Les jardins d'Hélène

Mort d'une libraire - Alice Slater

6 Février 2026, 19:17pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Nathalie Peronny

Deux libraires à l’opposé l’une de l’autre : Roach est fascinée par le true crime, ces livres relatant des affaires criminelles souvent glauques tandis que Laura aime la poésie et en écrit, écorchée par le décès de sa mère assassinée par un serial killer. Elle va devenir l’objet de fascination de Roach, qui va pénétrer peu à peu sa vie intime, à la recherche de détails sordides. L’une paraît vulgaire quand l’autre est délicate et raffinée, il va sans dire que leurs goûts littéraires sont à l’opposé également, et que les pratiques de Roach sont bien peu déontologiques à la librairie.

Un roman noir où l’intrusion dans l’intime va loin, effraction de l’âme et des lieux, où les coups bas s’enchainent sans que jamais l’autrice n’oublie d’y glisser une pointe d’ironie. Addictif !

J’ai été quand même agacée au départ par un tic de langage : le mot normies revient incessamment, c’en est pénible, même s’il contribue bien à définir les pensées du personnage de Roach, qu’on trouve assurément détestable.

La construction donne la parole alternativement à Roach et à Laura à chacun des chapitres. Cela crée une routine, simple certes, mais efficace. Quelques longueurs parfois, une fin un peu inattendue dans son dernier rebondissement, j’ai passé un bon moment !

 

Extraits :

p. 101 : "Je n’ai finalement pas lu les autres livres de ma mère, mais j’ai réussi à faire le deuil de sa bibliothèque quand j’ai compris le véritable pouvoir de la lecture. Ce ne sont pas les livres physiques, les livres en tant qu’objets, qui comptent. Les pages que ma mère a touchées, tournées, pliées et lues ne m’inspirent pas la même révérence que l’écharpe qu’elle portait l’hiver ou la trace de son écriture. Les livres eux-mêmes n’ont pas plus de signification que les rues qu’elle arpentait, les tasses dans lesquelles elle buvait, les draps dans lesquels elle dormait. Les mots sont bien plus puissants. Quelque part entre l’encre imprimée sur la page et leur résonance en moi s’étendait une plaine que ma mère avait aussi explorée par la pensée, et ce paysage existait dans n’importe quel exemplaire, qu’elle l’ait tenu ou non entre ses mains. Tel est le pouvoir de la lecture.

Dès lors, je me suis montrée beaucoup moins tatillonne avec mes livres. Aujourd’hui, j’écorne joyeusement leurs pages, j’abîme leurs couvertures, je les fourre sans ménagement dans mon sac, leur laisse des traces de doigts, des taches de vin, de café ou d’eau du bain. Je les perds, je les prête, je les donne. Je ne dis pas qu’ils n’ont aucune valeur, mais mon amour pour eux ne s’étend qu’aux mots qu’ils contiennent, à la magie qui palpite entre leurs lignes. Je crois que c’est ce qui fait de moi une bonne libraire. Je vends une marchandise, certes. Des choses, des objets. Mais pas seulement. Je vends aussi de la magie. »

 

p. 189 « Tu me trouves dure, je sais. Mais ma poésie vise à honorer la mémoire des femmes oubliées et elle débarque en mode groupie de tueurs en série pour décortiquer mes textes et chercher qui se cache derrière, comme si c’était un jeu ou une énigme croustillante à résoudre. »

 

 

Le livre de poche, avril 2025, 473 pages, prix : 9,90 €, ISBN : 978-2-253-25306-8

 

 

Crédit photo couverture : © Studio LGF

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Janvier 2026 en couvertures...

31 Janvier 2026, 22:00pm

Publié par Laure

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Les lopins du lapin (Le loup en slip t.9) – Lupano / Itoïz

16 Janvier 2026, 10:44am

Publié par Laure

On ne présente plus le loup en slip (9e tome déjà !), ce personnage du petit théâtre de Sophie dans les vieux fourneaux de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

Dessinée par Mayana Itoïz dans sa version destinée à la jeunesse, nul doute que cette série humoristique du loup en slip est tout autant (si ce n’est plus !) aimée des adultes que des enfants. C’est le propre des bons albums de plaire à tout âge et d’avoir plusieurs niveaux de lecture.

Dans les lopins du lapin, il est question d’accès à la propriété. Maître Garenne, notaire forestier, s’en vient délimiter les parcelles de chacun des animaux et leur délivre un acte de propriété. La mesure se calcule en lopin, qui lui-même se calcule en bonds. Et bien sûr l’acte est payant.

Bien. Mais très vite il est question de barrières, de péages, de droits de passage, et de circulation bien difficile dans la forêt pour notre loup ! Manquerait plus qu’à devoir payer l’air qu’on respire ! Vous imaginez bien que certains y ont pensé. On ne peut que sourire (et même rire de bon cœur !) à cet absurde poussé à l’excès, et l’on peut initier une discussion philo avec les enfants sur les notions d’espace public, de bien collectif, … et d’(anti)-capitalisme  

Un 9eme tome savoureux au possible, drôle, intelligent, inventif, graphiquement excellent, bref, foncez !

 

« Pas de pognon, pas de plongeon. Pas de pépettes, pas de trempette.

Mais bondiou ! »

« Archi-privé. Interdit aux gens. Interdit aux slips »

 

Dargaud, octobre 2025, 40 pages, prix : 11.95 €, ISBN : 978-2-5051-3275-2

 

 

Crédit photo couverture : © Mayana Itoïz et éd. Dargaud

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Décembre 2025 en couvertures ...

31 Décembre 2025, 12:03pm

Publié par Laure

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Les téléphonistes anonymes – Agnès Desarthe

27 Décembre 2025, 17:32pm

Publié par Laure

Prudence est en classe de 5e, elle n’a pas de téléphone portable et le vit très bien. Ses parents lui font une entière confiance et elle n’a pas à justifier de ses allers et venues tant qu’elle respecte les règles de base. Ils ont eux-mêmes des portables mais n’y sont pas accro. Pour ses camarades, qu’elle connaît bien depuis la 6e, elle passe pour une marginale.

Alors quand Georges, l’élève charismatique de la classe, puni de téléphone et d’objets connectés par ses parents, vient la trouver pour lui demander de l’aide, elle ne voit pas bien ce qu’elle va pouvoir faire pour lui. Il s’interroge : comment fait-elle pour vivre sans ? Pour ne pas avouer sa punition, il suggère qu’ils pourraient, en groupe, tenter de réduire leur utilisation des écrans et des réseaux, voire s’en passer. C’est ainsi qu’à la manière des alcooliques anonymes naît le groupe des téléphonistes anonymes. Les portables sont écartés, et les débats fusent. C’est qu’on peut en faire des choses, quand on n’est plus scotché à son écran.

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est que tous les points de vue sont abordés, de la prise de conscience de l’addiction à la capacité (ou non) de la mettre à distance, et qu’à bien y réfléchir, les seuls « coupables » dans l’histoire, ce sont bien les parents. Ceux qui se plaignent du temps passé par leurs enfants sur ce doudou électronique, qu’ils leur ont eux-mêmes offert ! Se rassurer ou espionner, surveiller ? Quel est leur but ? et ne sont-ils pas les premiers le nez sur leur écran ?

Les caractères des personnages sont bien troussés, le portrait du prof d’histoire est intéressant, l’histoire personnelle des parents de Prudence apporte un petit plus à l’intrigue, l’amitié et le groupe sont mis en avant, ce roman jeunesse est un vrai plaisir de lecture, tout aussi intelligent que distrayant. Une évidence sous la plume d’Agnès Desarthe qu’on ne présente plus, tant en jeunesse qu’en littérature générale.

Conseillé par l’éditeur dès 11 ans, il pourra être lu sans souci par des élèves de CM2 curieux et bons lecteurs. La police de caractère est large et l’ensemble bien chapitré, les chapitres sont courts et l’équilibre récit – dialogues facilitent la lecture.

Une réussite !

 

Gallimard jeunesse, novembre 2024, 172 pages, prix : 11.90 €, ISBN : 978-2-07-521573-2

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Gallimard jeunesse

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Moi d’abord – Véro Cazot et Lou Zago (ill.)

26 Décembre 2025, 15:48pm

Publié par Laure

D’après le roman de Katherine Pancol

J’ai lu (et aimé) les romans de Katherine Pancol quand j’étais jeune adulte, au début des années 1990. Moi d’abord, son premier publié en 1979, puis Vu de l’extérieur, mon préféré peut-être, Scarlett si possible, et quelques autres d’avant les années 2000. Je ne l’ai jamais lue depuis, jamais découvert sa famille Cortès (les crocodiles et autres tortues - écureuils)

Cette adaptation graphique de son tout premier roman m’a attirée, et l’on peut dire que 45 ans après, le texte est toujours d’actualité. Le début décoiffe un peu (parler sexualité au petit déj en famille et tout raconter à sa mère !) mais pour le reste, rien n’a changé : la femme de 2025 lutte toujours autant contre un patriarcat historique pour s’affirmer et vivre libre. Exister pour soi avant d’exister pour l’autre, apprendre à vivre seule pour mieux vivre à deux, ne rien tolérer qui ne serait pas pleinement consenti et choisi.

La découverte du plaisir, l’autonomie financière et intellectuelle, le courage d’assumer ses choix et son indépendance, ces grandes questions féminines étaient peut-être encore audacieuses à l’époque, elles sont aujourd’hui si évidentes et toujours aussi fragiles à la fois. On (re)découvre aussi les débuts professionnels de Katherine Pancol dans cette partie autobiographique du scénario.

Les couleurs douces, le dessin frais et léger dans un décor encore dénué de portable et d’ordinateurs font de cette BD une tranche de vie dynamique et volontaire malgré le temps qui a passé.

Une lecture détente au message toujours actuel pour toutes les femmes d’aujourd’hui.

 

Éditions Points, septembre 2025, 133 pages, prix : 20.95 €, ISBN : 979-10-414-1847-3

 

 

Crédit photo couverture : © Lou Zago et éd. Points

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Novembre 2025 en couvertures...

1 Décembre 2025, 11:27am

Publié par Laure

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Octobre 2025 en couvertures...

31 Octobre 2025, 23:11pm

Publié par Laure

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L’amourante – Pierre Alexandrine

27 Octobre 2025, 08:00am

Publié par Laure

Louise est née au XVe siècle. Tant qu’elle est aimée, elle ne vieillit pas. Elle survit sans problème aux armes et aux épidémies. Une amourante, c’est ainsi qu’on appelle une femme comme elle, à la jeunesse inaltérée. Mais pour que dure cette singularité, elle ne doit jamais tomber amoureuse, seulement être aimée. Voilà pourquoi elle fait du mal à beaucoup d’hommes, jusqu’à Zayn, de nos jours à Paris, qui a du mal à l’admettre et à qui elle confie son histoire, qui se dévoile ainsi sous nos yeux de lecteurs.

Décors et costumes s’adaptent au fil des siècles, même si parfois le vocabulaire reste un peu trop moderne, Louise est une héroïne qui n’a pas sa langue dans sa poche. Récit d’aventure, histoire d’amour(s) et d’amitié, tout à tour manipulation sur le désir masculin et drame de l’amour sincère, c’est un scénario vraiment bien ficelé que nous offre Pierre Alexandrine, dans des couleurs chatoyantes et travaillées, à travers les grands épisodes de l’Histoire.

Un premier album impressionnant de maîtrise.

Et j’ai beaucoup apprécié la trouvaille du titre, avec ce a privatif, l’amourante, celle qui ne peut être mourante (du moins je l’interprète comme cela), que l’on peut lire aussi en déclinaison de amoureuse.

Une BD qui n’est pas sans rappeler aussi celle de Yannick Corboz, le voleur d’amour. (Glénat, 2024)

 

Extraits :

p. 72 : « Une chose importante à retenir, c’est qu’à chaque variété d’homme correspond une approche bien précise. Avec les jeunes, il suffit d’être entreprenante, les types mûrs, il faut les flatter. Les riches, ne pas avoir l’air impressionnée par leur argent. »

p. 103 : « Je suis seule, vous ne pouvez pas imaginer à quel point. En fait, je suis tellement seule que vous êtes la première personne à qui j’avoue que je suis seule. »

 

Lire un extrait : ici

 

 

Glénat, juin 2025, 232 pages, prix : 26,00 €, ISBN : 978-2-344-05969-2

 

 

Crédit photo couverture : © Pierre Alexandrine et éd. Glénat

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L’homme qui écoutait battre le cœur des chats – Mathias Malzieu

26 Octobre 2025, 14:18pm

Publié par Laure

Je n’avais jamais lu Mathias Malzieu et j’ai été très touchée par ce roman. D’abord séduite par son style enjoué et son écriture travaillée sur les nombreux jeux avec les mots, j’ai été sensible au rôle donné à ces deux chats, June et Tornado (ou Tournedos pour June !) Entre humour et drame, leur présence et la mission portée par June sont essentielles. Parler de deuil prénatal est rare, et l’aborder sous cet angle en apparence fantaisiste l’est encore plus.

J’ai espéré aussi que l’on puisse sauver Tornado, atteint de la PIF (péritonite infectieuse féline), et si je me suis parfois un peu perdue dans les aspects imaginaires, c’est un conte merveilleux où la poésie triomphe que nous livre ici Mathias Malzieu, et ça fait un bien fou !

 

Extraits : 

p. 22 : « Leurs négociations poético-émotionnelles se sont soldées par le compromis suivant : ils auront des chats. Nous sommes donc une sorte de lot de consolation, un cadeau d’appoint qui sait attendre patiemment sans faire de crise d’adolescence. Deux enfants light, montés sur coussinets. »

p. 63 : « Celui-qui-se-croit-mon-maître fredonne « Bad Romance », la bouche pleine de croissant. Puis il entre dans un endroit vert et calme rempli de livres.  Peut-être le paradis. Le vieil enfant achète plusieurs recueils en deux exemplaires.

 Pour les lire deux fois ? lui demande gentiment la gardienne des livres.

Ronde et blonde. Appétissante comme une pomme de terre rissolée.

- Non, c’est pour mes chats. Ils adorent manger la poésie, c’est comme ça. J’ai beau leur donner des romans de gare, ils s’attaquent systématiquement à la poésie. Du coup, j’achète tout en double. »

p. 84 : « Le problème avec les poèmes, c’est qu’ils me donnent très intensément goût à la vie. Dévorer les livres ouvre le chant des possibles, éclaire des mondes invisibles et, tout à coup, je veux tout vivre et visiter. Je vibre et je veux vibrer encore. J’embarque dans le cockpit émotionnel de mes personnages préférés, et la notion de présent se dédouble. Le présent ce cadeau bleu ! »

 

Albin Michel, mai 2025, 200 pages, prix : 19.90 €, ISBN : 978-2-226-49672-0

 

 

Crédit photo couverture : ©Studio 22 / Le Turk – L’Usine à Merveilles / et éd. Albin Michel

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