Les jardins d'Hélène

Le matin est un tigre – Constance Joly

22 Avril 2019, 14:24pm

Publié par Laure

Alma est bouquiniste sur les quais de Seine. Mariée, elle a une fille adolescente, Billie, quatorze ans. Celle-ci est malade et s’enfonce de plus en plus, sans que les médecins ne trouvent ce qu’elle a, malgré des hospitalisations de plus en plus spécialisées. C’est en s’absentant à l’appel d’un client en Bretagne qu’Alma va trouver la force en elle de guérir sa fille. Quitte à passer pour folle, elle sait bien que c’est un chardon grandissant qui envahit les poumons de sa fille, et non une tumeur, elle a trouvé cette maladie rarissime dans un ouvrage de botanique du vieil homme qui l’accueille.

 

Ce premier roman de Constance Joly est magnifiquement écrit, dans un style très imagé et poétique. Trop peut-être, ce qui pourrait déstabiliser le lecteur amateur de réalisme. Ici, il faut accepter la descente au fond de soi-même, par le biais d’une histoire initiatique de libération de soi.

 

J’ai beaucoup aimé ce texte sans qu’il soit un coup de cœur : trop éthéré par moments, onirique. J’en admire les qualités sans adhérer totalement : j’aime trop le réalisme dans les romans intimistes….

 

A découvrir néanmoins, pour l’écriture, et l’acharnement de cette mère pour sauver sa fille.

 

 

p. 19 : « Un chardon. Une valise. Une fille malade. Alma est incapable de déchiffrer le rébus qu’est devenue sa vie. Alors, elle rêve de plus belle. Rêver rend les choses moins lourdes. Sans en avoir totalement conscience, elle s’est fabriqué un espace un peu moelleux entre elle et le monde. »

 

p. 48 : « Le matin est un tigre qui rampe doucement, en attendant de vous sauter à la gorge. »

 

 

 

Flammarion, janvier 2019, 153 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-0814-4489-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Flammarion

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Girafe blues – Jory John et Lane Smith (ill.)

20 Avril 2019, 10:22am

Publié par Laure

Après le manchot râleur de Banquise blues, voici le blues de la girafe complexée par son long cou qui la contrarie fortement. Elle n’en voit que les inconvénients et envie les cous des autres, surtout quand elle croise la tortue avec son tout petit cou très court. Mais cette dernière non plus n’aime pas son attribut, et finalement, dans la discussion et ce début d’amitié, chacune va y voir des avantages.

 

J’adore les illustrations et le choix de couleurs de Lane Smith, l’utilisation de l’espace dans les pages, et les couleurs du texte qui peuvent aider à repérer qui parle. Et puis Marcel et Édouard, pour une tortue et une girafe, ce n’est pas banal ! laugh

 

 

Un très bel album à lire et relire pour surmonter ses complexes et s’accepter tel que l’on est. L’amitié n’a pas d’œillères, elle. Encore une réussite pour ce tandem John / Smith.

 

 

 

 

 

 

Gallimard jeunesse, septembre 2018, [36 pages], prix : 14 €, ISBN : 978-2-07-510618-4

 

 

 

Crédit photo couverture : © Lane Smith et éd. Gallimard jeunesse.

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Mon amie Momo – Hwang Misun

19 Avril 2019, 09:48am

Publié par Laure

Traduit du coréen

 

Un bel album aux couleurs chaudes et profondes qui dit la relation d’une petite fille et de son chat. Elle le nourrit, le câline, aime jouer avec lui, mais parfois Momo griffe. L’animal aime-t-il la petite fille ? Pourquoi la blesse-t-il ? l’enfant se met à douter. Mais il suffit de deux jours d’absence pour que les retrouvailles dans le plaisir réciproque effacent les doutes.

 

Une histoire toute simple mais qui montre le lien et l’attachement à un animal. Les dessins très expressifs de la tête du chat contribuent par l’image à dire ce qui n’est pas écrit.

 

Tous les amoureux des chats apprécieront et reconnaîtront les mimiques de leurs compagnons félins ; pour les autres, essayez, qui ne craquerait pas face à la jolie bouille (parfois un tant soit peu contrariée) de Momo ?

 

 

 

Ed. Philippe Picquier, août 2018, [31 pages], prix : 14,50 €, ISBN : 978-2-8097-1358-9

 

 

 

Crédit photo couverture : Hwang Misun et éd. Philippe Picquier

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Ne m’appelle pas Capitaine – Lyonel Trouillot

17 Avril 2019, 10:49am

Publié par Laure

A Port-au-Prince, Aude, étudiante en journalisme, décide d’interroger pour un devoir un vieil homme surnommé Capitaine, dans le quartier défavorisé de Morne Dédé. Elle est issue d’une grande famille bourgeoise blanche, il vit dans un vieux quartier pauvre et sombre, aux nombreuses histoires sordides.

 

C’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres que tout oppose, l’histoire d’un homme obsédé par un amour passé (qui est donc cette femme qui l’appelait Capitaine ?) qui vont trouver une façon commune de voir la vie, ou ce qu’ils peuvent en faire. Elle est tenace Aude, malgré les obstacles.

 

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman, sans doute la richesse de la langue, ample, le rythme parfois saccadé, l’alternance des voix et de la narration, mais je me suis attachée aux personnages. Il m’a manqué certainement aussi une connaissance suffisante d’Haïti. Un beau roman néanmoins.

 

 

Extrait p. 19 : « Le Morne Dédé. Ce qui avait été et ce qu’il en restait. Ce qui avait changé. J’étais venue pour cela. Réaliser mon premier stage de futur grand reporter. Enquêter sur des faits, des dates. Reconstituer une trame. Tissage et discontinuité, selon les termes du directeur. De quoi remettre un bon papier. Ce cours, c’était mon idée. Contre l’avis de la famille. De mes anciens condisciples du lycée français. De Julie, ma cousine préférée et ma meilleure amie. Seul l’oncle Antoine ne s’était pas opposé à mon choix. »

 

p. 45 : « J’ai pris rendez-vous dans ma tête, dans un lieu-dit le Morne Dédé, avec un vieux type qui a la bouche pleine de souvenirs. Joueurs de foot et chanteurs de charme. Institutrices et ménagères. Sa bouche est un lieu de passage, une collecte de petits destins perdus dans les éphémérides. Il ne bouge plus beaucoup et tousse plus que de raison. Mais sa bouche est une vie des autres. On y entend tellement de voix qu’on ne sait laquelle est la sienne propre. Sauf quand monte le cri. Le presque cri. Il tousse trop pour pouvoir crier. Mais cachée sous les autres, il y a sa voix à lui. Une défaite et une révolte. Les deux en même temps. Je me demandais s’il lui viendrait l’envie un jour de me dire qui était cette femme qui entrait dans sa tête à n’importe quel moment, changeait son humeur, lumière et ténèbres, méritant la louange et l’injure. »

 

 

 

Du même auteur sur ce blog : L’amour avant que j’oublie

 

 

 

Actes Sud, août 2018, 147 pages, prix : 17,50€, ISBN : 978-2-33010875-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Kemi Mai / éd. Actes Sud

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L’Odyssée d’Hakim : 1. De la Syrie à la Turquie – Fabien Toulmé

15 Avril 2019, 14:18pm

Publié par Laure

Je connaissais Fabien Toulmé pour ses romans graphiques intimistes (ici et ), je le découvre ici en narrateur intime toujours, mais ouvert plus largement sur le monde et sa triste actualité.

 

Dans un prologue il explique pourquoi il a eu envie de travailler sur les migrants et comment il a construit son projet, avec recherche d’un réfugié acceptant de témoigner, et de traducteurs.

 

Ce tome est le 1er d’une série de 3, relatant le parcours d’Hakim, que l’auteur a rencontré en 2017. Hakim avait alors trente ans, et vivait avec sa femme Najmeh et leur fils Hadi, âgé de trois ans.

 

Par un jeu de couleurs des cases l’auteur raconte le temps présent des interviews avec Hakim et le temps d’avant, de la Syrie de 2011 à 2013 (pour le 1er volume), avec un chapitrage réussi.  Il décrit le parcours d’Hakim, qui après le bac et deux ans de service militaire, choisit de devenir jardinier en montant sa pépinière avec son cousin, et comment à cause du régime d’El Assad et de la guerre il va fuir son pays jusqu’en Turquie, en passant par le Liban et la Jordanie. Il a tout perdu : son entreprise, son appartement, quitté sa famille…

 

Le point fort de Toulmé, c’est d’avoir réussi à raconter l’histoire de la Syrie de façon simple et humaine, à travers le parcours d’un homme ordinaire.

On a hâte de connaitre la suite du parcours d’Hakim, malgré les passages difficiles. L’important est de savoir et de comprendre ce que ces hommes et ces femmes ont traversé, mais on n’oublie pas non plus les jolis moments, le mariage notamment, même si ce n’est pas comme cela qu’ils l’avaient imaginé.

 

 

 

Le tome 2 est à paraître le 05 juin 2019.

 

 

 

 

« « Les migrants », ce n’est pas une entité. C’est un ensemble d’individus, de nationalités, d’histoires, avec des raisons différentes de vouloir quitter leur pays. »

« Selon le haut-commissariat des Nations Unies, 5,5 millions de Syriens ont fait le choix de l’exil pour fuir les combats.

Rien qu’en 2015, 3500 migrants sont morts noyés dans la Méditerranée (Syriens majoritairement, mais aussi Erythréens, Somaliens, …) »

 

 

 

Delcourt, coll. Encrages, août 2018, 267 pages, prix : 24,95 €, ISBN : 978-2-413-01126-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © Fabien Toulmé et éd. Delcourt

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Grégoire et le vieux libraire – Marc Roger

10 Avril 2019, 09:15am

Publié par Laure

Je me suis fait avoir par le titre, le thème : l’amour du livre et de la lecture, le joli chat en couverture (aucun chat dans l’histoire, pure publicité mensongère attrape gogo de la lectrice cliché avec thé et chat laugh) et si j’ai beaucoup aimé le début, j’ai assez vite été déçue.

 

Monsieur Picquier (impossible de ne pas songer à l’éditeur) est un vieux libraire qui finit ses jours dans un EHPAD, entouré de trois mille de ses livres. Mais il n’est plus en capacité de lire. Il va donc convertir à la lecture à voix haute un jeune embauché dans les cuisines de la maison de retraite : Grégoire Gélin, dix-huit ans tout juste. Grégoire n’a pas eu son bac et n’a pas beaucoup fréquenté les livres.

 

La transmission du plaisir des mots, des textes et des auteurs va vite se faire. A un tel point qu’il n’en reste pas grand-chose de crédible d’ailleurs.

 

Si l’on s’amuse au début, de ce coup de frais et de cette passion que le libraire meurt de transmettre, on tique tout de même très vite sur un style curieux, problème de ponctuation ou choix de vocabulaire, les phrases m’ont paru souvent bancales. On n’échappe pas non plus à tous les poncifs sur les vieux et les maisons de retraite, oui les vieux ça a des problèmes de tuyauterie, ça pisse, ça chie et ça vomit sans plus rien contrôler (c’est vraiment dit comme cela, c’est une réalité certes) mais ajouté à cela les tirades sur la sexualité des pensionnaires entre eux et la libido de Grégoire avec la belle infirmière sénégalaise de dix ans son aînée, n’en jetez plus. Quant à la fin elle m’a carrément paru « too much » et si ce n’avait été dans le cadre d’un projet professionnel, j’aurais abandonné ma lecture en cours de route.

Grosse déception donc.

 

 

Albin Michel, janvier 2019, 233 pages, prix : 18€, ISBN : 978-2-226-43781-5

 

 

 

Crédit photo couverture : © Mehmet Kalkan / iStock / Getty images plus / et. Ed. Albin Michel

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Bleu espoir – Cathy Cassidy

9 Avril 2019, 16:17pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Anne Guitton

 

 

Hannah, 12 ans, est la narratrice de l’histoire. En allant en cours un matin, avec sa meilleure amie Joey, elles trouvent trois chatons abandonnés dans les poubelles de la cantine. Elles s’empressent de les sauver et l’un d’entre eux aura un rôle prépondérant dans la vie d’Hannah….

 

12 ans, c’est aussi l’âge des premiers émois amoureux, et Hannah ne voit pas d’un très bon œil que son amie Joey tombe amoureuse de son grand frère Kit, il n’y en a plus que pour lui et Hannah se sent délaissée.

 

Joey vit dans une famille d’accueil, après avoir été recueillie (la famille récup’ !) elle a été officiellement adoptée. Joey est aussi fantasque et expansive qu’Hannah est timide. Mais quand un nouvel élève, Paul, aussi réservé qu’elle, arrive au collège, tout va changer… Paul est placé dans la famille d’accueil de Joey et porte un lourd passé. Différent, sensible, les garçons de la classe vont en faire leur victime et le maltraiter, sous couvert « qu’il serait gay ». Paul ne veut pas parler, il sait qu’il changerait à nouveau de famille et retournerait en foyer, ce qu’il refuse, car outre la lassitude des changements nul n’est dupe : Paul n’est pas insensible à la présence d’Hannah (qui elle ne voit rien bien sûr !)

 

Bleu espoir (curieux titre, le titre anglais, Driftwood (bois flotté) ayant bien plus de sens à la lecture) est un roman sentimental qui aborde les thèmes du harcèlement scolaire et de l’homophobie avec subtilité pour un public pré-adolescent et jeune ado, et montre combien il n’est pas toujours aussi facile de réagir, combien de courage il faut, et il faut parfois savoir rompre ses promesses quand une vie est en danger.

 

Ce roman, par l’auteure de la série des « filles au chocolat », saura séduire et sensibiliser les jeunes lectrices/eurs dès 10/11 ans.

 

 

 

Nathan, janvier 2019, 2015 pages, prix : 15,95 €, ISBN : 978-2-09-258839-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Laurence Ningre, design culinaire : Caroline Bourgeois / et éd. Nathan

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Boys - Pierre Théobald

8 Avril 2019, 15:32pm

Publié par Laure

Boys est un recueil de 24 nouvelles dont un personnage, Samuel, est le fil rouge que l’on retrouve tout du long, de 1983 à 15 ans après aujourd’hui, avec son parcours amoureux et son rapport à la paternité.

 

Toutes les nouvelles portent une voix masculine, touchent à la rupture amoureuse, à l’amour, au lien filial, à la maladie ou à la mort. Toutes ont en commun la sensibilité, ce fond de l’âme et du cœur que les hommes trop souvent taisent (boys don’t cry) et que les femmes rêvent d’entendre : les voici donc servies.

 

Ces hommes expriment leurs émotions et leurs pensées et par la plume de Pierre Théobald ils le font avec finesse, pudeur et justesse.

 

J’ai aimé particulièrement les nouvelles les plus longues (et bien sûr la récurrence du personnage de Samuel), trouvant les nouvelles les plus courtes trop frustrantes : on a envie de s’installer plus longtemps avec ces hommes, et j’espère bien lire un jour un roman de Pierre Théobald : le registre de l’intime en tout cas lui réussit.

 

 

 

 

Extrait p. 78/155 (numérique) : « S’écrire… c’est un rituel que l’on a instauré après notre séparation. Pour faire comme si. Comme si les quinze années ensemble pouvaient survivre encore un peu. Comme si, après l’éloignement, on saurait se bricoler une histoire, une suite. Différente. D’adulte à adulte. On saurait faire la part des choses. En dehors de toute rancœur, toute nostalgie, en se défiant de tout regret.

Mais de nos jours qui rédige encore des lettres ? Hormis fourrager le cœur à la pointe du stylo, quelle utilité ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JC Lattès, avril 2019, 224 pages, prix : 18,90 €, ISBN : 978-2-7096-6324-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © Plainpicture / Hollandse Hoogte / Reyer Boxem (détail) / et éd. JC Lattès

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Petit cœur – Charlotte Roederer, avec Clémentine du Pontavice

5 Avril 2019, 14:02pm

Publié par Laure

Sur un fond noir étoilé, dans ce qui semble être une galaxie, la nuit un petit cœur bat. Au fil des pages, la forme du ventre de la femme enceinte se dessine. C’est à l’intérieur que bat ce petit cœur d’humain. Puis les vêtements noirs de la maman se replacent dans le fond blanc de la vie extérieure.

 

Tout le monde est bien au chaud dans ce cocon, celui de la femme enceinte, celui de la maison où apparait le papa, pour former trois cœurs rouges qui battent à l’unisson.

 

Un bel album très poétique qui joue sur la sobriété des couleurs (du noir, du blanc, et des cœurs rouges) pour dire l’amour et la vie, la maternité, de l’intérieur vers l’extérieur du monde, et vice-versa.

 

Jolie utilisation de la page, de l’espace, et des couleurs pour donner tout son sens à cette histoire simple et éternelle : l’attente d’un nouveau-né.

 

 

 

Nathan, mars 2019, 40 pages, prix : 13,90 €, ISBN : 978-2-09-258788-1

 

 

 

Crédit photo couverture : © Charlotte Roederer et éd. Nathan.

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Mars 2019 en couvertures ....

31 Mars 2019, 21:27pm

Publié par Laure

En mars j'ai lu :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En mars j'ai vu :

 

 

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