Les loups - Emily Gravett
Les loups d’Emily Gravett est une nouvelle acquisition de la bibliothèque municipale « Les levrauts »… ainsi commence l’histoire. Un lapin va à la bibliothèque et choisit précisément ce livre-là. On trouve même dans une pochette la fiche de prêt de l’ouvrage – avec la vraie cote Dewey s’il vous plait ! - laquelle est tachée d’un rond de tasse de café et sur la page d’à côté la traditionnelle fiche « date de retour ». Lapin s’en va cheminant en lisant son bouquin et apprend plein de choses sur la vraie vie des loups, comme ce qu’ils mangent vraiment : pas des chaperons rouges, hein, mais par exemple … des lapins. S’ensuivent alors deux fins au choix : l’une normale et l’une moins cruelle pour les lecteurs les plus sensibles. Puis l’on tourne la dernière page du livre et là on découvre en illustrations des courriers non ouverts adressés à notre petit lapin, ainsi qu’une vraie enveloppe à décacheter, avec à l’intérieur, une lettre de la bibliothèque : « Cher lecteur, sauf erreur de notre part, le délai de prêt…, … pénalités de retard… » etc. Quel régal !
Peu de couleurs : du crème, du gris, du rouge, de grandes pages claires, un dessin épuré, et beaucoup d’humour et de jeu dans ces constructions en fac-similé et de livre à l’intérieur du livre. Difficile peut-être pour l’enfant de comprendre ces niveaux de lecture dans la fiction, mais je peux vous dire que l’adulte lecteur partage un vrai moment de bonheur, et l’enfant adore découvrir ce qu’il y a dans les pochettes, ouvrir les enveloppes et… expliquer la fin !!!
Un bon investissement et/ou une bonne idée cadeau !
Kaléidoscope (EDL), janvier 2006, ISBN 2-87767-470-3, prix : 15 €
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Deux fois par semaine, l’auteur se rend chez un psychanalyste de renom, qui lui a été recommandé par … sa gynéco ! (seul médecin qu’elle consultait jusqu’alors). Elle a tout juste vingt ans quand elle apprend que son mari souffre d’un cancer. A la question « combien de temps encore », on lui répond : « un an, ou peut-être deux ». Le monde s’écroule autour d’elle et en elle, on lui dit qu’elle ne surmontera pas cette épreuve toute seule, qu’elle devrait prendre rendez-vous pour se faire aider... Voici les causes de son entrée en analyse. (Une psychothérapie n’aurait-elle pas été plus utile dans ce cas-là ? bref…)
S’il fallait encore le prouver, la littérature pour ados est dure, violente et réaliste, il faut arrêter de vouloir protéger ces chers bambins. On est loin du rose guimauve de la couverture ! Mais tout comme la couverture le montre également, c’est un vrai coup de poing que ce livre-là. Une violence larvée qui enfle et qui finira par exploser. Le héros a 14 ans et pas d’histoires, jusqu’à celle-ci. Ses parents n’ont pas de prénom, le père, c’est le Frappeur, la mère, c’est l’Autre. Voilà qui plante le décor pour un engrenage dans la violence physique et psychologique. Tout est prétexte à tabasser le jeune garçon, et pourtant celui-ci « ne lance pas de SOS parents tarés », il se mure dans le silence et la solitude. Il vole des livres qui ne l’intéressent même pas. Parfois il y a l’hôpital ou encore le libraire à qui il avoue qui tentent de lui tendre la main, en vain. La pression continue de monter, et comme une cocotte minute sans soupape de sécurité, on se doute bien que la marmite va exploser. On devine donc la fin, et malgré tout, on ne peut la condamner.
Court récit d’Hubert Mingarelli publié dans une collection pour ados, page blanche chez Gallimard. C’est une histoire étrange que celle d’Elie, jeune garçon (si je n’avais pas lu la 4ème de couv, je peinerais à croire qu’il a 11 ans, je lui en aurais donné plutôt 16) qui campe jour et nuit dans le cimetière du ghetto de Varsovie. A l’extérieur, la police allemande mitraille et rafle les juifs. Elie passe son temps à sommeiller, à rêver, et à parler à Joseph Cytrin, le vieux là, enterré sous la tombe contre laquelle il se réfugie. Jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance de Gad, un szmugler qui vit de marché noir au péril de sa vie lorsqu’il sort et regagne le ghetto. Une amitié parfois malmenée va naître entre les deux garçons réfugiés dans cet endroit étonnamment calme, alors que règne la fureur et l’horreur partout autour. C’est ce qui frappe dans ce récit de Mingarelli : une paix et des rêves d’ados, comme une bulle de douceur dans un univers tragique. Elie écrit des poèmes dans sa tête et promet à Gad qu’ensemble ils habiteront Paris, sous une verrière, pour voir partout la lumière. Réaliseront-ils leur rêve ?
Aussi curieux que cela puisse paraître, je n’ai jamais vu [encore] l’auberge espagnole. Pas de comparaison pour moi donc, ni de retrouvailles particulières avec les personnages. Je regarde ce film d’un œil neuf. Parce qu’à force d’en entendre parler hein… et pourtant je ne suis pas spécialement fan de Romain Duris. J’aime la construction du film, les flash-back, les TGV qui traversent la Manche, l’auteur qui écrit sa vie comme il peut (hmmm tapoter sur son portable pendant que file le train… mais si possible ailleurs qu’aux ch… quand même !), mais quand même, je trouve que ça manque un peu de pêche tout ça. Je m’ennuierais presque. Et puis quand Kelly Reylly entre davantage dans l’histoire, ça y est, je m’attache aux personnages, et suis presque déçue qu’au bout de 120 minutes, ce soit fini. Quant à savoir combien de poupées russes il faut déboîter avant de trouver la femme de sa vie… je laisse la question aux hommes du film. Un cinéma français léger et sympathique, qui dresse un nouveau portrait assez bien vu de cette génération trentenaire désabusée.
Je ne saurais faire de comparaison de ce dernier opus d'Auster avec les précédents car il y a bien longtemps que je n'avais rien lu de lui, depuis la trilogie new-yorkaise, c'est dire ! J'ai trouvé un bonheur simple dans la lecture de brooklyn follies, des personnages attachants qui savent à présent où est l'essentiel dans leur vie, d'autres plus loufoques ou moins rangés, ou encore un peu cabossés par la vie, mais tous débordent d'un optimisme contagieux quand il s'agit de nous embarquer dans leurs aventures et leurs rêves d'hôtel Existence où vivre loin du tourbillon new-yorkais et du monde devenu fou. On peut regretter peut-être une fin un peu facile, comme l'impression pour moi que ce 11 septembre 2001 sert bien de prétexte à ceux qui ne veulent pas que leur livre se finisse bien. En même temps j'aime bien les fins où justement, ils ne vécurent pas heureux et n'eurent pas beaucoup d'enfants, parce que vie et contes de fées, c'est pas tout à fait la même chose.