Les jardins d'Hélène

Le loup en slip se les gèle méchamment – Lupano / Itoïz / Cauuet

20 Décembre 2017, 09:51am

Publié par Laure

Au scénario : Wilfrid Lupano, au dessin et à la couleur : Mayana Itoïz, avec la participation amicale et artistique de Paul Cauuet (sic)

 

 

C’est l’hiver, et en hiver il fait froid. « Dans la forêt, on le sait, quand la neige est là, il fait un froid de ouf ». Le ton est donné.

 

Mais l’hiver, quand on y est préparé, c’est plutôt sympa : on mange des fondues, on met des doudounes, on fait du ski, etc. Les commerces de meules de fromage et de miches de pain tournent à plein régime. Alors pourquoi monsieur loup est-il grincheux, bougonnant à qui l’interroge : « Non ça va pas, on se les gèle ! »

 

Ah... mais on se gèle quoi ? avec son super beau slip, il ne devrait pas avoir froid monsieur le loup. Si c’était les pieds ? demandons à la chouette de lui tricoter des chaussettes, puis un bonnet pour les oreilles. Mais ça ne s’arrange pas, et pire, les petits animaux porteurs des cadeaux disparaissent. La peur du loup revient, il est temps d’alerter la brigade spéciale.

 

De quiproquos en comique de répétition, la question principale demeure : « au nom de la loi, tu te gèles quoi ? » Les meules, les miches, les noisettes, le double sens est perçu par l’adulte sans basculer trop dans le graveleux, et la morale est sauve, [attention spoiler] il n’était question que de solidarité hivernale : pas question de laisser dormir dehors ceux qui n’ont rien !

 

Les pages de fin (avant dernière et 3ème de couv) reprennent la mise en abyme du théâtre du loup en slip dans les vieux fourneaux, et n’oublient pas une petite pique politico-sociétale bienvenue.

 

Humour et solidarité, un album qui plait autant aux parents qu’aux enfants ! (car avouons-le, ce sont les parents fans des vieux fourneaux qui craquent les premiers)

 

 

 

 

 

Dargaud, novembre 2017, 40 pages, prix : 9,99 €, ISBN : 978-2-5050-7040-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Mayana Itoïz et éd. Dargaud

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Même Dieu ne veut pas s’en mêler – Annick Kayitesi-Jozan

20 Décembre 2017, 09:46am

Publié par Laure

Annick Kayitesi-Jozan a survécu au massacre des Tutsis par les Hutus au Rwanda en 1994. Par une alternance entre passé et présent, elle fait le récit difficile de la barbarie subie, et sa difficulté à vivre aujourd’hui avec ce lourd passé, et comment l’expliquer à ses enfants.

 

Auparavant elle avait déjà perdu son père et sa sœur âgée de 6 ans en 1988 à Bruxelles. En 1994, elle a 14 ans lorsque sa mère est atrocement tuée sous ses yeux et ceux de sa sœur Aline.

 

En 2014 elle a 34 ans, lorsque le Rwanda commémore pendant cent jours les 20 ans du génocide, car celui-ci a duré cent jours.

 

L’alternance des époques rend parfois confuse la lecture.

 

Malgré l’intérêt historique de l’ouvrage, il demeure un témoignage personnel qui a peut-être valeur de thérapie pour son auteure et de mémoire à laisser aux siens, mais qui peine à toucher vraiment son lecteur, du fait de son côté trop personnel (individuel) peut-être.

 

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018, catégorie Documents.

 

 

 

 

 

Seuil, septembre 2017, 226 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-02-136669-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © Jérôme  Panconi pour la photo de l’auteur / éd. du Seuil.

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L’oiseau de Colette – Isabelle Arsenault

19 Décembre 2017, 15:04pm

Publié par Laure

Colette vient d’emménager dans un nouveau quartier de Montréal, le Mile-End. Pour la énième fois, sa mère lui refuse un animal de compagnie et l’incite plutôt à jouer dehors. En colère, la petite donne un coup de pied dans un carton vide déposé dans le jardin, et un oiseau qui s’y était réfugié s’en échappe. Elle rencontre Albert et Tom, deux petits voisins, avec qui elle sympathise et à qui elle confie avoir perdu son animal de compagnie, une perruche bleue et jaune.

 

Au fil des questions la petite fille affabule, mais son mensonge prend vie au fil des rencontres, la troupe s’agrandit à la recherche de cette perruche à la description de plus en plus précise et de plus en plus fantasque, un élément s’ajoutant au précédent à chaque nouvelle personne rencontrée. Présente dans le dessin, elle en devient quasi réelle pour le lecteur aussi !

 

Il a suffi d’une imagination débordante pour que Colette se fasse plein d’amis et vive de nouvelles aventures, ce n’est que le premier épisode d’une série qui devrait traiter des enfants de ce quartier du Mile-End.

 

Le dessin est doux, camaïeu de gris et noir, aux touches de sépia léger, de bleu, et surtout de jaune, qui traduit la vivacité et la fantaisie de Colette et de sa perruche imaginaire.

 

A mi-chemin entre l’album et la BD, c’est une histoire simple qui ramène à l’imaginaire enfantin, aux bandes de copains qui s’inventent le monde avec autant de magie que d’évidence, le tout dans un très beau dessin et palette de couleurs.

 

 

Le site de l’auteure-illustratrice : ici

 

 

La Pastèque, août 2017, prix : 14 €, ISBN : 978-89777-015-0

 

 

Crédit photos : © Isabelle Arsenault et éd. La Pastèque.

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L’araignée de Mashhad – Mana Neyestani

16 Décembre 2017, 10:12am

Publié par Laure

Traduit du persan par Massoumeh Lahidji

 

A l’origine de la BD, l’auteur explique dans une préface avoir vu un entretien filmé du tueur en série Saïd Hanaï, qui a assassiné seize prostituées entre 2000 et 2001 à Mashhad. C’est un documentaire du journaliste irano-canadien Maziar Bahari, et l’entretien du tueur est mené par une femme journaliste, Roya Karimi Majd. Impressionné, et avec l’accord du documentariste, il s’en est inspiré librement pour écrire et dessiner « L’araignée de Mashhad »

 

Mashhad est la deuxième plus grande ville d’Iran, après Téhéran, au nord-est du pays. C’est une métropole très religieuse, où la drogue, la toxicomanie, l’injustice sociale et la pauvreté sont élevées. Ce qui entraîne un fort réseau de prostitution pour trouver un peu d’argent et se payer sa came.

 

En mars 2001, Saïd Hanaï, le tueur en série, est arrêté, alors que les faits s’étendent depuis l’été 2000 à Mashhad. A l’hiver 2001, la journaliste Roya Karimi Majd demande un entretien pour son journal auprès du juge Mansouri.

 

L’assassin évoque sa foi comme seule motivation, car la charia condamne la prostitution.

 

Pour le juge, imputer une affaire criminelle à la religion est un crime contre la religion. Il laisse libre cours à la journaliste.

 

La construction choisie est intéressante, forte, et certains propos sidèrent.

 

Les chapitres sont introduits par des dessins enfantins en couleur. On saisira mieux pourquoi à la fin, lorsqu’une enfant de victime raconte, le dessin et la typographie se font enfantines, c’est le seul moment où la BD est en couleur. Le témoignage est touchant, frappant.

 

Le tueur quant à lui restera toujours froid, sans regrets ni scrupules, persuadé d’avoir agi pour le bien de la société et de sa religion.

 

Le témoignage de son fils bouleverse, tant il marche déjà dans les pas de son père, fier de lui.

 

La position de la femme est bien sûr au cœur du récit, qu’il s’agisse des prostituées ou de la journaliste courageuse qui recueille les témoignages. Un passage drôle montre les contradictions et l’hypocrisie de la société : elle sort dans la cour pour une pause cigarette, son cameraman lui recommande de faire attention, de ne pas se faire voir par le garde, car fumer en public pour une femme est interdit. Lequel garde s’empresse de lui en demander une et de partager ce moment avec elle.

 

Des pages noires sur lesquelles une araignée tisse sa toile entrecoupent le récit, progressant dans l’image du tueur surnommé « l’araignée de Mashhad »

 

Un album saisissant mais nécessaire, qui démontre le dictat de la religion quand elle est utilisée pour tuer.

 

 

 

Editions ça et là / Arte éditions, mai 2017, 160 pages, prix : 18 €, ISBN : 978-2-36990-238-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © Mana Neyestani et éd. ça et là / Arte

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Puisque c’est ça, je pars – Yvan Pommaux

15 Décembre 2017, 09:44am

Publié par Laure

Norma joue au parc avec son singe en peluche Jojo, sa maman la surveille depuis le banc voisin. La petite s’invente mille histoires. Mais c’est l’heure de partir, maman s’impatiente après avoir rappelé Norma plusieurs fois. Le portable de maman sonne, et cette dernière, happée par son appel téléphonique, devient sourde aux interpellations de Norma, qui elle, est désormais prête à rentrer.

 

« - Puisque c’est ça, je pars ! » s’agace Norma. « Loin, là-bas, ailleurs ». Et le parc devient univers fantastique, les statues s’animent, les animaux fabuleux interagissent avec les enfants – Norma a retrouvé son ami Félix, qui lui aussi a décidé de fuguer, le lecteur bascule dans ce monde imaginaire riche d’images et de jeux, de peur, d’aventures, jusqu’à ce que Norma réalise qu’elle a perdu Jojo, son doudou.

 

Une nouvelle histoire nait, sur le départ de Jojo, sur son animation au fil des pages, jusqu’aux retrouvailles finales, avec les mamans respectives.

 

 

Un très bel album dans un format à l’italienne, avec des découpages qui font parfois penser à la BD, mais aussi des illustrations pleine page, un album riche de thèmes : les priorités que l’on se donne, l’envahissement du quotidien par les technologies (le fameux portable qui prend toute la place), l’univers magique, féérique, imaginatif de l’enfance, l’amitié, la peur, l’aventure, le doudou, les choix que l’on fait….

 

A lire et relire, pour le plaisir aussi des illustrations, pleines de détails, de couleurs, de vie et d’imaginaire. Une belle réussite.

 

 

 

 

 

L’école des loisirs, septembre 2017, 44 pages, prix : 14,80 €, ISBN : 978-2-211-23403-0

 

 

Crédit photos : © Yvan Pommaux et éd. l’école des loisirs

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Loupé – Christian Voltz

14 Décembre 2017, 08:59am

Publié par Laure

Un homme âgé attend le bus qui ne passe qu’une fois par heure. Il est assis sur un banc, et regarde ce qu’il se passe autour de lui. Un jeune arrive, et s’impatiente, accroché à son portable : il écoute de la musique, envoie des sms, prend des selfies, les met sur Facebook, collectionne les Like, joue à des jeux vidéo, mais n’en peut plus de ce bus qui n’arrive pas.

 

Quand arrive le bus, le papy monte dedans, non sans dire au jeune homme « vous avez vu ça, quel spectacle incroyable, pas vrai ? » Un spectacle ? vite le jeune veut faire un selfie, il a loupé ça et ressort du bus (qu’il aura bel et bien loupé aussi !)

 

Et n’oubliez pas d’aller jusqu’à la 4ème de couverture, qui ajoute du sel à l’histoire.

 

Et vous, le verrez-vous ce spectacle formidable ? Soyez attentifs, chez Voltz, le moindre détail compte. Comme les fourmis qui cheminent, les fleurs qui poussent, les abeilles qui butinent, les araignées qui tissent leur fil, les chenilles… Une nature qui vit et bouge tout le temps, alors qu’accroché à un réseau GSM, que voit-on de la vie ?

 

Entre deux plaisirs solitaires, quel est celui qui enferme et celui qui ouvre sur la magie du monde ?

 

Un grand écart entre la sagesse du vieil homme qui observe la lenteur de la nature et l’immédiateté pressée par la technologie de l’adolescence ? 

 

A savourer, en observant les bidouilles de l’auteur artiste : fils de fer, clous, bouts de bois, poignées de porte….

 

 

(dès 4 ans)

 

Rouergue, octobre 2017, 34 pages, prix : 13,50 €, ISBN : 978-2-8126-1489-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Christian Voltz et éd. du Rouergue

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Banquise blues - Jory John et Lane Smith (ill.)

13 Décembre 2017, 08:04am

Publié par Laure

 

C’est l’histoire d’un petit manchot sur la banquise qui râle tout le temps : il fait trop froid, ses congénères font trop de bruit, il ne sait pas voler, sa démarche est ridicule, j’en passe et des meilleures.  Jusqu’à ce qu’un morse un brin philosophe l’interpelle et lui démontre la beauté de ce(ux) qui l’entoure(nt). Ah oui tiens, et si ce morse avait un tout petit peu raison ?

 

Notre manchot est prêt à voir ce qu’il y a de positif dans sa vie…. Mais pour combien de temps ?

 

Un très bel album – comment résister à cette couverture ? – qui invite à voir le verre à moitié plein pour ceux qui ont toujours tendance à le voir à moitié vide. Allez, souriez !

 

 

Un flocon de philosophie dans le blues de la banquise, et des dessins expressifs et craquants !

 

(dès 4 ans)

 

 

 

Gallimard jeunesse, octobre 2017, 40 pages, prix : 14 €, ISBN : 978-2-07-508251-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © Lane Smith et éd. Gallimard Jeunesse

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Un Noël pour le loup – Thierry Dedieu

12 Décembre 2017, 07:36am

Publié par Laure

Pauvre loup efflanqué, triste et seul sur cette grande couverture enneigée ! Dans la forêt, chacun prépare Noël avec frénésie. Seul le loup n’a jamais connu cette fête. Il faut dire qu’à force de dévorer tout le monde, il n’a pas bonne réputation. Mais cette année, ça va changer : il va préparer un grand festin et inviter tous ses voisins. Il y met du cœur à l’ouvrage, son repas ne contient pas de chair de ses invités, au contraire, il veille à mettre leurs mets préférés, et il prépare des cadeaux attentionnés.

 

Mais le grand soir, personne ne vient.

 

Déçu, il décide de faire comme si… et commence la comédie.

 

Les invités absents observent de loin et regrettent de n’avoir pas été plus courageux.

 

 

La fin pince le cœur, mais la tristesse qui s’en dégage met en avant un message bien plus profond, précieux en ce temps de Noël, universel et tout aussi intemporel.

 

Comme toujours dans les albums de Noël de Dedieu, le très grand format à la couverture toilée est magnifique et valorise l’album, les dessins, fins, sont expressifs, les pleines pages et doubles pages sont superbes.

 

Du bel ouvrage, tant sur le fond que la forme, un album qu’on a envie de transmettre aux générations suivantes.

 

 

 

 

Seuil Jeunesse, octobre 2017, prix : 18,00 €, ISBN : 979-10-235-0974-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © Th. Dedieu et éd. Seuil Jeunesse

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Une histoire d’amour – Gilles Bachelet

11 Décembre 2017, 08:08am

Publié par Laure

C’est l’histoire banale de la vie, l’histoire d’amour toute simple de Georges et Josette, de la rencontre à la mort, avec les joies et les peines de la vie de couple et de famille, une histoire comme beaucoup d’autres… et pourtant, vous vous doutez bien qu’il y a quelque chose d’extraordinaire dans cette histoire !

 

Mais où Gilles Bachelet va-t-il chercher toute cette fantaisie ? Quelle belle imagination débridée !

 

Vous pourrez passer des heures à regarder les illustrations et à reconsidérer l’histoire, car dans cette vie-là, Georges et Josette sont des gants Mapa, vous savez ces gants de vaisselle ou de ménage en plastique coloré !

 

Ils se rencontrent à la piscine (traduite en image par l’auteur-illustrateur en un joyeux évier de cuisine) car Josette pratique la natation synchronisée, et Georges est maitre-nageur. Puis viendront le chien, les enfants, la première infidélité, la solitude une fois les enfants devenus grands, et toujours la fantaisie joyeuse du dessin, les détails qui se nichent dans l’illustration, les clins d’œil sont nombreux, jusqu’au livre final déchiré, où le lecteur fidèle reconnaitra « [son]chat le plus bête du monde »

 

Un vrai bonheur pour petits et grands, à partir de 6 ans.

 

 

Seuil jeunesse, octobre 2017, prix : 15 €, ISBN : 979-10-235-0971-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Gilles Bachelet et éd. Seuil Jeunesse

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Les trois petits casse-pieds – Jean Leroy et Matthieu Maudet (ill.)

10 Décembre 2017, 17:38pm

Publié par Laure

Il était une fois trois marmots excités pressés d’aller regarder les dessins animés. C’est fichu pour la sieste de Papy, qui propose de leur raconter des histoires, c’est quand même mieux que la télé !

 

Mais les marmots sont rabat-joie, pas facile de lutter face à l'attraction de la boite à images, et puis ils les connaissent toutes les histoires de Papy.

C’est sans compter sur l’imagination de ce dernier : c’est l’histoire de trois petits casse-pieds… (tiens, tiens !) qui se prêtent au jeu et modifient le récit à leur guise, et au final, elle est géniale cette nouvelle histoire ! Mais quand on a quelque chose en tête… allez zou, les dessins animés… mais Papy n’a toujours pas dit son dernier mot, et il propose quelque chose de bien mieux que la télé…. Je vous laisse le plaisir de la chute !

 

 

©Matthieu Maudet et Pastel /l'école des loisirs

 

 

Adorable pour les p’tits loups à partir de 3 / 4 ans

 

 

Pastel / L’école des Loisirs, novembre 2017, prix : 12,20 €, ISBN : 978-2-211-23460-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © Matthieu Maudet et Pastel / L’école des Loisirs

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