Les jardins d'Hélène

Double 6 - Emmanuel Trédez

14 Mai 2019, 09:41am

Publié par Laure

Hadrien (avec un H comme l’empereur romain) est en classe de 4ème, après des mois éprouvants - il n’a jamais connu son père et sa mère est décédée accidentellement l’année précédente – sa vie semble à peu près stable dans ce nouveau collège auprès de sa grand-mère. Alors pourquoi la police débarque-t-elle dans la classe ? A-t-il fugué ? que lui est-il arrivé ?

 

Chaque chapitre donnera la parole à un de ses camarades, ou à des moments importants des quelques semaines qui ont précédé afin de reconstituer l’histoire.

 

Je n’ai pas vu venir le twist qui est la clé de l’intrigue, mais à partir de là tout est limpide et ce bref roman peut amener les enfants à réfléchir à ce qui est bien ou mal…. Et on ne manquera pas de sourire avec tendresse à l’évocation du premier amour…

 

 

J’ai beaucoup aimé les petits dessins en tête de chapitre et le découpage ainsi choisi.

 

Double 6 est un roman détente idéal pour les 9-12 ans, qui se laisse dévorer sans peine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Didier jeunesse, coll. Mon marque-page +, mai 2019, 160 pages, prix : 12€, ISBN : 978-2-278-09180-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Mary-Gaël Tramon

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Vivre, tout simplement – Julie Léal

8 Mai 2019, 14:31pm

Publié par Laure

Un roman « drôle et touchant » comme l’annonce son communiqué de presse, ça ne se refuse pas. On ne se méfie jamais assez des CP toujours enthousiastes et alléchants.

 

Antonin, 34 ans, est croque-mort, enfin maintenant on dit : employé des pompes funèbres. Il accompagne les familles dans l’organisation des funérailles. Il maîtrise parfaitement son travail (d’autant qu’il a hérité de l’entreprise familiale) mais sa vie personnelle est terne et ennuyeuse. Camille va bouleverser sa vie quand elle va entrer dans sa boutique pour préparer ses propres obsèques. Camille est belle, jeune, joyeuse. Le contraire de ses clients habituels.

 

Le ton est donné dès le début, le lecteur s’aventure dans un roman feel-good, et je n’ai rien contre, ça peut faire du bien de lire de bons romans détente. Celui-ci est court, léger… mais voilà : bien trop léger.

Pas de surprise et un morne ennui, c’est ce que j’ai ressenti au fil de ma lecture. Je crois que l’histoire m’a achevée quand elle a pris le 2ème tournant à la mode après le feel-good : le développement personnel. Alors là, si vous lecteur viviez la même chose, que feriez-vous ? Prenez le temps d’y réfléchir. Mais l’auteure n’accompagne pas la pensée, elle l’évite, comme pour aller plus vite. « Je ne vous dirai pas si j’ai ouvert ce rideau. Mais vous, posez-vous la question : qu’auriez-vous fait ? Qu’auriez-vous décidé ? Ouvrir, pas ouvrir ? Terrible choix. […] Et vous, avez-vous déjà eu votre propre rideau à ouvrir ? » (p. 159).

De même dans une scène d’amour qu’elle élude : « J’ouvre ici une petite parenthèse pour vous dire que, ne vous en déplaise, je ne révélerai rien de ma nuit avec Camille. Désolé de vous laisser sur votre faim, je comprends votre frustration, mais c’est ainsi. Cette nuit magique et irréelle n’appartient qu’à nous. Mon petit feu de joie. » (p. 144.) Ah mais je ne suis pas frustrée, je trouve juste cela un peu trop facile. A force d’esquiver tout ce qui est un peu casse-gueule à écrire, il ne reste plus grande consistance.

 

Vivre, tout simplement, est un premier roman qui semble avoir été auto-édité en mai 2018 (sous le titre, Vivre ! et puis c’est tout) avant d’être repris par les éditions Anne Carrière. A conseiller aux lecteurs de « facile à lire, court, feel-good et tendance développement personnel ».

 

 

 

Anne Carrière, mai 2019, 172 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-8433-7952-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Anne Carrière

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Nightwork - Vincent Mondiot

6 Mai 2019, 10:57am

Publié par Laure

Je suis toujours soufflée par l’audace et l’engagement de la littérature dite « pour ados » : si seulement la littérature générale pouvait avoir cette même force plus souvent….

 

Patrick a quatorze ans, et ce n’est pas un mauvais bougre. Il s’acharne à le démontrer en ouvrant son histoire par le sauvetage de Sanguine, un moineau mazouté qui a confondu goudron surchauffé et flaque d’eau. Patrick, c’est aussi un duo très fort avec son frère Abdel, dont on comprend qu’ils n’ont pas la même origine ni filiation, c’est aussi la souffrance permanente du harcèlement scolaire, et la violence quotidienne d’une mère paumée et alcoolique.

 

Mais c’est bien plus que tout cela également : Vincent Mondiot construit un univers romanesque fort, qui n’épargne aucune violence et réalisme des quartiers de banlieue, entre drogue et prison, entre misère et force de caractère. Car Patrick est un bon gars, qui va grandir bien malgré lui avec un drame difficile à surmonter, et il serait dommage d’en dire plus tant le récit est fort, la construction narrative particulièrement réussie, et les personnages tous importants.

 

On en ressort aussi sonné qu’admiratif : l’auteur connait son sujet, son titre en lien avec la création d’un jeu vidéo prend plusieurs sens à la lecture, le tragique n’a jamais de vocation misérabiliste, c’est juste excellent.

 

 

 

Merci à Claudia de m’avoir fait découvrir cet auteur !

 

 

 

Actes Sud junior, collection romans Ado, octobre 2017, 272 pages, prix : 14,50 €, ISBN : 978-2-330-08668-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © Julie Guiches / Picturetank / et éd. Actes Sud junior.

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Avril 2019 en couvertures ...

3 Mai 2019, 15:47pm

Publié par Laure

En avril j'ai lu :

(les couvertures sont cliquables quand elles renvoient à un billet)

(bon je n'essaie plus de comprendre la mise en page d'overblog, ce qui est propre dans l'administration ressort tout décalé en publication, désolée ....)

 

                                                                    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En avril j'ai vu :

 

 

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Un mariage sur écoute – John Jay Osborn

23 Avril 2019, 14:42pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Marc Amfreville

 

Steve et Gretchen sont un couple ordinaire, parents de deux jeunes enfants, en pleine crise conjugale et d’adultère. Ils fréquentent une thérapeute conjugale, et c’est le huis-clos de ces séances dans son cabinet qui sont livrées au lecteur, dans un roman quasi entièrement dialogué entre les trois personnages. Le lecteur accède aussi aux pensées immédiates de la thérapeute Sandy, aux méthodes parfois surprenantes. Parviendront-ils à sauver leur mariage ?

 

Le lecteur est témoin de l’incompréhension et de la difficulté à communiquer au sein du couple. Le cheminement choisi par Sandy se révèle plutôt brillant, du moins il happe le lecteur au départ, et peut paraître plus ronronnant à d’autres moments.

On pensera inévitablement à la série « en analyse » (in treatment, diffusée au début des années 2010)

 

A lire uniquement si vous ne craignez pas de décortiquer jusqu’à la moelle le fonctionnement d’un couple. Plus subtil qu’il n’y paraît.

 

 

Ed. de l’Olivier, janvier 2019, 221 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-8236-1403-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © Cyril Magnier / cedric@scandella.fr / éd. de l’Olivier.

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Le matin est un tigre – Constance Joly

22 Avril 2019, 14:24pm

Publié par Laure

Alma est bouquiniste sur les quais de Seine. Mariée, elle a une fille adolescente, Billie, quatorze ans. Celle-ci est malade et s’enfonce de plus en plus, sans que les médecins ne trouvent ce qu’elle a, malgré des hospitalisations de plus en plus spécialisées. C’est en s’absentant à l’appel d’un client en Bretagne qu’Alma va trouver la force en elle de guérir sa fille. Quitte à passer pour folle, elle sait bien que c’est un chardon grandissant qui envahit les poumons de sa fille, et non une tumeur, elle a trouvé cette maladie rarissime dans un ouvrage de botanique du vieil homme qui l’accueille.

 

Ce premier roman de Constance Joly est magnifiquement écrit, dans un style très imagé et poétique. Trop peut-être, ce qui pourrait déstabiliser le lecteur amateur de réalisme. Ici, il faut accepter la descente au fond de soi-même, par le biais d’une histoire initiatique de libération de soi.

 

J’ai beaucoup aimé ce texte sans qu’il soit un coup de cœur : trop éthéré par moments, onirique. J’en admire les qualités sans adhérer totalement : j’aime trop le réalisme dans les romans intimistes….

 

A découvrir néanmoins, pour l’écriture, et l’acharnement de cette mère pour sauver sa fille.

 

 

p. 19 : « Un chardon. Une valise. Une fille malade. Alma est incapable de déchiffrer le rébus qu’est devenue sa vie. Alors, elle rêve de plus belle. Rêver rend les choses moins lourdes. Sans en avoir totalement conscience, elle s’est fabriqué un espace un peu moelleux entre elle et le monde. »

 

p. 48 : « Le matin est un tigre qui rampe doucement, en attendant de vous sauter à la gorge. »

 

 

 

Flammarion, janvier 2019, 153 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-0814-4489-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Flammarion

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Girafe blues – Jory John et Lane Smith (ill.)

20 Avril 2019, 10:22am

Publié par Laure

Après le manchot râleur de Banquise blues, voici le blues de la girafe complexée par son long cou qui la contrarie fortement. Elle n’en voit que les inconvénients et envie les cous des autres, surtout quand elle croise la tortue avec son tout petit cou très court. Mais cette dernière non plus n’aime pas son attribut, et finalement, dans la discussion et ce début d’amitié, chacune va y voir des avantages.

 

J’adore les illustrations et le choix de couleurs de Lane Smith, l’utilisation de l’espace dans les pages, et les couleurs du texte qui peuvent aider à repérer qui parle. Et puis Marcel et Édouard, pour une tortue et une girafe, ce n’est pas banal ! laugh

 

 

Un très bel album à lire et relire pour surmonter ses complexes et s’accepter tel que l’on est. L’amitié n’a pas d’œillères, elle. Encore une réussite pour ce tandem John / Smith.

 

 

 

 

 

 

Gallimard jeunesse, septembre 2018, [36 pages], prix : 14 €, ISBN : 978-2-07-510618-4

 

 

 

Crédit photo couverture : © Lane Smith et éd. Gallimard jeunesse.

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Mon amie Momo – Hwang Misun

19 Avril 2019, 09:48am

Publié par Laure

Traduit du coréen

 

Un bel album aux couleurs chaudes et profondes qui dit la relation d’une petite fille et de son chat. Elle le nourrit, le câline, aime jouer avec lui, mais parfois Momo griffe. L’animal aime-t-il la petite fille ? Pourquoi la blesse-t-il ? l’enfant se met à douter. Mais il suffit de deux jours d’absence pour que les retrouvailles dans le plaisir réciproque effacent les doutes.

 

Une histoire toute simple mais qui montre le lien et l’attachement à un animal. Les dessins très expressifs de la tête du chat contribuent par l’image à dire ce qui n’est pas écrit.

 

Tous les amoureux des chats apprécieront et reconnaîtront les mimiques de leurs compagnons félins ; pour les autres, essayez, qui ne craquerait pas face à la jolie bouille (parfois un tant soit peu contrariée) de Momo ?

 

 

 

Ed. Philippe Picquier, août 2018, [31 pages], prix : 14,50 €, ISBN : 978-2-8097-1358-9

 

 

 

Crédit photo couverture : Hwang Misun et éd. Philippe Picquier

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Ne m’appelle pas Capitaine – Lyonel Trouillot

17 Avril 2019, 10:49am

Publié par Laure

A Port-au-Prince, Aude, étudiante en journalisme, décide d’interroger pour un devoir un vieil homme surnommé Capitaine, dans le quartier défavorisé de Morne Dédé. Elle est issue d’une grande famille bourgeoise blanche, il vit dans un vieux quartier pauvre et sombre, aux nombreuses histoires sordides.

 

C’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres que tout oppose, l’histoire d’un homme obsédé par un amour passé (qui est donc cette femme qui l’appelait Capitaine ?) qui vont trouver une façon commune de voir la vie, ou ce qu’ils peuvent en faire. Elle est tenace Aude, malgré les obstacles.

 

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman, sans doute la richesse de la langue, ample, le rythme parfois saccadé, l’alternance des voix et de la narration, mais je me suis attachée aux personnages. Il m’a manqué certainement aussi une connaissance suffisante d’Haïti. Un beau roman néanmoins.

 

 

Extrait p. 19 : « Le Morne Dédé. Ce qui avait été et ce qu’il en restait. Ce qui avait changé. J’étais venue pour cela. Réaliser mon premier stage de futur grand reporter. Enquêter sur des faits, des dates. Reconstituer une trame. Tissage et discontinuité, selon les termes du directeur. De quoi remettre un bon papier. Ce cours, c’était mon idée. Contre l’avis de la famille. De mes anciens condisciples du lycée français. De Julie, ma cousine préférée et ma meilleure amie. Seul l’oncle Antoine ne s’était pas opposé à mon choix. »

 

p. 45 : « J’ai pris rendez-vous dans ma tête, dans un lieu-dit le Morne Dédé, avec un vieux type qui a la bouche pleine de souvenirs. Joueurs de foot et chanteurs de charme. Institutrices et ménagères. Sa bouche est un lieu de passage, une collecte de petits destins perdus dans les éphémérides. Il ne bouge plus beaucoup et tousse plus que de raison. Mais sa bouche est une vie des autres. On y entend tellement de voix qu’on ne sait laquelle est la sienne propre. Sauf quand monte le cri. Le presque cri. Il tousse trop pour pouvoir crier. Mais cachée sous les autres, il y a sa voix à lui. Une défaite et une révolte. Les deux en même temps. Je me demandais s’il lui viendrait l’envie un jour de me dire qui était cette femme qui entrait dans sa tête à n’importe quel moment, changeait son humeur, lumière et ténèbres, méritant la louange et l’injure. »

 

 

 

Du même auteur sur ce blog : L’amour avant que j’oublie

 

 

 

Actes Sud, août 2018, 147 pages, prix : 17,50€, ISBN : 978-2-33010875-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Kemi Mai / éd. Actes Sud

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L’Odyssée d’Hakim : 1. De la Syrie à la Turquie – Fabien Toulmé

15 Avril 2019, 14:18pm

Publié par Laure

Je connaissais Fabien Toulmé pour ses romans graphiques intimistes (ici et ), je le découvre ici en narrateur intime toujours, mais ouvert plus largement sur le monde et sa triste actualité.

 

Dans un prologue il explique pourquoi il a eu envie de travailler sur les migrants et comment il a construit son projet, avec recherche d’un réfugié acceptant de témoigner, et de traducteurs.

 

Ce tome est le 1er d’une série de 3, relatant le parcours d’Hakim, que l’auteur a rencontré en 2017. Hakim avait alors trente ans, et vivait avec sa femme Najmeh et leur fils Hadi, âgé de trois ans.

 

Par un jeu de couleurs des cases l’auteur raconte le temps présent des interviews avec Hakim et le temps d’avant, de la Syrie de 2011 à 2013 (pour le 1er volume), avec un chapitrage réussi.  Il décrit le parcours d’Hakim, qui après le bac et deux ans de service militaire, choisit de devenir jardinier en montant sa pépinière avec son cousin, et comment à cause du régime d’El Assad et de la guerre il va fuir son pays jusqu’en Turquie, en passant par le Liban et la Jordanie. Il a tout perdu : son entreprise, son appartement, quitté sa famille…

 

Le point fort de Toulmé, c’est d’avoir réussi à raconter l’histoire de la Syrie de façon simple et humaine, à travers le parcours d’un homme ordinaire.

On a hâte de connaitre la suite du parcours d’Hakim, malgré les passages difficiles. L’important est de savoir et de comprendre ce que ces hommes et ces femmes ont traversé, mais on n’oublie pas non plus les jolis moments, le mariage notamment, même si ce n’est pas comme cela qu’ils l’avaient imaginé.

 

 

 

Le tome 2 est à paraître le 05 juin 2019.

 

 

 

 

« « Les migrants », ce n’est pas une entité. C’est un ensemble d’individus, de nationalités, d’histoires, avec des raisons différentes de vouloir quitter leur pays. »

« Selon le haut-commissariat des Nations Unies, 5,5 millions de Syriens ont fait le choix de l’exil pour fuir les combats.

Rien qu’en 2015, 3500 migrants sont morts noyés dans la Méditerranée (Syriens majoritairement, mais aussi Erythréens, Somaliens, …) »

 

 

 

Delcourt, coll. Encrages, août 2018, 267 pages, prix : 24,95 €, ISBN : 978-2-413-01126-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © Fabien Toulmé et éd. Delcourt

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