Les jardins d'Hélène

Je veux (toujours) le prince charmant - Hélène Bruller

3 Avril 2006, 20:59pm

Publié par Laure

Si le premier tome, lu en juin 2005 m’avait enthousiasmée– je découvrais alors une BD pleine d’humour, des vignettes hilarantes et colorées pointant avec drôlerie les petits travers des filles, en particulier trentenaires : la mode et nous, le couple et nous, etc., on s’y retrouvait forcément quelque part – le second tome paru à l’automne dernier et lu ce soir m’a franchement déçue. Madame Zep à la ville a toujours un dessin hors du commun piquant sur le vif ce qu’elle veut caricaturer, mais ça part un peu dans tous les sens, pas de fil qui ferait une histoire, juste des juxtapositions de défauts et préjugés limite vulgaires et bien moins drôle qu’avant. Un volume de trop ?

Albin Michel BD, octobre 2005, ISBN 2-226-16670-X, prix : 13,90 €

Ma note : 2/5 (pour le tome 2)

Voir les commentaires

Elle fait les galettes, c'est toute sa vie - Karine Fougeray

3 Avril 2006, 17:59pm

Publié par Laure

Ah… les galettes de Karine ! Ce livre a tout une histoire pour moi, longtemps désiré, rapidement arrivé, je l’ai laissé mûrir sur ma table de chevet.

D’abord, la couverture : en vrai, elle est beaucoup mieux que sur n’importe quelle photo du web, y compris sur ce blog. Légèrement granuleuse, on y voit la maille de la marinière marine. En revanche, le titre, le nom de l’auteur et celui de l’éditrice se font discrets, ce n’est pas très lisible, pas du tape-à-l’œil, c’est un livre qui se fait désirer !

Et puis, le titre : elle fait les galettes, c’est toute sa vie. Comme beaucoup je citerai cette phrase de la nouvelle éponyme : « Elle nous nourrit de galettes. C’est sa façon à elle de donner de l’amour», qui traduit à merveille et le recueil, et la Bretagne. Baignée du dernier album de Thomas Fersen, il m’évoque aussi cette chanson que je fredonne « Je n’ai pas la gale » :

« Son jardin donne des ronces,

son chien montre les dents,

ne réveillez pas l’eau qui pionce

ou gare aux accidents.

Elle fait rarement sa toilette,

Elle est sans religion,

Mais elle fait les meilleures galettes

De Lanmeur à Lannion.

(…)

Son jardin donne des ronces

et des fruits qui sont aigres,

Elle me tâte et elle m’annonce

Qu’elle me trouve un peu maigre.

Je vais pouvoir sans danger

me donner à l’ogresse,

car si elle veut me manger,

faut d’abord qu’elle m’engraisse. »

 

Les nouvelles de Karine, c’est un hymne à la mer et au pays breton. C’est un livre d’amour et de nostalgie, de souvenirs et de douceurs, de tendresse et de cruauté, un peu aussi parfois. Avec des mots simples et sans chichis, elle parle de la vie, pas n’importe laquelle, celle qui sent l’iode et la marée. Une Anna Gavalda bretonne, si si.

Quelques nouvelles cruelles toutefois, l’amour de la mer peut-il tout permettre ? Comme cette pauvre fillette soumise au mal de mer parce que tous les week-ends il faut accompagner papa en bateau (« Week-end »), cette fille larguée parce qu’elle n’aime pas les huîtres, les bulots et autres araignées (« un amour de crustacé »), ce touriste qui retrouvera sa voiture noyée parce qu’il n’a pas osé regarder dans les yeux les habitués du bar quand il a demandé l’heure de la marée (et s’il était tout simplement timide, hein ?). Je veux croire aux blagues et au second degré dans les coquillages, mais attention toutefois de ne pas faire de cet amour de la Bretagne et de la mer un chauvinisme exacerbé qui serait au final plus rédhibitoire qu’avenant… J’ai parfois craint de me sentir exclue de ces nouvelles : du genre quand on n’est pas breton on ne peut pas comprendre, ou même si on fait des efforts (j’adore les araignées, celles qui se mangent, mais je ne goûterai jamais aux huîtres ni aux bulots), et je n’ai pas le pied marin, seuls les natifs vrais de vrais qui affrontent la mer savent de quoi ils parlent, ce qui les autoriserait à être arrogants quand on touche à leur région ? J’aime la Bretagne, à ma façon, mais je ne suis pas bretonne. Alors voilà sans doute pourquoi j’ai préféré « à la vase de chocolat », parce que ça peut être universel, tout comme « la mer a tout emporté » et « comment ne pas perdre la tête » (en essayant de ne pas chantonner Bruel).

En dépit de cette impression de m’être parfois sentie légèrement agressée (tous les « estrangers » en prennent pour leur grade, voir aussi « à la pêche » et « stage de voile » qui finissent mal), j’ai aimé ce recueil de nouvelles, qui réussit à s’équilibrer entre amour du pays et exploration sublime de la vie, du couple et des sentiments.

Attention, toutefois, à ne pas s’enfermer dans la vigueur des vagues, il serait dommage que seuls les lecteurs bretons en profitent !

Et de conclure en disant que c’est trop court, à quand un roman, Karine ?

Editions Delphine Montalant, juin 2005, ISBN 2-915779-00-7, prix : 14 €

Ma note : 3,5/5

Voir les commentaires

Collision, un film de Paul Haggis, avec Sandra Bullock

2 Avril 2006, 17:17pm

Publié par Laure

Un curieux film sur les violences urbaines et ethniques à Los Angeles, construit comme un puzzle. En reconstituant les morceaux, les personnages apparemment sans lien vont se trouver mêler les uns aux autres, du flic au voleur de voiture, de la femme au foyer au dépanneur/ serrurier. C’est avant tout un film sur le racisme, avec un point de vue courageux qui sort de l’ordinaire : la paranoïa de ceux qui agissent en imaginant d’abord que la seule motivation du flic ou de l’assistante sociale ou de l’homme en face d’eux est le racisme. D’où des actes insensés, à force de prêter le mal partout, histoire de se déculpabiliser de sa propre violence. Je réalise que ce film est difficile à résumer car il  n’y a pas de fil linéaire, mais une multitude de saynètes qui s’entretissent. Je regrette que Sandra Bullock soit si peu présente alors qu’on ne parle que d’elle au générique. Quelques longueurs aussi parfois. A voir en location.

 

Ma note : 3/5

Voir les commentaires

Joyeux Noël, un film de Christian Carion

2 Avril 2006, 17:02pm

Publié par Laure

Pour ma deuxième expérience de cinéma itinérant à la campagne, ce fut Joyeux Noël, de Christian Carion, avec – euh les seuls que je connais – Diane Kruger et Guillaume Canet.

 

En 1914 sur le front. Les tranchées, la boue, la guerre. Le soir de Noël, par le biais de la musique, chants et cornemuse, les Prussiens, les Français et les Ecossais vont faire une trêve. Un cessez-le-feu sur le no man’s land, le temps de partager quelques bouteilles, et une messe qui rassemble tout le monde dans la paix. D’après une histoire vraie, c’est en effet un bon conte de Noël. Mais je n’y ai pas ressenti tant d’émotion que cela, comme les critiques l’annonçaient à tout va. Juste un bon petit film, malheureusement dans le cas présent, déformé par un mauvais format d’image, mais là c’est de la technique indépendante de l’œuvre elle-même !

Voir les commentaires

Jour de fête

1 Avril 2006, 08:50am

Publié par Laure

Aujourd'hui, j'ai une pensée particulière pour elles :

1er avril et ce ne sont pas des poissons !

- Clarabel, qui fête ses 30 ans. Ahh, quel bel âge ! dit la vieille de presque 34 ans que je suis !

- Eva, qui se marie. Elle que j'ai connue par journal interposé, prof de philo en banlieue et solitaire, que de changements ;-) Seule sa belle Hannah reste immuable, surtout sur les pages de son bureau quand elle écrit !

Félicitations à vous deux, et mille voeux de bonheur !

 

 

Voir les commentaires

Accident nocturne - Patrick Modiano

29 Mars 2006, 20:06pm

Publié par Laure

Présentation de l'éditeur :

"Peu avant ses vingt et un ans, le narrateur, aujourd'hui bien plus âgé, a été victime d'un accident Place des Pyramides : il est renversé par une Fiat vert d'eau, conduite par une jeune femme, Jacqueline Beausergent. En état de choc, il croît reconnaître en cette femme, une personne qu'il a déjà rencontrée, beaucoup plus tôt. Ses souvenirs se mêlent et il associe étrangement cet événement à un accident antérieur dont il ne lui reste que des détails confus. S'il retrouve cette femme, le narrateur a le sentiment qu'il apprendra quelque chose d'important sur lui-même, quelque chose qui changera le cours de sa vie." 

Ce roman n’est pas mon préféré de Modiano. [Je n’ai même pas eu le courage de vous le résumer, je vous ai mis le quatrième de couv de l’éditeur…] Trop flou à mon goût, une confusion chronologique que j’ai trouvé particulièrement agaçante, des personnages mystérieux dont on ne saura finalement pas grand-chose. Qui est donc réellement ce docteur Bouvieu ? 

Un point étonnant quand même dans ma lecture : je m’étais imaginée le personnage féminin, Jacqueline Beausergent, la conductrice tant recherchée de la Fiat vert d’eau, comme une femme d’âge mûr, plutôt bourgeoise (du fait de la clinique, de l’argent versé à la sortie, etc.), quelle ne fut pas ma surprise donc d’apprendre en fin de récit qu’elle n’avait que 26 ans !

Modiano écrit toujours bien, évidemment, mais là j’ai accroché moyen.

Ma note : 3/5

Voir les commentaires

Too busy, moi aussi

28 Mars 2006, 21:36pm

Publié par Laure

Mon homme est en déplacement à Bordeaux pour la semaine. Je suis en déplacement au bout du département pour la semaine. Une heure de route le matin, une heure de route le soir, cette saleté de printemps qui ne vient pas, ils en ont balayé des gouttes mes essuie-glaces aujourd’hui, des grosses des petites des violentes des bruines et des grêlons, et j’en ai pris des douches glaciales quand je me trouvais hors du carrosse cabossé.

A peine rentrée déjà repartie, il y avait ce soir une rencontre avec Manu Larcenet, pour la sortie du troisième tome du Combat ordinaire. Mosquito sous le bras (pas eu le temps de prévoir une baby-sitter), on a regardé la diffusion publique du DVD sur son travail, on a écouté le début des questions-réponses, et on s’est dit tant pis pour les dédicaces, y en a encore pour des heures avant que ça commence, et vu la foule, des heures avant que ça finisse. Et demain réveil très matinal. Alors on s’est éclipsées, protégeant des gouttes qui son doudou, qui son moustique et sa dernière emplette : 

J’aurai toujours en souvenir le tiré à part numéroté et signé offert par mon libraire. Quand au printemps, je l’ai mis dans les draps : c’est Mosquito qui a choisi les fleurs ! Coquelicots ou pas coquelicots, la minette, ça lui va !

Voir les commentaires

J'ai oublié de la tuer - Tristane Banon

27 Mars 2006, 22:20pm

Publié par Laure

Flore ou la douleur de l’enfance battue. Voilà le roman de Tristane Banon, paru en août 2004. C’est le récit d’une petite fille, Flore Dubreuil,  élevée par une nourrice alcoolique et violente prénommée Amira, « 113 kilos de graisse, d’alcool et de tristesse aussi », dans l’indifférence la plus totale d’une mère toujours absente, femme d’affaires qui ne veut rien voir rien savoir, et encore moins s’encombrer d’une fille. Le déni maternel et la violence des coups sur l’enfant, c’est cruel. Flore narre son parcours jusqu’à ses 15 ans, la solitude, les mains tendues et le temps qui fait son affaire, puisque son désir le plus cher de tuer la bonne, elle l’aura finalement oublié.

J’ai un problème avec ce roman. A sa parution il a fait du bruit, annoncé comme une autofiction écrite sous pseudonyme, l’auteur serait fille de femme politique connue. (cf. ici  par exemple). Dès lors le public ne s’est pas intéressé à un roman, mais à un article people, cherchant le vrai et/ou le sale dans la pseudo fiction.

En tant que roman, tel que je l’aborde aujourd’hui, je ne lui trouve rien d’exceptionnel. Des romans sur l’enfance malheureuse, détruite et violentée, j’en ai lus. Je les ai souvent finis en larmes. Ce qui manque pour moi dans ce roman de Tristane Banon, c’est l’émotion. Une froideur, certes compréhensible au vu du vécu du personnage, une haine farouche que je trouve bien fade, un pied de nez d’une ado qui a réussi à s’en sortir, mais tout ça manque de poigne. Peu m’importe de savoir ce qui est vrai ou non dans ce livre, et c’est je crois ce mélange des genres médiatisé (roman ? autofiction ?) qui le dessert. Si vraisemblable il y a, il manque … ce que j’appellerais le talent. Il faut dire qu’il est difficile de rivaliser après le coup de poing dans l’estomac du bord de mer de Véronique Olmi.

Vite lu donc, mais pas indispensable.

Anne Carrière, août 2004, 130 pages, ISBN 2-84337-284-4, prix : 15 € 

Ma note : 3/5  

Voir les commentaires

Je vous trouve très beau - un film d'Isabelle Mergault

26 Mars 2006, 19:15pm

Publié par Laure

Décidément bien des plateformes blog semblent être en dérangement ce week-end, alors je ne peux ni lire mes favoris ni écrire dans mes jardins, qui ont perdu leurs photos qui plus est, j’espère qu’ils sauront réparer tout ça chez over-blog !

  

Il me reste toujours un coin de traitement de texte dans cette machin infernale pour y parler du dernier film vu, et ma foi, je mettrai en ligne quand je pourrai.

Vendredi soir j’ai découvert le cinéma itinérant en milieu rural, certes c’est moins bien qu’un vrai grand écran, y a pas le son THX ou que sais-je encore, mais c’est moins cher, à 2 pas (économie de 60 km), et on rencontre plein de gens du coin (ça c’est pas forcément intéressant). Donc soirée ciné, avec Je vous trouve très beau, d’Isabelle Mergault, que je connaissais davantage aux Grosses Têtes que derrière la caméra. C’est un petit film bien sympathique, une soirée légère comme j’en avais besoin ce jour-là ! J’ai ri et j’ai souvent failli pleurer (j’aime pas pleurer au cinéma devant tout le monde !)…

Aymé Pigrenet (Michel Blanc) est agriculteur et son petit train-train s’écroule quand sa femme meurt accidentellement. Non pas qu’il soit triste mais qui va ferme tourner la ferme s’il n’y a plus personne pour s’occuper de la machine à laver et des repas ? Il tente de surmonter ces épreuves, mais c’est vraiment trop compliqué (pauv’chat enfermé dans la machine à laver !) Il lui faut vraiment une femme ! Une agence matrimoniale classique, ça ne correspond pas à ses  besoins, alors va pour le marché roumain. Ce n’est pas acheter une femme, c’est la sortir de la misère, tente de lui expliquer la responsable d’agence. Hum. Voilà comment il ramène Elena (Medeea Maunescu). Les débuts ne sont pas faciles non plus, car Aymé ne répond aucunement à ses attentes. Mais ils vont s’apprivoiser ces deux-là. Bien sûr entre eux va naître un amour délicat et fort, pas toujours rose, pas toujours gagné. C’est une vraie bonne comédie sentimentale, jamais neu-neu, et c’est plein d’humour. C’est sans prétention, mais ça fait drôlement du bien !

Voir les commentaires

Bord de mer - Véronique Olmi

24 Mars 2006, 19:55pm

Publié par Laure

Bord de mer fait partie de ces livres qui marquent et obsèdent un temps, pour ne pas dire longtemps. Dès la première page j’ai deviné la fin inéluctable et tragique (même si j’ignorais encore la méthode et si je pensais que la mère aussi disparaîtrait).

Je ne le lisais donc plus pour l’intrigue, mais pour ce style à la fois simple et foudroyant qui vous embarque malgré vous, retranscrivant si bien le désespoir et la misère.

Une mère de famille emmène pour la première fois ses deux enfants, deux jeunes garçons, au bord de la mer, un soir froid et pluvieux de novembre. Il ne s’agit pas de vacances mais d’une fuite en avant, terrible, immuable. Le voyage en car est minable, l’hôtel est sordide, et le regard des autres tout au plus absent, quand ce n’est pas méprisant. La fête foraine est l’ultime bonheur. La mère soigne ses crises d’angoisse pourtant, mais quel avenir offrir aux siens quand on n’a plus que quelques pièces de monnaie en poche ?

Dans quelle détresse inimaginable doit-on être pour assassiner ses enfants ? C’est noir, violent, cruel, et pourtant débordant d’amour. J’ai du mal à soutenir ce livre auprès de lecteurs potentiels tant je ne veux pas comprendre ni admettre le drame qui se joue, pourtant je suis emportée par l’écriture si touchante et si juste. Je suis mal à l’aise, vous l’aurez compris, même si je reconnais à Véronique Olmi un talent certain.

Tous les thèmes sont-ils défendables en littérature ? Oui, sans doute, mais il faut avoir le moral bien accroché. C’est un très bon roman, mais dérangeant.

Voir les commentaires