Ted Cortino, policier, porte secours au juge d’instruction Edward McCarthy, en panne sur le bord de la route enneigée. Il le ramène chez lui, dans une cabane au fin fond du Montana, à plus de deux mille mètres d’altitude. Secours ou piège morbide ?
Le roman se transforme en huis clos oppressant, quelles sont réellement les intentions de Ted ? Que cherche-t-il à venger ? Quelle est cette affaire de séquestration qui s’intercale en italique dans le récit ?
Ce premier roman policier français primé par un jury d’enquêteurs et d’acteurs judiciaires et littéraires est addictif : ça tient la route et on avance quoiqu’il en soit. Un bon page turner ! Le climat rude et hostile du Montana en plein hiver contribue à la tension générale, les situations se renversent tout en restant plausibles, c’est du très bon ! Un auteur à suivre s’il récidive !
Robert Laffont / La bête noire / le Figaro Magazine, septembre 2019, 321 pages, prix : 13,90 €, ISBN : 978-2-221-24046-5
L’heure est venue pour Filou le p’tit loup d’accomplir le rite familial de passage à l’âge adulte : rapporter la dépouille d’un Tchouk Tchouk à sa tribu, le Tchouk Tchouk étant un grand méchant lapin blanc, qui n’existe pas mais cela Filou ne le sait pas.
C’est parti pour l’aventure, semée d’embûches et de gros légumes méchants qui s’en prennent à tous les animaux de la forêt. C’est un peu le monde à l’envers mais Filou trouvera l’amitié sur sa route et deviendra un grand et fier loup, avec ou sans Tchouk Tchouk.
N’est pas le grand méchant renard (Benjamin Renner) qui veut, et si l’on peut y voir une parenté dans le dessin, le découpage, les saynètes, l’humour absurde, on en est très loin (mais ceci dit personne ne s’en revendique non plus.)
C’est une BD sympa pour les enfants à partir de 6/7 ans, qui permet de passer un bon moment, mais qui ne m’a pas spécialement fait rire non plus.
Le pet (sans accent circonflexe s’il vous plait, contrairement à la quatrième de couv) de putois, ça marche toujours, mais c’est un peu court.
Éditions Clair de lune, avril 2019, 174 pages, prix : 19,95 €, ISBN : 978-2-35325-841-3
Camille rentre en 6ème et ce premier jour au collège l’angoisse. Elle vient de rentrer en France avec ses parents, après quelques années passées aux États-Unis, mais c’est une expérience douloureuse dont Camille fut la victime qui a motivé la famille à ce nouveau départ.
Malgré son appréhension, Camille se fait vite une amie, Zoé : elles deviendront inséparables. Mais jusqu’où Camille doit-elle se confier ? Le hasard en décidera pour elle, mais cette fois l’écoute et la bienveillance seront présentes passé le premier choc pour Zoé. Pas facile pour Camille d’expliquer qu’elle est une petite fille née dans le corps d’un garçon.
Cet album au très grand format et aux illustrations pleines pages aborde un sujet très peu évoqué en littérature jeunesse : la transidentité.
Les mentalités bougent mais ce n’est pas encore acquis, et le sujet mérite d’être abordé, avec simplicité et intelligence comme il l’est ici. Les grandes et belles illustrations traduisent bien toute la normalité de la vie quotidienne d’une préadolescente, ainsi que ses émotions. Le texte se fait le reflet de la complexité du sujet, au sens de la reconnaissance de personnes comme Camille par la société.
L’auteur a fait le choix d’un prénom mixte (épicène aurait dit Amélie Nothomb), cet artifice n’était peut-être pas utile, mais il n’est pas essentiel. Essentiel, en revanche, cet album l’est !
(Dès 10/11 ans)
Ed. Syros, octobre 2019, 80 pages, prix : 19,90 €, ISBN : 978-2-74-852664-6
Bébé-pirate n’est plus un bébé depuis longtemps mais comme il est le dernier né d’une grande famille, il est toujours le petit-dernier. Il en a assez d’entendre : « quand tu seras grand ». Un beau jour il décide de voyager et part pendant vingt années-lumière à bord d’une fusée. Lorsqu’il revient, tout le monde a vieilli sauf lui, ce qui ne règle pas son problème pour épouser la belle Lily. Sa famille va trouver la solution….
Je ne connaissais pas les contes pour enfants de Michel Bussi, et je n’ai pas lu son roman Maman a tort dont celui-ci est tiré. Aborder la relativité et le vieillissement en lien avec la vitesse dans l’espace, pas facile… Alors qu’en retient-on ? Personnellement l’histoire ne m’a pas séduite, à la fois simpliste (un pirate qui part dans l’espace en prenant d’abord un bateau qui est en fait une fusée ?) et trop compliquée (Einstein et la relativité) et si j’aime les illustrations aux couleurs franches de Peggy Nille, je connaissais surtout son travail dans des « cherche et trouve » plus riches et denses.
J’ai donc lu cet album à une classe de CE1, à des enfants qui ont environ 7 ans. S’ils étaient enthousiastes au début à l’idée du pirate et de la fusée, leur silence à la fin et mon échange avec l’enseignante nous laissent entendre qu’ils n’ont pas compris grand-chose.
Je ne connais pas les autres contes pour enfants de Michel Bussi, mais celui-ci ne m’incite pas à poursuivre, l’effet indéniablement commercial jouant sur le nom de l’auteur à succès y est sans doute aussi pour quelque chose.
Langue au chat, septembre 2019, 40 pages, prix : 12 €, ISBN : 978-2-8063-1015-6
Un premier roman qui sort du lot par son écriture et son histoire, l’une comme l’autre dérangeantes mais qui retiennent l’attention.
Une jeune femme est embauchée dans une famille pour s’occuper d’une petite fille. Le grand frère adolescent sera peu présent, de même que le père.
Employée par une mystérieuse société créée par un certain Lewis, la gouvernante lit tout comme le lecteur ce protocole extrêmement détaillé rédigé à la deuxième personne et au futur, qui constitue le roman.
Incipit : « Vous irez sonner chez eux un mercredi. Au mois de mai. Vous serez bien habillée, avec ce qu’il faut de sérieux dans votre manière d’être peignée. Vous ressentirez un léger picotement dans le bout des doigts ».
Et ainsi de suite dans le déroulement du protocole qui par moment peut sembler ennuyeux. Mais il y aura bien évidemment des grains de sable dans les rouages, qui peu à peu intrigueront le lecteur. Quelle manipulation se met en place et dans quel objectif ?
Une écriture hypnotique pour un roman quasi dystopique, loin de mes lectures habituelles, mais suffisamment intrigant et bien mené pour m’avoir tenue en haleine jusqu’au bout.
Une plume intéressante et à suivre.
Extrait (p.139) : "Restez attentive au fils. il vous épiera avec de plus en plus de défiance. Concernant Elena, continuez de lui faire la lecture du livre de Strand. Le livre de Strand, chacun d'entre nous a pu l'expérimenter, est un objet à diffusion lente. Il imprègne et détrempe à long feu, à l'image de nos méthodes, disait Lewis, qui doivent imprégner et détremper à long feu."
Le lecteur lui en reste imprégné à long feu.
Rivages, août 2019, 189 pages, prix : 18,50 €, ISBN : 978-2-7436-4814-5
Un nouvel album de Splat (le 27ème déjà !) aux couleurs de l’automne : le matou préféré des enfants de maternelle aide ses parents à ramasser les feuilles mortes dans le jardin, mais vous vous en doutez, c’est bien trop tentant de sauter dans le tas à la fin !
Pour l’occuper sa maman l’envoie chercher une citrouille à la ferme afin de la décorer pour Halloween. Mais attention, celle-ci doit être bien ronde, bien orange, et bien grosse ! Pas facile de réunir les trois critères. Quand Splat va enfin trouver son bonheur, il aura du mal à la rapporter à la maison… Il ne manque pas d’imagination et nous fait bien rire ce sacré Splat !
Un petit volume très sympa !
Nathan, septembre 2019, 32 pages, prix : 5,95 €, ISBN : 978-2-09-258910-6
Cet album accompagne la sortie du film au cinéma, et alterne très joliment récit de l’aventure (le projet de Christian, ornithologue, de sauver des oies sauvages en leur apprenant avec son ULM un parcours plus sûr loin de la chasse) et des pages documentaires sur l’engagement écologique pour sauver la planète. Des encarts de textes sur des pleines pages photos, des petits conseils qui s’adressent directement aux enfants, le résultat est fort plaisant pour tout amateur, petit ou grand, de la nature.
En plus de la formidable aventure contée par Nicolas Vanier et d’un voyage illustré à travers le monde, le documentaire est attrayant pour les enfants dès 8 ans.
Textes de Nicolas Vanier et Gaëlle Bouttier-Guérive, illustrations de Laurent Audouin.
D’après le scénario du film Donne-moi des ailes écrit par Matthieu Petit et Christian Moullec, adapté et dialogué par Nicolas Vanier er Lilou Fogli.
Pour les enseignants, possibilité de télécharger des fiches pédagogiques d’activités CE-CM sur le site nathan.fr
Coédition Nathan et XO éd., septembre 2019, 269 pages, prix : 9,95 €, ISBN : 978-2-09-259079-9
Max et Lapin reviennent dans un grand format et 9 pages à déplier, pour laisser place à une douce imagination rêveuse : « et moi quand je serai grand, je serai… »
Tous les indices sont donnés en couverture ! Lapin est toujours présent – on peut s’amuser à le chercher dans les pages – mais le dialogue se fait surtout entre Max et son papa, dans un moment de complicité. Le papa se prête au jeu, lui aussi quand il sera « encore plus grand », il sera… magicien par exemple. Chacun voit toujours plus grand, plus loin. Mais n’est-ce pas un peu fatiguant tout cela ? Le papa a une très belle réponse, qui dit tout l’amour d’un père à son fils.
Un beau moment de tendre complicité, de rêve, de fantaisie et d’amour paternel.
(Dès 3 ans)
Nathan, octobre 2019, 26 pages, prix : 11,90 €, ISBN : 9782-2-09-258978-6
Une vague de froid paralyse l’Europe du Nord. Sam, dix-huit ans tout juste, qui vit avec sa mère en Afrique du Sud, devait atterrir à Amsterdam pour passer les vacances scolaires chez son père et sa belle-mère et y fêter les quatre ans de son petit-frère, mais son avion est dérouté vers l’aéroport de Londres en raison d’une forte tempête de neige. Une hôtesse va prendre soin d’elle dans un premier temps, mais les déconvenues vont vite s’accumuler : agression, vol de son téléphone portable, rien ne se passe comme prévu. Pour ne pas affoler davantage ses parents, elle va tenter de se débrouiller.
Deux jeunes garçons sont venus à son secours, empêchant qu’elle se fasse aussi voler ses papiers et son argent. D’ailleurs elle ne restera pas insensible au jeune Eliot, qui lui aussi s’éprendra bien vite d’elle. Mais séparés par de nouvelles mésaventures rocambolesques et le décès soudain de la Reine d’Angleterre, les amoureux parviendront-ils à se retrouver ?
Ce roman destiné aux ados (dès 13 ans) est frais, léger, drôle. Il surfe un peu avec le surnaturel, mais ça reste subtil. Même s’il y a peu de surprises, on prend beaucoup de plaisir à le lire. Il est assez osé pour un auteur de mettre en scène le décès d’un personnage public encore bien vivant. On imagine à la lecture qu’il ne prend pas grand risque et que ça se passera plus ou moins comme cela d’ailleurs !
Les personnages secondaires sont plaisants également, la fin traine un peu en longueur en même temps que l’enquête policière s’embourbe, mais qu’importe, c’est une belle histoire !
Gallimard jeunesse, septembre 2019, 292 pages, prix : 15 €, ISBN : 978-207-513224-4
Les femmes sont occupées, au sens d’« assiégées ». La narratrice, maman solo de Petit Chose, a une thèse à finir, une pièce de théâtre à écrire et à monter, c’est son job et elle l’aime. Mais comment s’en sortir, financièrement, moralement, dans une jungle administrative et sociale où l’on questionne et harcèle indéfiniment les femmes, sans jamais interroger les hommes sur leur place au sein de la famille qu’ils ont désertée ?
C’est un roman qui a valeur d’essai sociologique, tant les propos sont justes sur la place de la femme au XXIe siècle. Un roman enlevé, au style dynamique, au rythme aussi saccadé que la vie d’une mère célibataire. J’ai aimé l’écriture, l’usage (partiel) de la deuxième personne du singulier, l’insertion des scènes de théâtre hilarantes (où l’humour vire au noir), le courage d’avoir osé écrire ce que beaucoup de femmes n’en peuvent plus de penser tout bas.
Empli de références littéraires et culturelles (tout en légèreté, rien d’indigeste bien au contraire), le propos est féministe sans virer chiennes de garde, la charge mentale est omniprésente mais abordée de manière adroitement fictionnelle et #MeToo est passé par là. Elle n’en oublie pas l’ambivalence de ses propres contradictions.
Pourquoi ne voit-on pas ce roman partout dans les présentations de rentrée littéraire ? J’en ai bouffé de la presse professionnelle ou grand public depuis le mois de mai, et s’il n’y avait eu un communiqué de presse de Gilles Paris dans ma boite mail, je n’en aurais jamais entendu parler !
Venez Samira, qu’on vous serre dans les bras, et qu’on vous dise Merci, merci, merci, au nom de toutes les femmes. Solo ou pas. Et on peut l’oublier sur la table de nuit d’un homme.
J’avais commencé à mettre des post-it sur les phrases que je voulais retrouver, et puis j’en suis trop vite arrivée à deux par page alors j’ai abandonné l’idée de citer des passages.
Je ne vous en propose qu’un, ç’aurait pu être un autre :
p. 158 : « Je reprends mon corps, que tout le monde touchait – sauf moi. Je reprends ma vie et je ne la soumettrai plus jamais. Ni au père, ni au mari, ni à l’amant. Même pas à l’enfant. Qui osera le dire ? »
Ed. de l’Aube, septembre 2019, 246 pages, prix : 20 €, ISBN : 978-2-8159-3445-9