Les jardins d'Hélène

Dîner avec Edward - Isabel Vincent

8 Avril 2018, 14:24pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Amérique du Nord) par Anouk Neuhoff

 

Pour aider une amie, la narratrice accepte de dîner chez le père de cette dernière, qui ne se remet pas de la mort de sa femme. Elle-même impuissante face au naufrage de son couple, elle va trouver auprès du vieil homme nonagénaire douceur et réconfort lors des somptueux dîners qu’il cuisine pour elle.

 

Le roman (je ne comprends vraiment pas ce que ce roman sirupeux fait en catégorie documents), dont les titres de chapitres constituent les menus offerts par Edward, se veut bienfaisant par un partage de souvenirs et de coups de blues.

 

Quels ennui et vide abyssal dans ce récit aussi creux que les huitres servies !

 

« Un sens de l’humour sans faille, une solide philosophie de l’existence […] Jalonné de préceptes de savoir-vivre, un petit précis d’optimisme et de gourmandise, un magnifique texte sur le pouvoir de la résilience et la force de l’amitié » : celui qui a rédigé la quatrième de couverture n’a pas dû lire le même livre que moi car je n’ai retrouvé aucun de ces éléments dans ces interminables dîners avec Edward. Juste un récit sans intérêt.

 

J’ai rarement été aussi sévère, c’est peut-être le livre de trop dans ce Prix Elle, mais ce n’est pas parce que les livres de développement personnel et autres feel-good books sont à la mode qu’il faut publier tout et n’importe quoi….

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018, catégorie Documents

 

 

 

 

 

Presses de la Cité, avril 2018, 188 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2258-14507-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Presses de la Cité.

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Petite maman - Halim

4 Avril 2018, 13:46pm

Publié par Laure

Petite maman est le récit noir d’une enfance maltraitée.

 

Devenue adulte, Brenda consulte un psychiatre à qui elle déroule le fil de son enfance. Comment sa mère s’est retrouvée enceinte d’elle à l’âge de 15 ans, comment immature et esseulée elle n’a pas pu ni su l’élever, autrement que dans la violence et les coups.

 

Partagée entre sa mère et sa grand-mère, Brenda ne connait que la brutalité et l’absence d’amour pour grandir. Malgré tout, elle est « la petite maman » de sa mère, prenant soin d’elle à chaque effondrement. Enceinte à nouveau, un nouveau compagnon partage leur vie, mais il n’est que le nouveau maillon d’une violence plus terrible encore. L’engrenage est sans fin, la terreur culmine.

 

Pourtant Brenda s’exprime aujourd’hui, malgré l’échec de l’assistante sociale qui avait tenté d’aider à l’époque, c’est donc qu’il y a une lueur d’espoir et de résilience. Heureusement.

 

Le récit est habilement construit entre celui des personnages secondaires qui s’imbrique dans celui, central, de Brenda, avec un mélange des temps aisé à reconnaître. Toutes les formes de cases sont utilisées pour traduire en dessin le mouvement de la violence, le chaos de la destruction morale et physique.

 

L’ensemble est noir, sombre, très sombre, décrit ce qu’il y a de plus vil chez l’être humain, la lecture est éprouvante mais néanmoins nécessaire. On pense à l’affaire Marina ou à d’autres cas de violences sur enfants, on mesure l’impuissance des services sociaux, mais on espère avec Brenda qu’un adulte violenté dans son enfance ne deviendra pas nécessairement un parent violent.

 

 

p. 91 : « Vous n’aviez pas d’autre choix que de vous enfuir, Brenda. Il en allait de votre survie. C’était ça ou mourir ».

 

Indispensable.

 

 

 

Dargaud, septembre 2017, 191 pages, prix : 19,99 €, ISBN : 978-2-5050-6710-8

 

 

 

Crédit photo couverture : © Halim et éd. Dargaud.

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Les petites victoires – Yvon Roy

3 Avril 2018, 15:37pm

Publié par Laure

BD autobiographique qui raconte à travers la voix du père le combat quotidien pour gagner ces petites victoires durement acquises quand on a un enfant autiste sévère.

 

Olivier a 18 mois quand il est diagnostiqué autiste. Le couple parental n’y résistera pas mais fera tout son possible pour s’occuper du mieux possible de l’enfant malgré la séparation.

 

Les méthodes du papa peuvent sembler radicales et dures parfois, elles dénotent totalement avec les soins académiques, mais elles portent leurs fruits car Olivier progresse et réussit à communiquer avec son papa.

 

 

Une BD qui aimerait pouvoir aider tous les parents concernés, à faire le deuil de l’enfant rêvé, se relever et se battre. Un dessin en noir et blanc et simple qui laisse toute sa place au propos.

 

 

On notera l’avant-propos de l’auteur : « Il ne s’agit pas d’un ouvrage sur l’autisme – je laisse ça aux spécialistes – même si cette condition est au cœur de mon récit. Il était important pour moi de faire un livre qui s’adresse à tous les parents, puisque chacun sans exception aura des défis à relever avec son gamin, le plus grand d’entre eux étant d’aimer sans condition et sans jamais faiblir, qu’importe l’enfant qui nous est donné. »

 

 

p. 74 : « Je ne veux pas qu’il apprenne à vivre avec son handicap, je veux qu’il apprenne à le surmonter. Il faut qu’on travaille tous dans le même sens. »

 

 

Rue de Sèvres, juin 2017, 150 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-369-81469-6

 

 

 

Crédit photo couverture : © Yvon Roy et éd. Rue de Sèvres

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Ta vie ou la mienne – Guillaume Para

2 Avril 2018, 15:13pm

Publié par Laure

Hamed Boutaleb a perdu sa mère à la naissance. Il a grandi à Sevran, en Seine Saint-Denis, avec son frère Faouzi, de sept ans son aîné, et leur père.

Son frère meurt à l’âge de quinze ans, victime de la guerre du shit, leur père meurt d’un cancer du foie lorsqu’Hamed a treize ans. Il est donc recueilli par son oncle Tarek, qui vit avec sa femme et ses trois filles à Saint-Cloud, ville bourgeoise de l’Ouest parisien. C’est là qu’il sera repéré car il est doué au football, et là aussi qu’il tombera amoureux de Léa, une jeune fille de bonne famille, riche et catholique, mais qui n’est pas moins dépressive sévère.

 

Un incident dramatique viendra compromettre un avenir qu’on aurait aimé voir fleurir.

 

 

Peut-on sortir de son milieu d’origine ? Si les débuts du roman sont un peu binaires, avec un concentré de clichés sur la violence du 9-3 et la banlieue huppée côté St-Cloud qui peuvent agacer (facilité ?), les personnages sont néanmoins extrêmement attachants. Le père de son ami François, Pierre Villeneuve, est drôle, bienveillant, tendre, mais jure comme un charretier alors qu’il interdit aux enfants de le faire. Il est le premier avec l’oncle Tarek à mettre de la douceur dans la triste vie d’Hamed.

 

 

Souvent trop manichéen dans son développement, l’équilibre global se fait néanmoins entre violences (en prison notamment) et sentiments. Les émotions sont bien réelles et on ne peut s’empêcher d’être touché par les personnages.

 

 

Une lecture au final très agréable et qui fait du bien, malgré une certaine noirceur, grâce notamment à une palette riche de personnages secondaires. On fermera les yeux sur quelques facilités qui servent l’intrigue, la scène du procès notamment est d’une simplicité trop vite expédiée pour être crédible, mais on veut bien avaler des couleuvres pour sauver Hamed et Léa !

 

 

On ne peut que souhaiter à l’auteur par ailleurs journaliste (c’est son premier roman) de poursuivre dans la voie de la fiction, nul doute qu’il écartera vite les quelques maladresses de cet opus.

 

 

 

 

(Le livre m’a été envoyé gracieusement par l’auteur, comme à tous les blogueurs qui l’ont chroniqué semble-t-il. Cela n’enlève rien à l’honnêteté de mon propos.)

 

 

 

Éditions Anne Carrière, février 2018, 194 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-8433-7889-7

 

 

 

Crédit photo couverture : © Anne Carrière

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Mars 2018 en couvertures ....

1 Avril 2018, 15:01pm

Publié par Laure

En mars, j'ai lu :

(les couvertures sont cliquables quand elles renvoient à un billet)

 

                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Max et Lapin : la grosse bêtise - Astrid Desbordes et Pauline Martin (ill.)

22 Mars 2018, 11:11am

Publié par Laure

Max, armé de sa trompette et de son casque (une passoire à l’envers sur la tête) a envie de jouer à la bataille. Mais c’est l’heure de la sieste et papa et maman veulent être tranquilles, ils se reposent dans le jardin à l’ombre d’un arbre.

Max part donc seul à l’aventure avec son fidèle doudou Lapin : le potager gardera quelques séquelles de son jeu de bataille. A son réveil, papa est très fâché.

Un sixième album doux et bienveillant de Max et Lapin, sur les bêtises, la colère et le pardon. Et à tout âge chacun grandit de ces émotions difficiles. On apprend de ses erreurs.

Le dessin de Pauline Martin est tendre et apaisant, le choix de la mise en page est simple mais fonctionne bien pour les tout-petits : texte à gauche sur fond blanc, illustration à droite en pleine page.

 

 

(à partir de 2 ans)

 

 

 

Nathan, février 2018, prix : 5,90 €, ISBN : 978-2-09-257983-1

 

 

 

Crédit photo couverture : © Pauline Martin et éd. Nathan

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Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

18 Mars 2018, 19:07pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud

 

 

23 février 1979 à Chosen, état de New-York : en rentrant de l’université où il travaille, George Clare retrouve sa femme Catherine assassinée, une hache plantée dans le crâne. Leur petite fille de trois ans, Franny, est restée seule avec le corps.

 

Un an auparavant, dans cette même ferme, un couple s’était donné la mort, laissant trois jeunes enfants orphelins. La maison porterait-elle en elle une malédiction ?

(p.78 : "La maison était maudite. C'est ce que les gens disaient. Personne n'en voulait")

 

Bien qu’il soit immédiatement suspecté par la police, George se réfugie chez ses parents sans être inquiété outre mesure. L’aspect policier n’est pas l’élément principal du roman même si le lecteur aura bien toutes les clés au fil de sa lecture.

 

Le récit prend le temps de s’installer, se déroule lentement, pour mieux embarquer son lecteur par d’habiles retours en arrière et un panorama de personnages secondaires riches à la psychologie fouillée. L’auteur prend soin de visiter, avec l’air de ne pas y toucher, tous les angles morts qui occultent la vérité, et déconstruit peu à peu l’image du couple et plus particulièrement du mari. La construction, les analyses très fines, le mensonge permanent sont des éléments aussi brillants que glaçants.

 

Plus on approche de la fin du roman et plus on ralentit sa lecture pour ne pas le quitter trop vite : et si c’était aussi à cela qu’on mesurait un grand roman ?

 

 

Le voici enfin mon coup de cœur de la sélection roman du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018, celui qui a ce je-ne-sais-quoi de plus abouti que les autres dans l’écriture, une ambition réussie autant dans l’histoire que dans la forme narrative, qui se traduit par un vrai plaisir de lecture, qui vous prend dans son cocon et que vous ne voulez pas quitter. Enfin un roman qui sort du lot !

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018

 

 

 

C’est le premier traduit en français d’Elizabeth Brundage, souhaitons que les précédents le soient et qu’elle en ait un cours !

 

 

 

Quai Voltaire, janvier 2018, 516 pages, prix : 23,50 €, ISBN : 9782-7103-8381-9

 

 

 

Crédit photo couverture :  © Mike Dober / Arcangel Images / et éd. Quai Voltaire / La table ronde

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L’ordre du jour – Éric Vuillard

12 Mars 2018, 11:46am

Publié par Laure

Prix Goncourt 2017, ce roman d’Éric Vuillard raconte l’annexion de l’Autriche par Hitler en 1938.

 

20 février 1933 : vingt-quatre grands financiers allemands rencontrent Hermann Goering, le président du Reichstag, et financent le parti nazi.

12 février 1938 : Hitler fait signer à Schnuschnigg, le chancelier autrichien, un accord qui dépossède l’Autriche de toute autonomie. Le 16 février, elle tombe sous tutelle allemande.

 

J’ai lu ce livre pour un club lecture, je ne l’aurais jamais lu de moi-même, je n’ai aucune affinité avec l’Histoire et les romans historiques.

 

Que dire donc, sinon que j’ai eu l’impression de réviser contrainte et forcée un manuel d’histoire. Toutefois … toutefois je reconnais la très belle écriture d’Éric Vuillard : le style est élégant, ne manque pas d’humour, le travail est sans doute extrêmement documenté, du beau travail de qualité, que les amateurs d’histoire ne manqueront pas d’apprécier.

 

 

 

 

Actes Sud, mai 2017, 150 pages, prix : 16 €, ISBN : 978-2-330-07897-3

 

 

 

Crédit photo couverture : © Gustav Krupp von Bohlen und Halbach, Georg Pahl, German Federal Archive, Bundesarchiv, et éd. Actes Sud

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En camping-car – Ivan Jablonka

11 Mars 2018, 16:20pm

Publié par Laure

Ivan Jablonka, historien et écrivain, raconte ici ses souvenirs d’enfance de vacances en famille dans le combi Volkswagen de ses parents, ainsi que l’histoire de ce véhicule mythique devenu symbole d’une génération et d’un mode de vie.

 

Les vacances en camping-car, à sillonner l’Europe, c’était avant tout un symbole de liberté et de découverte extraordinaire.

 

Le récit est plaisant, mais vaut surtout pour l’analyse sociologique de ce type de vacances dans les années 1980-90.

 

J’ai été gênée par le fait que l’auteur revienne à de nombreuses reprises sur la question de sa judéité, si je l’entends pour l’histoire de ses grands-parents sur lesquels il a déjà écrit, je ne vois pas bien le rapport avec le sujet de ce texte-ci.

 

Un ouvrage à offrir aux amoureux des combi Volkswagen et d’une époque révolue, celle du camping sauvage, sans quoi le récit risque d’être assez vite oublié.

 

 

Quelques extraits :

p. 67 : « Notre bonheur ne dépendait pas des achats (on avait tout à la maison), mais de notre mise à distance de la société de consommation. Les biens n’avaient pas d’attrait, puisque nous les possédions déjà. La simplicité était devenue notre luxe. En ce sens, le camping-car était postindustriel. »

 

p. 115 : « Si les moqueries de mes camarades me mettaient mal à l’aise, c’est parce que je sentais qu’elles visaient bien plus que des vacances : notre identité familiale, notre mode de vie, notre « style », la personnalité de mes parents, donc l’éducation que je recevais d’eux. Partir un camping-car révélait un certain niveau de revenus, mais aussi l’absence de traditions familiales et de racines ; un certain capital culturel, mais aussi un manque de savoir-vivre, une inclination au ridicule, mais aussi une liberté d’esprit, une capacité de détachement, par fierté ou indifférence au qu’en-dira-t-on. »

 

 p. 120 : « La façon dont mes parents ont élu et pratiqué le camping-car illustre le génie de la bourgeoisie à diplômes : le pressentiment que l’essentiel, pour réussir à l’école, ne s’apprend pas à l’école ».

 

 

 

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018, catégorie Documents.

 

 

 

 

 

 

Seuil, coll. La librairie du XXIème siècle, 172 pages, prix : 17 €, ISBN : 978-2-02-136161-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © archives de l’auteur et éd. du Seuil

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Faire mouche – Vincent Almendros

9 Mars 2018, 15:24pm

Publié par Laure

Laurent Malèvre est un homme sans histoire. Il lui coûte de retourner dans son village natal, Saint-Fourneau, perdu au milieu de nulle-part, pour le mariage de sa cousine. Il a loué une voiture pour l’occasion, il est accompagné de Claire, qu’il présente à sa famille comme étant Constance, sa compagne enceinte de trois mois. Famille qu’il n’a guère envie de revoir tant son passé avec elle semble sombre et douloureux. De mystères en rumeurs dévoilées, Laurent plonge avec Claire dans une atmosphère sinistre, grave, pesante.

 

Les fils se dénouent au fur et à mesure, sans trop s’éclaircir non plus, ni du point de vue du passé que l’on perçoit complexe et chargé, ni du point de vue de l’ambiance présente.

 

Le lecteur avance en apnée dans ce court texte, écrit au millimètre, où rien n’est de trop, pour finir aussi anéanti qu’admiratif : tout jusqu’au dernier mot confirmera le talent de l’auteur à rendre l’atmosphère de son roman oppressante et dramatique.

 

Certes j’aurais aimé avoir davantage de clés sur les faits passés, mais l’essentiel n’est pas là, la relation toxique à la mère est bien au cœur du roman, jusque dans sa plus surprenante conséquence.

 

J’avais beaucoup aimé le précédent roman de Vincent Almendros, Un été, il confirme si besoin combien son écriture, ramassée, expressive d’un drame latent, est précise et efficace. Une petite pépite de la rentrée d’hiver, si brève qu’il serait dommage de s’en priver.

 

 

 

 

Ed. de Minuit, janvier 2018, 126 pages, prix : 11,50 €, ISBN : 978-2-7073-4421-2

 

 

 

Crédit photo couverture : © éd. de Minuit

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