Les jardins d'Hélène

Taxi Pouet-Pouet ! – Stéphane Servant, Elisa Géhin (ill.)

23 Novembre 2020, 13:58pm

Publié par Laure

« Taxi ? Taxi ! Pouet-Pouet ! » Une petite dame à grand chapeau hèle un taxi pour la conduire au bal du Petit Bois. « A travers la ville, le taxi roule, le taxi va. » Tout commence tranquillement, la petite dame n’est pas pressée. Mais ils sont nombreux à avoir besoin de ce taxi ce jour-là : le policier qui court après un voleur, le PDG qui va au bureau, un futur papa… et ainsi de suite. Vite ! devient le maitre-mot. Tous vont-ils pouvoir rentrer ? Mais oui, enfin, jusqu’à un certain point, car quand la minuscule dame au gros ventre rebondi arrive, rien ne va plus, mais tout se termine dans une explosion de joie et de couleurs.

Ah qu’il donne la pêche ce bel album aux couleurs fluo avec ses phrases randonnée qui reviennent à chaque page, pour le plus grand plaisir des enfants qui les anticipent au fil de la lecture. De l’humour, des illustrations qui ne laissent pas indifférent, une aventure rocambolesque aux personnages qui s’entremêlent à un rythme fou, une grande double page qui s’ouvre pour ajouter au spectaculaire et jouer sur l’espace et le mouvement : on en redemande !

Embarquez à bord du taxi Pouet-Pouet, vous ne le regretterez-pas !

 

(Dès 3 ans)

 

 

Gallimard Jeunesse, mars 2020, [32 pages], prix : 15,90 €, ISBN : 978-2-07-510977-2

 

 

Crédit photo couverture : © Elisa Géhin et éd. Gallimard jeunesse.

 

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Dans mon village, on mangeait des chats - Pelaez / Porcel

22 Novembre 2020, 15:13pm

Publié par Laure

Au fin fond du Tarn, dans les années 1970, un jeune ado et sa petite sœur percent le secret du boucher et maire du village : il capture et tue les chats pour en faire du pâté, pâté vendu à prix d'or qui attire les foules. Comprenant que son secret risque d'être éventé, le boucher monte un guet-apens pour se débarrasser du garçon, mais c'est l'inverse qui se produira. De retour chez lui, Jacques Pujol, notre ado, tuera également son père qui violentait régulièrement sa sœur et sa mère.

Et c'est un album totalement immoral mais bien scénarisé, aux illustrations sombres mais adéquates, quasi cinématographiques, qui entraine son lecteur dans une aventure qui mène de l'enfance malmenée au crime organisé et triomphant, avec le courage d'une fin sombre. Et c'est excellent.

 

 

 

Bamboo éd., collection Grand Angle, 56 pages, prix : 15,90 €, ISBN : 978-2-8189-7563-3

 

 

Crédit photo couverture © Francis Porcel et éd. Bamboo/Grand Angle

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Il est des hommes qui se perdront toujours – Rebecca Lighieri

16 Novembre 2020, 14:43pm

Publié par Laure

De la première à la dernière phrase, et sur près de 400 pages, jamais la qualité ou le rythme ne faiblissent : je le tiens mon coup de cœur de 2020 ! Et pourtant je l’avais un peu snobé : pas envie, trop vu, trop encensé, peur d’être déçue, tout le monde en parle au même moment, à quoi bon, puis six mois plus tard je me suis dit allez, essaie, au moins… Mais pourquoi ne l’ai-je pas fait plus tôt ? Lu en moins de 24h, fini à 2h et demi du matin, tant je ne pouvais pas les abandonner ces personnages ! quelle claque !

Alors oui c’est sombre, c’est dur, c’est violent, mais quelle beauté aussi dans cet amour fraternel mutuel et cette galère solidaire, quelle force dans chacun de ces trois enfants que l’on accompagne du milieu des années 1980 au début des années 2000 dans les quartiers nord de Marseille.

Une famille toxique, un père ignoble et ultraviolent, une mère paumée et effacée, un camp de gitans sédentarisés qui s’y substituent ou du moins aident à la survie, sous les mots de Karel, l’aîné, le récit réaliste et cru d’une enfance détruite, où la haine mène la danse jusqu’à la mort, celle-là même qui ouvre le texte. Tous les personnages, principaux et secondaires, ont une densité rare, tant dans leurs failles que leurs forces, contribuant de toute évidence à la puissance de ce roman noir et social, au souffle glacial et à la construction remarquable.

 

 

P.O.L, mars 2020, 372 pages, prix : 21 €, ISBN : 978-2-8180-4868-9

 

Crédit photo couverture : © éd. P.O.L

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RC 2722 – David Moitet

12 Novembre 2020, 13:29pm

Publié par Laure

Un virus et le réchauffement climatique extrême ont décimé la quasi-totalité de la population française. Quelques-uns survivent dans des abris souterrains, une nouvelle organisation s’est mise en place. Oliver s’est aperçu d’une anomalie et pense que certains sont sortis à l’extérieur à de l’abri, et qu’on leur ment au sujet de l’approvisionnement en eau. Sont-ils manipulés ? Il va mener son enquête, peu après la disparition de son frère et la mort de son père. Remonté à la surface, il va rencontrer Tché, une ado comme lui qui va lutter à ses côtés pour retrouver son frère.

Dystopie fantastique, on verra bon nombre de références à l’Histoire et à l’actualité – trop peut-être : Tchernobyl, la Shoah et la déportation avec le tatouage et les camps, les camps de réfugiés et le péril des migrants en mer, un virus qui décime la population, un mur érigé entre deux zones pour empêcher les gens de fuir, le réchauffement climatique et notre immobilisme. D’ailleurs le titre mystérieux s’éclaire dans le texte : RC pour réfugié climatique.

Le roman d’action fonctionne à cent à l’heure et maintient en haleine, la lecture de la mémoire du père d’Oliver apporte à la fois éclairage et moments plus intimes au récit, c’est efficace et bien fait, malgré une fin peut-être un poil trop rapide et quelques scènes assez violentes.

 

Conseillé à partir de 12 ans.

 

 

 

 

 

 

Didier jeunesse, septembre 2020, 301 pages, prix : 15,90 €, ISBN : 978-2-278-09839-2

 

Crédit photo couverture : © éd. Didier Jeunesse

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Vent mauvais – Cati Baur

3 Novembre 2020, 16:04pm

Publié par Laure

Dans cet album Cati Baur est à la fois au scénario, au dessin et à la couleur.

Béranger est un quadra parisien désabusé et lassé par la vie – son job est en stand-by depuis une quinzaine d’années, l’âge d’or du succès au scénario d’un film populaire est bien derrière lui, et sa femme l’a quitté, lui laissant juste le droit de visite de leurs deux filles, Lison et Violette.

Il rachète alors à bas prix une maison à rénover à la campagne, à une heure trente de Paris, mais située à quelques centaines de mètres à peine d’éoliennes, qui gâchent le paysage et engendrent toutes sortes de troubles auprès des habitants. Mais Béranger ne l’entend pas ainsi, pour lui, cette vue et ce ronronnement incessant sont apaisants. Il se remet au travail et retrouve l’inspiration perdue depuis longtemps.

Autour de lui gravitent les villageois et tout particulièrement Marjolaine, une nana pas comme les autres qui conduit son bibliobus et s’occupe tant bien que mal de ses vieux parents qui ont préféré vendre leurs terres à la compagnie d’électricité qui y a implanté les éoliennes plutôt qu’à un agriculteur du coin.  D’où le ressentiment local. Une nana pas comme les autres parce qu’elle se fiche pas mal de son image, de ses fringues, elle a un vrai contact et une vraie écoute avec les gens qu’elle rencontre.

Marjo et Béranger vont s’apprivoiser, par le biais de parties de Scrabble dont Marjo raffole, entre autres, mais qui vont virer à l’obsession pour le scénariste.

Est-ce que vraiment les éoliennes rendent fou comme tout le monde au village se plait à le dire ? Est-ce que ce n’est pas juste une dépression de milieu de vie qui touche Béranger ?  à moins que ce ne soit les deux ?

J’ai aimé les personnages féminins de cette BD, leur engagement pour une féminité libre (oui on a le droit d’être ronde, de s’habiller « confort » avant tout, de ne pas s’épiler les aisselles et alors ?), la relation entre Marjolaine qui ne veut pas d’enfants mais qui sait bien s’occuper de ceux des autres. Le personnage de Béranger m’a laissée plus indifférente, il est moins « aimable ».

La découpe des cases est classique, avec des doubles pages qui rythment l’avancée des mois et des chapitres, avec toujours un oiseau pleine page, mort, qui scande l’album et ce vent mauvais.

 

L’album est dédié à « toutes les filles un peu bizarres, les pas aimables, les moches, les timides, les fatiguées, les grosses, les cageots, les gentilles, les entêtées, les intellectuelles, les décoiffées, les énervées, les gonflées, les bouffies, les mal fagotées, les résignées, les trop ou les pas assez, les vieilles filles, les petites connes, celles qui ne se sentent jamais à leur place nulle part et celles qui ne veulent pas y rester, à leur place. » Et pour cela, c’est un big up à Cati Baur.

 

 

Rue de Sèvres, juin 2020, 191 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-36981-103-9

 

 

Crédit photo couverture : © Cati Baur et éd. Rue de Sèvres

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Octobre 2020 en couvertures ...

31 Octobre 2020, 10:29am

Publié par Laure

En octobre j'ai lu :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En octobre j'ai vu :

(des séries sur Arte VOD)

 

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L’épouvantable bibliothécaire – Anne-Gaëlle Balpe (ill. de Ronan Badel)

28 Octobre 2020, 13:15pm

Publié par Laure

Suzanne a onze et demi et ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est lire. De tout, tout le temps, et elle n’hésite pas à utiliser les cartes de ses parents à la bibliothèque pour emprunter plus de livres. Quand ses parents lui annoncent qu’elle va passer les vacances seule chez sa tante Églantine à la campagne, son premier réflexe, c’est de remplir sa valise de livres. Mais comme elle prend le train toute seule aussi, pas question, sa mère allège ses bagages, ce sera un livre pour le voyage et c’est tout.

Bien que l’arrivée soit pittoresque et que Suzanne goûte peu aux joies des corvées rurales (sa tante lui demande de s’occuper des moutons), elle se dit qu’en se débarrassant plus vite de ses obligations, elle pourra aller à la bibliothèque située dans ce vieux manoir juste à côté. Mais c’est quoi ce monstre vert qui la suit partout, cette bibliothèque fermée et poussiéreuse où les livres tombent en morceaux, et cette bibliothécaire revêche pour ne pas dire carrément sorcière ?

C’est qu’il y a de la magie et du mystère là-dessous, et s’il y a quelques beaux passages sur le plaisir de la lecture, il y a surtout beaucoup d’aventure et d’humour, une petite dose de frisson juste ce qu’il faut et les magnifiques dessins de Ronan Badel qui ponctuent le récit. Quelques pages documentaires en bonus (courtes, pas de panique !) sur les moutons, les bibliothèques ou encore les microbes s’insèrent parfaitement dans l’histoire. Et on sourira du personnage de Marin, qui a la phobie des microbes, bactéries et autres virus, ne supporte pas qu’on le touche et se balade partout avec son flacon de gel hydroalcoolique : c’était pourtant avant le Covid19 😉

Si j’ai un peu moins accroché sur la fin où les potions et machines infernales prennent toute la place, où la magie est reine, je me suis quand même bien régalée de ce roman que j’aurais adoré lire quand j’avais 10 ans.

 

p. 83 : « Le cœur battant, Suzanne franchit le portail de la bibliothèque. Ça lui faisait toujours ça quand elle s’apprêtait à entrer dans un de ces endroits. Découvrir une nouvelle bibliothèque, c’était pour elle comme accéder à une pâtisserie où elle aurait le droit de goûter à tous les gâteaux et de manger ses préférés en entier, gratuitement, sans restriction. »

 

Si vous connaissez déjà la collection Pépix, comme toujours l’édition est soignée, la mise en page parfaite, les marges dimensionnées comme il faut et le double interlignage rend la lecture plus aisée.

 

 

(Dès 8 ans)

 

Ed. Sarbacane, coll. Pépix, février 2020, 212 pages, prix : 10,90 €, ISBN : 978-2-37731-376-1

 

Crédit photo couverture : © Ronan Badel et éd. Sarbacane

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Les jours qui restent – Eric Dérian (scénario) et Magalie Foutrier (dessin)

27 Octobre 2020, 12:02pm

Publié par Laure

Trois adultes d’âges divers ont pour point commun leur médecin et une pathologie longue durée incurable. Ils ne semblent pas en danger imminent, mais peinent à supporter l’annonce de la maladie, les traitements, ou leur longueur (plus de vingt ans pour l’un).

Le scénario commence en automne, les feuilles des arbres tombent, pour finir au printemps avec le retour de la verdure et des petits oiseaux, après un hiver long et douloureux. Les décors accompagnent le cheminement intérieur des personnages, vers une acceptation, une renaissance, un « faire avec », après la traversée d’un tunnel. La vie c’est tout de suite, et même si ce n’est pas toujours drôle ou comme on l’aurait imaginée, la vie c’est toujours mieux que la mort, il faut regarder les mains tendues, et les accepter.

Les destins de Charlotte, Catherine et Daniel vont se croiser, le lecteur se sentira peut-être plus proche de l’un ou de l’autre selon sa propre histoire, mais tous portent un message d’espoir et de bienveillance, envers soi-même d’abord.

Le dessin et la découpe sont plutôt classiques mais dynamiques et les couleurs efficaces.

Un bel ensemble, entre drame et humour, dans une vague feel-good qui n’en fait pas trop non plus, sauf peut-être sur la fin.

 

 

Delcourt, coll. Mirages, février 2019, 134 pages, prix : 18,95 €, ISBN : 978-2-7560-4213-8

 

 

Crédit photo couverture : © Magalie Foutrier et éd. Delcourt.

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La course au chocolat - Astrid Desbordes et Pauline Martin (ill.)

26 Octobre 2020, 14:17pm

Publié par Laure

 

Une histoire grand format (38 cm !) de Max et Lapin, qui est aussi un "cherche et trouve".
Max est endormi mais Lapin a senti une bonne odeur de chocolat et a décidé de la suivre. Vite Max décide de rattraper Lapin, mais ce n'est pas si facile.
Un très beau voyage au cœur des rêves d'un Max endormi et de très beaux tableaux : ces grandes doubles pages qui fourmillent de détails où il faut trouver Lapin, bien caché le coquin ! J'avais deviné la chute mais peu importe j'ai adoré cette course au chocolat et m'attarder sur les belles illustrations de Pauline Martin et Lapin n'était pas toujours si facile à trouver !
Et que dire de la double page dans la bibliothèque, où l'on peut passer des heures à lire tous les titres sur les dos des livres ? Miam !

 

 

Nathan, octobre 2020, 32 pages, prix : 14,90 €, ISBN : 978-2-09-259380-6

 

 

Crédit photo couverture : Pauline Martin et éd. Nathan

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Darling #automne – Charlotte Erlih et Julien Dufresne-Lamy

25 Octobre 2020, 14:15pm

Publié par Laure

May-Lane et Néo sont jumeaux, ils ne se sont jamais quittés, et pour la première fois au lycée, ils ont demandé à être dans des classes séparées, sans en avertir leurs parents. Leur souhait a été respecté. Ils sont très différents l’un de l’autre, May a été élue la fille la plus populaire de son établissement l’année précédente et remet son titre en jeu, et si elle s’est physiquement beaucoup affinée, Néo est resté en surpoids, plutôt solitaire et geek.

May commence à recevoir des messages anonymes via les réseaux sociaux, en provenance d’un certain Y. D’abord inquiète elle finit par ne pas y être insensible et se demande bien quel garçon suffisamment proche pour la voir ainsi au quotidien peut lui adresser de tels messages. De son côté, Néo utilise ses compétences informatiques pour traquer le mystérieux Y. Une piste s’esquisse pour le lecteur, d’ailleurs amenée plus loin par les auteurs, mais elle se révèle bien évidemment fausse. Le jour de la rencontre venu, la surprise sera immense pour May, et fort déstabilisante… Je ne vous en dis pas plus sous peine de dévoiler l’une des thématiques du roman.

Darling est un roman destiné aux adolescents, qui joue de leurs codes, sans doute est-ce une approche voulue pour séduire ce lectorat. Si les émoticônes et les extraits de conversation sur smartphone illustrent et allègent le propos, le vocabulaire « djeun » est assez vite agaçant pour un lecteur de plus de 25 ans, mais pour plaire aux ados sans doute faut-il parler comme eux, bien que ce ne soit pas une nécessité, la part de cette littérature jeunesse est suffisamment vaste pour le démontrer.

May va évoluer, grandir en quelque sorte, se trouver un combat et un cheval de bataille, tout à son honneur, balayant au passage une réalité sociétale assez désespérante, y compris et surtout peut-être dans cette part de la jeunesse qu’on aimerait plus ouverte et tolérante. Sa lutte va la sortir un peu de la superficialité des échanges quotidiens à l’école, mais la fin, un peu rapide, montre combien la maturité a encore du chemin à faire.

#automne est le 1er volume d’une tétralogie qui se déclinera au fil des saisons. Les premières pages de #hiver sont offertes à la fin et semblent partir sur un tout autre sujet. J’ignore si l’on retrouvera May et son jumeau Néo, ou si l’on partira à la rencontre d’autres adolescents qui ont pour point commun d’être né et de vivre avec les réseaux sociaux, leurs avantages et leurs inconvénients, et toutes les excuses qu’on veut bien y trouver, quel que soit l’âge d’ailleurs.

Une lecture mitigée pour ma part, gênée par le champ lexical choisi et un peu trop omniprésent, mais je n’ai plus l’âge du public-cible depuis longtemps. A voir ce que nous réservera la suite.

 

(dès 14 ans)

 

 

 

 

 

 

Actes Sud junior, septembre 2020, 353 pages, prix : 16,50€, ISBN : 978-2-330-14036-6

 

 

Crédit photo couverture : © Actes Sud junior

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