Les jardins d'Hélène

La grande escapade – Jean-Philippe Blondel

15 Août 2019, 10:46am

Publié par Laure

Je peux bien l’avouer, ce Blondel-là, j’y allais à reculons. Le monde enseignant dans les années 1970 : un sujet qui ne m’intéressait pas vraiment ? J’y ai goûté, ai mis du temps à y trouver ma place, me suis souvent demandé si j’aimais ou pas, verdict : oui, trois fois oui, mais sans doute pas pour les mêmes raisons que d’habitude. Je m’explique.

 

Revenons un peu sur le pitch : 1975, cité scolaire Denis-Diderot, le tout début des classes mixtes, et une époque où les enseignants étaient logés sur place, souvent à l’étage des classes. Un microcosme avec ses règles, ses habitudes, et ses secrets d’alcôve. Les enfants vivent un peu la double peine : à l’école la journée, elle est aussi leur lieu de vie en dehors des cours.

 

Le roman s’ouvre sur une scène d’accroche efficace : Philippe Goubert, dix ans, est suspendu à la corniche du groupe scolaire et peut s’écraser en bas à tout moment : maladroit qu’il est, il fait échouer et condamner le jeu habituel avec ses camarades. L’occasion pour le lecteur de faire connaissance avec les parents. Car dans ce roman il sera surtout question des adultes.  Des jalousies, des désirs secrets, des ragots, et le récit nostalgique ne manquera pas de basculer dans un vaudeville savoureux, la fameuse grande escapade dont je vous laisse la surprise.

 

Réflexions sur l’éducation, les anciens et le modernes dans ce domaine, et un nouvel élan : l’affirmation de la femme.

 

Si l’intrigue en soi ne m’a pas toujours emportée, hormis le délicieux moment à la Feydau et l'observation toujours fine des émotions tout du long, l’écriture de Blondel a gagné en qualité. Si dans ses précédents écrits je me retrouvais davantage dans les histoires, que ce soit celles des adultes en littérature générale ou celles des ados en littérature jeunesse, ici, je trouve que son style a changé, le choix de l’époque peut-être, une langue moins orale, plus classique et travaillée (ou alors je n'y prêtais pas attention mais là elle m'a sauté aux yeux). Qui colle à merveille avec la construction et la dynamique du récit.

 

Donc oui j’ai aimé, davantage pour cette évolution stylistique que pour le récit un brin sociologique d’un milieu qui m’est étranger, et d’une époque révolue.

 

Je peux me tromper, mais je vois bien dans ce roman un premier volume, qui appelle pour moi une suite : la genèse est posée, l’année scolaire évoquée marque le passage de l’enfance à l’adolescence pour le personnage de Philippe Goubert, car finalement, le personnage principal, bien plus que ces couples qui s’emmêlent dans leurs histoires sentimentales et l’évolution du monde enseignant, c’est bien Philippe Goubert, l’alter ego de Jean-Philippe Blondel, non ?

 

Et Philippe Goubert nous laisse sur des débuts de carnets qui ne sont que l’aube d’une nouvelle vie… Et si Philippe Goubert devenait enseignant à son tour ? et écrivain ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Buchet-Chastel, août 2019, 272 pages, prix : 18 €, ISBN : 9782-283-03150-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © Libella.

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Les fleurs sauvages – Holly Ringland

5 Août 2019, 11:47am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Australie) par Anne Damour

 

Illustrations intérieures de Edith Rewa Barrett

 

La petite Alice Hart, neuf ans, vit une enfance malheureuse, en proie à la violence extrême de son père, dont sa mère est victime également. Après un tragique incident, orpheline, elle est recueillie par sa grand-mère, qu’elle ne connait pas. Celle-ci recueille d’ailleurs des femmes que la vie a détruites, et c’est par le biais de la culture et du langage des fleurs sauvages qu’elles pansent leurs blessures morales.

Ce n’est qu’une courte introduction à cette saga foisonnante qui nous présente un personnage attachant, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, qui traversera bien des drames avant de trouver l’apaisement. Résilience, bienveillance sont les mots qui viennent contrebalancer toutes les violences subies. Le pouvoir des livres n’est pas oublié, tout premier refuge de la petite Alice.

 

Une grande fresque romanesque qui prend place dans divers paysages et offre notamment une large place aux terres et traditions aborigènes, qui emporte dans le sillon affectif lié à son héroïne, une grande et belle histoire de femmes et de vie, malgré quelques longueurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

Éditions Mazarine / Librairie Arthème Fayard, mai 2019

 

 

Crédit photo couverture : © Hazel Lam, HarperCollins Design Studio

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Juillet 2019 en couvertures...

31 Juillet 2019, 12:32pm

Publié par Laure

En juillet j'ai lu :

(les images sont cliquables quand elles renvoient à un billet)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Bidochon tome 22 : quelques sourires de-ci delà mais ce n'est plus ce que c'était

 

La fille du temple aux chats : y a bien un chat par-ci par-là mais ça ne parle pas de chats, c'est plutôt pour ados pré-pubères avec pas mal de zooms sur des seins ou des fesses (habillés). Du gentil un peu niais.

 

Open bar 1re tournée : quelques très bonnes pages, mais j'accroche moins aux stories en une page et pas fan du dessin et du gris

 

Je ne mange pas de produits industriels : rien de nouveau sous le soleil, il faut consommer des produits bruts et cuisiner soi-même, et limiter les sucres. A chaque fois je dis que je vais faire des efforts et le lendemain, chassez le naturel il revient au galop wink

 

Les bêtes sauvages : sombre, violent, dur, déprimant, ultracoloré, je n'aime pas le dessin ni la couleur, même si l'univers choisi se tient.

 

Mauvais joueurs : un roman d'apprentissage à la construction intéresse, sur la famille (dysfonctionnelle) mais dont j'ai déjà tout oublié à peine quelques jours après ma lecture.

 

Le fils de l'Ursari : fidèle au roman que j'avais beaucoup aimé, mais forcément synthétique, et pas fan du dessin.

 

Le chemisier : bien aimé, j'entends la polémique de pornographie et image de la femme véhiculée dans les critiques sur le net, mais ce ne fut ma lecture, perçue davantage comme une réaction à une relation de couple moribonde et une affirmation de soi par la sensualité (parfois certes un peu excessive).

 

 

 

 

 

 

En juillet j'ai vu :

 

 

 

 

 

 

 

Un film au charme anglais désuet, lent, et qui se révèle dans sa toute fin.

 

 

Je continue de regarder également la saison 3 de The handmaid's tale, qui pour moi est la saison de trop, bien plus fade, terne et diluée que les deux précédentes.

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Pense aux pierres sous tes pas – Antoine Wauters

31 Juillet 2019, 10:35am

Publié par Laure

Marcio et Léo(nora) sont frère et sœur jumeaux, et mènent une vie rude à la ferme, dans un pays dictatorial non identifié. Soumis à une violence parentale, ils s’échappent mentalement par un lien affectif extrême. Surpris par leur père en pleine relation incestueuse, Léonora sera envoyée dans une autre famille. Au fil des coups d’état et des régimes dictatoriaux, les jumeaux ne cesseront de vivre pleinement, incestueusement ou à l’extérieur, des relations charnelles fortes, dérangeantes, pour affirmer leur propre personnalité, et trouver la liberté.

 

C’est un texte fort que ce « pense aux pierres sous tes pas », injonction du frère à sa sœur dans un moment de fuite, qui rappelle au début néanmoins d’autres œuvres littéraires ayant déjà exploré cette noirceur (je pense notamment à la trilogie d’Agota Kristof, avec son premier volume, le grand cahier, paru en 1986, et qui avait marqué mon adolescence), l’intrigue est dérangeante, pose la question du genre, des choix d’être soi, de l’interdit, de la survie aussi dans un environnement délétère.

 

Un bon roman, qui peut choquer par certains aspects, mais dont la très belle écriture prévaut.

 

 

Pense aux pierres sous tes pas a reçu en janvier 2019 le prix littéraire du 2ème roman décerné par l’association mayennaise Lecture en tête (Laval)

Antoine Wauters est un écrivain belge né à Liège en 1981.

 

 

 

Verdier, août 2018, 182 pages, prix : 15 €, ISBN : 978-2-86432-987-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © éditions Verdier

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La famille trop d’filles : les grands-parents se marient ! – Susie Morgenstern (et Clotka, ill.)

27 Juillet 2019, 13:49pm

Publié par Laure

Il est rare que la famille Arthur soit réunie au grand complet, car les parents sont souvent absents pour leur travail. C’est ce moment que choisissent les grands-parents, grand-mère Léo (Éléonore) et grand-père Mimi pour annoncer qu’ils vont se remarier. Et pour Léo, ce sera le 6ème mariage. Mimi fut son premier mari, et quelques divorces plus tard, elle conclut que c’est bien avec lui qu’elle veut finir sa vie.

 

L’organisation de la fête met toute la famille en effervescence, surtout les filles. Mais chaque nouvelle idée est contrariée par un événement imprévu : voilà qui donne bien du fil à retordre à Cara, qui a choisi d’écrire une pièce de théâtre pour ce mariage.

 

Mais au fait, pourquoi vouloir se marier à tout prix ? ça sert à quoi ? Le prétexte est tout trouvé pour ouvrir le débat ! Et point n’est toujours besoin de voir grand !

 

C’est en 2012 que j’ai découvert avec enthousiasme la famille trop d’filles, série qui s’est bien étoffée depuis et qui plait toujours autant (surtout aux lectrices filles de 8-9 ans). Ce volume est sympathique mais sans doute pas mon préféré, il faut bien avouer aussi que je ne suis plus vraiment le cœur de cible !

 

 

 

 

Nathan, juillet 2019, 64 pages, prix : 7,20 €, ISBN : 978-2-09-258849-9

 

 

 

Crédit photo couverture : © Clotka et éd. Nathan

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L’école à l’envers – Séverine Vidal (et Gaëlle Duhazé, ill.)

26 Juillet 2019, 13:14pm

Publié par Laure

C’est le monde à l’envers, ou plutôt l’école à l’envers, puisque ce sont les enfants qui font la classe aux parents, et c’est pas facile !

 

Les parents sont les premiers à reconnaître que maitriser la technique du basket-boulette (lancer de papier froissé dans la corbeille est compliqué), que jouer à chat glacé chat statue et chat bougie c’est fatigant, en revanche comment échapper à une punition quand on est pris en flag rencontre un franc succès et un apprentissage rapide.

 

Mais cette école folle ne peut pas durer éternellement, les bonnes choses ont une fin, à vous de découvrir qu’elle était la raison de cette semaine à l’envers.

 

Un roman « premières lectures » fantaisiste et décalé, tant dans l’histoire que dans l’illustration avec ces visages bleus ou verts ou certains personnages animaux humanisés.

 

 

Pour désamorcer l’angoisse de la rentrée !

 

(dès 7 ans)

 

 

 

Nathan, juillet 2019, 32 pages, prix : 6,20 €, ISBN : 978-2-09-258882-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © Gaëlle Duhazé et éd. Nathan

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Jane – Aline Brosh McKenna et Ramon K. Perez (ill.)

26 Juillet 2019, 10:34am

Publié par Laure

Cette bande dessinée est une réécriture moderne de Jane Eyre, de Charlotte Brontë.

Orpheline, Jane est malheureuse dans la famille où elle est placée, elle décide donc de partir pour New-York où pour financer ses études d’art, elle trouve un job auprès d’un riche veuf, Rochester. Ce dernier est toujours absent, aussi s’occupe-t-elle de sa fille Adèle, enfant solitaire comme elle. Contrairement à toutes les nounous précédentes, Jane va tenir le coup sur le poste. C’est ensuite un jeu du chat et de la souris mystérieux, entre séduction, jalousie, pièce secrète dans laquelle il est interdit de pénétrer et récit d’aventure à rebondissements.

J’ai particulièrement apprécié la force du scénario, son originalité, c’est pour moi une transposition moderne réussie, mais j’ai souvent moins aimé le dessin, les aplats de couleur, la violence traduite, les visages anguleux que j’ai trouvé laids. Je reconnais néanmoins la belle capacité de l’illustrateur à changer complètement de style au sein de la même œuvre, si l’on considère par exemple l’expo présentée par Jane.

 

A découvrir en bibliothèque par exemple.

Public adultes / ados.

 

 

Glénat, février 2019, 224 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-344-03007-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © Ramon K. Perez et éd. Glénat

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Attends-moi ! - Claire Garralon

18 Juillet 2019, 13:24pm

Publié par Laure

 

Un bel album cartonné pour les plus jeunes qui dit la peur de la perte avec un soupçon de colère dans la voix, pour finir sur une tendre chute toute mignonne et drôle.


Un petit poisson suit sa maman entre les plantes et les algues, mais elle va trop vite, le petit la perd de vue, s'inquiète, s'énerve, crie, angoisse (le dessin est très expressif !) mais à la dernière page, le petit lecteur verra qu'une maman n'est jamais loin, et que la mer n'est pas si effrayante dans le cas présent.


Adorable !

(dès 18 mois)

 

 

 

 

 

 

 

 

A pas de loups, avril 2019, cartonné 16 pages / 22 cm, prix : 12 €, ISBN : 978-2-930787-50-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © Claire Garralon et éd. à pas de loups

 

 

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Il fallait que je vous le dise – Aude Mermilliod

13 Juillet 2019, 13:35pm

Publié par Laure

En janvier 2017 à Montréal, Aude Mermilliod rencontre Martin Winckler et lui présente son scénario de BD, elle y raconte son IVG 8 ans auparavant. Il est un modèle pour elle, dans son œuvre romanesque et dans son engagement pour les femmes en tant que médecin généraliste ayant beaucoup œuvré pour l’avortement.

 

C’est donc un récit à deux voix, celui d’Aude et de son vécu personnel, et celui des débuts en médecine de Marc Zaffran, le vrai nom de l’écrivain Martin Winckler. L’ensemble est d’une grande justesse et sensibilité, le dessin est clair et aéré, le sujet mérite d’être traité, sous l’angle ici surtout de la violence psychologique faite aux femmes.

 

Un incontournable, qui vous donnera probablement envie d’aller lire la Vacation, le premier roman de Martin Winckler, ainsi que le reste de son œuvre « médicale ».

 

 

 

Casterman, mai 2019, 163 pages, prix : 22 €, ISBN : 978-2-203-15373-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © Aude Mermilliod et éd. Casterman.

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La fois où Mémé a vaincu un taureau – Vincent Cuvellier (et Marion Piffaretti, ill.)

12 Juillet 2019, 14:46pm

Publié par Laure

C’est une histoire de dans le temps, d’un temps pas si lointain mais quand même du temps où il n’y avait pas école le jeudi. C’est l’histoire d’une mémé qui à l’époque n’était pas encore mémé, mais qui vivait de bien drôles de jeux. Le jeudi, elle gardait les vaches de la ferme d’à côté, les 10 vaches de Mimile qui n’avait plus de parents et qui n’allait pas à l’école. Mais on n’a pas besoin de savoir compter jusqu’à 100 quand on n’a que 10 vaches à garder.

 

Mémé et Mimile vivaient les 400 coups mais quand ils sont chargés par Angelo le taureau qui s’est échappé de son enclos, il faut réagir vite… et bien ! Et Mémé, elle a sacrément la pêche, et plus d’un tour dans son sac.

 

Ah l’humour de Vincent Cuvellier ! Un retour en enfance savoureux, plein de joie et de fantaisie, accompagné des illustrations pétillantes de Marion Piffaretti, c’est frais, souriant, bien construit dans la mise en page texte/illustration, le format moyen en fait soit une première lecture à déguster seul, soir un album à se faire lire par papa/maman/mémé.

 

Vivement le prochain ! (La fois où mémé a tapé un clown est attendu en octobre 2019)

 

 

 

Nathan, juillet 2019, 28 pages, prix : 6,95 €, ISBN : 978-2-09-258767-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © Marion Piffaretti et éd. Nathan

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