Les jardins d'Hélène

Le vrac du dimanche (9)

9 Septembre 2012, 20:24pm

Publié par Laure

(toutes images cliquables)

 

Se shooter en toute légalité : mille mercis à ma fournisseuse officielle ! (elle se reconnaîtra).

 

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Avoir un gros coup de blues en reprenant seule le TER de Nantes à Sablé. Ça y est, il prend son envol mon petit grand. L'internat est vieux et petit par rapport à celui de Touchard qui était grand luxe (on ne s'en rend compte qu'après!), mais reconnaissons qu'il y a pire comme vue en ouvrant sa fenêtre de chambre. Son cothurne est vendéen, et ça a l'air de bien coller entre eux.

 

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Jamais, jamais, jamais je n'aurais pu avoir cet emploi du temps. Mais chacun ses tares, moi c'est en thème latin et en linguistique française que je m'éclatais.

 

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Le jardin des Plantes est juste en face : un peu d'air qu'il saura prendre, je l'espère...

 

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Les regarder s'adorer ces deux-là, le chat accepte d'elle bien plus que de moi, je me revois enfant à faire mener pis que pendre au chat de ma grand-mère, elle me regardait éclater de rire parce que je faisais courir son gros matou après le reflet du soleil en jouant avec un miroir...

 

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Lire aussi, toujours, mais ne pas toujours prendre le temps d'en parler ici.

 

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(oui chez moi les post-it sont tous horizontaux, à la hauteur de la ligne que je veux retrouver. Psychorigide si vous voulez, ou juste organisée)

 

En quelques mots :

 

Le théorème de Kropst, Emmanuel Arnaud, éd. Métailié, janvier 2012, 135 pages, prix : 14 €

Pas envie d'en parler parce que j'éxècre cette mentalité des prépas, pas forcément des élèves, mais du système tel qu'il est fait. Oui je sais, mon fils vient d'y entrer. En est ravi, dopé par cette stimulation intellectuelle, fatigué déjà sans doute aussi, l'avoir vu 30 heures à la maison et déjà soucieux, enfin vu seulement à table, enfermé dans sa chambre le reste du temps à faire des maths et de la physique, et y penser tout le temps, y compris en mangeant. Même s'il l'a choisi, comme il dit. Ça ne m'empêche pas de rester critique, dans cette situation paradoxale d'avoir accepté cette orientation formatée par le système éducatif français, poussée par ses enseignants, désirée par lui, encouragé par son entourage.

Donc le théorème de Kropst parle de la vie en maths sup, et de tous les moyens qui sont bons pour réussir, même les plus malhonnêtes. Le roman est pas mal, c'est le sujet qui m'énerve.

 

p. 96 : « Parce qu'il sait depuis des mois que la prépa est profondément injuste, qu'elle n'est pas cet univers de pure objectivité qu'il imaginait quand il était en classe de terminale. Au départ en septembre, il croyait naïvement que tout se jouerait à égalité entre quarante cerveaux survoltés s'affrontant par devoirs de maths et de physique interposés. Une compétition dure, mais noble, où seuls les cœurs vaillants seraient récompensés. Une ambiance somme toute comparable aux Chevaliers du Zodiaque, le dessin animé japonais qu'il regardait à la télévision quand il avait dix ans. Dans les faits, rien à voir. Il a rapidement compris la situation : les dés sont pipés dès le premier jour, ou presque. Dans la classe on trouve déjà, on l'a dit, une dizaine d'ex-élèves des terminales du lycée Louis-le-Grand, dont la fameuse TS1, qui ont pendant deux ans préparé l'intégralité du programme de maths sup. Ils ont une bonne année d'avance sur le reste des élèves. C'est normal ? A côté d'eux, ou en même temps, car rien n'interdit de cumuler les avantages, au contraire, se dressent une vingtaine d'élèves dont l'un ou l'autre des parents sont professeurs de mathématiques en prépa ou bien anciens élèves de l'ENS. Ceux-là ont été programmés depuis l'âge de dix ans pour entrer à Polytechnique et leurs parents leur ont également déjà enseigné toutes les ficelles de maths sup. Ce sont de vrais robots, d'ailleurs en général leurs frères et sœurs aînés ont déjà tous intégré l'X. Ça aussi, c'est normal ? Et ceux qui n'appartiennent à aucune de ces deux catégories composent la brochette d'authentiques surdoués étrangers au QI supérieur à 130, du type de Spirikov. Tous sur un pied d'égalité en septembre, c'était bien cela l'idée, n'est-ce pas ? Les salopards. Alors quand à côté on est un pauvre élève de banlieue dont les parents sont fonctionnaires de base, et qu'on ne dispose pas d'un QI de 200, qu'est-ce qu'on fait ? On s'écrase ? On se laisse marcher dessus par toute la classe pendant un an, on finit trentième et on est viré à la fin de l'année en se consolant benoîtement en pensant « Merde qu'est-ce qu'ils étaient forts dis donc à LLG ! Vraiment y a rien à faire contre de pareils génies! J'suis déjà bien content d'avoir pu les connaître un an dans ma vie ! » ? »

 

La réparation, Colombe Schneck, Grasset, 212 pages, prix : 17 €

J'aime beaucoup Colombe Schneck, du moins la journaliste que j'ai connue à Arrêt sur images, avec Daniel Schneidermann il y a pas mal d'années (1995-1997, merci Wikipedia). Mais ce roman est si personnel, si autobiographique, que je n'y trouve pas ma place en tant que lectrice. Oui c'est la Shoah, oui c'est terrible, mais le pivot du livre (pourquoi et comment, sur quels choix, est morte la petite Salomé) tarde trop à venir. Le reste, c'est une histoire personnelle. Celle de l'auteur et de sa famille, sans que je parvienne à y trouver une portée universelle, celle de la grande Histoire. Dommage, j'y vois plus une thérapie personnelle qu'un roman.


Franck Pavloff, L'homme à la carrure d'ours, Albin Michel, janvier 2012, 202 pages, prix : 15 €

Voilà typiquement le genre de roman qui a priori ne m'intéresse pas (tout ce qui est trop loin de moi, paysages et modes de vie) mais que j'ai lu dans le cadre d'un jury de prix littéraire. Et il est hérissé de post-it, tant j'ai relevé de belles phrases, de passages sur lesquels revenir. C'était pas gagné, je n'aime pas quand je ne comprends rien dès les premières pages, qui fait quoi, qui est qui, pourquoi, mais un peu de persévérance et l'effort est récompensé. Intriguant, très bien écrit, peut-être un peu trop lyrique et contemplatif de cette nature arctique, au détriment de l'enjeu politique du roman.

 

Jean-Luc Coatalem, Le gouverneur d'Antipodia, Le dilettante, janvier 2012, 188 pages, prix : 15 €. Là encore, un livre à mille lieues de mes choix habituels, lu dans le cadre d'un jury littéraire. Mais cette fois une vraie belle découverte, et paradoxalement si familière, un cousin éloigné ayant vécu cette quasi même expérience en terre australe ! La vie si particulière de ces deux hommes très différents, l'isolement, la rudesse du climat, le troisième homme qui apparaît, et la tension qu'on sent poindre.... Passionnant, bons personnages romanesques, et fascinant !

 

 

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Quelques livres jeunesse dans la collection des Premières lectures et des Premiers romans de chez Nathan jeunesse. Mention particulière pour Un amour sur mesure, de Roland Fuentès et Alexandra Huard, et Le jongleur le plus maladroit, d'Evelyne Brisou-Pellen et Nancy Peña. (août 2012)

Un amour sur mesure m'a plu d'emblée pour ses illustrations (je trouve l'histoire sur l'acceptation des différences plus conventionnelle) mais ma curiosité est piquée désormais pour les dessins d'Alexandra Huard. Le jongleur le plus maladroit réunit qualités du récit (Moyen-Age, humour, lutte contre l’injustice) et de l'illustration : les deux m'ont beaucoup plu !

(Collection valeur sûre à la bibliothèque, qui plaît autant aux parents – qui sont guidés par le repérage des âges, le code couleur des sous-collections – qu'aux enfants qui s'attachent à l'une ou l'autre série et aux personnages qu'ils retrouvent. (quelques titres isolés comme les deux cités, mais aussi des séries, il y en a pour tous les goûts !)

 


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L'inconscience - Thierry Hesse

27 Août 2012, 06:36am

Publié par Laure

inconscience_hesse.jpgIssus d’une famille catholique traditionnaliste (dont l’auteur nous fait une succulente présentation dans le premier chapitre), Marcus et Carl sont deux frères devenus adultes (quinquagénaires même !) que bien des choses séparent. Marcus, l’aîné, a quitté Metz pour s’installer à Roubaix, où il enseigne l’ethnologie et préfère papillonner avec ses étudiantes que fonder un foyer. Carl, son cadet de deux ans, s’est au contraire marié et a eu des enfants, et a travaillé des années dans une société d’assurances mutualistes. Un grand bouleversement intervient dans vie avec l’arrivée d’un nouveau collaborateur, Jean-Jacques Stern, qui le dévoie pour monter sa société, et plus avec affinités. Dès le deuxième chapitre du roman, on apprend que Carl est dans le coma suite à une chute de la fenêtre d’un immeuble, sans davantage d’explications…

 

Si j’ai beaucoup aimé le début du roman, intriguant et qui capte d’emblée le lecteur, je suis au final bien plus partagée. Le roman consiste en un long retour en arrière sur la vie des deux frères, leur personnalité, leur environnement professionnel et sociétal, et cet emboitement dans la construction, au moyen de digressions que j’ai trouvées souvent beaucoup trop longues, finit par égarer un peu. Je suis déçue par la fin également, surprenante pirouette, mais qui me laisse un goût amer de « tout cela pour ça ». Ce n’est donc pas le coup de cœur espéré, alors que le début présageait pour moi du meilleur. Dommage.

 

logo on vous lit toutLu en juin 2012 dans le cadre de l’opération On vous lit tout !, organisée par Libfly et le Furet du Nord

  

 

Ed. de l’Olivier, août 2012, 324 pages, prix : 19,50 €

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Crédit photo couverture : © éd. de l’Olivier

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L’embellie – Audur Ava Olafsdottir

25 Août 2012, 06:32am

Publié par Laure

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson

 

l-embellie.jpgElle a trente trois ans lorsque son mari la quitte, et elle a presque l’air de trouver cela normal. Elle prend avec philosophie tout ce qui lui arrive dans la vie, avec une légèreté et un humour surprenant. C’est ce que j’ai aimé d’emblée, dans ce nouveau roman de l’auteur de Rosa Candida, cet humour distant, cette façon presque anecdotique et détachée de vivre des événements graves et intimes. Parce que son métier indépendant le lui permet, elle prend la route circulaire qui fait le tour de l’île, pour faire le vide, rejoindre une ancienne maison familiale abandonnée, mais elle ne part pas seule, elle fait le chemin avec un petit garçon de quatre ans, quasi sourd et malvoyant, que son amie Audur, enceinte de jumelles et hospitalisée, lui a confié. Ce duo détonant va faire quelques curieuses rencontres ! Et le récit qui s’entremêle en italique, narrant une douleur plus ancienne, apporte une saveur encore plus intense à l’ensemble. Un road trip tout en surprise et délicatesse, qui est pour moi une première découverte de son auteur, et un vrai coup de cœur !

 

logo on vous lit toutLu fin juin/début juillet 2012 dans le cadre de l’opération On vous lit tout !, organisée par Libfly et le Furet du Nord

  

Ed. Zulma, août 2012, 356 pages, prix : 22 €

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Crédit photo couverture : © éd. Zulma

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Avant la chute - Fabrice Humbert

24 Août 2012, 09:55am

Publié par Laure

 

 

avant la chuteLe nouveau roman de Fabrice Humbert dit, au moyen d'une narration chorale dans laquelle trois histoires se rejoignent, toute la violence du monde et la suprématie de l'argent, avec ses dérives, et le fil rouge ici de la drogue et de ses organisations qui prennent le pouvoir, en Colombie, au Mexique, aux États-Unis, ou plus près de nous, en banlieue parisienne.

 

Dans un petit village de Colombie, Emanuel et Yohanna Mastillo sont de modestes paysans qui vendent leur production de bananes et de maïs pour vivre et élever leurs deux filles Sonia et Norma. Mais mondialisation oblige, les prix ne cessent de chuter. Un homme leur conseille alors de transformer leurs cultures en plantation de coca, marché bien plus rentable et qui sert les révolutionnaires. Jusqu'au jour où un paramilitaire surgit et détruit tout, fusillant froidement Emanuel, le père de famille. Ainsi est posé le premier chapitre du roman. C'est le début de l'exil pour sa femme et ses filles, les deux jeunes femmes deviendront des migrantes en proie au danger permanent en tentant de rejoindre les Etats-Unis.

Pendant ce temps-là au Mexique, le sénateur Fernando Urribal gère d'une autorité ferme son grand domaine. L'auteur s'attachera à nous décrire ses versants sombres et le fonctionnement des cartels avec les autorités politiques.

En région parisienne, Naadir et son frère Mounir assistent à l'enterrement d'un jeune de la cité. Violences urbaines, guerre des bandes rivales, enjeux de la drogue et haine de la police. Un peu plus à l'écart, sinon qu'elle est reliée au reste par le fil conducteur de la drogue, du pouvoir et de la violence, cette histoire est touchante par le réalisme décrit et le personnage de Naadir, qui porte en lui l'espoir d'une rédemption, élève à contre-courant d'une école désespérée et condamnée.

 

Si la construction choisie (alternance des chapitres reprenant chacune des trois histoires) peut sembler artificielle, elle fonctionne, tant le désir de retrouver et suivre les personnages est forte auprès du lecteur. De même si l'on aurait pu craindre des situations trop « clichés », l'ensemble captive sans ennuyer, avec une ouverture et une fin d'une grande force, ne laissant toutefois guère de lueur d'espoir au lecteur quant à la noirceur du monde.

Avant la chute dit le titre, mais la chute n'a-t-elle pas déjà eu lieu depuis longtemps, quand on lit ce roman de Fabrice Humbert ? Il reste toujours une petite étincelle, celle de la vie qui lutte, qui espère et qui veut y croire, à travers les personnages de Norma et Naadir, mais pour combien de temps encore ?

Avant la chute est un grand roman qui parle de la violence de notre monde, de sa pourriture fétide et de son autodestruction insouciante devant les hommes, dans un écho hélas bien réaliste.

 

logo-on-vous-lit-tout.jpegMerci à Mimipinson qui en a fait un livre voyageur, après l'avoir reçu dans le cadre de l'opération On vous lit tout ! du site Libfly et du Furet du Nord.

 

Le Passage éditions, août 2012, 276 pages, prix : 19 €

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Crédit photo couverture : ©Le Passage éd.

 


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Moi, je la trouve belle - Carina Rozenfeld

23 Août 2012, 06:15am

Publié par Laure

moi-je-la-trouve-belle.jpgAlex est collégien dans un établissement expérimental avec une section « échanges culturels interplanétaires » et il est secrètement amoureux de la correspondante qu’il reçoit actuellement chez lui, une jeune Slibuth de 12 ans, Myrlwen, qui va l’accompagner dans sa classe pour la première fois. Mais les Terriens ont la fâcheuse habitude de se moquer des habitants de la planète Slybuthia, qu’ils trouvent laids. Difficile pour Alex de laisser parler ses sentiments face au groupe….

 

Si vous êtes habitués des échanges linguistiques qui ont lieu au collège (en tant qu’élève ou parents d’élève !), vous trouverez dans ce petit roman toutes les angoisses habituelles de la première rencontre avec l’autre et l’observation intriguée de son mode de vie méconnu. Vous y ajouterez ici une touche de science-fiction qui séduira le jeune lecteur (9-12 ans), quelques repères quasi familiers (le PersoPad et la PS12 devraient vous rappeler quelque chose), et vous obtiendrez un sympathique petit roman sur la peur des différences, le rejet de l’autre et la moquerie en raison de ces différences, mais aussi les premiers émois amoureux et le courage de s’affirmer.

Le format est court (40 pages, standard de cette petite collection) mais peut séduire justement les lecteurs réticents. Si l’histoire est agréable, je la trouve toutefois un peu « facile », n’allant guère au-delà du message « nos différences sont nos richesses ». (J’ai le souvenir de titres plus aboutis dans cette collection, celui-ci notamment) mais ne boudons pas ces petites lectures à prix mini à conseiller à nos préados.

 

 

Syros, coll. Mini Syros Soon, août 2012, 39 pages, prix : 3 €

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Crédit photo couverture : © Stéphanie Hans et éd. Syros

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Laisser les cendres s'envoler - Nathalie Rheims

21 Août 2012, 07:16am

Publié par Laure

 

Premières phrases :

 laisser les cendres s'envoler« J'ai perdu ma mère. Elle a disparu il y a plus de dix ans. Ma mère est morte, je le sais. Mais, lorsque j'y pense, je ne ressens aucun chagrin, pas la moindre émotion. Tout reste plat comme une mer gelée, pas un seul petit frémissement à la surface de l'eau. Quand je pense à elle, il ne se passe rien. »

Alors qu'elle était encore adolescente, la mère de la narratrice a quitté le foyer pour suivre un amant qui l'a envoûtée tel un gourou, artiste qui l'a manipulée pour utiliser sa fortune. La narratrice en est profondément marquée, ne comprenant pas l'abandon de sa mère envers elle. Une mère peut-elle ainsi laisser sa fille ? L'amour maternel n'est-il pas inconditionnel ? Il lui aura fallu des années, longtemps après sa mort, pour revenir sur ces années, sa douleur et sa révolte tues, conformément aux règles familiales où le silence est roi.

Sentiments ambivalents sur ce court roman aux accents profondément autobiographiques (l'est-il?) car il m'a été difficile de rester en empathie avec la narratrice qui si elle s'exprime enfin (et définit ainsi le rôle de l'écriture dans sa vie), reste néanmoins dans un discours (trop ?) lisse, fade, conventionnel. Trop de retenue, comme si elle ne livrait pas totalement ses sentiments profonds. Et quid du père trop absent qui disparaît quasi du récit, de ses relations avec lui ? Certains passages retournent même la bonne volonté du lecteur : la pauvre petite fille riche ne parvient plus à émouvoir, même si à d'autres moments on la sent détachée de tout cela. Même si l'on n'est pas forcément plus heureux dans une grande famille bourgeoise, il est difficile de pleurer à la description des clochettes pour appeler les domestiques qui viendront vous servir le thé. Les passages relatifs au vide intérieur de la jeune femme, son rapport à la nourriture, sont bien plus touchants et justes. Mais la violence et la souffrance restent trop intérieures, muselées dans ce carcan familial trop bien élevé que les années ne parviennent que trop peu à desserrer.

Il faut reconnaître néanmoins à Nathalie Rheims une très belle écriture, sobre, classique, sans emphase. Et la beauté du titre, pour se libérer de ce trop grand poids subi à un moment de la vie. Faire la paix, au moins avec soi-même.

 

 

éd. Léo Scheer, août 2012, 254 pages, prix : 19 €

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Crédit photo couverture : ©éd. Léo Scheer

 

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Sud - Patrick McDonnell

18 Août 2012, 10:20am

Publié par Laure

sud.jpgA l’automne, les oiseaux partent vers le Sud. Mais l’un d’entre eux, qui s’était endormi au pied de l’arbre, se retrouve seul,  perdu et désespéré. Il est pris en charge par un chat qui va l’accompagner un bout de chemin, et l’aider à retrouver les siens. Une jolie histoire d’entraide et d’amitié, entre deux personnages qui ne devraient pas s’entendre, sur fond de feuilles d’automne puis de neige…

 

Un très bel album sans texte, aux lignes épurées et aux couleurs douces, plein de tendresse et de réconfort. En feuilletant cet album, à la première apparition du chat, je me suis dit : « mais je connais ce dessin ! », sans parvenir à retrouver son origine. Mais oui bien sûr, il s’agit de Mooch, le chat du duo infernal Earl et Mooch, qu’une lectrice de la bibli m’a fait découvrir récemment ! (Patrick McDonnell est le créateur de la série Mutts, où apparaissent ces deux héros qui en chien (Earl) et chat (Mooch) s’entendent comme larrons en foire quand il s’agit de faire rire et d’avoir des réflexions pas piquées de vers pour parler des humains). D’ailleurs Earl apparaît dans l’une des pages de cet album. Dommage que les albums sans texte rencontrent peu de succès auprès des parents à la bibli (j’entends souvent la remarque : « prends pas ça y a rien à lire »), alors qu’il y a tant à imaginer, à créer et à partager justement, et que l’enfant peut s’approprier l’histoire sans même savoir lire !

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    © Patrick McDonnell

 

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  © Patrick McDonnell

 (avec le chien Earl qui regarde passer Mooch et l'oiseau)

 

Publié aux défuntes éditions du Panama, j’espère que ces titres seront un jour réédités !

 

(défuntes) éditions du Panama, octobre 2008, non paginé

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Crédit photo couverture : © Patrick McDonnell et éd. du Panama

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Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n'étions pas toi et moi – Albert Espinosa

15 Août 2012, 20:19pm

Publié par Laure

 

Traduit de l'espagnol par Christilla Vasserot

 

tout-ce-que-_-espinosa.jpgAlors qu'il vient de perdre sa mère qui était tout pour lui, Marcos est sur le point de s'injecter un produit qui l'empêchera définitivement de dormir. Beaucoup y sont déjà venus et en sont ravis. Mais sa journée est contrariée par un appel de son chef : il doit intervenir pour travailler sur un extraterrestre, appelé pudiquement « l'étranger » en faisant appel à son don : lire dans son passé. Mais cet homme a le même don que lui et va lui demander de l'aider à le libérer.

 

Je ne dois d'avoir achevé ce roman qu'à sa brièveté et sa mise en page très aérée. Le style d'emblée m'a déplu, sorte d'interpellation orale du lecteur que j'ai trouvée plutôt mal habile. Quant à l'histoire, elle souffre d'un aspect très brouillon, juxtaposition de faits qui ne permettent pas vraiment de savoir où l'auteur veut réellement en venir. Science-fiction mal exploitée, fin qui part dans tous les sens et tombe à plat, importance de la place de la mère et de son éducation particulière, en particulier dans sa vision de la sexualité ? Et le remède qui empêche de dormir n'est pas exploité plus que cela non plus. Beaucoup de pistes et d'idées pour un résultat très décevant.

 

Grasset, avril 2012, 255 pages, prix : 15 €

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Crédit photo couverture : © Robert T.Schmidt / Getty Images et éd. Grasset.

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Pause estivale...

31 Juillet 2012, 20:43pm

Publié par Laure

On boucle les valises pour un p'tit tour au pays de Sissi et des Sachertorte... Promis, on rapportera des Mozartkugeln, les fameux chocolats à l'effigie de Mozart dans leur emballage rouge et or...

 

Schonbrunn.jpgAutriche, Vienne, Château de Schönbrunn

(source Wikipedia)

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Moi, Ambrose, roi du Scrabble – Susin Nielsen

25 Juillet 2012, 08:57am

Publié par Laure

Complément de titre : (roman garanti 100% sans cacahuètes) !

Traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec

 

moi-ambrose.jpgAmbrose, douze ans, est un gamin solitaire à qui rien ne réussit, et surtout pas l’arachide à laquelle il est allergique. Surprotégé par sa mère (son père est mort subitement peu avant sa naissance), Ambrose n’a aucune confiance en lui et se retrouve souvent victime des mauvaises plaisanteries de ses camarades. Il ne parvient pas à s’intégrer, il faut dire que ce n’est pas facile, sa mère déménage régulièrement !

Quand ses copains manquent de le tuer en glissant une cacahuète dans son sandwich, (choc anaphylactique !), sa mère le déscolarise et lui fait suivre des cours par correspondance.

Très vite Ambrose s’ennuie et cherche un peu de compagnie auprès du fils des propriétaires qui logent juste au-dessus, mais un ex-taulard un peu suspect, autant dire que ça ne convient pas à sa mère.

 

Je ne vais pas tout raconter, mais j’ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce roman, à l’intrigue parfaitement construite, aux personnalités intéressantes et bien analysées, aux rebondissements certes attendus mais bien amenés, un vrai bon roman d’initiation où l’on accompagne Ambrose dans l’éclosion de son cocon et l’affirmation de ses envies, enfin. L’analyse psychologique finale est fine, peut-être un peu trop mature pour un gamin qui souffle ses 13 bougies, mais bien contrebalancée par ses expériences naïves dans la rue.

 

Le Scrabble est un élément moteur amusant, qui paraît à mille lieues de la littérature jeunesse d’aujourd’hui, et qui apporte un cachet supplémentaire au récit. Les titres de chapitre sont composés d’un tirage de lettres au Scrabble, des anagrammes trouvées, et du mot de Scrabble réalisé, en lien avec le contenu du récit évidemment. De même dès qu’Ambrose aborde un sujet qui l’embarrasse, il décline le mot tabou en anagrammes de Scrabble pour traduire sa gêne. Et je ne vous dis pas qu’à l’issue de ma lecture j’ai perdu quelques heures à jouer au Scrabble en ligne, sacré bouquin !

 

Susin Nielsen est aussi l’auteur du remarqué Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?, son premier roman traduit en français publié chez hélium en 2011 mais postérieur à  Word Nerd (titre original de Moi Ambrose…) écrit en 2008 et traduit en 2012.

 

(Et dire que j’ai lu ce livre pour une raison pragmatique : il fallait que je détermine sa place entre secteur jeunesse et secteur ados à la bibli. Acheté au rayon ados en librairie, les catalogues des BM (la faute à Electre ?) le notifient « à partir de 9 ans ». On est bien dans l’entre-deux, entre enfance et adolescence, je dirais à partir de 11-12 ans et plus. S’il n’est jamais simple de trancher, (je l’ai mis en ados, secteur accessible dès 12 ans - ou avant avec accord des parents - d’autant que j’y ai un lectorat important) j’ai au moins gagné la lecture d’un roman sympa)

 

Le blog des éditions Hélium : clic !

  

Ed. Hélium, mars 2012, 197 pages, prix : 13,90 €

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Crédit photo couverture : © Amélie Fontaine / Les associés réunis / éd. Helium

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