcée et houleuse qui s’engage entre les deux femmes. Sur fond de canicule estivale, les deux vont se pousser à bout, jusqu’à donner à la plus jeune des envies de meurtre, mais qui gagnera la partie ?
Antoine, prof d’anglais, la quarantaine, est seul à présent. Anne l’a quitté avec leurs deux enfants, Mathilde et Léo. Avant de mettre les voiles, il met en vente quelques bricoles personnelles sur un stand de vide grenier dans son quartier. Au fil des ventes c’est l’histoire de l’objet qui refait surface, et par là même l’enfance, l’adolescence, le début de la vie adulte d’Antoine qui nous sont reconstruits. Puis quand le parcours d’Antoine est achevé, c’est celui des acheteurs qui apparaît. Si je suis moins éblouie par ce procédé qui mêle les parcours des personnages que je ne l’avais été dans Accès direct à la plage (cf. mon
Il y a longtemps que je voulais lire un roman de Philippe Ségur. Hélas pour moi, Autoportrait à l’ouvre-boîte, seul livre de lui disponible à la bibliothèque, fut une mauvaise pioche. Je n’ai pas été accrochée plus que cela, me forçant à poursuivre, les critiques annonçant une fin intéressante.
C’est l’histoire presque banale d’une jeune femme amoureuse qui rêve d’avoir un enfant pour prolonger l’amour de son couple. Et son compagnon la soutient, lui aussi désireux d’être père. C’est le récit de l’attente, chaque mois déçue. Puis enfin le bonheur et le drame, la fausse-couche, les nouveaux essais infructueux, la jeune femme est probablement une fille « Distilbène », ce médicament donné aux femmes enceintes (et qu’a dû prendre sa mère) dans les années 60. Dans son obstination à faire naître un enfant, le docteur Gromstein, un gynécologue chaleureux et humain, qui veut l’aider. Jusqu’à lui proposer une solution peu déontologique. (Je suis pour l’adoption, par pour le trafic d’enfant !) Voilà pour la première moitié du roman. Des phrases courtes, efficaces, sobres, des chapitres qui ont pour titre des verbes à l’infinitif tels que désirer, jouir, aimer, vouloir, attendre, croire, perdre, décider, et savoir. Dans la deuxième moitié, une autre femme (d’où le titre au pluriel : Mères) qui va décliner les mêmes verbes, mais pas dans le même ordre. Une jeune femme que l’enfance a blessée, orpheline de mère et au père qui n’a pas su être présent quand il le fallait. Tous les médecins la disent stérile, c’est médicalement expliqué. Jusqu’au jour où elle se retrouve enceinte. Mais voilà, elle ne veut pas d’enfant, jamais, c’est comme ça, viscéral, elle préfère se détruire qu’enfanter. Elle va se terrer chez elle jusqu’à ce que cette « chose » sorte d’elle. Accoucher sous X. Avec le même gynécologue. Et un conjoint qui lui veut devenir père, mais qu’elle a écarté. Vous aurez probablement fait le lien entre les deux histoires. Cette seconde partie est forte, dure, violente, cette femme est tout aussi déterminée que la première, dans un but inverse. Je n’ai pas pu me détacher de ce livre, qu’au départ je trouvais presque banal.