Grand ours - François Place
On ne présente plus François Place, qui est un auteur-illustrateur de livres jeunesse de grand talent. Je viens de lire grand ours et une fois encore je suis séduite, surtout par ses illustrations, car je trouve toujours ses textes un peu difficiles pour les enfants (voir par exemple le prince bégayant). Ne commettez pas l’erreur d’offrir grand ours à un enfant de 4 ans sous prétexte que c’est un album, que la couverture est magnifique, et que ça parle d’un ours. Bons critères, mais le texte s’adresse vraiment à des enfants de CM1- CM2, soit 9-10 ans et plus, bien sûr.
Grand ours est un récit initiatique qui nous présente la préhistoire, les tribus, le courage, l’amitié, la notion d’esprit protecteur, bref, pas facile.
Kaor est un marche-debout (un petit d’homme !) En grandissant il doit chasser le peuple des têtes boisées (les cerfs) pour nourrir son clan, mais il ne doit jamais affronter le regard de Tanda, la grande femelle blanche. Kaor grandit et chasse mais son oncle Traho se moque de lui car il ne tue que des petites têtes cornues (des chèvres). Un grand chasseur doit chasser des grands souffles, tel celui de frère ours, qui dort dans la bouche de la terre. Il part affronter frère ours, protégé par l’esprit de Grand Ours, à qui il doit la vie sauve. Blessé, il est recueilli par Thia et Fran, qui le soignent et lui font découvrir la peinture et les dessins dans les grottes. Lorsqu’il revient dans son clan, il est rejeté par les siens, car au lieu de rapporter comme promis une peau et un collier de griffes, il rapporte deux nouvelles bouches à nourrir : une femme qui ne chasse pas (Thia) et un vieux trop faible pour chasser (Fran). Et les grandes têtes boisées sont parties nourrir d’autres clans. Traho va donc s’en prendre physiquement à son neveu Kaor, mais c’est le plus jeune qui sortira vainqueur. Kaor explique à sa mère et à tous ceux de son clan que jeunes ou vieux, hommes ou femmes, ils sont tous du clan des marche-debouts. Et pour les femmes, c’est Thia elle-même qui le dit, elle qui porte l’enfant de Kaor...
Conte d’une grande richesse, il faut je crois le lire plusieurs fois pour en saisir toutes les portées. Phrases poétiques et illustrations pleine page somptueuses, c’est un album qui vaut son prix car 1) il est beau ! 2)il accompagnera longtemps l’enfant qui le recevra, tout en réjouissant le parent qui le lira peut-être à un plus jeune.
Toute la difficulté me semble être dans ce format d’album destiné aux grands qu’on ne réussit guère à faire lire au public concerné, du moins c’est ainsi en bibliothèque : dès que l’enfant sait lire, il délaisse trop souvent l’album pour aller vers la BD, les petits romans de poche, alors à 10 ans je ne vous dis même pas… c’est là notre rôle de médiateurs, parents, enseignants, bibliothécaires, libraires... Une libraire me disait la semaine dernière alors que je feuilletais le dernier Dautremer que je trouvais très difficile (oui, un tout nouveau tout beau) que ce genre d’albums, les gens les achètent davantage pour les parents que pour les enfants. C’est bien aussi, mais je crois que cela ne se fait que dans les familles amoureuses des livres, et déjà fidèles de Place et Dautremer ! 
(le dernier Dautremer)
Duculot, oct. 2005, ISBN 2-203-55411-8, prix 16,95 €
Et le tout dernier François Place paru chez Rue du Monde (octobre 2006) :

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Je viens de finir de lire Paulo avec les filles, et j’ai tellement ri que je ne peux pas m’empêcher de vous inviter à découvrir cet album. Acheté il y a plus d’un an pour la bibliothèque, sur les conseils de mes collègues de la Bibliothèque Départementale qui l’avaient mis dans leur très sévère mais excellente sélection annuelle d’albums jeunesse, et sur ceux d’un enseignant de maternelle qui ne m’en disait que du bien, je ne l’avais pourtant jusque là jamais lu. Il n’est jamais trop tard… Alors voilà, si vous avez autour de vous un enfant qui vous demande sans cesse « dis maman, comment on fait les bébés », c’est ce livre qu’il vous faut !

Le soldat rose (« un conte pour les enfants et ceux qui le sont restés ») est un joli conte de Noël. Un petit garçon, Joseph, se laisse enfermer au rayon jouets d’un grand magasin. Après la fermeture, tout ce petit monde va s’animer, mais seuls ceux qui ont gardé des yeux d’enfants peuvent le voir. Il y a Betty Quette, une drôle de petite poupée qui gonfle les prix sur les étiquettes pour que personne ne les achète, et qu’ainsi les jouets ne soient pas séparés, il y a aussi la poupée Made in Asia, tristounette parce qu’en Asie, on fait travailler les jeunes enfants, il y a la panthère noire en peluche qui vous dévore (de bisous !), le train électrique, et bien sûr, le soldat rose, dont personne ne veut, parce qu’il est rose…
Joël Egloff, je l’ai découvert avec
Dernier volume de la trilogie commencée avec
Quel beau film que ce dernier Almodovar, que j'avais laissé passer au ciné et que je rattrape en DVD. Un scénario d'une grande richesse et très bien construit, des portraits de femmes touchantes et volontaires... Volver, c'est un tango de Gardel, ça veut dire "revenir" en espagnol. Et ce verbe prend tout son sens quand on regarde ce film, qui nous mène d'une rive à l'autre du lien familial, un lien fort et solide, tout autant que fragile, tantôt dans la gravité du drame, tantôt dans l'humour. Voilà, je n'ai pas envie de raconter l'histoire, mais j'ai aimé, c'est tout !