Les jardins d'Hélène

Les tribulations d'une caissière - Anna Sam

24 Juillet 2008, 12:41pm

Publié par Laure

Voilà typiquement ce que j’appellerais un livre « zéro risque » à l’achat. Vous savez exactement ce que vous allez y trouver, ni plus, ni moins.

Anna Sam est diplômée universitaire mais n’ayant pas trouvé d’emploi dans son domaine et ayant comme tout le monde besoin de vivre, elle a exercé pendant 8 ans le métier de caissière. Elle en connaît donc un rayon, si je puis me permettre. Que trouverez-vous dans ce livre ? quelques dessous du métier : le temps partiel imposé et le salaire médiocre, la batterie de chefaillons,  l’uniforme moche et informe made in China dont la couture craque au premier mouvement, un crédit temps de pause de 3 minutes par heure travaillée, autrement dit vous aurez dix-huit minutes de pause après 6 heures non stop derrière votre tiroir-caisse, l’humiliante pause pipi qu’il faut demander par téléphone à sa chef si on n’arrive pas à attendre la pause règlementaire, et bien sûr, toutes les perles du métier, celles qui vous font ricaner ou vous donnent des envies de meurtre quand vous êtes en relation avec un public. Alors vous saurez tout sur le client lambda qui ne raccroche jamais son téléphone portable surtout pas devant une caissière, celui qui vous drague, celui qui essaie de faucher, celui qui vous raconte sa vie, celui qui vient toujours à la fermeture, ou se rue sous les rideaux métalliques dès l’ouverture. Bref, le client n’est jamais content, il est toujours grossier et malpoli, quand ce n’est pas ivre ou agressif.

Certes, des clients qui vous font un sourire, vous disent bonjour et vous souhaitent bonne journée, il y en a (très très rarement d’après la caissière), mais bien sûr ceux-là ne sont pas intéressants, puisqu’ils sont normaux (si tant est que la norme n’est pas encore devenue le mépris, si l’on en croit ce livre) et donc ne vous feront pas rire.

C’est vite lu, pas spécialement bien écrit (style oral quoi), mais ça plaît au public : parce qu’il est toujours amusant de ricaner (des autres), parce que c’est du vécu, etc.

Dénichées sur overblog (http://caissierenofutur.over-blog.com), ces chroniques ont été réunies en tribulations chez un éditeur. Ça se trouve en tête de gondoles dans les hypermarchés qui ne sont pas rancuniers. Si toutefois cela apporte à l’auteur un meilleur revenu que son salaire d'ex caissière, pourquoi pas.

No futur, mais no surprise non plus.

 

 

Stock, juin 2008, 190 pages, prix : 15.50 €

Ma note : 2,5/5

Crédit photo couverture : © Atelier Didier Thimonier – et Getty Images / éd. Stock

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Lavable en machine

23 Juillet 2008, 12:22pm

Publié par Laure

avant de faire tourner une nouvelle lessive, toujours vérifier AVANT qu'il ne reste rien dans le tambour  ;-))



Caramel cherchant un peu de fraicheur...
Elle a quand même fini par comprendre qu'un des lits des enfants absents, c'était quand même plus confortable

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Lettres d'Agathe - Nathalie Ferlut

23 Juillet 2008, 06:25am

Publié par Laure

Agathe écrit une lettre à sa mère décédée depuis longtemps. « Ma petite maman chérie, je crois que tu ne m’as jamais aimée, n’est-ce pas ? » Le thème est douloureux, comme souvent dans cette (superbe) collection Mirages, sensible et délicate. Agathe a été élevée différemment de ses frères, sa mère ne lui a même pas donné de prénom à la naissance, pourquoi l’a-t-elle toujours ainsi rejetée, humiliée, laissée seule livrée à elle-même ? La première lettre retrace l’enfance douloureuse d’Agathe, les rais de lumière quand elle est avec sa tante et son oncle, pourtant si cette violence maternelle est difficile, la lecture n’est pas pesante, peut-être les couleurs éclairent-elles le récit, et Agathe cherche à comprendre… La seconde lettre, bien plus tard, nous montre l’évolution d’Agathe. Divorcée, elle a un nouveau compagnon, et cherche toujours à comprendre. Quelques photos montrées par la tante tant aimée et un secret du passé maternel se dénoue : Agathe trouve enfin une réponse à l’attitude de sa mère, même si elle ne la comprend pas forcément ou ne l’excuse pas. Enfin, la dernière lettre, Agathe va devenir mère à son tour, revient sur les lieux de son enfance, et se sent prête à tourner la page. Le chemin de la vie, d’une relation mère-fille complexe.

 

Un très très bel album, qui va bien plus loin que le thème d’une enfance malheureuse ou du secret de famille, un scénario habilement construit, une belle réflexion, qui passe du désarroi de l’enfant au travail de l’adulte qui a cherché à guérir de son enfance, dans des tonalités chaudes et un dessin qui évoque particulièrement bien ces années 50, formant un ensemble adéquat avec le texte et l’évolution des personnages.

 

A noter : l’histoire n’est pas du tout autobiographique !

Une collection à surveiller tout particulièrement chez cet éditeur, on y trouve de très belles choses.

 

© Nathalie Ferlut et éd. Delcourt

Delcourt, coll. Mirages, avril 2008, 86 pages, prix : 14,95 €

Ma note : 4,5/5

Crédit photos : © Nathalie Ferlut et éd. Delcourt.

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Incendies - Wajdi Mouawad

22 Juillet 2008, 09:37am

Publié par Laure

Tout a commencé par la pièce que j’ai vue sur scène, au théâtre municipal du Mans, par hasard, une amie m’offrait la place d’une abonnée absente ce jour-là. Je ne savais pas ce que j’allais voir, juste que ça durait 3 heures, que l’auteur était libanais vivant au Québec, et travaillait beaucoup sur la quête de l’identité.

Et puis quelle force sur scène ! Quel texte ! Quelle mise en scène ! et 3 heures, ça ne suffisait pas, on aurait voulu que ça dure encore, 20 minutes d’applaudissements debout, et un retour complètement anéantie, longtemps imprégnée encore du spectacle vu, de la force et de l’horreur, de l’humour qui ponctuait régulièrement cette atroce gravité, de la qualité de la représentation. Le spectacle vivant, d’un tel niveau, surpasse tout le reste.

 

Pour prolonger ce moment, Amanda m’a proposé de m’envoyer le texte, ce qui m’a permis de retrouver les images de cette magnifique soirée.

2002. Hermile Lebel, notaire québécois, ouvre le testament de Madame Nawal Marwan et lit ses dernières volontés en présence de ses deux enfants, Jeanne et Simon, nés tous deux le même jour, 20 août 1980. Ils ont 22 ans. En plus du partage des biens entre ses jumeaux, elle demande à être enterrée sans cercueil, visage vers le sol. Pas de pierre, pas de nom. Jeanne doit retrouver son père et lui remettre une enveloppe confiée au notaire, Simon de même doit remettre une enveloppe, mais à son frère. Père qu’ils croyaient mort et frère dont ils ignoraient l’existence.

Pourquoi après des années de silence leur mère a-t-elle prononcé cette phrase avant de mourir : « maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux » ?

Tout a commencé quand Nawal avait 14 ans. Amoureuse de Wahab, elle tombe enceinte, ce qui n’est pas accepté par sa famille. L’enfant lui sera enlevé et placé en orphelinat.

 

Par le biais d’une mise en scène exceptionnelle et d’un texte parfaitement construit, les enfants vont reconstituer l’histoire de leur mère, entre Québec et guerre du Liban, entre effroi et violences, amour et force. La gravité de certaines scènes est heureusement ponctuée de touches légères, par l’humour du personnage du notaire, son accent québécois, son franc-parler et ses expressions colorées.

Une pièce qui revisite des grands mythes de la tragédie grecque, qui aborde la question des origines, l’amour et le pardon, la liberté que donne le fait de savoir lire et écrire,  les violences et les guerres, une pièce rare et exceptionnelle.

 

(Depuis, Amanda, j’ai commandé toutes ses pièces disponibles et je vais surveiller la programmation des théâtres !)

 

En savoir plus sur la représentation 

 

Actes Sud Papiers / Léméac, mai 2003, 92 pages, 11 €

Ma note :  stars-5-0__V7092072_.gif

Crédit photo couverture : éd. Actes Sud Papiers

 

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Bienvenue à Boboland – (une enquête sérieuse menée par) Dupuy & Berbérian

20 Juillet 2008, 05:07am

Publié par Laure

Cuné en a déjà très bien parlé, alors je ne vous refais pas le résumé. Mais j’y ajoute une touche pour confirmer qu’on éclate souvent de rire et qu’on se moque doucement de cette boboïtude branchée hype etc. Un exemple pour vous, amoureux des livres : une jeune femme dépose sur un banc public son roman chéri d’Anna Gavalda, non pas qu’elle veuille abandonner son auteur chouchou au vaste monde cruel, au contraire, elle veut le faire découvrir : ça s’appelle du book-crossing, mes amis. (Mais si, je sais que vous connaissez !) Pour mieux voir qui aura l’immense bonheur de trouver le trésor, elle va se planquer au café d’en face. Sur ce arrive l’employé des services Propreté de la Ville, qui met direct le Gavalda dans sa poubelle à roulettes. Cri ulcéré de notre fashion lectrice : mais monsieur, c’est du book-crossing ! – P’t’être ben ma p’tite dame, mais moi si je fais pas mon boulot, je suis viré ! J
Quant au jardin du derrière de ma mère, il vaut le détour aussi ! avec plein d’autres épisodes : allez-y, sourires garantis !

 

Audie-Fluide glacial, mai 2008, prix : 11,95 €

Ma note : 4/5

Crédit photo couverture : © Dupuy – Berberian et Audie / Fluide Glacial

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La dameuse - Alina Reyes

19 Juillet 2008, 10:48am

Publié par Laure

Ce très court roman d’Alina Reyes (52 pages, petit format) m’a laissé un sentiment d’inachevé. Pourtant il y a matière et densité qui font une vraie histoire dans ce livre, mais pour moi encore trop d’ellipses, j’en aurais voulu plus.

Le texte est construit en trois parties : Viol, Vengeance, Vie. On imagine assez bien que l’une conditionne la suivante. Marie-Rosellina vit dans une station de ski des Pyrénées, où elle aide ses parents qui tiennent un café et aime son amant, Baptiste, qui dirige une meute de chiens de traîneaux. Marie-Rosellina n’a que 17 ans, mais on ne le sait pas encore quand l’auteur nous offre une scène érotique des plus classiques et des plus gourmandes, on se dit que la dame a déjà de la bouteille. Gilles, un ancien prétendant qui lui avait promis monts et merveilles revient pour une émission télé, et le soir de Noël, avec un collègue, c’est le viol. Suivra la vengeance nécessaire à Marie pour aller de l’avant, vengeance dans laquelle la dameuse – engin qui tasse la neige sur les pistes -  a le premier rôle. Marie-Rosellina se retrouve enceinte : de Baptiste, de Gilles ? On ne le saura jamais. Le dernier chapitre court sur un temps long, donne un dénouement mais pas toutes les clés de l’histoire. Les fallait-il vraiment ? Ce texte dense et ramassé se suffit à lui-même, mais pour ma part, je le trouve trop riche de possibilités pour le museler autant. Un sentiment d’incomplétude.

(note sur la catégorie : Alina Reyes est une auteure connue pour ses textes érotiques. Ce texte me semble s'inscrire dans une démarche plus large de littérature tout court, mais quand une image vous colle à la peau...)

Zulma, mai 2008, 52 pages, prix : 7,50 €

Ma note : 3/5

Crédit photo couverture : éditions Zulma

 

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1979 - Jean-Philippe Blondel

17 Juillet 2008, 04:41am

Publié par Laure

La construction de ce roman rappelle celle d’Accès direct à la plage : au départ on se sent un peu perdu, on passe d’un personnage à un autre, on change d’époque, mais on sait que peu à peu le puzzle va se reconstruire. Et à la fin on relit le 1er chapitre, oui, tout se tient, et c’est bien mené !

Quand un beau matin les habitants découvrent qu’un mur du quartier a été tagué de cette seule date : 1979, ils s’interrogent : qu’est-ce que cela signifie ? Qu’a-t-on voulu leur rappeler ? Quels fantômes vont ressurgir ? Et chacun de revenir sur son passé, ce qu’il faisait, en 1979. Blondel a cette capacité toujours étonnante et réussie d’endosser la peau de personnages différents, hommes, femmes, et de créer une histoire à partir de tranches de vie très variées.

Encore un roman que j’ai beaucoup aimé !

(sauf que maintenant, M. Blondel, j’ai tout lu de vous, à quand un prochain ? et si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi sur Evene vous êtes considéré comme l’auteur du visage de Manuel, qui quand on clique sur la couverture affiche un tout autre nom… enfin le sujet m’intéressait, je l’ai commandé quand même !)

 

Ed. Delphine Montalant, fév. 2004, 169 pages, prix : 16 € // Existe en Pocket (5,90 €)

Ma note : 4/5

Crédit photo couverture : © Isabelle Hervé et éd. Delphine Montalant

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Combien de fois je t'aime - Serge Joncour

15 Juillet 2008, 10:19am

Publié par Laure

Combien de fois je t’aime est un recueil de nouvelles sur l’amour et le désir, qui s’ils se conjuguent aujourd’hui avec Internet et des textos sur des mobiles, n’en demeurent pas moins éternels, entre frémissements, ironie et désillusions. Certains textes abordent aussi le couple, le divorce, la maladie, l’enfant qui n’a pas été. Ce qui m’a frappée dans ce recueil, c’est la justesse de ton, la lucidité de celui qui raconte, la profonde solitude malgré des carnets d’adresse archi-pleins. Il y a comme une magie dans l’écriture, un brin mélancolique, où non seulement l’on se dit que c’est exactement cela, mais en plus, c’est beau. Le bon mot à la bonne place, toujours avec humanité. C’est juste. Et c’est juste parfait.

 

 

Flammarion, mars 2008, 211 pages, prix : 18 €

Ma note : 4,5/5

Crédit photo couverture : © Virginie Berthemet et éditions Flammarion

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Celle qui ne parle pas - Capucine Ruat

12 Juillet 2008, 10:38am

Publié par Laure

Une femme de 30 ans se raconte, à la façon d’un journal intime, pour se libérer enfin de l’ombre de sa mère et de sa sœur, ombre dans laquelle elle a toujours vécu. Cette femme est de mon âge, ou presque, j’ai donc souri aux souvenirs d’adolescence des années 80. Cette femme est obnubilée par le sang, parce qu’à 11 ans elle est devenue femme mais que personne ne lui a jamais rien expliqué.

C’est un premier roman, bien écrit, sec, expressif, qui se lit bien, mais au final je suis plutôt déçue. Je n’ai sans doute pas bien compris le tout, je reste avec un certain nombre de questions sur des pistes soulevées par ma lecture. Et sans réponses, je finis par trouver que cette histoire manque terriblement d’originalité, un parcours banal de femme comme on a déjà lu des dizaines, une femme que la parole fera éclore. Le livre est court et se lit tout seul…  

 

(1er roman paru chez Stock en 2006)

 

Le livre de poche n°30811, mai 2007, 126 pages, prix : 4,50 €

Ma note : 2,5/5

Crédit photo couverture : © Stéphanie Roujol et LGF.

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Peines perdues - Emmanuelle Peslerbe

11 Juillet 2008, 05:23am

Publié par Laure

Depuis que mon collègue me parle sans cesse de ce bouquin parce que l’auteur est sa kiné, il fallait quand même que je le lise ! Surtout que la collection La Brune au Rouergue recèle en général des petits romans pile comme je les aime.

Et ça commence plutôt bien : Lorsque Ghislaine rentre du travail, elle retrouve son père assassiné dans son appartement, elle vivait seule avec lui depuis qu’il souffrait de la maladie d’Alzheimer. Comme la porte était fermée à clé, l’enquête se tourne naturellement vers ceux qui possédaient une clé : Liliane, qui est la sœur cadette de Ghislaine, et Simone Le Bihan, l’assistante de vie. Interrogées par le commissaire Jean Brossin, elles ont toutes quelque chose de bizarre dans le comportement ou qu’elles auraient préférer taire. Au fil des pages se creusent les personnalités de ces petites gens, de même qu’affleure un sombre passé sur lequel les deux sœurs ne semblent pas d’accord.

On se prend au jeu d’un bon polar, les personnages ont des fonds vraiment intéressants, et puis crac, la fin vient tout gâcher. Il y a celle qui est écrite, et qui est plutôt originale, et puis il y a celle qu’on interprète, et là… non ! Je n’aime déjà pas beaucoup les fins ouvertes, mais alors si en plus on ne sait pas qui a tué… - Moi je pense que c’est elle parce que… - Mais ça pourrait être elle aussi parce que… , etc. L’avantage, c’est qu’au moins on continue de parler de ce livre après l’avoir lu, preuve en est de nos échanges auprès de la machine à café, l’inconvénient, c’est que des fins comme celle-ci sont pour moi terriblement frustrantes.

 

 

Ed. du Rouergue, coll . La Brune, février 2008, 115 pages, prix : 12 €

Ma note : 3/5 (à cause de ma déception sur la fin)

Crédit photo couverture : © Frank Secka et éd. du Rouergue.

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