Les jardins d'Hélène
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L’anniversaire – Andrea Bajani

26 Mai 2026, 10:33am

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Publié par Laure

 

Dix ans après avoir coupé les ponts avec ses parents, un homme revient sur ce qui l’a conduit à ce choix : la violence sourde ou parfois explosive de son père, l’emprise que celui-ci a sur sa femme (la mère du narrateur) et ses enfants. Il décrit d’une manière extrêmement froide, détachée, le comportement du père et l’effacement total de la mère. S’en libérer ne pouvait que se traduire par un départ.

J'ai aimé l’analyse de la situation, la précision de l'écriture, jusque dans sa ponctuation, chaque mot choisi est le bon, le registre lexical est fort (concentrationnaire, déportation, voir extraits ci-dessous). Ce choix réfléchi et soutenu rend la lecture exigeante, mais permet d’être au plus juste.

 Pour moi, l’anniversaire est un "grand" livre. Ou comment la littérature, peut, par la langue, dénoncer sans larmoyer, affirmer et déranger.

 

 

Extraits :

p. 45 : « L’essentiel était pourtant ailleurs : grâce à son emploi au supermarché, elle avait quelque chose à raconter, ce qui n’était jamais arrivé auparavant et qui n’arriverait plus ensuite. Elle parlait des clients qu’elle avait servis, des tâches ordinaires que comportait une journée dans le magasin. Des tâches ordinaires, mais extraordinaires pour elle qui les vivait et pour nous qui l’écoutions. A bien y réfléchir, ma mère fut la seule à faire entrer, le temps de quelques mois, la réalité d’une province dans ce qui constituait en tout point un petit univers concentrationnaire. »

p. 53 (déménagement dans le Nord) : « Il est difficile de définir l’impression qu’un changement si radical suscita chez ma mère. Je ne crois pas qu’elle l’interpréta uniquement comme une déportation ; peut-être était-elle rassurée de voir mon père prendre la situation en main. »

p. 67 « Tel fut, je le crois, l’un des grands malentendus entre mes parents : mon père voulait qu’elle ne soit rien, de façon à pouvoir, lui, être quelque chose ; et ma mère voulait n’être rien, car n’être rien était au moins quelque chose. »

p ; 100 : « Quant à ma mère, l’absence de peur qu’elle ressentait pour mon père lui garantissait une zone franche de malheur imperturbable. Voilà pourquoi, comme je l’ai déjà dit, ma mère était plus forte que mon père ; au fond, elle gagna le match qui s’opposa à lui. Et perdit celui qui l’opposait à la vie. Mon père réduisit en poussière et débris toutes sortes de liens, familiaux ou non. Il transforma l’existence de sa femme en un désert sans vie à l’horizon. Si ce n’est qu’elle était la seule capable d’habiter ce désert, la seule à avoir exprimé une renonciation aussi totale, aussi définitive, à tout. »

p. 109 : « c’était désormais une évidence : tout lui échappait, et, dans le système concentrationnaire qu’il avait construit, il ne lui était plus resté que sa mère à invoquer et la mienne à garder sous son emprise. »

p. 138 : « Est-il possible d’abandonner ses propres parents ? Ou mieux, est-il possible de se dérober à eux, tout simplement en effaçant son corps d’un geste net et définitif ? Et de les condamner à vivre, jusqu’ à la fin de leurs jours, pour ainsi dire, avec un membre fantôme ? On ne peut pas donner ce genre de réponse de manière affirmative. On peut juste le mettre à exécution, et c’est ce à quoi je m’employai avec la pondération définitive que seul l’instinct accorde, car autrement la raison, apeurée, reculerait. »

p. 153 (…) j’étais reconnaissant à la thérapeute (…) de m’avoir expliqué que l’une des façons d’exprimer la violence était la destruction, mais que l’autre, plus importante et pour ainsi dire vertueuse, était la précision. Ce fut une sorte de chant funèbre. »

 

Gallimard, coll. du monde entier, janvier 2026, 153 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-07-308338-8

 

 

Crédit photo couverture : © éd. Gallimard

 

 

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Une histoire – Edouard Manceau

16 Mai 2026, 10:02am

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Publié par Laure

« Pour faire une histoire, il faut toujours un point de départ. » C'est le sous-titre de l'album.

C’est une évidence. Prenons-la au sens propre. L’auteur propose donc 2 points : un vert et un bleu. (Là inévitablement, on pense à Hervé Tullet et à ses ronds). Lequel choisissez-vous ? « C’est parti pour le vert ». L’histoire se construit. Il faut du temps, de la patience, comme dans la vie. Vous ne naissez pas déjà adulte n’est-ce pas ?

Laissons l’histoire prendre sa place dans le livre. L’histoire, et l’illustration bien sûr, indissociable. Un ourson, un écureuil, des oiseaux. La nature, l’amitié, des bonheurs simples. Mais parfois, la peur, la sidération surgissent. Page noire. Un méchant s’invite. Ici il est incarné par un loup, c’est un album jeunesse, ne l’oublions pas. Mais libre à vous d’imaginer le remplacer par tout autre chose : la montée du fascisme, du totalitarisme, ou ce que vous voulez. L’histoire continue, ailleurs, autrement. Vous avez le droit de lutter et de continuer à rêver.

On vous laisse la surprise de la chute. Mais rappelez-vous, il y avait deux points. Un vert et un bleu. Construisez vos histoires, il suffit… d’un point de départ. Le reste n’est qu’imagination, rêve, création… et littérature.

 

Dès 4 ans

Feuilleter l’album : ici

 

Éditions sens dessus dessous, avril 2023, 61 pages, prix : 14,90 €, ISBN : 978-2-38507-004-5

 

 

Crédit photo couverture : © Édouard Manceau et éd. Sens dessus dessous

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Avril 2026 en couvertures...

30 Avril 2026, 20:06pm

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Publié par Laure

En avril j'ai lu : 

(couvertures cliquables quand elles renvoient à un billet)

 

 

 

 

 

 

 

En avril, j'ai vu : 

 

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Vieille - Delphine Panique

10 Avril 2026, 19:58pm

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Publié par Laure

J'ai adoré cette petite vieille, qui s'exprime sans filtre, aigrie, voire méchante. Dès les premières planches, l'humour est acide, et la vieille détestable. Mais la tendresse prend vite le pas sur l'amertume dans le registre des émotions, car elle porte avant tout un regard lucide sur la vie, celle qui fut la sienne, celle qui l'attend, le monde d'aujourd'hui et la réalité de la mort qui est son seul avenir, dans la douleur de la solitude.
Féministe avant l'heure, elle mérite qu'on la considère. Elle renvoie aux plus jeunes qui la lisent l'histoire de la place de la femme dans le couple et le foyer, l'absurdité du conformisme et de la société de consommation (ah la fameuse Comby !)
Et nous vient l'envie d'aller râler avec elle, pour ne pas la laisser seule, car si le miroir qu'elle nous tend est cruel, il n'en est pas moins à-propos.
Les choix graphiques, l'alternance des strips plus ou moins longs, les silences, les titres à la typo aussi ridée et tremblotante que la peau du personnage contribuent à la vivacité de l'ensemble.


Une réussite, merci Delphine Panique pour ce regard qui interpelle !
 

 

Misma éd., nov. 2025, 120 pages, prix : 19 €, ISBN : 978-2-494470-21-1

 

 

Crédit photo couverture : (c) Delphine Panique et Misma éditions.

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Mars 2026 en couvertures...

31 Mars 2026, 22:20pm

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Publié par Laure

En mars j'ai (toujours aussi peu) lu :

 

 

 

 

 

 

 

En mars, j'ai vu :

 

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20 ans

17 Février 2026, 08:06am

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Publié par Laure

17 février 2006 – 17 février 2026

Ce blog a aujourd’hui 20 ans, ce qui en âge d’internet, en vaut bien une éternité.

 

Image générée par l'IA, vous ne croyez quand même pas que j'allais acheter des cupcakes et des tulipes en plastique :-D

 

Il est un peu à l’abandon depuis quelques années, les échanges entre lecteurs passionnés ont disparu, mon temps consacré aux billets est devenu peau de chagrin.

Il y a 20 ans nous étions une poignée, et nous avions fini par bien nous connaître, sans même nous rencontrer. Nous étions libres de nos écrits et nous étions enthousiastes et sincères.

Ces dix dernières années, j’ai souvent été interrogée, en tant que bibliothécaire, par des étudiant.e.s en métiers du livre qui avaient choisi pour sujet de mémoire la prescription littéraire sur les réseaux.

J’ai toujours ces mêmes réponses critiques qui les surprennent. (Ceux qui m’interrogent aujourd’hui sont plus jeunes que mes propres enfants, et n’ont rien connu des blogs littéraires, un truc de boomer à leurs yeux).

Les sites participatifs se font de l’argent sur le dos de leurs lecteurs rédacteurs, si par exemple nous souhaitons enrichir nos catalogues de bibliothèques publiques des avis de tel grand site, ledit site nous facture (cher) son service, pour diffuser sur la requête d’un titre ces critiques que vous lecteurs y mettez gratuitement.

A titre personnel, je consomme beaucoup de contenu littéraire sur Instagram et YouTube. Enfin je consommais, car aujourd’hui je m’en détache, et aux lecteurs lambdas je préfère quelques auteurs, ou quelques rares comptes audacieux.

Les influenceurs littéraires sont des outils marketing qui montrent bien plus qu’ils ne présentent. Combien de bookhauls, de mises en scène, d’annonces de futures sorties, pour combien de retours de lecture riches et intéressants parce qu’argumentés ?

Quel intérêt ai-je à regarder quelqu’un me déballer les colis du jour, me montrer des couvertures, et pire, me lire des quatrièmes de couverture ? Ne faites-vous même plus l’effort de la lire avant pour me la résumer en 2 phrases à votre manière ? ça demande trop d’effort ? Quel intérêt – et quel ennui ! – que cette lecture en direct et à voix haute d’une 4e de couv forcément commerciale, quand je peux en quelques minutes la découvrir dans n’importe quelle librairie, en ville ou sur le net ?

Ce qui semble toujours surprendre ces étudiants des métiers du livre biberonnés aux réseaux sociaux, c’est que je conclus toujours que ces « influenceurs » n’influencent en rien mes achats en tant que professionnelle. A la quantité je préfère la qualité, j’en reviens toujours aux vraies critiques littéraires dans la presse, qu’elle soit professionnelle (Livres Hebdo, Page des Libraires, Kibookin, Lecture Jeune, etc.) ou non (Le Monde, Télérama, etc.). Sans oublier la radio. (Je pourrais citer la télé mais je ne l’allume jamais).

Quant aux sorties, tous les éditeurs sont sur le web aujourd’hui, et les libraires font bien leur job, ce ne sont pas les influenceurs qui m’informent d’une parution.

J’ai découvert en ce début d’année une blogueuse vraiment intéressante, tant ses chroniques sont nourries, argumentées, intelligentes. Elle a d’ailleurs écrit d’excellents billets sur ce que sont les réseaux sociaux du livre aujourd’hui.

Je ne peux que vous rediriger vers elle : Aude bouquine, blog littéraire. Et elle assume – et mérite amplement – le complément de « blog littéraire ». Elle ne vous vend pas le montage photo d’un bouquin perdu entre des fleurs en plastique made in China et des tasses fleuries achetées pour l’occasion, mais elle vous parle de de ses lectures. Vraiment. Et si elle annonce des sorties littéraires, elle a changé son prisme. Tout comme elle se réinterroge dans son bilan annuel de lectures.

Je vous invite à lire ces trois billets :

Quant au bilan annuel de lectures, vous aurez remarqué (ou pas) que je n’en ai pas fait cette année.

Quel sens cela a-t-il encore de vous dire que j’ai lu tant de livres ? Le seul détail qui me distinguait des autres, et seul Laurent (In cold blog pour les anciens, the autist reading ensuite, qui semble avoir basculé tous ses comptes en privé) l’avait remarqué et l’attendait, c’est le prix de mes lectures.

Si j’avais acheté les 99 romans et BD que j’ai lus en 2025, j’aurais dépensé 1816,69 €.

Mais parce que je fréquente les bibliothèques et achète finalement assez peu à titre personnel autrement que pour des cadeaux, je n’ai dépensé pour mes lectures que 86,90 €.

Je ne reçois pas de services de presse, mais j’ai accès aux plateformes professionnelles d’épreuves. Elles ne me sont finalement que peu utiles, car je n’éprouve pas de plaisir particulier à lire en avant-première, et je lutte de plus en plus contre la péremption d’un roman 3 semaines après sa sortie. Oui, 3 semaines, c’est souvent sa durée de vie en librairie, s’il ne décolle pas immédiatement, il sera dans les retours, les cartons de nouveautés arrivant tous les jours. En bibliothèque, nous sommes moins soumis à cette pression, et encore, les lecteurs savent bien nous la mettre, quand ils nous réclament leur Mélissa da Costa ou leur Michel Bussi le jour de leur sortie. Ça, ce n’est pas notre boulot. Bien sûr que nous les achèterons, mais nous ne sommes pas des librairies gratuites. Lisez nos chartes des collections et nos politiques documentaires, et la loi Robert. Pas de pression, ni politique, ni idéologique, ni commerciale. Si vous êtes impatients, allez voir les libraires, ils ont besoin de vous.

Alors oui j’ai lu en 2025, à peu près comme d’habitude, peut-être un peu moins, quelle importance, et 2026 commence loin de la lecture, pour toutes sortes de raisons, le travail ayant trop envahi ma vie ces derniers mois.

J’aimerais revenir au blog, aux lectures choisies indépendamment de leur actualité, retrouver un échange simple et sincère avec les lecteurs du web.

En 2025, j’ai découvert, grâce à ma libraire, Madeline Roth, que je ne connaissais qu’en littérature ados, et que j’ai savouré en littérature générale. Je la suis depuis sur Instagram. Elle y parle de ses lectures et de cinéma comme j’aime à la lire, et ses romans me parlent plus que de raison.

Je suis restée fidèle aussi à Alice Ferney, à Blondel et Jérôme Attal, (curieusement je ne les ai pas chroniqués), et pour les autres, il ne m’en reste pas grand-chose.

Consommer moins pour consommer mieux ?

 

En 2025, j’ai aimé, j’ai souffert, j’ai pleuré

J’ai rêvé, j’ai fait des cauchemars

J’ai lu, j’ai écrit (ailleurs qu’ici), j’ai rêvé

J’ai hésité, je n’ai pas osé, j’ai regretté.

J’ai mis des roses sur des cercueils, j’ai pleuré (Estelle, 52 ans ;  Georges, 65 ans)

J’ai pris un mois de vacances, ça ne m’était jamais arrivé, je n’ai pas bougé

J’ai passé 48h à Belle-Ile en mer, un peu plus à Karlsruhe, et des poignées d’heures à Paris.

Je me suis adaptée à tout, toujours, tous les jours, avec fatigue et rage parfois.

J’ai hésité encore, je n’ai pas regretté.

J’ai tenu un nouveau-né dans mes bras,

Je suis devenue grand-mère,

J’ai pleuré, de joie et d’amour.

 

En 2006, à la création de ce blog qui prenait le relais de mes notes sur Zazieweb et Critiques Libres, Mosquito, ma petite dernière, fêtait ses 5 ans. Dimanche, dans quelques jours, Constance de son vrai prénom, fêtera ses 25 ans.

En 2026, j’aimerais retrouver la littérature, le choix de mes lectures, m’éloigner du travail et me protéger de sa toxicité, revenir au cinéma, dormir, écrire, prendre soin – d’abord – de moi.

Belles lectures, ici ou ailleurs, bande de lecteurs 😊

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Mort d'une libraire - Alice Slater

6 Février 2026, 19:17pm

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Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Nathalie Peronny

Deux libraires à l’opposé l’une de l’autre : Roach est fascinée par le true crime, ces livres relatant des affaires criminelles souvent glauques tandis que Laura aime la poésie et en écrit, écorchée par le décès de sa mère assassinée par un serial killer. Elle va devenir l’objet de fascination de Roach, qui va pénétrer peu à peu sa vie intime, à la recherche de détails sordides. L’une paraît vulgaire quand l’autre est délicate et raffinée, il va sans dire que leurs goûts littéraires sont à l’opposé également, et que les pratiques de Roach sont bien peu déontologiques à la librairie.

Un roman noir où l’intrusion dans l’intime va loin, effraction de l’âme et des lieux, où les coups bas s’enchainent sans que jamais l’autrice n’oublie d’y glisser une pointe d’ironie. Addictif !

J’ai été quand même agacée au départ par un tic de langage : le mot normies revient incessamment, c’en est pénible, même s’il contribue bien à définir les pensées du personnage de Roach, qu’on trouve assurément détestable.

La construction donne la parole alternativement à Roach et à Laura à chacun des chapitres. Cela crée une routine, simple certes, mais efficace. Quelques longueurs parfois, une fin un peu inattendue dans son dernier rebondissement, j’ai passé un bon moment !

 

Extraits :

p. 101 : "Je n’ai finalement pas lu les autres livres de ma mère, mais j’ai réussi à faire le deuil de sa bibliothèque quand j’ai compris le véritable pouvoir de la lecture. Ce ne sont pas les livres physiques, les livres en tant qu’objets, qui comptent. Les pages que ma mère a touchées, tournées, pliées et lues ne m’inspirent pas la même révérence que l’écharpe qu’elle portait l’hiver ou la trace de son écriture. Les livres eux-mêmes n’ont pas plus de signification que les rues qu’elle arpentait, les tasses dans lesquelles elle buvait, les draps dans lesquels elle dormait. Les mots sont bien plus puissants. Quelque part entre l’encre imprimée sur la page et leur résonance en moi s’étendait une plaine que ma mère avait aussi explorée par la pensée, et ce paysage existait dans n’importe quel exemplaire, qu’elle l’ait tenu ou non entre ses mains. Tel est le pouvoir de la lecture.

Dès lors, je me suis montrée beaucoup moins tatillonne avec mes livres. Aujourd’hui, j’écorne joyeusement leurs pages, j’abîme leurs couvertures, je les fourre sans ménagement dans mon sac, leur laisse des traces de doigts, des taches de vin, de café ou d’eau du bain. Je les perds, je les prête, je les donne. Je ne dis pas qu’ils n’ont aucune valeur, mais mon amour pour eux ne s’étend qu’aux mots qu’ils contiennent, à la magie qui palpite entre leurs lignes. Je crois que c’est ce qui fait de moi une bonne libraire. Je vends une marchandise, certes. Des choses, des objets. Mais pas seulement. Je vends aussi de la magie. »

 

p. 189 « Tu me trouves dure, je sais. Mais ma poésie vise à honorer la mémoire des femmes oubliées et elle débarque en mode groupie de tueurs en série pour décortiquer mes textes et chercher qui se cache derrière, comme si c’était un jeu ou une énigme croustillante à résoudre. »

 

 

Le livre de poche, avril 2025, 473 pages, prix : 9,90 €, ISBN : 978-2-253-25306-8

 

 

Crédit photo couverture : © Studio LGF

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Janvier 2026 en couvertures...

31 Janvier 2026, 22:00pm

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Publié par Laure

En janvier j'ai lu : 

 

En janvier j'ai vu : 

 

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Les lopins du lapin (Le loup en slip t.9) – Lupano / Itoïz

16 Janvier 2026, 10:44am

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Publié par Laure

On ne présente plus le loup en slip (9e tome déjà !), ce personnage du petit théâtre de Sophie dans les vieux fourneaux de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

Dessinée par Mayana Itoïz dans sa version destinée à la jeunesse, nul doute que cette série humoristique du loup en slip est tout autant (si ce n’est plus !) aimée des adultes que des enfants. C’est le propre des bons albums de plaire à tout âge et d’avoir plusieurs niveaux de lecture.

Dans les lopins du lapin, il est question d’accès à la propriété. Maître Garenne, notaire forestier, s’en vient délimiter les parcelles de chacun des animaux et leur délivre un acte de propriété. La mesure se calcule en lopin, qui lui-même se calcule en bonds. Et bien sûr l’acte est payant.

Bien. Mais très vite il est question de barrières, de péages, de droits de passage, et de circulation bien difficile dans la forêt pour notre loup ! Manquerait plus qu’à devoir payer l’air qu’on respire ! Vous imaginez bien que certains y ont pensé. On ne peut que sourire (et même rire de bon cœur !) à cet absurde poussé à l’excès, et l’on peut initier une discussion philo avec les enfants sur les notions d’espace public, de bien collectif, … et d’(anti)-capitalisme  

Un 9eme tome savoureux au possible, drôle, intelligent, inventif, graphiquement excellent, bref, foncez !

 

« Pas de pognon, pas de plongeon. Pas de pépettes, pas de trempette.

Mais bondiou ! »

« Archi-privé. Interdit aux gens. Interdit aux slips »

 

Dargaud, octobre 2025, 40 pages, prix : 11.95 €, ISBN : 978-2-5051-3275-2

 

 

Crédit photo couverture : © Mayana Itoïz et éd. Dargaud

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Décembre 2025 en couvertures ...

31 Décembre 2025, 12:03pm

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Publié par Laure

En décembre, j'ai lu :

 

 

 

 

 

 

 

En décembre, j'ai vu : 

 

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