Les jardins d'Hélène

Grégoire et le vieux libraire – Marc Roger

10 Avril 2019, 09:15am

Publié par Laure

Je me suis fait avoir par le titre, le thème : l’amour du livre et de la lecture, le joli chat en couverture (aucun chat dans l’histoire, pure publicité mensongère attrape gogo de la lectrice cliché avec thé et chat laugh) et si j’ai beaucoup aimé le début, j’ai assez vite été déçue.

 

Monsieur Picquier (impossible de ne pas songer à l’éditeur) est un vieux libraire qui finit ses jours dans un EHPAD, entouré de trois mille de ses livres. Mais il n’est plus en capacité de lire. Il va donc convertir à la lecture à voix haute un jeune embauché dans les cuisines de la maison de retraite : Grégoire Gélin, dix-huit ans tout juste. Grégoire n’a pas eu son bac et n’a pas beaucoup fréquenté les livres.

 

La transmission du plaisir des mots, des textes et des auteurs va vite se faire. A un tel point qu’il n’en reste pas grand-chose de crédible d’ailleurs.

 

Si l’on s’amuse au début, de ce coup de frais et de cette passion que le libraire meurt de transmettre, on tique tout de même très vite sur un style curieux, problème de ponctuation ou choix de vocabulaire, les phrases m’ont paru souvent bancales. On n’échappe pas non plus à tous les poncifs sur les vieux et les maisons de retraite, oui les vieux ça a des problèmes de tuyauterie, ça pisse, ça chie et ça vomit sans plus rien contrôler (c’est vraiment dit comme cela, c’est une réalité certes) mais ajouté à cela les tirades sur la sexualité des pensionnaires entre eux et la libido de Grégoire avec la belle infirmière sénégalaise de dix ans son aînée, n’en jetez plus. Quant à la fin elle m’a carrément paru « too much » et si ce n’avait été dans le cadre d’un projet professionnel, j’aurais abandonné ma lecture en cours de route.

Grosse déception donc.

 

 

Albin Michel, janvier 2019, 233 pages, prix : 18€, ISBN : 978-2-226-43781-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Mehmet Kalkan / iStock / Getty images plus / et. Ed. Albin Michel

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Bleu espoir – Cathy Cassidy

9 Avril 2019, 16:17pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Anne Guitton

 

 

Hannah, 12 ans, est la narratrice de l’histoire. En allant en cours un matin, avec sa meilleure amie Joey, elles trouvent trois chatons abandonnés dans les poubelles de la cantine. Elles s’empressent de les sauver et l’un d’entre eux aura un rôle prépondérant dans la vie d’Hannah….

 

12 ans, c’est aussi l’âge des premiers émois amoureux, et Hannah ne voit pas d’un très bon œil que son amie Joey tombe amoureuse de son grand frère Kit, il n’y en a plus que pour lui et Hannah se sent délaissée.

 

Joey vit dans une famille d’accueil, après avoir été recueillie (la famille récup’ !) elle a été officiellement adoptée. Joey est aussi fantasque et expansive qu’Hannah est timide. Mais quand un nouvel élève, Paul, aussi réservé qu’elle, arrive au collège, tout va changer… Paul est placé dans la famille d’accueil de Joey et porte un lourd passé. Différent, sensible, les garçons de la classe vont en faire leur victime et le maltraiter, sous couvert « qu’il serait gay ». Paul ne veut pas parler, il sait qu’il changerait à nouveau de famille et retournerait en foyer, ce qu’il refuse, car outre la lassitude des changements nul n’est dupe : Paul n’est pas insensible à la présence d’Hannah (qui elle ne voit rien bien sûr !)

 

Bleu espoir (curieux titre, le titre anglais, Driftwood (bois flotté) ayant bien plus de sens à la lecture) est un roman sentimental qui aborde les thèmes du harcèlement scolaire et de l’homophobie avec subtilité pour un public pré-adolescent et jeune ado, et montre combien il n’est pas toujours aussi facile de réagir, combien de courage il faut, et il faut parfois savoir rompre ses promesses quand une vie est en danger.

 

Ce roman, par l’auteure de la série des « filles au chocolat », saura séduire et sensibiliser les jeunes lectrices/eurs dès 10/11 ans.

 

 

 

Nathan, janvier 2019, 2015 pages, prix : 15,95 €, ISBN : 978-2-09-258839-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Laurence Ningre, design culinaire : Caroline Bourgeois / et éd. Nathan

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Boys - Pierre Théobald

8 Avril 2019, 15:32pm

Publié par Laure

Boys est un recueil de 24 nouvelles dont un personnage, Samuel, est le fil rouge que l’on retrouve tout du long, de 1983 à 15 ans après aujourd’hui, avec son parcours amoureux et son rapport à la paternité.

 

Toutes les nouvelles portent une voix masculine, touchent à la rupture amoureuse, à l’amour, au lien filial, à la maladie ou à la mort. Toutes ont en commun la sensibilité, ce fond de l’âme et du cœur que les hommes trop souvent taisent (boys don’t cry) et que les femmes rêvent d’entendre : les voici donc servies.

 

Ces hommes expriment leurs émotions et leurs pensées et par la plume de Pierre Théobald ils le font avec finesse, pudeur et justesse.

 

J’ai aimé particulièrement les nouvelles les plus longues (et bien sûr la récurrence du personnage de Samuel), trouvant les nouvelles les plus courtes trop frustrantes : on a envie de s’installer plus longtemps avec ces hommes, et j’espère bien lire un jour un roman de Pierre Théobald : le registre de l’intime en tout cas lui réussit.

 

 

 

 

Extrait p. 78/155 (numérique) : « S’écrire… c’est un rituel que l’on a instauré après notre séparation. Pour faire comme si. Comme si les quinze années ensemble pouvaient survivre encore un peu. Comme si, après l’éloignement, on saurait se bricoler une histoire, une suite. Différente. D’adulte à adulte. On saurait faire la part des choses. En dehors de toute rancœur, toute nostalgie, en se défiant de tout regret.

Mais de nos jours qui rédige encore des lettres ? Hormis fourrager le cœur à la pointe du stylo, quelle utilité ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JC Lattès, avril 2019, 224 pages, prix : 18,90 €, ISBN : 978-2-7096-6324-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © Plainpicture / Hollandse Hoogte / Reyer Boxem (détail) / et éd. JC Lattès

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Petit cœur – Charlotte Roederer, avec Clémentine du Pontavice

5 Avril 2019, 14:02pm

Publié par Laure

Sur un fond noir étoilé, dans ce qui semble être une galaxie, la nuit un petit cœur bat. Au fil des pages, la forme du ventre de la femme enceinte se dessine. C’est à l’intérieur que bat ce petit cœur d’humain. Puis les vêtements noirs de la maman se replacent dans le fond blanc de la vie extérieure.

 

Tout le monde est bien au chaud dans ce cocon, celui de la femme enceinte, celui de la maison où apparait le papa, pour former trois cœurs rouges qui battent à l’unisson.

 

Un bel album très poétique qui joue sur la sobriété des couleurs (du noir, du blanc, et des cœurs rouges) pour dire l’amour et la vie, la maternité, de l’intérieur vers l’extérieur du monde, et vice-versa.

 

Jolie utilisation de la page, de l’espace, et des couleurs pour donner tout son sens à cette histoire simple et éternelle : l’attente d’un nouveau-né.

 

 

 

Nathan, mars 2019, 40 pages, prix : 13,90 €, ISBN : 978-2-09-258788-1

 

 

 

Crédit photo couverture : © Charlotte Roederer et éd. Nathan.

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Mars 2019 en couvertures ....

31 Mars 2019, 21:27pm

Publié par Laure

En mars j'ai lu :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En mars j'ai vu :

 

 

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A la ligne : feuillets d’usine – Joseph Ponthus

30 Mars 2019, 14:49pm

Publié par Laure

Qu’ajouter à ce tout ce qui a déjà été dit sur ce premier roman exceptionnel, dans le choix de son écriture, entre prose poétique et vers irréguliers, ce long souffle qui en dehors des citations ne contient pas de point, qui décrit la dureté du monde ouvrier, la précarité des postes d’intérimaires, le mépris de classe, au sein d’une conserverie de poissons ou d’un abattoir. Au rythme de la chaine, la beauté des mots surgit de la violence de l’usine.

 

Éducateur spécialisé en région parisienne, c’est par amour que le narrateur a rejoint la Bretagne et son amoureuse. Il n’a pas trouvé de poste correspondant à ses compétences, il fait de l’intérim en usine. La ligne de production, la ligne d’écriture : la littérature jadis engrangée lui permet de tenir le coup, et d’écrire ces feuillets si justes sur ce monde du travail éprouvant entre crevettes et carcasses, froid et poids, ce monde si peu considéré et si usant physiquement, et dont personne ne parle, ou si peu.

 

Citations musicales, littéraires, réflexions politiques, récit d’un quotidien où l’entraide a sa place : un très beau roman social.

 

 

P .12 : « Au fil des heures et des jours le besoin d’écrire

s’incruste tenace comme une arête dans la gorge

Non le glauque de l’usine

Mais sa paradoxale beauté. »

 

 

Ed. la Table ronde, janvier 2019, 266 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-7103-8966-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. La table ronde

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ça raconte Sarah - Pauline Delabroy-Allard

28 Mars 2019, 10:37am

Publié par Laure

L’ouverture est saisissante : une femme est couchée contre le corps d’une autre. On pense dès lors à une scène d’amour, de tendresse ou d’apaisement de crises d’angoisse quand arrive cette phrase :

p. 11 : « Je ne parviens pas, dans cette nuit moite, à détacher mes yeux de son corps nu et de son crâne cireux. De son profil de morte. »

 

Puis vient le retour en arrière sur cette passion amoureuse aussi foudroyante que dévastatrice : la première partie décrit longuement Sarah, en filigrane l’admiration et le mal-être grandissant de la narratrice qui est beaucoup plus effacée, anonyme, invisible.

 

Le récit devient répétitif comme un ressassement mais n’est-ce pas là aussi le propre de la passion, qui élude le monde extérieur ? Mère élevant seule sa fille, l’enfant est quasi inexistante, tout comme son travail de professeur documentaliste dans un lycée : Sarah prend toute la place.

 

La seconde partie se déroule en Italie, je l’ai trouvée plus ennuyeuse. La narratrice perd pied, bascule dans la folie, d’avoir été quittée et d’avoir perdu Sarah. La fin m’a laissée perplexe, l’ai-je vraiment comprise ?

 

C’est une histoire d’amour, de souffrance et de passion somme toute ordinaire qui tient surtout pour son style, phrases courtes, descriptives : Sarah-ci, Sarah-ça, et au milieu un je plus fade. L’ensemble est rythmé, mais mon plaisir est retombé assez vite malgré un très bon début.

 

 

 

 

Lauréat du Prix des étudiants France Culture – Télérama 2018, et du Prix du style 2018.

 

 

 

Lire le début : ici

 

 

 

 

Les éditions de Minuit, octobre 2018, 188 pages, prix : 15 €, ISBN : 978-2-7073-4475-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. de Minuit.

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Les fleurs de grand frère – Gaëlle Geniller

27 Mars 2019, 19:19pm

Publié par Laure

L’histoire est vue du point de vue d’un enfant, qui voit pousser des fleurs sur la tête de son grand frère. En pleurs dans les bras de ses parents, celui-ci veut d’abord les couper, mais il va apprendre à vivre avec et à les écouter. Il appréhende néanmoins le retour à l’école et les moqueries qui ne manqueront pas d’arriver. Au fil du temps et de la curiosité, la bienveillance prend place.

 

A l’automne, les fleurs perdent leurs pétales mais ne refleuriront pas après l’hiver.

 

Un bel album sur la différence, la difficulté à la vivre et à l’appréhender, pour arriver à l’acceptation de soi et à sa reconnaissance bienveillante par les autres.  On peut voir dans ces fleurs la représentation d’un handicap, d’une différence physique, le passage à l’adolescence, peu importe le degré qu’on y place, le dessin et le scénario laissent libre cours à l’imagination.

 

Le dessin très doux concourt au message véhiculé, une histoire onirique sur la différence.

 

 

(Dès 8 ans.)

 

 

 

Delcourt, mars 2019, 61 pages, prix : 14,95 €, ISBN : 978-2-413-01243-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © Gaëlle Geniller et éd. Delcourt

 

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Une femme en contre-jour – Gaëlle Josse

24 Mars 2019, 14:26pm

Publié par Laure

J’ai commencé ce nouveau titre de Gaëlle Josse sans savoir de quoi il parlait (je ne lis jamais les 4ème de couverture), mais parce que c’est une autrice que j’apprécie.

 

J’ai donc été surprise de voir qu’il s’agissait d’une biographie, celle de Vivian Maier (1926-2009), photographe exceptionnelle totalement effacée et inconnue jusqu’à sa mort. C’est par hasard que son travail sera mis au grand jour, un jeune homme achetant aux enchères un lot de photos et pellicules pour illustrer un projet. Il ne trouve pas son bonheur mais comprend assez vite grâce à Internet qu’il a mis la main sur quelque chose de rare et précieux. Il n’aura de cesse de réhabiliter le travail de Vivian Maier, qui vécut sa vie entière dans la discrétion et la pauvreté, gagnant sa vie en tant que nurse.

 

Hélas trois fois hélas, j’avais regardé par hasard un court documentaire sur Arte sur la vie de cette femme quelques jours auparavant, je n’ai donc rien appris à la lecture du livre de Gaëlle Josse. Je l’ai lu avec plaisir, mais sans m’y attacher vraiment.

 

Si j’attendais le parallèle avec la création littéraire de Gaëlle Josse elle-même, et le rapport à la création en général, ces pages arrivent très tardivement et sont très brèves.

 

 

Je conseille de découvrir Gaëlle Josse par ses romans en priorité, à moins que vous ne sachiez rien du tout de Vivian Maier et que lire une biographie vous intéresse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ed. Noir sur Blanc, coll. Notabilia, mars 2019, 153 pages, prix : 14 €, ISBN : 978-2-88250-568-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Noir sur Blanc

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Défense de nourrir les vieux - Adam Biles

19 Mars 2019, 14:14pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Bernard Turle

 

Ce qui m'a attirée vers ce roman, c’est bien évidemment son titre. La couverture a un petit air irrévérencieux mais j’avoue accorder peu d’importance aux couvertures. Mais ce titre !

 

Dorothy (dite Dot ou Dotty), 74 ans, décide d’elle-même de s’installer aux Chênes Verts, la maison de retraite où se trouve déjà son mari. Très vite le lecteur a l’impression d’avoir mis les pieds dans un asile de fous, tant les situations et les personnages, que ce soit du côté des soignants ou des pensionnaires, sont déjantés.

 

Il y a du bon, voire du très bon dans ce roman, mais beaucoup de dérangeant aussi, ce qui tempère la lecture, et en a même fait abandonner certains. Je me suis accrochée, voulant savoir de quoi il en retournait, et comment cette histoire abracadabrante finirait.

 

L’humour est noir, très noir, et les situations de démence sont poussées à l’extrême. Les soignants, appelés « amis-soignants », sont tout aussi ravagés que les vieillards, et le directeur détient sans doute la palme d’or.

 

Âmes sensibles s’abstenir, il y a quelques scènes vraiment atroces, qui relèvent du roman d’horreur. Mais elles sont tellement décalées qu’elles ne peuvent relever que de la fiction pure.

 

Le point positif, c’est la construction astucieuse, l’insertion de magazines dont le récit décrit la folie du capitaine Rugles, du moins le monde dans lequel il se croit, prisonnier d’un camp nazi, avec une seule idée en tête : s’évader.

 

La réflexion ensuite : sous couvert de fiction absurde et (trop) déjantée, on ne manquera pas de penser à la façon dont on traite nos vieux aujourd’hui, aux moyens alloués (à leur absence surtout, ou insuffisance), à leurs désirs, leurs besoins, leurs attentes.

 

Malgré un choix de narration et de fiction audacieux, on trouve parfois le temps long, un peu répétitif, avec le risque de se perdre, la démence n’est pas contagieuse mais elle est quelque peu déstabilisante !

 

Un premier roman (traduit en français) déroutant qui mérite tout de même qu’on s’y attarde…

 

 

Adam Biles est également traducteur et responsable des rencontres à la librairie anglophone Shakespeare and Company à Paris.

 

 

 

 

Grasset, coll. en lettres d’Ancre, avril 2018, 521 pages, prix : 23 €, ISBN : 978-2-246-81334-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Getty Images et éd. Bernard Grasset.

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