Les jardins d'Hélène

Deux sœurs – Isabelle Sivan, Bruno Duhamel (ill.)

7 Mai 2024, 10:55am

Publié par Laure

Deux sœurs que tout oppose vivent dans une maison divisée en deux logements. Le ton est donné dès la couverture. Chez Lise, au n°3 de la rue, tout est verdoyant et bien entretenu. Chez Camille, au 3bis, tout est nu et mort. A l’intérieur, c’est l’inverse. Chez Lise, tout est épuré, chez Camille c’est chargé. L’une a fait de la musique toute sa vie, l’autre a renoncé au foot (ses parents n’ont pas voulu l’y inscrire enfant) pour réussir dans la finance. Leur petite guerre quotidienne pourrait durer éternellement si un courrier du propriétaire souhaitant mettre en vente ne les obligeait pas à prendre une décision et peut-être ainsi à se parler enfin.

Sans dévoiler la fin, je dirais quand même que l’idée est sympa et graphiquement bien exploitée dans la découpe des images, mais le scénario s'essouffle vite pour finir un peu vite et un peu platement, ce qui rend l'ensemble creux et un peu facile. Plaisant à lire mais pas inoubliable.

Mention spéciale à Néfertiti, la chatte maligne qui se joue des rivalités sororales et a tout compris pour son estomac et son confort personnel. 😉

 

 

 

Bamboo, coll. Grand Angle, janvier 2024, 67 pages, prix : 16,90 €, ISBN : 978-2-8189-9968-4

 

 

Crédit photo couverture : © Bruno Duhamel et éd. Bamboo.

Voir les commentaires

Marche ta peine - Maryvonne Rippert

6 Mai 2024, 09:50am

Publié par Laure

Ulis, 14 ans, purge sa peine en devant randonner pendant 2 mois à travers la France avec un éducateur, afin d’éviter le centre de détention pour mineurs. « Marche ta peine » est à prendre au sens littéral. Chaque jour il doit également écrire un journal destiné à la juge : une chose vue, un souvenir, et une pensée.

Le lecteur découvrira au fil du texte la raison de la condamnation d’Ulis, tout comme son évolution intérieure.

C’est un roman dense, touffu, facile à lire mais qui aborde une multitude de thèmes, trop peut-être. Le harcèlement scolaire, la responsabilité, la culpabilité, la justice, le pardon, l’amitié, le premier amour, l’homosexualité, le handicap, l’écriture, la culture, dans le dernier tiers en particulier, c’est un peu chargé.

Dès le départ rien ne se passe comme prévu car Ulis ne partira pas avec l’éducateur envisagé, mais un vieil homme bougon et taiseux qui a lui-même vécu une histoire dramatique, avec laquelle il faut vivre. C’est bien l’histoire de ce personnage qui va nourrir le roman et le lien entre les deux hommes.

Les personnages secondaires sont importants également, jusqu’au chien Capi, Capi et Vitalis, il n’aura pas échappé au lecteur aguerri que ces noms sont empruntés au roman d’Hector Malot, Sans famille.

Une lecture intéressante, qui aborde la gravité du harcèlement et ses conséquences « à vie », mais qui aurait mérité à mon sens de réduire un peu le nombre de sujets abordés.

 

 

Extrait p. 244 : « - ça nous sert à quoi tout ça ? Lire des livres, apprendre des trucs de l’ancien temps, une langue que plus personne ne parle ? […]

- Pourquoi tout devrait-il être utile à quelque chose ? La beauté est-elle utile ? La lecture donne du plaisir, c’est son premier moteur et sa raison d’être. Mais lire demande un effort. Lire laisse entrevoir des modes de pensée, des coutumes, des façons d’agir différentes de celles que l’on croirait a priori les seules valables parce que les nôtres… Lire c’est donc entrer dans la pensée ou l’imaginaire d’un inconnu grâce à des mots qui ne sont pas les nôtres. C’est aussi enrichir son vocabulaire et pouvoir s’exprimer de façon plus subtile…. En lisant, on élargit le champ de sa vision, on amasse une culture générale. Tu vas me répondre : « à quoi ça sert, la culture ? » Eh bien, peut-être à profiter de ce que l’humain a créé en bien ou en mal depuis qu’il est apparu sur terre, tout ce qu’il a nommé et recensé. Tu es jeune, Ulis, tu as de la chance !  […] »

 

 

Milan, août 2022, 318 pages, prix : 15,90 €, ISBN : 978-2-408-03577-8

 

 

Crédit photo couverture : © Victor Lejeune et éd. Milan.

Voir les commentaires

Souviens-toi de nous toujours – Sylvie Allouche

3 Mai 2024, 14:12pm

Publié par Laure

Le jour de ses 16 ans, Zoé avale des médicaments, achète des billets pour la grande roue à la fête foraine, et dès lors monte l’angoisse de savoir si elle réussira son funeste dessein et l’envie de connaître les motivations de son choix.

Par un va et vient narratif entre passé et présent, le lecteur aura toutes les clés de l’histoire.

J’aime beaucoup les thrillers de Sylvie Allouche (destinés aux adolescents également), tout comme la collection de textes courts « Court toujours » de chez Nathan, je n’ai pas hésité à dévorer ce nouvel opus.

Si j’ai beaucoup aimé toute la partie faisant référence au divorce de ses parents et à sa nouvelle vie en garde alternée, j’ai été un peu frustrée sur la partie finale, tant dans l’explication sentimentale que dans la grande roue, que j’ai trouvée beaucoup trop rapide. Comme s’il fallait finir vite (pour coller dans le format imposé par la collection), mais j’aurais tellement aimé en avoir plus ! Je trouve un certain déséquilibre dans les sujets évoqués.

Le texte reste néanmoins très bon pour les petits lecteurs que la longueur effraie, et comme toujours dans la collection, la version audio est disponible gratuitement (via un QR code à flasher dans le livre)

 

 

Éditions Nathan, coll. Court toujours, avril 2024, 48 pages, prix : 8 €, ISBN : 978-2-09-502672-1

 

 

Crédit photo couverture : éd. Nathan / Marlène Normand

Voir les commentaires

Géographie de la peur - Claire Castillon

2 Mai 2024, 10:51am

Publié par Laure

Maureen souffre de TAG (trouble anxieux généralisé) et d’agoraphobie. Toute sortie est une épreuve insurmontable et à 19 ans, se rendre à la fac est compliqué. Un échec même. Impossible de mener une vie normale, de sortir avec ses amis, d’avoir un petit ami. Malgré sa patience, même sa mère finit par s’énerver. Seul le temps passé chez le psy semble être un moment privilégié, encore faut-il pourvoir parvenir jusqu’à sa porte.

Comme j’aurais aimé lire ce livre il y a 30 ans ! Bien qu’il soit publié dans une collection pour adolescents, ce roman traite d’un sujet rarement abordé en fiction : le trouble anxieux généralisé doublé d’agoraphobie, et l’enfer qu’il fait vivre au quotidien (et pas qu’au malade !) : cette histoire est une bouée salvatrice pour qui aimerait comprendre ce qui lui arrive ou arrive à son ami.e., pour ne plus entendre ou dire : « c’est de l’anxiété, c’est psychologique, arrête ton cinéma et bouge-toi », etc.

On se demanderait même s’il n’y a pas un fond autobiographique dans ce roman tant il sonne juste. Bien sûr il y a les parents désemparés, le frère cash mais protecteur, les potes qui ne comprennent pas, les amis qui finissent aux abonnés absents, le psy(chanalyste) qu’on a envie de baffer (désolée je n’ai foi que dans les psychiatres qui pratiquent les TCC), et ce Jérôme un peu trop mature pour son âge mais il faut bien qu’il y ait du positif dans l’histoire !

Une issue surprenante mais intéressante pour ce court roman qui met en lumière une maladie invisible mais handicapante, avec précision et humour !

Merci à Claire Castillon d’avoir mis sur le papier cette géographie de la peur qui définit si bien tous les espaces que l’angoisse envahit. Un roman précieux.

 

Extraits : p. 14 : « Si je souffrais des séquelles d’un AVC, les gens formeraient un groupe de soutien WhatsApp. Je serais la fille dans la cour qui a des béquilles et que tout le monde entoure, afin de lui emprunter ses cannes mais aussi pour faire partie des gentils. Au contraire, les visages se ferment. Mon problème n’est pas attrayant comme des béquilles et il m’isole. Peut-être parce qu’il n’y a pas de mots pour expliquer mes crises, à part « agoraphobie » qui entraîne généralement un « C’est quoi ? » ou un « Je vois ». Le « Je vois » sort d’une personne qui connaît le mot « phobie » et le méprise, parce que c’est psychologique. D’ailleurs, la personne le dit : « Je vois, c’est psychologique ». Je peux aller me rhabiller avec mon truc qui n’existe pas. Quelquefois je m’humilie devant ces personnes en expliquant que j’ai aussi un TAG, Trouble Anxieux Généralisé, bien pire qu’une maladie, et que je rêverais de souffrir d’un mal plus concret. Afin de montrer combien c’est invivable, je réunis dans une même phrase les mots « angoisse », « vertige », « dédoublement », « film d’horreur », « image saccadée », « son d’aquarium », et quand j’arrive à « déréalisation », je les perds. Ainsi, ils n’ont pas le temps d’entendre « dépersonnalisation », et c’est peut-être mieux, parce que Nissa, la dernière personne qui m’a écoutée jusqu’au bout, m’a répondu quelque chose qui ne m’a pas tellement aidée : « De toute façon, depuis le primaire, on te trouve bizarre, ça doit venir de là. »

 

 

 

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, février 2024, 164 pages, prix : 10,50 €, ISBN : 978-2-07-519639-0

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Gallimard Jeunesse

Voir les commentaires

Avril 2024 en couvertures...

30 Avril 2024, 22:01pm

Publié par Laure

En avril, j'ai lu :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

La nouvelle Aure

18 Avril 2024, 18:06pm

Publié par Laure

Il a 4 ans et son petit rituel quand il vient à la médiathèque avec sa maman.

Il vient chercher le chat cale-porte dans mon bureau, l'emporte avec lui sur le petit canapé de l'espace jeunesse, lui fait des câlins et lui raconte des histoires, et il vient le remettre à sa place contre la porte ouverte de mon bureau avant de me dire au revoir.

Mardi, il montre un album à sa maman, "c'est lui que la nouvelle Aure elle nous a lu" 

Je m'appelle Laure. Depuis quelques semaines j'ai une nouvelle collègue qui s'appelle Aurore. Laure et Aurore, Aurore et Laure, c'est facile, ça rime. C'est tellement facile que parfois les bénévoles s'embrouillent et nous appellent Laurore. 

Mais cet album là, c'est la nouvelle Laure qui l'a lu en accueil de classe, Aurore est la nouvellaure. 

Elle était absente quand ce petit bonhomme a emprunté ce/son livre, mais moi j'ai fondu. 🧡

On fait un beau métier. Gardons-en les beaux moments !

Voir les commentaires

Quand la nuit tombe : Lisou – Marion Achard et Toni Galmés (ill.)

8 Avril 2024, 13:26pm

Publié par Laure

Raconté à hauteur d’enfant, ce premier épisode de Quand la nuit tombe, vu par Lisou alors âgée de dix ans, relate la vie d’une famille juive française en septembre 1943, réfugiée du côté de Grenoble. Si elle peut échapper à la rafle ainsi que ses parents en février 1944, c’est grâce à sa sœur Mylaine, qui lui explique comment alerter ses parents alors absents.

La séparation, les dénonciations, l’inquiétude pour les membres de sa famille déportés (Lisou ignore alors encore la réalité des faits), la résistance, l’aide de quelques personnes, la libération enfin, tout est très justement retranscrit.

Ce qui frappe, c’est la clarté, la douceur et la lumière de l’illustration face à un sujet aussi sombre. Comme si l’enfance restait malgré tout protégée et son innocence préservée dans un quotidien que les adultes essaient de rendre le plus ordinaire possible, car la vie doit triompher. On imagine que le deuxième tome à paraître, celui de Mylaine, déportée à Auschwitz, sera plus dur encore.

Un très beau travail, basé sur l’histoire vraie de Lise et Marie-Hélène Veil, grands-tantes de la scénariste Marion Achard. Le dossier documentaire final explique et illustre par des fac-similés la vie de cette famille et de tant d’autres en France à cette période. L’album a obtenu l’aide du CNL et le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Un devoir de mémoire qui est avant tout une histoire de vie, tristement réelle, relatée avec beaucoup de pudeur, et que le neuvième art réussit à sublimer.

 

 

Delcourt, février 2024, 116 pages, prix : 19,99 €, ISBN : 978-2-413-07765-7

 

 

Crédit photo couverture : © Toni Galmés et éd. Delcourt

Voir les commentaires

Mars 2024 en couvertures ...

31 Mars 2024, 21:22pm

Publié par Laure

En mars j'ai lu :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Il est où Diouke ? - Emilie Boré, ill. de Vincent di Silvestro

28 Mars 2024, 10:46am

Publié par Laure

Oh la la, gros craquage pour cet album, j'adore le dessin ! Les illustrations complètent si bien le texte, porteur d'un message juste sur la mort dont il faut parler aux enfants.

Il est où Diouke ? se demande un petit garçon au réveil. Il voit que sa maman a pleuré. Elle lui répond que Diouke est parti. Oui mais parti où ? Au ciel, il a attrapé une échelle et il a gravi les barreaux ; plus la maman invente et plus la météo se déchaine, et le visage de la mort apparait dans les nuages.

Mais notre petit garçon au pyjama de super-héros aimait son super-chat (qui ressemble en tous points au mien avec ses bébés limaces collés dans ses poils longs et les feuilles mortes accrochées sous le bidou), il sait bien que Diouke est mort et c'est lui qui va expliquer, avec beaucoup de sagesse et d'amour où est Diouke à présent.

Un très bel album qui s'applique à montrer comment parler de la mort aux enfants, les disparus restant à jamais dans nos cœurs, et que l'on a tort d'inventer des histoires en pensant qu'elles feront moins peur. La vérité est le plus beau cadeau que l'on puisse faire à l'enfant pour surmonter cette étape.

à mi-chemin entre album et BD, le texte et l'illustration trouvent un équilibre parfait entre joie et tristesse, entre trait noir et couleurs, mouvement et réconfort. J'adore !

(à partir de 5 ans)

 

éd. La Joie de lire, mars 2023, 56 pages, prix : 15,90 €, ISBN : 978-2-88908-626-9

 

 

Crédit photo couverture : © Vincent di Silvestro, et éd. La Joie de Lire

Voir les commentaires

Chut ! - André Marois, ill. de Mélanie Baillairgé

27 Mars 2024, 09:44am

Publié par Laure

 

Tania est hypersensible au bruit. Que ce soit à l'école ou à la maison, elle souffre, tous les sons l'agressent. Si chez elle elle peut se protéger un peu avec des bouchons d'oreilles, c'est plus difficile à l'école. Jusqu'à ce qu'elle rencontre une camarade isolée, sourde, qui va lui apprendre la langue des signes. Du bruit au silence, il y a l'amitié !


Un très bel album bichromatique dans les tons orange et vert bleuté, sur un très beau papier, j'aime beaucoup les illustrations et l'univers colorimétrique choisi, pour une histoire qui traite d'un thème très peu abordé en littérature jeunesse.

(à partir de 7 ans)

 

 

 

éd. La Pastèque, octobre 2023, prix : 18 €, ISBN : 978-2-89777-151-5

 

 

Crédit photo couverture : © Mélanie Baillairgé

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>