Les jardins d'Hélène
Quinqua, bibliothécaire, avec thé et chats. Je dépose ici les marques que mes lectures ont tracées.
La très catastrophique visite du zoo - Joël Dicker
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Je l'avoue, je n'avais jamais lu Joël Dicker, qui n'avais pas besoin de moi pour être lu.
Pour ce dernier opus, Livres Hebdo l'annonçait en jeunesse, rien ne le laissait présager sur la couverture ou le format, ma collègue voulait le classer en adultes, peut-être parce que c'est là que les lecteurs iraient le chercher, alors pour trancher je l'ai lu, et soyons clairs : c'est un roman jeunesse qui s'adresse aux 8-11 ans.
Joël Dicker l'explique sur les plateaux de télévision et en postface du livre : il essaie à sa mesure de sortir les gens, petits ou grands, des écrans, et a pensé son texte comme une lecture intergénérationnelle, un roman policier qui puisse être lu de 7 à 112 ans (sic). 7 ans, pour un bon lecteur, oui, 8 ans davantage.
Au-delà de 11 ans, ça reste mignon, c'est bien conçu, c'est une enquête policière menée par des enfants, ça tient la route, et ça offre une belle leçon de démocratie (l'exemple de la pizza et du brocoli est vraiment à retenir pour inciter les gens à voter !), c'est plein d'humour et ça se lit tout seul, corps de police de caractère assez grand, marges aérées, interlignage aussi, feuille blanche (soit 2 pages) par titre de chapitre, bref c'est un peu là où le bât blesse : le procédé éditorial est malhonnête, jouant sur un format strictement identique à ses précédents romans.
Le lecteur adulte qui attend un bon roman à rebondissements de l'ordre de la vérité sur l'affaire Harry Québert ou la disparition de Stéphanie Mailer, une brique qui l'accompagnerait quelques heures, sera forcément déçu.
C'est un roman jeunesse, sympathique, mais jeunesse. Il eût été préférable de le vendre comme tel.
Rosie & Wolfe, mars 2025, 252 pages, ISBN : 978-2-8897307-4-2, prix : 19 €
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Crédit photo couverture : (c) David de las Heras et éd. Rosie & Wolfe
Il tombe des lapins - Huifang Zheng
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Alex est bien au chaud sous sa couette et n'a aucune envie de se lever par cette froide journée d'hiver. Sa maman l'appelle, elle a fait des crêpes pour le petit déjeuner : rien n'y fait, jusqu'à ce qu'elle s'exclame "Il tombe des lapins !" - "Des lapins ? Fais voir !" Alex sort illico de son lit, et constatant la réalité des choses, s'empresse de s'habiller pour aller les voir. Il y en a partout : sur les toits, sur les voitures, surs les lampadaires, et ils tombent de plus en plus nombreux, de plus en plus vite, jusqu'à recouvrir Alex presque en entier.
Vous l'aurez compris, la magie de l'hiver, l'imaginaire et la fantaisie sont bien là : c'est un album tout doux que propose la franco-chinoise Huifang Zheng, lecture idéale au coin du feu ou sous un plaid douillet, en attendant Noël.
Les illustrations blanc-bleuté sont apaisantes, le format à l'italienne laisse toute la place au dessin : c'est beau !
Et cerise sur le gâteau, la quatrième de couverture vous le dit : à peine fini, vous recommencez la lecture car un jeu de cherche et trouve se glisse dans l'illustration. Un peu de féérie dans la neige hivernale :-)
Dès 4 ans
Éditions Thierry Magnier, octobre 2024, prix : 18,50 €, ISBN : 979-10-352-0766-3
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Crédit photo couverture : Huifang Zheng et éd. Thierry Magnier
Février 2025 en couvertures...
Les deux tilleuls – Francis Grembert
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Plus de 50 ans après, l’auteur raconte, dans une langue élégante et ciselée, la fin abrupte de la complicité avec ce petit frère adoré ; il fait revivre l’enfance, mais aussi tout cette vie rurale, la ferme avec ses deux grands tilleuls, quelques animaux, un cheval avant l’arrivée du tracteur.
Pudique et touchant.
p. 16/17 : « J’ai de la chance. Ça, je le sais. Ma vie avec François, nos parents, nos grands-parents, et les animaux de la ferme, est la plus belle de toutes. Lequel de nous deux épatera l’autre ? Lequel sera la plus grande fierté de Claire et Gérard ? Je ne me suis pas posé ces deux questions le 10 août 1969 à midi passé, parce qu’il n’y avait pas de raison pour que je me les pose.
p. 33 : « En haut de la cour poussent deux grands tilleuls. Gérard les aime et s’en étonne. Comment peut-on aimer des arbres à ce point ? »
p. 42 : « Que veut dire « grièvement » ? Je ne connais que « gravement », c’est moins grave. Ou alors : c’est un mot pour tromper les enfants de sept ans. Je demande. On me dit que c’est la même chose. Je n’aime pas ça. On ment aux enfants avec des entourloupes de mots. »
p. 62/63 : « En haut de la tombe se dresse une croix où est inscrit : « François Grembert » C’est incroyable, c’est la chose la plus fantastique au monde, bien plus que toutes les prouesses de Zorro et de Rintintin réunis. C’est la littérature à son point ultime. On lit un nom et un prénom. Ça veut dire la mort. »
p. 101 : « Les livres sont aussi importants que les champs. Sans eux, je suis incomplet. »
Arléa, coll. La rencontre, janvier 2025, 102 pages, prix : 18 €, ISBN : 9782363083920
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Crédit photo couverture : © Ion Andrescu, Enfant sur la pelouse, 1880 Camera-photo Arte Vnezia / Bridgeman Images / et éd. Arléa
Requiem pour un chat - Olivier Bellamy
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Journaliste spécialiste de musique classique, Olivier Bellamy est aussi un amoureux des chats. Et tout maître d’un félin sait la souffrance et la tristesse quand celui tombe malade et quand il meurt. Ce sont de jolis passages que nous offre l’auteur sur sa relation à sa chatte Margot, sur son inquiétude, sur la perte. Le reste est plus anodin, en tout cas m’a moins intéressée, mais j’ai trouvé néanmoins intéressants et étonnants toutes les constructions autour de la lettre M, sa position dans les mots, et toutes les déclinaisons que l’auteur en fait.
Pas un grand livre, mais un joli moment sur la relation homme-animal.
p. 178 : « Pompéi a permis aux historiens de mieux connaître la vie des Romains en décryptant leurs occupations au moment d’être pétrifiés. Si un nouveau Vésuve survenait aujourd’hui, les trois quarts de la population seraient devant un écran. Tant de temps, d’évolution pour en arriver là, à cette navrante et désolante uniformité. »
p. 206 : « La beauté est odieuse loin de ceux qu’on aime »
Grasset, février 2018, 268 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-246-81376-7
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Crédit photo couverture : © Laporta/Leemage et éd. Grasset
Une île - Alice Brière-Haquet, et CSIL (ill.)
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Un personnage (enfant, adulte, garçon, fille, on peut tous s’identifier) a envie de partir au calme, trouver une île où il serait bien, tranquille. Mais il emmènerait quand même son chien, puis des amis, des voisins, de la famille, au fil du texte toujours très bref, l’image se remplit, l’île est envahie. Alors il rêve à nouveau d’une autre île, tranquille, avec son chien, quelques amis, et l’on imagine la boucle de l’histoire.
J’ai beaucoup aimé la simplicité du texte alliée au dessin (qui m’a rappelé celui d’Anouk Ricard), coloré, mêlant teintes pastel et vives, touches de fluo, et le message qui autorise à préférer tantôt la solitude et le calme et tantôt le mouvement et l’animation du nombre. On fait bien comme l’on veut et il faut de tout pour faire un monde : « des garçons et des filles, des noirs, des blancs, des gris », et si l’on s’entoure de voisins gentils, on n’oublie pas « quelques crétins. Pour l’équilibre ».
C’est dans la diversité et la découverte que l’on s’ouvre au monde.🙂
Dès 4 ans
Ed. A pas de loups, Bruxelles, décembre 2024, 40 pages, format à l’italienne, prix : 18 €, ISBN : 978-2-931273-09-8
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Crédit photo couverture : © CSIL et éditions à pas de loups
Le roman de Marceau Miller
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Au bord du Léman, Marceau Miller, écrivain à succès, chute d’une paroi et sait qu’il va mourir : il a toujours joué avec le danger en faisant de l’escalade à mains nues, sans baudrier et sans être encordé.
Sarah, sa femme, s’inquiète de ne pas le voir revenir. Le décès prononcé, elle reçoit un courrier d’une banque suisse : Marceau a laissé un manuscrit, et un sac contenant trois millions d’euros. Le manuscrit est introuvable, que révélait-il ?
Quels étaient les secrets de Marceau, qui ne s’était jamais remis de la disparition de sa sœur Jade vingt ans auparavant, meilleure amie de sa femme ?
Sarah est persuadée que Marceau a été assassiné et va tout faire pour le prouver.
Que dire… Ce roman a été lancé sur le buzz de l’anonymat de son auteur, qui signe du même nom que celui de son personnage. Qui est Marceau Miller, et est-ce important, sinon pour en faire un coup éditorial ?
D’emblée, avec les premiers éléments de l’intrigue, on pense au roman de Joël Dicker, L’affaire Harry Québert. De loin. Et puis on avance et la lecture est facile. Trop peut-être. Des phrases simples, courtes, affirmatives. C’est rapide, cinématographique, on imagine déjà la série en quelques épisodes à la télé dans un an ou deux. ça fonctionne mais c’est sans surprise, ça s’enchaîne, les rebondissements sont classiques, attendus, évidents, faciles encore.
Et si Marceau Miller était une IA ? Elle aurait parfaitement intégré les codes du genre, avec la consigne d’en faire un polar grand public, divertissant, vite lu (et vite oublié) et on aurait envie de lui dire que c’est perfectible. Sauf si elle tend à démontrer qu’avec quelques ingrédients et une recette d’atelier d’écriture, elle peut en écrire à la chaîne, des polars de ce style.
Bref, la couverture est jolie, le coup marketing a fonctionné (ça se vend et ça fait causer) mais pour ma part, c’est médiocre. Attention, médiocre ne veut pas dire mauvais, mais insuffisant.
A vous de voir.
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Ed. de La Martinière, janvier 2025, 400 pages, prix : 20,90 €, ISBN : 979-10-401-1469-7
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Crédit photo couverture : © éd. de La Martinière
Janvier 2025 en couvertures...
Un hiver en enfer - Jo Witek
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Edward, surnommé Ed le taré ou le Ed le strange, est un ado timide et bourré de toc, souvent moqué au lycée, il se réfugie dans les jeux vidéo. Jusqu’à la goutte de trop d’un racket organisé où la mise va à celui qui boit le plus sans sombrer. Il décide de gagner, coûte que coûte. A la maison, ce n’est pas simple non plus. Proche de son père, sa mère souffre de dépression sévère, anesthésiée comme si elle ne l’avait jamais aimé. Alors quand elle revient miraculeusement guérie et que son père meurt peu après dans un accident de voiture, c’en est trop pour Edward.
Paranoïa, folie ? Il est persuadé que sa mère lui veut du mal. Il faut dire que sa mère fait vite le vide autour de lui.
Abordant le mal-être adolescent et la santé mentale, les relations familiales souvent difficiles à cet âge, le roman bascule peu à peu dans un thriller implacable, semant le doute et scotchant le lecteur à la page : est-ce la dépression, le deuil, sa fragilité, ou sa mère est-elle réellement devenue psychopathe ? impossible de lâcher le roman avant la fin !
Un thriller psychologique efficace qui n’a rien à envier à ceux “des grands”, seul le personnage principal de l’ado le place dans une collection jeunesse (à partir de la 4e) mais on y prend un grand plaisir à tout âge si l’on aime ce genre.
Je suis Jo Witek depuis pas mal d’années et j’aime la diversité de ses romans, avec un faible sûrement pour ses polars ados, de même Peur Express dans un TGV à l’arrêt sur un pont au milieu de nulle part m’avait particulièrement marquée.
Attention, il s’agit d’une réédition au format poche, le livre a paru en 2014 pour la première fois (par bonheur je ne l’avais pas lu !)
Amateurs de thrillers, foncez sans hésiter !
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Actes Sud junior, sortie poche janvier 2025 (1ère édition en 2014), 416 pages, prix : 10,90€, ISBN : 978-2-330-19650-9
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Crédit photo couverture : Actes Sud junior
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