Pour l'amour d'un guerrier - Brigitte Brault et Dominique de Saint Pern
Dominique de Saint Pern a prêté sa plume à Brigitte Brault pour recueillir son expérience et son
histoire surprenante en Afghanistan. Journaliste dans une délégation régionale de France 3, Brigitte Brault prend sur ses RTT pour partir en Afghanistan, où elle monte un cours de
« camerawomen » pour les jeunes afghanes. J’ai beaucoup aimé le premier tiers du livre, où elle rencontre le commandant Massoud, assassiné peu après par des terroristes qu’elle a
côtoyés sans le savoir, et se bat pour former de jeunes afghanes au métier de reporter. Cette femme a une volonté de fer et un grand courage, ainsi qu’une grande passion qui lui permettent
d’œuvrer intelligemment pour la « libération » de la femme afghane. Au cours de son expérience et de ses déplacements, elle rencontre Shazada Mohmand Khan, un chef de tribu pashtoune
qui règne sur les Mohmands, dont elle tombe éperdument amoureuse. Il est marié et père de 7 enfants. Plus tard, il sera élu au parlement de Kaboul. Dès lors l’auteur s’attache à nous narrer cette
histoire d’amour impossible, mais néanmoins vécue au profit d’arrangements, de concessions, et de tolérance. Brigitte se convertit à l’Islam par amour, mais n’est pas encore prête à subir le sort
des femmes voilées recluses et totalement à la merci de leur mari. Comment surmonter le choc des cultures et des traditions, l’amour peut-il tout ? Cette seconde partie du livre m’a lassée,
je l’ai trouvée assez répétitive et un peu trop sentimentale, une guimauve dégoulinante qui ne prend pas suffisamment de recul. Il ne s’agit donc plus d’un témoignage sur l’Afghanistan mais d’une
banale histoire d’amour, aussi compliquée soit-elle.
Un autre point m’a choquée dans le récit : l’auteur se plaint à deux reprises de ne gagner que 1000 euros par mois (ce qui résulte de son choix), ce qu’elle qualifie de trop peu et de difficile. J’ignore quel est le niveau de vie en Afghanistan et quel était le coût de la vie là-bas au moment de son expérience, mais des salaires à 1000 euros en France, il y en a énormément, et celles qui les subissent n’ont pas vraiment le loisir de s’en plaindre !
Nota : livre lu fin juillet / début août dans le cadre du
Grand Prix des Lectrices de Elle 2008 pour le jury de septembre. La synthèse étant parue
dans le Elle de cette semaine (n° du 3 septembre), je m'autorise à présent à mettre mes critiques en ligne.
Deux documents nous étaient proposés à la lecture, c'est Edith Thomas, passionnément résistante qui a remporté
les suffrages dans cette catégorie pour le mois de septembre. A suivre pour les 3 romans et les 2 polars sélectionnés !
Grasset, mars 2007, 332 pages, prix : 17,90 €
Ma note :2,5/5
Crédit photo couverture : éd. Grasset et Amazon.fr
/image%2F0683481%2F20161028%2Fob_56b2ff_chaussette.jpg)
Voici un roman étrange et énigmatique, qui vous happe dans son mystère dès les premières pages. Sonia Frey fuit un mari violent et démarre une
nouvelle vie en se faisant embaucher comme masseur-kinésithérapeute dans un hôtel de luxe, le Gamander, à Val Grish, petit village montagnard suisse. Dès son arrivée, des événements inquiétants
se produisent, un ficus qui perd ses feuilles en une nuit, des balises qui sont jetées dans la piscine, un oiseau noyé dans un aquarium… Qui peut en vouloir à la propriétaire qui tente de faire
renaître l’hôtel de ses cendres ? Qui au village cherche à s’en prendre au personnel ? Tout au long du roman, de curieux SMS sont échangés entre Sonia et son amie Malou. Quel passé
conjugal Sonia cherche-t-elle réellement à fuir ? Pourquoi son ex mari a-t-il été arrêté ?
Yonville l’Abbaye (Normandie, France), le 24 mars 1846 à deux heures de l’après-midi, Emma
Bovary, 25 ans environ, décède par empoisonnement à l’arsenic. Aux deux médecins appelés à son chevet, le docteur Canivet et le professeur Larivière, elle a le temps de dire :
« assassinée, pas suicidée ». Et comme chacun sait (nous dit le roman), en une seule prise, l’arsenic n’est presque jamais mortel. De plus, elle a des traces d’ecchymoses ici et là. Le
commissaire Delévoye et son jeune assistant Remi, dépêchés de Rouen, vont mener l’enquête. Et l’on retrouve ainsi tous les personnages du roman de Flaubert, une belle flopée de
suspects !
Attention, gros coup de coeur en vue ! Il y a une richesse incroyable de pistes à explorer dans ce roman (dit « pour ados
») de Marie-Aude Murail.
Emma est une jeune adolescente de 14 ans qui vit seule avec sa mère, depuis le départ de son père après une aventure adultère. Emma
est une enfant sage, très bonne élève, assez renfermée. Elle se raccroche à son souvenir du bonheur familial passé dans la maison, à sa relation fusionnelle avec sa mère, aux visites annuelles à
la grand-mère italienne. Son seul ami est son professeur de gymnastique, un être sombre et renfermé, une relation simple entre deux êtres solitaires ; il a la vingtaine et ils ne se voient
que dans des cafés ou des lieux publics, pour ne pas être accusé de détournement de mineure.
Le narrateur est un éditeur de romans étrangers dans une grande maison, qui connaît bien ce petit monde germanopratin à l’ego démesuré dont la vie tourne autour des ragots de bistrots
bien célèbres. Il divorce de sa deuxième épouse, Camille, à peu près au même moment qu’il perd son père. Mais ce qui est insupportable pour lui, plus encore que le manque de ses deux fils Oscar
et Hector, c’est d’apprendre, deux ans plus tard, que leur mère vit avec son ex ami Pierre Maurin, un individu aussi vulgaire que peu fréquentable. L’essentiel du livre consiste d’ailleurs à
dresser un portrait de ce quinqua qui travaille dans la pub, « Monsieur Vingt Briques Par Mois », un type imbu de lui-même, qui se moque de tout et de tous, et qui ne vit que par et
pour l’alcool et la baise tarifée. Les vomissures et les boîtes à partouze, ça va on a compris, dommage que l’auteur soit aussi répétitif là-dessus. Une façon sans doute de montrer combien ce
« gros porc » (il n’y a pas d’autre terme) n’a rien à faire dans la
Nadia
apprend… Elle apprend à lire à l’école primaire, elle apprend la vie quotidienne et le racisme dans la cité, on la suit jusqu’au collège. On essaie aussi de comprendre pourquoi elle vit avec
« celle qui n’est pas [sa] mère ». L’Algérie en ombre de fond… Souvenirs tout simples qui « parleront » bien aux 35-45 ans, j’ai souvent eu l’impression d’avoir fréquenté la
même école qu’elle. Bel hommage soit dit en passant, à cet « ascenseur social » qui ici a bien rempli sa mission et d’éducation et d’épanouissement. Un texte simple régulièrement
émaillé de petits poèmes, de ceux qu’on apprenait à l’école… Pourtant au bout d’un moment on s’en lasse un peu. Le charme n’opère plus. Mais en poche à petit prix, c’est une petite madeleine
qu’on peut s’offrir sans hésiter.
OU
??
Peut-on aimer un roman dont tous les personnages sont haïssables ?