Les jardins d'Hélène

Regarde, c’est papa ! – Ill. par Emiri Hayashi

17 Juin 2015, 14:25pm

Publié par Laure

Regarde, c’est papa ! – Ill. par Emiri Hayashi

Un grand album tout cartonné et doux à caresser (certains détails sont en velours tout au long de l’album), pour dire la relation tendre entre le papa et son bébé.

Les couleurs vives, les contrastes forts (jaune orange, noir, blanc et argenté sont les seules couleurs employées) attirent l’œil de bébé.

 

L’enfant observe les papas des animaux. Papa Éléphant est très impressionnant, Papa Castor est très bricoleur, Papa Ours brun n’a peur de rien, etc. jusqu’au papa du bébé, qui lui, est unique !

 

Un coup de cœur pour le choix des couleurs, des détails, et le grand format, plus adapté dans le cas présent à la lecture avec l’enfant sur les genoux.

 

 

Nathan, mai 2015, prix : 13,90 €

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Crédit photo couverture : © Emiri Hayashi et éd. Nathan

Regarde, c’est papa ! – Ill. par Emiri Hayashi

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La meilleure d’entre nous – Sarah Vaughan

16 Juin 2015, 13:47pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Alice Delarbre           

 

La chaine de magasins Eaden organise un concours de pâtisserie, pour élire la nouvelle Mrs Eaden. Kathleen Eaden était en effet l’auteur célèbre en 1966 d’un ouvrage de référence : L’art de la pâtisserie, et l’épouse du propriétaire de la marque. Il s’agit aujourd’hui de redonner un nouveau souffle à ces magasins.

 

C’est donc aux différentes épreuves du concours que va assister le lecteur, témoin tour à tour du stress et des pensées des candidats. L’histoire du personnage mythique de Kathleen vient entrecouper les chapitres.

 

J’ai souvent peiné dans ce roman, trouvant le temps long dans les descriptions interminables des scènes de cuisine, confondant systématiquement les prénoms des personnages féminins, impossible de me rappeler d’une fois sur l’autre qui était qui. Car ce qui est intéressant dans ce roman – enfin ce qui moi m’a plu – c’est le récit de ces femmes par rapport à leur couple, à la maternité, à leur rôle de mère ou de fille, récit qui montre combien la maternité est complexe. L’histoire de Kathleen est touchante et renforce l’importance du thème central : la position de la femme dans la société et la famille, ses choix face au travail et au sein du couple.

 

En France, nous penserions immédiatement à Ginette Mathiot pour la bible de cuisine (certes datée aujourd’hui, tout comme le livre de Kathleen Eaden), et aux émissions récentes de télé-réalité, Top Chef et le meilleur pâtissier ou consorts. C’est dans l’air du temps, la psychologie des personnages est intéressante, le roman se veut un roman de détente, que j’ai trouvé toutefois parfois bien longuet. Je l’ai apprécié pour ses personnages de femmes, mais ai trouvé le reste un peu ennuyeux.

 

Préludes, mars 2015, 475 pages, prix : 14.90 €          

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Crédit photo couverture : © Stephen Webster / Plainpicture et éd. Préludes / Librairie Générale Française

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Une femme blessée – Marina Carrère d’Encausse

9 Juin 2015, 14:09pm

Publié par Laure

Marina Carrère d’Encausse est surtout connue en tant que médecin, présentatrice avec Michel Cymes des émissions « Le magazine de la Santé » et « Allô Docteurs ».

Elle est aussi une grande lectrice, proposant souvent des titres dans la rubrique « livres » de l’émission. Une femme blessée est son premier roman.

 

L’histoire se déroule de nos jours au Kurdistan irakien. Fatimah, mère de famille, vit dans un petit village à une heure de route de Souleymanieh, avec son mari, leurs enfants, mais aussi sa belle-famille. Que s’est-il donc passé pour qu’elle soit conduite à l’hôpital, brûlée vive ? Était-ce réellement un accident ?

 

Marina Carrère d’Encausse s’attache, sous une forme romanesque, à dénoncer les crimes d’honneur, souvent présentés comme des «accidents domestiques», qui visent à punir une jeune fille ou une femme jugée impure et qui aurait de ce fait semé la honte sur sa famille.

 

Fatimah est entre la vie et la mort à l’hôpital, très grièvement blessée. Sa fille aînée, tout comme ses deux autres filles plus jeunes, sont tenues à l’écart et ne savent rien de ce qui est arrivé à leur mère. Le réchaud à gaz a-t-il bien explosé accidentellement ? N’y aurait-il pas eu un acte délibéré dont il faut garder le secret ?

           

D’emblée, le lecteur est en empathie avec cette jeune mère et si l’histoire semble évidente grâce aux indices donnés par l’auteur, celle-ci a su garder quelques fausses pistes pour en faire un récit encore plus intense et dramatique. Tout est en pudeur et en retenue, les femmes se livrent peu, les médecins font de leur mieux pour aider les victimes à se reconstruire au-delà de leurs souffrances physiques, mais le sujet est tabou et la peur telle que personne ne doit savoir.

 

Si j’ai pensé un instant au départ que l’histoire était simple et cousue de fil blanc, j’ai été forcée d’admettre qu’elle était plus complexe et savamment construite qu’elle n’en avait l’air. J’ai été touchée par les sentiments très bien décrits des personnages, bouleversée par l’horreur des crimes qui ne sont pourtant jamais énoncés directement. Quelle force dans ces personnages féminins, quelle violence tue et endurée !, le sort de ces femmes, même s’il est connu, est trop souvent oublié, et le roman de Marina Carrère d’Encausse leur rend un hommage aussi douloureux que nécessaire.

 

 

Anne Carrière, octobre 2014, 197 pages, prix : 17 €

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Crédit photo couverture : © éd. Anne Carrière       

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#EnjoyMarie - Marie Lopez

2 Juin 2015, 15:02pm

Publié par Laure

Marie Lopez, alias Enjoy Phoenix, est la youtubeuse beauté la plus connue de France, en tout cas celle qui a le plus d’abonnés à sa chaîne, un peu plus d’1,5 million. Le public visé est les adolescentes de 11 à 15 ans, et l’on apprenait tout récemment dans le Supplément de Canal+ que la jeune femme gagnait 300 000 euros par an avec ses vidéos, ce qu’elle a confirmé (disons qu’elle n’a pas démenti, disant qu’elle ne confirmait pas, mais que c’était à peu près cela).

 

Comment en suis-je arrivée à lire ce livre destiné avant tout à ses fans ? Le phénomène éditorial qui a dépassé par ses ventes celui de Valérie Trierweiler, et parce que j’ai une fille de 14 ans qui regarde beaucoup de ces vidéos. Je dis bien « ces » et pas « ses », car ma fille en préfère d’autres, et n’est pas accro à Enjoy Phoenix. Moi en tant que mère de famille, ce qui m’interpelle, c’est que ces toutes jeunes femmes laissent entendre à des centaines de milliers d’adolescentes (millions si je prends le nombre d’abonnés) que Youtubeuse est un métier comme un autre. La plupart ont arrêté leurs études juste après le Bac, parfois avant, pour s’y consacrer. Ça marche pour certaines, mais combien d’élues pour combien de candidates ?

Ma fille me rassure, « je ne suis pas débile maman ! » mais combien d’adolescentes rêvent de tous ces produits de luxe gratuits en échange d’une vidéo sur youtube ? Combien abandonneront toutes études dans l’espoir d’un revenu miraculeux ?

 

Mais revenons au livre, mon Dieu…. Je n’ai pas de mots.

 

Marie Lopez s’en énerve : ce n’est pas une autobiographie. Elle n’a que 20 ans, ce serait prétentieux. Mais quand elle vous parle du harcèlement dont ELLE a été victime, de SES frères et sœur, de SES parents, de SES boutons, de SES cheveux qu’elle a grillés au lisseur à 11 ans, de SES sorties, qu’est-ce donc ? Si on peut généraliser sur les soirées, le peut-on sur la naissance de sa sœur et de son père, naviguant, qui vole d’avion en avion pour arriver à temps ?

 

Elle veut aider les adolescentes à surmonter ces dures épreuves que sont l’acné et les cheveux en bataille. La 4ème couverture nous parle d’acné sévère, alors qu’elle reconnaît elle-même dans le texte avoir fait partie des 30% d’ados pas trop touchés. (p. 25 : « A vrai dire, je n’ai pas eu d’énormes problèmes d’acné. J’ai fait partie des 30% de filles chanceuses ») Et quand elle ose comparer l’acné à la souffrance du cancer ou aux contraintes du diabète, bien qu’elle se targue de ne pas vouloir créer d’échelle de douleur, elle juge l’acné insupportable car « visible ». Au secours, que d’immaturité !

 

C’est un livre fait pour les – très jeunes - fans, qui ne leur apprendra rien de plus que ce qu’elle a déjà dit dans ses vidéos (même le chapitre sur le harcèlement dont elle a souffert reste bien creux, le seul intérêt est dans les notes de bas de page qui le définissent), mais c’est un mal de l’adolescence que de souffrir d’idolâtrie. Ça passera, comme les boutons.

 

La jeune femme est très jolie et sait se mettre à son avantage (ça ne se voit pas dans le livre sans images !) mais que son récit est creux, rempli de vide bavard (les « pas envie de se lever », les tasses de thé pour s’installer et écrire, le petit chien…) et au final dangereux : à vouloir dénoncer la tyrannie de l'apparence, elle ne fait que la confirmer et la promouvoir par ses actes, livre et vidéos.

 

Allez lire ce billet d’une internaute qui en fait une très juste analyse assortie d’extraits : clic

 

 

L’avis de ma fille de 14 ans : « mouais j’ai lu 20 pages mais je peux pas aller au-delà, franchement ça me gave, on s’en fout de sa vie. »

Et ma fille est une ado comme les autres, qui râle après ses boutons, passe trop de temps dans la salle de bain à se coiffer, et … regarde des vidéos sur youtube. Mais pas les mêmes apparemment.

 

 

Anne Carrière, mai 2015, 215 pages, prix : 15 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Artwork : Pepe Psyche et éd. Anne Carrière

 

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Mai 2015 en couvertures ...

1 Juin 2015, 19:57pm

Publié par Laure

En mai j'ai lu :

(les couvertures sont cliquables lorsqu'il y a un billet)

 

 

 

 

 

 

En mai, j'ai vu :

 

 

 

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Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # mai 2015)

31 Mai 2015, 12:56pm

Publié par Laure

Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # mai 2015)

 

Peu de produits terminés ce mois-ci, 6 seulement, sans doute parce que j'en ai beaucoup d'entamés en même temps.

 

 

Un gel douche de la gamme Hammam d'Ushuaïa : l'huile de douche nourrissante à l'Huile d'Argan et l'Huile de Rose. Un flacon très girly avec sa couleur rose, une texture surprenante, qui malgré son nom d'huile de douche, ressemble bien davantage à un gel douche normal. Mais avec un pouvoir moins desséchant. Parfum de rose très féminin. Sympa une fois de temps en temps. Je suis susceptible de racheter, mais il y a tellement de choix variés en gels douches qu'une vie ne suffirait pas à tout tester !

 

 

 

Un savon classique de Dove, en pain, le cream bar contenant ¼ de crème hydratante. Le produit familial par excellence, mais de par sa contenance crémeuse, fond très très vite pour un savon. Basique, je suis susceptible de racheter également.

 

 

La lotion tonique aux 3 roses de Nuxe, flacon de 200 ml, ancienne gamme achetée à tout petit prix en vente privée. Je ne rachèterai pas [existe maintenant sous le nom de Lotion Tonique douce aux Pétales de rose], je n'aime pas trop le parfum, qui sent l'alcool (alors que la lotion est bien indiquée comme sans alcool).

 

 

 

L'eau micellaire démaquillante aux 3 thés détoxifiants de chez Yves Rocher, en format voyage de 50 ml, offert. Format pratique en voyage donc, parfum léger et pas désagréable, mais efficacité pas au top, ne démaquille pas suffisamment. Je n'achèterai pas le format régulier.

 

 

 

Un baume à lèvres Mixa : soin des lèvres reconstituant surgras, pour sécheresse sévère. Acheté en lot de 2, il m'en reste un en stock, mais je ne le rachèterai pas : bâton trop sec à utiliser, curieux d'ailleurs la façon dont il s'est usé : en pointe, pas du tout pratique à appliquer sur les lèvres. Pourtant, le résultat est correct pour l'hydratation, mais la texture sèche est surprenante et il ne paraît pas très nourrissant, en tout cas pas agréable à utiliser.

 

Une boite de papiers matifiants de la marque Essence (qu'on trouve en France dans les Auchan, sinon marque allemande qu'on trouve dans les DM notamment) : cette fois-ci je suis tombée sur une boite distributrice qui n'était pas cassée, donc le côté « distributeur » a fonctionné. Parmi les moins chères du marché (2,49 € les 50 feuilles),celles-ci sont non poudrées et il en faut minimum 2 voire trois pour absorber le sébum en milieu de journée, mais je les rachèterai pour leur bon rapport qualité / prix.

 

C'est tout pour ce mois-ci, avec un bilan mitigé  :-)

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Am stram gram – M.J. Arlidge

15 Mai 2015, 20:21pm

Publié par Laure

Traduit de l'anglais par Élodie Leplat.

 

Le rituel du serial killer est atroce : enlever un couple (au sens de duo : ce peut être des amoureux, mais aussi une mère et sa fille, deux collègues de travail, etc.) et l'enfermer dans un lieu clos sans possibilité d'évasion, sans nourriture et sans eau, mais avec un revolver. Si l'un des deux tue l'autre, il a la vie sauve. Quel choix feriez-vous ? Mourir de faim ou tuer votre ami, amoureux, fille … pour sauver votre peau ?

Et qu'est-ce qui est pire ? Mourir de faim ou vivre avec son acte meurtrier sur la conscience pour le reste de ses jours ? Et quelles sont les motivations du manipulateur ?

 

Helen Grace va peu à peu, avec son équipe, reconstituer les pièces du puzzle, même si elle mettra du temps à découvrir le lien entre elles.

 

Inutile d'en dire plus, c'est un thriller qui fonctionne parfaitement : aucun temps mort, le lecteur ne peut qu'aller au bout, bien ferré.

 

Ce que j'ai apprécié dans ce polar, c'est que pour une fois, contrairement à ce que je reproche habituellement au genre, la trame n'est pas grossière, les fils de couture du canevas sont fins, certes les chapitres sont courts pour créer un rythme haletant, mais n'alternent pas systématiquement entre drame et enquête de manière mécanique. Les fausses pistes s'y mêlent, de même qu'un récit en italique dont on se demande qui est l'auteur ? La flic ou le coupable ?

 

Certes on retrouvera des ficelles déjà vues ailleurs, le flic alcoolique, la psy suspecte, l'héroïne battante et solitaire, mais ça fonctionne sans lourdeur. Quant à la surenchère glauque du genre, ce qui m'agace souvent dans les polars actuels, on n'y coupe pas vraiment, mais seule la dernière scène est à la limite du soutenable. Le reste est à la hauteur de la manipulation, et de la peur... du lecteur ?

 

Une très bonne découverte.

 

Am stram gram est le premier roman de l'auteur, on ne peut que souhaiter que l'éditeur français ait acheté les droits de traduction des suivants déjà publiés en Angleterre.

 

 

P. 131 : "Pourquoi "elle" faisait ça ? Elle obligeait ses victimes à se livrer à un am stram gram diabolique, en sachant pertinemment que le tireur souffrirait au final beaucoup plus que la victime. Était-ce le traumatisme qu'endurait le survivant, le but, le plaisir ?"

 

 

 

éd. Les Escales (noires), mars 2015, 362 pages, prix : 21,90 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Hokus Pokus Créations et éd. Les Escales.

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Max et les poissons - Sophie Andriansen

14 Mai 2015, 12:38pm

Publié par Laure

Illustrations de Tom Haugomat

 

Max a 7 ans, et il vient de remporter un prix d'excellence à l'école : la récompense est un poisson rouge avec un peu de jaune, qu'il a baptisé Auguste parce que sa couleur lui fait penser au chapiteau du cirque. Le 16 juillet, Max aura 8 ans, et pour son anniversaire, il aimerait bien que ses parents lui offrent un autre poisson pour tenir compagnie à Auguste.

 

 

Mais ce que l'on découvre très vite, c'est que Max a une étoile jaune cousue sur ses vêtements... A travers l’innocence de l'enfant, c'est toute la dure réalité historique qui est narrée : la guerre, les cartes d'alimentation, la rafle du Vél' d'Hiv le 16 juillet 1942 par la police française, le camp de Drancy, mais aussi la résistance avec des familles anonymes qui ont caché et protégé des enfants juifs.

Max est de ceux-là. Son interrogation sensible est émouvante et cruellement touchante.

 

C'est un très beau roman où les mots sont particulièrement bien choisis, où chaque dernière phrase de chaque court chapitre sonne comme une évidence (mais si bien travaillée !). L'auteur réussit le parfait équilibre entre naïveté et réalité, réflexion sensée de l'enfant et réalité qui l'entoure.

 

Un dossier documentaire à la fin de l'ouvrage permet de resituer avec des mots simples le contexte historique et les faits. Le livre est proposé à partir de 9 ans, tout dépend aussi des connaissances du jeune lecteur sur la deuxième guerre mondiale et l'extermination des Juifs, mais ce peut être l'occasion d'accompagner l'enfant par la discussion.

 

Nathan, février 2015, 88 pages, prix : 5 €

Etoiles :

Crédit photo couverture : © Tom Haugomat et éd. Nathan

 

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Le coeur entre les pages - Shelly King

10 Mai 2015, 14:34pm

Publié par Laure

p. 38-39 : « Quand à huit ans j'ai annoncé que je voulais devenir bibliothécaire, ma mère a été horrifiée. Je voyais bien comment elle m'imaginait : en matrone avec des chaussures confortables et un chignon, vivant entre des piles d'ouvrages et regardant par-dessus ses lunettes avec une expression austère et dédaigneuse, ceux qui rapportaient les livres passée la date limite. Rien de ce que je pouvais dire ne parvenait à la convaincre que sa vision ne correspondait pas du tout à ce que serait mon avenir. Les bibliothécaires que je connaissais étaient des super-héros des données. Tels les explorateurs de l'Ancien Monde, ils naviguaient sur des océans d'informations non répertoriées, dessinant des cartes pour vous emmener n'importe où. Et ils étaient les gardiens des choses qu'oubliaient les autres, archivant les événements de la vie et les reconstituant. »

La petite trentaine, Maggie est licenciée d'ArGoNet Software, une start-up de la Silicon Valley. En attendant de retrouver un emploi, elle passe son temps à lire des romances dans une librairie de livres d'occasion, le Dragonfly Used Books.

Pour essayer de lui remettre le pied à l'étrier, son meilleur ami Dizzy l'introduit dans un club de lectures guindé mené par une riche entrepreneuse.

 

La lecture commune imposée ce jour-là est le roman de D.H. Lawrence : L'amant de Lady Chatterley. La même édition moderne est soumise aux participants, mais n'en déplaise à l'organisatrice et modératrice Avi, Maggie arrive avec sa propre version ancienne dénichée au Dragonfly.

 

Elle devait passer la nuit précédente à lire le roman, mais elle s'est surtout laissée emporter par une mystérieuse correspondance manuscrite découverte en marges, entre deux inconnus : Henry et Catherine.

 

Si le roman s'attache dès lors à tenter de découvrir qui furent ces mystérieux Henry et Catherine s'aimant par messages interposés, le récit prend bien d'autres voies au point d'oublier complètement ces deux prétendants (pour y revenir rapidement à la fin).

 

L'intrigue n'est donc pas tant de dénouer cette énigme (à la résolution d'ailleurs bien plate et décevante) que de dévoiler le caractère passionné de Maggie pour les livres, et de l'accompagner dans son cheminement personnel vers son accomplissement professionnel, tout en apaisant sa relation volcanique avec sa mère.

 

Ne vous attardez pas sur la jolie couverture et les oreilles en arrière du chat qui montre une contrariété imminente, ce n'est pas parce qu'il est question de livres et de chat qu'il faut immédiatement songer au bonheur au coin du feu, la pile à lire sur l'accoudoir du fauteuil et le matou ronronnant sur les genoux. Que nenni, pas de roman doudou comme j'ai pu le lire ici ou là, et le chat Grendel est une sale bête psychopathe qui n'a d'autre activité que d'écorcher tous ceux qui passent trop près de la rangée de livres sur laquelle il se serait installé. Gardien du Temple, mouais.

 

Pour moi le roman tient surtout à la personnalité de Maggie, au parcours semé d'embûches qu'elle traverse pour trouver sa voie et s'affirmer, aux personnages secondaires tout aussi délurés qui l'entourent, bien plus qu'à un quelconque amour des livres. Certes quelques titres sont cités, des romances historiques pour la plupart, mais qui ne sont pas parvenus à m'enthousiasmer. Le club lecture n'est que prétexte au départ, il ne devient pas un rendez-vous régulier. Le chat est utilisé à contre-emploi, et le débat grande chaîne de librairies / petit commerce indépendant est esquissé sans être entièrement le vrai sujet non plus. A vrai dire, ce Dragonfly, je n'aimerais pas le fréquenter, avec son patron et ses employés tous plus frappadingues l'un que l'autre.

 

J'ai trouvé le style bavard et s'éparpillant trop dans tous les sens, j'aurais préféré un récit plus sobre et tempéré, même si c'est ce style accolé à la personne de Maggie qui fait le sel du roman.

 

Le fait de le lire dans une « édition spéciale presse & libraires » n'a sans doute pas aidé, malgré sa belle couverture colorée, une appellation « épreuves non corrigées » eût été plus directe (et c'est ce qu'elle était en réalité) car bien des phrases m'ont agacée, celle-ci par exemple :

 

p. 290 « C 'est un super grand flot fumant de génialitude, poupée ! Pour toi aussi. Je n'aurais jamais pensé pouvoir trouver un projet comme celui-ci avec une entreprise de librairie. » [Hein??]

 

Et dans la version vendue en librairie, cette phrase est devenue :

p. 290 « C'est carrément super génial, poupée ! Pour toi aussi. Je n'aurais jamais pensé pouvoir trouver un projet comme celui-ci avec une chaîne de librairies » .

 

Je n'ai pas relu page par page et ligne par ligne la version définitive mais dès la première page les corrections sont notoires, l'ensemble a en effet été retravaillé. Ouf.

 

Il n'en reste pas moins que je suis un peu déçue, sans doute trompée par le pitch trop prometteur de la 4ème de couverture. Enjoué et exubérant, peut-être un peu trop, séduisant malgré tout, un bon roman détente pour les vacances l'été au bord de la piscine. Sans plus.

 

 

Préludes (un Label du Livre de Poche), mai 2015, 370 pages, prix : 14,60 €

Étoiles :

Crédit photo couverture : © studio LGF / Shutterstock/ éditions LGF – Préludes

 

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Le facteur émotif - Denis Thériault

8 Mai 2015, 12:18pm

Publié par Laure

A 27 ans, Bilodo est un facteur solitaire à l'existence bien plate. Son plaisir, à cette époque numérique où les courriers personnels sont devenus rares, est de décacheter à la vapeur une correspondance régulière qu'il a remarquée, entre Ségolène, une guadeloupéenne qui écrit des haïkus, et Gaston Grandpré, un enseignant montréalais à la retraite.

Après s'être repu des poèmes le soir seul chez lui, il recolle et livre normalement le courrier le lendemain matin. Mais quand Gaston Grandpré se fait renverser par une voiture et meurt sous ses yeux, comment ne pas interrompre cette belle correspondance ?

 

Au premier abord, j'ai pensé que l'histoire était extrêmement banale. Mais au fil de ma lecture, je l'ai trouvée fort séduisante. Une délicatesse toute japonaise s'en échappe, dans une sérénité qui emporte le lecteur alors même que le personnage de Bilodo est dans un stress quasi permanent ! L'imposteur sera-t-il démasqué ?

C'est l'occasion aussi d'en apprendre davantage sur l'écriture du haïku, et d'observer notre héros s'y entraîner. Les haïkus qui se succèdent sur certaines pages, avec juste un changement de typographie, révèlent la correspondance de plus en plus érotique, et pourtant tout en retenue, de nos deux héros.

Mais peut-on aimer virtuellement ? Faut-il rêver sa vie plutôt que de la vivre ? Y a-t-il un esthétisme littéraire de l'amour ?

Une fin en forme de pirouette qui s'inscrit dans l'histoire japonaise du haïku, tout est séduction du début à la fin dans ce bref roman, j'ai beaucoup aimé !

 

(Nota : je m'interpelle sur la mention en page de titre : Texte révisé par Elisabeth Samama. Cela a -t-il consisté à gommer d'éventuels québécismes dans une édition française destinée à des lecteurs francophones européens ? Car ce roman de Denis Thériault, écrivain québécois, a d'abord paru en 2005 chez l'éditeur canadien XYZ où il a d'ailleurs remporté le prix littéraire Canada-Japon en 2006)

 

 

éd. Anne Carrière, avril 2015, 172 pages, prix : 16 €

Etoiles :

crédit photo couverture : © TsuneoYamashita / Getty Images / et éd. Anne Carrière

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