Les jardins d'Hélène

Sang d'encre - Jill Dawson

15 Février 2022, 14:23pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Pierre Ménard.

Titre original : The crime writer

 

 

En 1964, Patricia Highsmith, célèbre romancière américaine, s’est retirée dans un cottage anglais, dans le Suffolk, pour y écrire tranquille, et y vivre sereinement sa liaison avec une femme, Sam, par ailleurs mariée et mère de famille. Mais le calme recherché ne sera pas de longue durée, car une journaliste lui tourne autour pour écrire sa biographie, sa voisine se montre bien curieuse autant qu’effrayée par son lapin sauvagement égorgé, et le mari de Sam devient un peu trop envahissant. Et Pat semble quelque peu addict à l’alcool….

Alternant style indirect à la troisième personne et récit à la première personne par Patricia Highsmith elle-même, Jill Dawson donne à lire une sorte de documentaire fiction mêlant la vraie vie de l’écrivaine à son roman en train de s’écrire. Les frontières finissent par se brouiller, pour le plus grand bonheur du lecteur qui se délecte des indices donnés pour comprendre peu à peu la construction dans laquelle il est embarqué. Et il faut bien avouer que c’est plutôt brillant, le tout étant le roman malin et abouti de Jill Dawson, ce sang d’encre, the crime writer dans son titre original.

Dans une postface sous forme de remerciements, l’autrice – Jill Dawson – donne toutes les références aux textes de Patricia Highsmith dont elle use dans le roman, sans pour autant jamais les copier directement. Il n’est pas nécessaire de connaître les romans de P. Highsmith pour comprendre l’intrigue, mais nul doute qu’elle vous donnera envie d’aller ensuite les découvrir davantage !

(PS : ne cherchez pas le chat de la couverture dans l'histoire, il n'y en a pas !)

 

Extrait p. 23 : « -Dans mes livres ce sont l’attente, l’atmosphère qui dominent. Je n’écris pas de romans policiers. Comme je vous l’ai dit au téléphone, je n’aime pas ce terme. Mon petit traité doit d’ailleurs s’appeler L’Art du suspense, mode d’emploi. Dostoïevski écrivait des romans à suspense, c’est-à-dire des histoires où l’on sent planer la menace d’une violence ou d’un danger larvé, imminent. C’est dans cette lignée que je me situe. »

 

 

Ed. Denoël, coll. & d’ailleurs, février 2018, 374 pages, prix : 21,50€, ISBN : 978-2-207-13672-0

 

 

 

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Entre les lignes – Dominique Mermoux

31 Janvier 2022, 19:46pm

Publié par Laure

Adaptation en bande dessinée du roman de Baptiste Beaulieu, Toutes les histoires d’amour du monde (éd. Mazarine, 2018)

Denis, le père de Baptiste Beaulieu, se rend au cabinet médical de son fils pour lui présenter des carnets retrouvés, dans lesquels son propre père écrivait à une inconnue : Anne-Lise Schmidt.

Dévoilant un secret de famille qui l’obsède, Denis en a oublié de prendre son traitement pour son cœur et fait un malaise dans le bureau de son fils. Hospitalisé, c’est Baptiste qui se chargera de partir enquêter sur le passé de son grand-père Moïse.

Construit en alternant les périodes de l’histoire passée et présente, de larges pages de textes et d’illustrations bleu et brun sépia traitent d’une histoire d’amour exceptionnelle en temps de guerre, sous formes de lettres écrites chaque 3 avril (on comprendra pourquoi ce jour-là) tandis que des pages de BD plus classiques (avec des cases présentes et des couleurs plus contemporaines) racontent le parcours de Baptiste dans son enquête mais surtout dans sa façon de renouer avec son père, celui-ci ayant plus ou moins coupé les ponts à l’annonce de son homosexualité.

C’est une histoire riche et touchante dans sa partie historique, joliment menée pour reconstruire la biographie familiale de l’auteur du roman et de son grand-père. Avec une fin qui serre le cœur, malgré tout l’amour du monde.

 

 

Rue de Sèvres, mai 2021, 169 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-81020-250-8

 

 

Crédit photo couverture : © Dominique Mermoux et éditions Rue de Sèvres

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Janvier 2022 en couvertures....

31 Janvier 2022, 17:25pm

Publié par Laure

En janvier j'ai lu :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En janvier j'ai vu :

 

 

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Je suis Sofia – Céline Gandner et Maël Nahon (ill.)

18 Janvier 2022, 18:11pm

Publié par Laure

Un récit graphique documentaire et biographique, écrit par Céline Gandner, qui fut la jeune fille au pair de deux petits garçons : Edoardo, 5 ans et Amedeo, 18 mois, 21 ans plus tôt en Italie. Alors qu’elle a changé de voie professionnelle en passant de l’audiovisuel documentaire pour France 5 au storyboarding de BD, elle retourne en Italie leur rendre visite. Personne ne l’a prévenue qu’Edoardo s’appelait désormais Sofia. Accueillie en amie de toujours, elle devient la confidente de Sofia, qui lui explique sa transidentité et les aléas de son opération de réassignation sexuelle.

Très vite l’ancienne jeune fille au pair songe à en faire une BD pour informer, lever le tabou du sujet, le rendre plus accessible. Mais elle craint d’être maladroite et de blesser sans le vouloir. Elle s’associe alors à Maël Nahon, dessinateur qui s’est formé dans la même école qu’elle, militant LGBTI, et qui a lui-même fait une transition de genre.

J’ai beaucoup aimé ce récit graphique, dans son dessin clair et aéré aux couleurs faites uniquement de bleu et d’orange, ainsi qu’à la large place faite à la ville de Rome. J’ai apprécié le scénario, explicatif, sincère, qui n’oublie pas la place des parents et la difficulté pour tous, tant psychologique que la douleur physique. Même si j’ai trouvé maladroite la comparaison de la scénariste qui fait un parallèle entre cette transformation identitaire et son changement de vie professionnelle – on n’est pas sur le même sujet ni la même incidence – j’approuve tout ce qui peut informer, briser le tabou de la dysphorie de genre et de la transition. Un sujet délicat poussé assez loin dans ses détails physiques notamment (l’opération), mais dont l’aboutissement en un peu moins de 200 pages me semble réussi.

 

 

Marabulles, avril 2021, 173 pages, prix : 18,95 €, ISBN : 978-2-501-14674-6

 

 

Crédit photo couverture : © Maël Nahon et éd. Marabulles

 

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La librairie de Téhéran – Marjan Kamali

11 Janvier 2022, 11:50am

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Moreau

 

J’avoue, j’ai choisi ce livre pour son titre et sa couverture principalement, et la promesse qui en était faite d’un « doux parfum d’Iran ».

L’histoire s’annonce classique : des amours contrariées. L’ouverture par la fin, en 2013, d’une femme âgée qui rend visite à son amour de jeunesse en maison de retraite, nous annonce dès lors que leur histoire ne s’est pas concrétisée comme elle aurait dû.

Retour en 1953 à Téhéran, aux balbutiements de leur amour, protégé par un libraire qui les abrite dans sa boutique le temps de leurs rencontres mal vues des parents du jeune homme. Bahman est un jeune activiste politique, Roya une étudiante ambitieuse dans un milieu qui encourage la place de la place dans la société. Leurs fiançailles sont teintées d’amertume par l’attitude de la mère de Bahman. Rien n’ira comme prévu, et en plein coup d’État politique, ils se perdront de vue et construiront chacun une nouvelle vie aux États-Unis, avant de se retrouver dans le premier chapitre qui ouvre le roman sur le crépuscule de leur existence.

L’autrice dénoue l’intrigue avec parfois quelques longueurs ; les personnages secondaires sont intéressants, la position accordée à la femme également, je regrette toutefois quelques artifices un peu mielleux, et que le contexte iranien soit abordé de façon superficielle.

Je ne sais comment qualifier ce roman : une romance, un feel-good ? Une ambition plus littéraire que quelques grosses ficelles ne suffisent pas à élever ?

A conseiller à ceux qui veulent avant tout une histoire d’amour.

 

 

Hauteville, août 2021, 380 pages, prix : 18,90 €, ISBN : 978-2-38122-367-4

 

 

Crédit photo couverture : © Shutterstock / éd. Hauteville

 

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Moon river – Fabcaro

10 Janvier 2022, 16:37pm

Publié par Laure

Polar des années 50 à Hollywood. La célèbre actrice Betty Pennyway se réveille outragée au lendemain d’un tournage de western dans le désert : quelqu’un lui a dessiné une bite sur la joue. L’affaire est très sérieuse et c’est au Lieutenant Hernie Baxter qu’elle est confiée.

Rassurez-vous, c’est du Fabcaro, en pleine forme : humour absurde et déjanté au possible, mélange des genres et des temporalités : on passe du dessin classique noir et bleu en six cases au roman photo en passant par le western colorisé et le dessin au crayon gras des petites bêtes, je vous laisse découvrir le prénom de la libellule. L’auteur se moque de lui-même par le biais de ses filles qui trouvent son projet complètement nul, ses tentatives médicales et paramédicales pour soigner sa hernie qui l’empêche de dessiner en bonne position valent le détour et on ne compte plus les nombreuses références présentes ou passées qui pour certaines déclenchent un franc éclat de rire.

Du grand Fabcaro pour ceux qui aiment, dans la même veine que Zaï Zaï Zaï Zaï, sous une classieuse couverture rembourrée et vendue sous film.

 

 

Ed.6 pieds sous terre, septembre 2021, 80 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-35212-164-0

 

 

 

Crédit photo couverture : © Fabcaro et éd. 6 pieds sous terre

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La plante de Joanna - Luca Caimmi

1 Janvier 2022, 10:28am

Publié par Laure

Et si l'on débutait l'année en s'évadant dans la chaleur d'une forêt de cactus à la rencontre d'Aurèle et de son chat Domingo ?

Joanna est une petite fille rêveuse qui aime regarder son agave grandir, planté dans un pot dans sa chambre. Mais l'agave est une plante du soleil et Joanna vit dans un pays enneigé.

L'heure est venue de partir vers le Sud, en train, avec l'agave qu'elle plantera au bon endroit. Un agave ami que la majuscule parfois personnifie. Le voyage est long, il faut se reposer, mais au bout il y a la rencontre d'un nouvel ami, Aurèle et son chat, qui eux aussi aiment se promener au milieu des cactus et les regarder grandir.

Un sublime album que j'ai apprécié pour ses décors somptueux, ses couleurs de bleu et de vert, son invitation au voyage, au rêve et à l'imaginaire.

 

 

 

 

Traduit de l'italien par Justine Rousset,

Publié en novembre 2021 par les éditions Notari (Suisse)

collection L'oiseau sur le rhino - section les huppes (jeunes lecteurs) (on peut le lire à un enfant dès 3 ans et l'apprécier sans limite d'âge !)

ISBN : 978-2-940617-12-8, prix : 16 € ou 27 CHF, 40 pages, grand format (33 cm)

 

 

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Décembre 2021 en couvertures...

31 Décembre 2021, 13:47pm

Publié par Laure

En décembre j'ai lu :

 

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H24 : 24 heures dans la vie d'une femme - Collectif

31 Décembre 2021, 09:32am

Publié par Laure

Un recueil collectif de 24 très courtes nouvelles (2 à 3 pages) s'inspirant de faits réels et dénonçant avec engagement les violences faites aux femmes, des violences quotidiennes de rue, d'apparence, jusqu'aux violences conjugales et au viol.

Des nouvelles écrites par 24 autrices de différents pays et langues car le sujet n'a pas de frontières. Chaque texte se déroule à une heure de la journée ou de la nuit.

Une micro série est sortie en même temps sur Arte, interprétation fidèle des textes, j'ai préféré les écrits, que je trouve encore plus forts et percutants.

Impossible pour moi de les lire tous d'affilée (feel bad !), mais le recueil - tout comme le projet - fait partie des essentiels puor dénoncer les violences sexistes.

A faire lire aux hommes aussi, évidemment.

 

 

 

 

Crédit photo couverture :  Actes Sud / Arte éd.

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Autopsie d’un drame – Sarah Vaughan

30 Décembre 2021, 15:42pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Alice Delarbre

Liz travaille aux urgences pédiatriques et s’y voit déstabilisée quand elle ausculte Betsey, dix mois, la fille d’une de ses amies, arrivée tardivement pour un traumatisme crânien qui révèle une fracture. Maltraitance ? Liz n’y croit pas tant elle sait l’amour que son amie Jess porte à ses trois enfants.

Mais connait-on vraiment ses proches ? Son chef ne lui laisse pas le choix et lance la machine policière et judiciaire de l’aide sociale à l’enfance.

Le prologue qui donne la parole à Jess laisse peu de doute au lecteur : peut-on avoir envie de voir disparaître son enfant ? de lui faire du mal ?

L’intrigue semble ténue et s’annonce donc longue (plus de 400 pages) mais elle s’applique à dénouer avec justesse et précision le mécanisme de la dépression post-partum, de la charge mentale et de la solitude qui pèsent souvent sur les jeunes mères aujourd’hui. Les allers-retours avec la vie personnelle de la pédiatre Liz enrichissent le propos.

Bien sûr la réalité sera un peu plus complexe que le prologue le laissait entendre, l’autopsie du drame se veut minutieuse. Le dernier twist me semble hélas si peu crédible qu’il dévalorise un peu l’ensemble mais cela n’engage que moi.

A lire si vous aimez Desperate Housewives et les sujets qui ont trait à la maternité, évitez toutefois si vous êtes enceinte ou toute jeune maman !

 

Emprunté en médiathèque.

De la même autrice : La meilleure d'entre nous

 

Préludes, mars 2021, 443 pages, prix : 19,90 €, ISBN : 978-2-253-08079-4

 

 

Crédit photo couverture : © Paul Knight / Trevillion Images / et éditions Préludes / Librairie Générale Française

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