Les jardins d'Hélène

romans francais-francophones

Carla on my mind - Cyril Montana

4 Mars 2006, 11:20am

Publié par Laure

Le narrateur, parisien, trentenaire, s’épuise à nous raconter ses errances après sa rupture amoureuse d’avec Carla. Seul, il explore des mondes souterrains et consomme toutes sortes de substances pour essayer d’oublier sa belle : drogues, alcool, rencontres sur le net qui ne le mènent nulle part. Tout lui pèse : son boulot, sa colocation, son ennui. Et nous lecteurs ? On a envie de le secouer, cet enfant gâté immature ! Ce roman est le bon reflet d’une génération, mais qu’en sera-t-il dans quelques décennies ? La plume est alerte et le langage djeun’s, mais c’est aussi furieusement nombriliste et creux. Le sexe facile décrit crûment ne trahit que le grand esseulement de l’homme abandonné. Carla on my mind est donc une lecture rapide et divertissante, mais qui au final n’apporte pas grand-chose.

Le Dilettante, mars 2005, 156 pages, ISBN 2-84263-102-1, prix : 13,50 €

Ma note : 3,5/5

 

 

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Une pièce montée - de Blandine Le Callet

3 Mars 2006, 18:01pm

Publié par Laure

Une pièce montée, c’est le récit d’un mariage bourgeois vu par différents personnages, avec son lot de convenances mais aussi de surprises.

L’auteur invite son lecteur à la cérémonie qui doit unir Vincent et Bérengère, et c’est à travers le prisme déformant (ou non), drôle ou cynique, fatigué ou émouvant des invités ou protagonistes que l’on découvre les travers de chacun, et l’hypocrisie de la journée. Il y a d’abord Pauline, la demoiselle d’honneur, 8 ans, rêveuse mais lucide sur les agissements des adultes. Il y a Bertrand, le prêtre épuisé, stressé, pas loin de péter les plombs (un bon point de vue, inattendu !), puis Madeleine, la grand-mère, Hélène, la belle-sœur qui a tout pour être heureuse, bon mari belle situation trois beaux enfants et pourtant…, Marie la sœur aînée de la mariée, toujours pas casée ça fait désordre, la rebelle de la famille, qui fait son coming out sur la piste de danse, Jean-Philippe, l’oncle qui ne supporte plus sa famille bourgeoise, Vincent, le marié, qui n’a plus l’air de reconnaître sa femme, et Damien, une vague connaissance aux fantasmes curieux (séduire les laides dans les mariages!). Tout cela avant de conclure sur la confidence de Madeleine à sa petite fille Bérengère, la reine du jour : un secret de famille jusqu’alors bien gardé, qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, comme s’il fallait ajouter un dernier cliché un peu larmoyant, car il faut se délivrer avant la mort, et Bérengère a le petit quelque chose en plus pour être la récipiendaire de ce secret. Je partage tout à fait l’avis de  Clarabel sur ce livre. Il reste néanmoins un bon roman, divertissant, bien écrit et agréable. Mais pour moi, la qualité des chapitres (de l’analyse des personnages) va en diminuant, et c’est un peu dommage … d’où une fin un peu bateau…

Ce livre me faisait penser à une nouvelle hors commerce d’Anna Gavalda, l’échappée belle, offerte par France Loisirs fin 2001 : trajet en voiture pour se rendre à un mariage, belle-sœur coincée et rabat-joie, fratrie (2 garçons, 2 filles) trentenaire qui se retrouve pour l’occasion, veut garder son âme d’enfant et partage une dernière fois cette complicité radieuse en s’échappant d’un mariage trop guindé, avec tout le talent naturel qu’on connaît à Gavalda pour décrire la vie, les joies simples et les faux-semblants.

Cet extrait : p.111 « Comment en est-elle arrivée là ? Qu’est-ce qu’il faudrait changer ? Elle n’a pas de réponse. Elle ne sait pas. Elle aime encore son mari. Et pourtant, c’est comme si quelque chose était mort, très profondément, dans son cœur, comme s’il n’éveillait plus en elle aucune émotion. Seulement l’attachement à ce qu’ils ont fait et vécu en commun. Une sorte de fidélité à leur mariage, qui n’a pas été malheureux.

Oui, elle aime son mari. Il est intelligent. Il travaille comme un fou, et elle est fière de sa réussite. Il ne s’occupe pas assez des enfants, mais comment le lui reprocher, avec tout le travail qu’il a ? (…) »

p.113 « les enfants, ça ne la retient pas. De toute façon, Alexandre est tellement peu à la maison que ça ne fera pas beaucoup de différence dans leur vie. A la limite, un week-end sur deux rien qu’avec leur père, ils le verraient plus que maintenant. »

Stock, fév. 2006, 319 pages, ISBN 2-234-05851-1, prix 17,50€        

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Les petits agendas rouges - Laurence de Cambronne

23 Février 2006, 10:04am

Publié par Laure

L’idée était alléchante mais le résultat de me réjouit pas tant que cela. A la mort de sa mère, la narratrice (l’auteur ?) retrouve 39 petits agendas dans lesquels la défunte a noté chaque jour deux trois lignes de ses faits et gestes. Pas un journal intime, non, juste des notes. C’est à partir de ces notes que l’auteur va reconstituer sa vie pendant les années de guerre, de 1939 à 1945. Sa mère était courageuse et moderne : célibataire, entretenant une relation amoureuse avec un homme marié, puis fille mère, la back street parfaite. Sur fond de guerre, c’est l’amour triomphant qui nous est décrit.

 Ce que je reproche à ce livre, c’est sa superficialité : un journal reconstitué donc totalement romancé, sous formes de courtes pages, effleurant à peine l’un ou l’autre sujet : rien que du banal, de l’attendu, du léger, trop léger. Peut-être aurait-il fallu, sur ce sujet-là, oser un vrai roman, un bon gros pavé d’amour ? Ce côté extrêmement synthétique m’agace : il n’en ressort que des lieux communs, tant sur la guerre, la résistance,  que sur l’amour clandestin. C’est bref, dactylographique, donc vite lu. 

 Si l’objectif de ce livre était davantage de garder une trace, mémoire de la mère et journal de la filiation, ou encore ouvrage thérapeutique aidant au deuil, c’est un projet différent qui ne méritait peut-être pas la qualification de roman. Bref, c’est le projet d’écriture lui-même qui me chiffonne. Le résultat en est finalement un roman facile pour lecteur non exigeant qui veut une belle histoire d’amour et pas trop de pages à lire ! Désolée d’être aussi sévère !

Plon, mars 2004, 218 pages, ISBN 2-259-20037-0, prix : 17 €

Ma note : 2,5 /5

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Le voyage d'Eladio - Hubert Mingarelli

22 Février 2006, 17:45pm

Publié par Laure

Quelque part dans un village d'Amérique Centrale, un groupe de guérilleros pénètre dans une maison et vole une paire de bottes, lesquelles appartiennent au propriétaire José Alvaro Cruz, fonctionnaire au cadastre. C'en est trop pour Eladio, le vieux domestique qui les surprend. Lorsqu'il se remet du vilain coup qu'ils lui ont donné sur la tête, il décide de partir sur leurs traces et de récupérer coûte que coûte ces bottes. Il y a quelque chose d'absurde dans cette histoire, cette abnégation du vieux serviteur à rejoindre les montagnes. Plus que les bottes à récupérer, c'est d'abord une question d'honneur et d'orgueil : se prouver qu'il est encore capable de quelque chose. Mais la route est longue et les montagnes bien loin, Eladio n'a rien à boire ni à manger, il est fatigué.
Habituellement assez admirative de l'écriture poétique et des histoires hors du temps de Mingarelli, je suis cette fois un peu plus réservée. Ce livre m'a rappelé par bien des aspects un de ses précédents : la beauté des loutres, pour ce voyage quasi inutile mais l'acharnement des voyageurs, par la volonté d'aller au bout d'eux-mêmes et de surmonter les éléments naturels.
Dans ce voyage d'Eladio, j'ai la fâcheuse impression de tourner en rond : Eladio a faim, Eladio a soif, Eladio est fatigué, et ainsi de suite en boucle. Et l'objectif est vain. Un peu d'ennui dans cette lecture. Je déconseillerais de commencer par celui-ci à qui voudrait découvrir Hubert Mingarelli.

Seuil, mars 2005, 178 pages, ISBN 2-02-066384-8, prix : 16 €

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Physique - Jean-Marc Parisis

20 Février 2006, 11:31am

Publié par Laure

Un curieux roman que ce physique de Jean-Marc Parisis : vif, moderne, provocateur, un brin déstabilisant, aussi. Patrick Langevin a 7 ans quand ses parents meurent dans un accident de voiture. Il est le seul rescapé et gardera toute sa vie une cicatrice en forme de dollar sur son front. (Le détail n’est pas anodin ?). Il connaît la dureté d’un foyer d’orphelins avant de devenir brillant étudiant, il réussit haut la main tout ce qu’il entreprend et devient avocat d’affaires. Au passage, pistes intéressantes sur la vérité, depuis l’affaire d’un prétendu suicide à l’orphelinat jusqu’aux salles de justice. A 40 ans, vie facile, argent facile, Porsche et filles à gogo. C’est un jouisseur. Malgré son mariage à 18 ans avec celle qui restera toujours la femme de sa vie, Catherine Valence, artiste peintre contemporain. Lorsque l’intrigue bascule, il a une grande fille de 18 ans, Julie. C’est donc une ascension réussie qui  nous est narrée de façon alerte, le style et les propos ne sont pas sans me rappeler parfois un certain Beigbeder, en un peu moins vulgaire. Jusqu’au soir de trop, celui où il contraint la meilleure amie de sa fille, tout juste majeure. Elle était consentante mais espérait plus de douceur pour sa première fois. Après 90 pages, le roman bascule et devient irréaliste. Il se réveille avec 15 ans de moins, 25 ans physiquement, mais toujours un mental de 40 ans. Ça devient compliqué, il faut gruger, prétexter un lifting et une cure d’amaigrissement. Ça passe mais le rajeunissement continue, le voilà revenu à l’âge de 15 ans, puis 7 ans, puis 1 an… avec toujours l’esprit d’un homme de 40 ans. La fin me laisse perplexe, je ne suis pas sûre de l’avoir comprise… Une expiation pour cette soirée de trop avec Carole, l’amie de sa fille ? Dans sa pente rajeunissante, il revient à plus d’essentiel, entreprend de changer d’attitude. Une seconde moitié curieuse, perturbante, mais pas inintéressante.

Père absent, mari absent, j’ai aimé tout ce qui tourne autour du délitement de son couple et du « passage à côté » de sa fille.

Extrait : p. 48 : « Deux cent trente mètres carrés, une surface idéale pour jouer à cache-cache avec mon épouse et Julie, notre fille de dix-huit ans. Je ne les voyais presque jamais, je bossais trop. Avec Catherine, ça n’allait plus fort depuis longtemps. Vingt-deux ans dans le même lit, même en changeant de lit, n’usaient pas que la peau, ça fatiguait aussi la langue. Entre sa galerie et mon cabinet, nous n’échangions plus que des mots de supermarché. Bonsoir, notre amour va fermer, vous êtes priés de rejoindre la caisse. »

Stock, janv.2005, 206 pages, ISBN 2-234-05736-1, prix : 18 €

 

 

 

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Deux fois par semaine - Christine Orban

17 Février 2006, 23:12pm

Publié par Laure

Deux fois par semaine, l’auteur se rend chez un psychanalyste de renom, qui lui a été recommandé par … sa gynéco ! (seul médecin qu’elle consultait jusqu’alors). Elle a tout juste vingt ans quand elle apprend que son mari souffre d’un cancer. A la question « combien de temps encore », on lui répond : « un an, ou peut-être deux ». Le monde s’écroule autour d’elle et en elle, on lui dit qu’elle ne surmontera pas cette épreuve toute seule, qu’elle devrait prendre rendez-vous pour se faire aider... Voici les causes de son entrée en analyse. (Une psychothérapie n’aurait-elle pas été plus utile dans ce cas-là ? bref…)

C’est donc le récit détaillé de ces deux rendez-vous par semaine que nous propose ce roman, avec tout le doute, le mal-être, l’artifice qui règne autour du divan. Le psy aussi est décrit avec ses clichés habituels, derrière elle, elle l’entend se limer les ongles ou se racler la gorge, et quand il est loquace, elle a droit à un « hum » synonyme d’encouragement à parler. Il y a la phase de résistance et la phase d’attachement (le transfert ?), les descriptions répétitives des chaussures ou de sa jupe, et toujours l’impossibilité à parler. Si le lecteur cherche à savoir comment elle sort du gouffre ou comment elle exprime la souffrance de l’accompagnement du mari qui se meurt, c’est peine perdue : il n’y a rien là-dessus. Seulement une description minutieuse - et je l’avoue très réussie – de ce qu’est le début d’une analyse chez un psy, le déroulement immuable et bien réglé des séances. La fin me laisse un peu sur ma faim : une larme d’émotion pour l’homme habituellement de marbre, une modeste compassion, mais poursuivra-t-elle sa cure, comment surmontera-t-elle le deuil ?  Comme un goût d’inachevé…

 

 Les passages que j’ai aimés :

p. 35 : « Je viens d’acheter une parcelle de temps à un homme.

Disons plutôt que je viens de louer, louer deux fois par semaine, les trois quarts d’une heure à un propriétaire de temps, docteur en psychiatrie.

[…] je loue un espace de temps pour le remplir de mots. »

Voilà qui définit bien le binôme temps/argent : les séquences bihebdomadaires au tarif de 500 F les 45 minutes, l’importance du contrat et de la régularité quasi immuable. Sur 11 mois (il y a un mois de repos), faites le calcul annuel. (44 000 F, oui à l’époque c’était des francs, bon allez, en gros, 6 700 €). Je persiste à penser que seuls les riches peuvent se payer le divan, du moins celui-ci.

p.92 : « Parfois je me demande s’il n’existe pas méthodes plus efficaces. On appuie sur le ventre des femmes pour les accoucher, sur les blessures pour en extraire le pus, il n’appuyait nulle part. Comment parvenir à un résultat ? Il ne dit rien, et moi, je suis trop blessée pour donner. Je pourrais recevoir des mots si on me les administrait comme un médicament. Je ne sais pas aller les chercher. Surtout pas les bons. »

Albin Michel, sept. 2005, 191 pages, ISBN 2-226-16809-5, prix 15.90 €

 

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A présent - Brigitte Giraud

17 Février 2006, 22:15pm

Publié par Laure

Avec des mots simples et graves, Brigitte Giraud raconte le bouleversement soudain du décès d?un proche. Alors qu'elle rentre sereine d'un rendez-vous parisien avec son éditeur, son compagnon, Claude, se tue dans un accident à moto. De l'hôpital à l'enterrement, en passant par l'organisation des obsèques, les courriers, le déménagement qui était prévu bien avant dans une nouvelle maison, c'est une semaine hors du temps et du monde que nous raconte l'auteur. Sans jamais verser dans le sentimentalisme, elle utilise les mots justes, elle affronte comme machinalement les rituels qu'il faut accomplir, comme si elle était dans le déni, se disant « non, je vais me réveiller, ce n'est pas vrai, quand je rentrerai il sera là ». Et pourtant elle le sait bien, que c'est ainsi et qu'il faut continuer à vivre, pour le petit garçon né de cette union, mais pas seulement. Ce récit ne peut laisser indifférent car cela peut nous arriver à tous, comme cela, du jour au lendemain. Et il faudrait avoir l'assurance d'une même force qui pourtant ne nie pas la douleur. Bravo pour cet écrit !

 

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