Les jardins d'Hélène

Cadavre exquis - Pénélope Bagieu

16 Mai 2010, 10:56am

Publié par Laure

cadavre-exquis.jpg1ère BD très attendue de Pénélope Bagieu sur un scénario au long cours, elle était très connue jusque là pour son blog repris en albums, notamment Joséphine, en 2 tomes. Son 1er opus ma vie est tout à fait fascinante m’avait amusée alors que Joséphine m’avait laissé davantage de marbre, au point de même pas tenter le deuxième.

Mais ce cadavre s’annonçait partout réussi, critiques élogieuses nombreuses, et puis c’est dans la très bonne collection Bayou de chez Gallimard….

Quid du scénario ? Zoé, 22 ans, a un job alimentaire pas top : hôtesse d’accueil sur des salons type le salon de l’auto, la reine du fromage, et autres manifestations où il faut subir les pervers et détraqués du coin. Côté cœur, ça ne va pas fort non plus, son mec est un gros bourrin qui pète au lit en guise d’au revoir le matin. Zoé est pas mal cruche et pleurnicharde, mais elle aura quand même le déclic pour se reprendre en main : alors qu’elle déjeune d’un sandwich sur un banc, elle aperçoit un homme qui l’observe caché derrière son rideau à l’étage d’un immeuble : elle va sonner chez lui sous prétexte d’utiliser ses toilettes, et va s’intéresser à sa curieuse façon de vivre en reclus. Thomas Rocher est un écrivain, et pas des moindres : attaché à la critique, il a viscéralement besoin de sa dose de louanges quotidienne pour survivre…

Il ne faut pas en dire plus sous peine de gâcher la surprise du scénario, mais si vous êtes attentif au vocabulaire employé, vous pigerez tout de suite l’astuce (c’est dit clairement dès la page 15 sur 124), du moins la première, car la chute, elle, est tout à fait renversante !

·         j’ai trouvé peu crédible et un peu limite le postulat de départ : rencontrer quelqu’un au xème  étage d’un immeuble sous prétexte d’utiliser ses toilettes. « Vous pouvez me parler, hein, vous savez ! j’ai laissé ouvert exprès ! Il est drôlement épais votre papier ! » et le lecteur de regarder la demoiselle faire ce qu’elle a à faire et se reculotter tout en lui parlant…

·         J’ai trouvé horripilant le côté tarte de Zoé, mais ça fait partie du personnage : « Il écrit des livres. J’ai pas bien pigé quel genre, mais en tout cas il parle comme un mec qui écrit, ça c’est clair » Et dans une librairie quand elle demande conseil, vous aimez quoi lui demande le libraire, comme films par exemple ? : « Euh… chai pas euh… J’aime bien… Han, chais pas moi, euh… baaah… ». L’abrutie de service en quelque sorte. Je sais c’est de l’humooouur, mais bon, ça ne doit pas signifier platitude non plus…

·         J’ai aimé toutes les caractéristiques des névroses de l’écrivain, notamment vis-à-vis de la critique. « Mais je comprends pas… c’est si grave que ça, les mauvaises critiques ?  - Non, en soi, pas tellement… Mais Tom avait été habitué jusque-là à être l’enfant chéri du public et des journalistes. Les critiques de ce roman-là étaient un peu le présage de ce qui était déjà arrivé à des tas d’auteurs, mais à quoi Thomas n’était pas préparé… Il était en train de passer de mode. »

·         J’ai aimé le renversement final de l’intrigue

·         Côté dessins, personnellement je trouve ça très moyen : un peu simpliste, presque caricatural, rapide, mais c’est le style Bagieu, de ce point de vue-là, pas de surprise. Mais si ça fonctionne bien en saynètes ou sur son blog, sur une longue histoire, ça manque un peu de détails et de précision à mon goût.

Conclusion : à lire pour le scénario essentiellement. Un moment détente qui ne prend pas la tête, facile et rapide, à l’image de son dessin.

 

Gallimard, coll. Bayou, avril 2010, 124 pages, prix : 17 euros

Etoiles : stars-3-0__V7092079_.gif

Crédit photo couverture : © pénélope bagieu et éd. Gallimard.

Voir les commentaires

Mes petites morts - Elsa Fottorino

14 Mai 2010, 07:53am

Publié par Laure

mes-petites-morts.jpgAnna est très proche de sa sœur Sarah, mais maintenant que celle-ci est enceinte et sur le point d’emménager dans un nouvel appartement avec son amoureux, il est temps pour Anna de s’éloigner. Elle a choisi l’Irlande, elle ne sait pas trop pourquoi : « Cork était « une ville de brouillards ». C’est à Sarah que je laissais la lumière, on ne pouvait pas toujours tout partager ».

Marek, de son côté, quitte Prague pour Cork lui aussi. Le lecteur sait qu’il est malade, et qu’il n’en a sans doute pas pour longtemps à vivre. Anna et Marek vont tomber amoureux, mais Marek voudra la protéger en gardant le silence sur la réalité. Comme il semble vouloir demeurer un amoureux transi perpétuellement indécis, Anna va se rapprocher d’Otto, bien que ce ne soit pas lui qu’elle aime …

Court roman sur le très classique triangle amoureux. Bien sûr vous n’aurez pas manqué de relever qu’Elsa Fottorino est fille de (Eric Fottorino) et l’on peut imaginer que cela aide pour faire éditer son premier roman, à tout juste 23 ans. Alors qu’en est-il vraiment de ce premier roman ? L’écriture est classique, sobre, extrêmement soignée, classieuse.  Pour ma part, c’est un point fort (Solenn, elle, la trouve trop travaillée et trop rigide), mais cela ne me semblait pas suffisamment pour combler l’aspect trop creux et trop lisse du récit. C’est beau oui, mais un peu vide quand même. Et puis j’ai trouvé cette histoire de plus en plus profonde au fil du texte, j’ai beaucoup aimé le rapprochement des deux sœurs lors d’une visite à Paris, permettant de rompre un peu avec l’enfermement amoureux, et de souligner les priorités, alors que Sarah va mal : « J’étais hantée par la manière indigne avec laquelle je m’étais trompée de priorité. Marek et Otto s’éloignaient peu à peu de mes pensées. » (p.109)

A partir de là, tout semble gagner en maturité, et la fin qu’on imagine arrive presque trop vite. J’ai changé d’avis en cours de lecture, m’y suis davantage attachée, et trouvé finalement bien beau ce petit roman. Quelques faiblesses de jeunesse peut-être, mais un beau texte tout de même. Non, il ne faudrait jamais avoir peur en amour.

p. 145 : « Je me suis souvent demandé s’il existait un seuil au-delà de l’intolérable. Je sais maintenant qu’il existe et que c’est la vie elle-même. »

 

Rien à voir mais j’ai souri à la lecture de cette phrase, qui n’a rien d’original mais qui colle à la perfection à une situation qui m’est familière en ce moment : « Pire arme que le mépris était l’indifférence » (p.83)

 

Flammarion – janvier 2010 – 147 pages – prix : 13 €

Etoiles : stars-3-5__V45687331_.gif

Crédit photo couverture : © Ed. Flammarion

Voir les commentaires

Cherche auteur désespérément - Debra Ginsberg

13 Mai 2010, 16:12pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Alice Delarbre

cherche-auteur.jpgAngel Robinson est une amoureuse des livres, lectrice convaincue, qui ne lorgne absolument pas sur l’écriture (pour cela il y a déjà son petit ami Malcolm, qui peine à être publié), mais quand la librairie pour laquelle elle travaille est contrainte de fermer, il faut bien qu’elle se cherche un nouveau job. Malcolm lui déniche une petite annonce pour un poste d’assistante dans la plus célèbre agence littéraire des Etats-Unis, dirigée d’une main de fer par Lucy Fiamma. Et en effet, cette Lucy a tout d’une Cruella d’Enfer, Miranda dans le Diable s’habille en Prada. Tyrannique, capricieuse, humiliante et purement méchante avec son personnel, elle ne sait pas parler sans aboyer. Pourtant, Angel s’accroche, malgré le caractère immonde de sa patronne, et les comportements tout aussi lunatiques de ses collègues. Mais quel plaisir pour elle de découvrir un nouveau manuscrit, de le soumettre à Lucy, de le retravailler avec son auteur… le job lui plaît ! Mais quand arrive un extrait de manuscrit par mail anonyme, Angel cède à la curiosité, d’autant plus que cette histoire d’agent littéraire et d’assistante ambitieuse ressemble étrangement à la sienne…

Roman proche de la chick lit, il fait surtout découvrir tout un pan de l’édition qui n’existe pas (ou à peine) en France : le monde des agents littéraires, chargés de placer les manuscrits auprès des éditeurs, de faire monter les enchères et d’en récolter les lauriers. Angel, elle, fait plus un job de lectrice – éditrice – correctrice : elle lit, elle sélectionne, elle retravaille avec les auteurs. Le personnage de Lucy est absolument détestable, et j’avoue avoir espéré du personnage d’Angel une bonne correction, qui ne vient jamais, du moins pas sous la forme attendue. Les histoires d’amour et d’amitié d’Angel avec les auteurs apportent un peu de glamour à l’histoire, mais hélas, tout cela peine à décoller vraiment. Seul l’aspect « anonyme » du manuscrit Cherche auteur désespérément permet de maintenir le lecteur en éveil, car on a beau faire des suppositions, on ne trouve pas du premier coup, ce serait quand même trop facile.

Un premier roman qui n’a pas dû rencontrer le succès attendu car deux ans après, il n’est toujours pas en poche et on n’en entend plus parler !

Lu à sa sortie entre autres par Clarabel, et Lily, ...

 

Presses de la Cité – mai 2008 – 365 pages – prix : 20 €

Etoiles : stars-3-0__V7092079_.gif

Crédit photo couverture : © Leptosome et éd. Presses de la Cité

Voir les commentaires

Le vrac du dimanche

9 Mai 2010, 17:34pm

Publié par Laure

Un dimanche repos où l'on ne fait pas grand chose, où l'on joue aux petits chevaux, au menteur et aux dames avec Mosquito, où l'on remplace le déjeuner et le goûter par une mega crêpes party (même l'ado glouton de la famille n'en est pas venu à bout, c'est dire !), où l'on fait tourner quelques machines qui continuent très bien toutes seules,

 

où l'on ressort notre bazar de filles :

 

SL371271

 

après mûre réflexion Mosquito a choisi :

(le orange et le transparent à paillettes bleutées juste au-dessus du livre)

 

SL371270

 

heureusement pendant ce temps-là, y a quand même un courageux :

 

SL371273

 

et en préparant le dîner qui s'en va rôtir lentement dans le four, on prépare au passage quelques fraises, françaises, mais mutantes quand même :

 

 SL371276

 

 

Et ça ne se voit pas mais après l'effort de la tonte, l'ado repu aux crêpes nutella s'est remis à la guitare, et ma foi, c'est bien sympa.. (et comme je m'en vais lui demander ce qu'est que ce morceau parce que j'aime beaucoup, il me répond : "de l'impro" !!! ) Ah.

 

 

 

Voir les commentaires

Back in town, tome 1 : gloire aux trottoirs ! – Anne Baraou (scénario) et Nicolas Hubesch (dessins)

7 Mai 2010, 10:45am

Publié par Laure

Je vous parlais hier d’une BD façon “retour à la terre”, et bien voici son exact contraire : back in town !

 

back-in-town-1.jpg

 

Marc et Andréa, avec leur petite Mona, reviennent à la ville (Paris plus précisément) après 5 ans passés à la campagne. Dès la sortie du TGV, c’est l’explosion du bonheur : yep, du monde partout, tous les moyens de transport qu’on veut, des escalators en pagaille, retour à la civilisation ! Et surtout, pensez-donc, il y a des trottoirs ! Plus besoin de salir ses talons de chaussures dans la bouillasse campagnarde, ni son entrée à la maison ! Gloire aux trottoirs ! (c’est le titre de ce 1er volume). Bien sûr, le jeune couple va rapidement déchanter : avec l’argent de la vente de leur maison de 200 m² et de leur terrain de 3000 m², ils espèrent pouvoir acheter un appartement de 100 m². Le vendeur leur rit très vite au nez, tout juste peuvent-ils espérer 25 m² ? Qu’importe, ils ne se laissent pas abattre et se tournent vers la location. Vous ne voulez pas de rez-de-chaussée ? Pourtant votre maison à la campagne, c’était un rez-de-chaussée non ? De son côté, la petite découvre sa nouvelle école (et les différentes langues maternelles de ses camarades), le parc du coin où elle se fait très vite plein de copines : « maman ! J’ai déjà deux copines ! Une marron et une qui à sa mère déguisée en fantôme ! », Andréa s’interroge elle sur la mode qui a bien changé depuis 5 ans, il va falloir se remettre à la page ! Marc peine à reprendre ses marques dans son job de journaliste et fait pas mal de cauchemars, allez, courage, Paris c’est les sorties quand on veut, les copains à toute heure, et l’agendite aiguë.

C’est donc l’anti-retour à la terre par excellence, sauf que voilà, l’intrigue journalistique est un brin embrouillée, les critères qui font la ville sont bien entendu connus (comme ceux de la campagne, on est bien d’accord), sauf que là, je n’ai rien trouvé de drôle. Je ne trouve pas non plus de profondeur aux personnages, on ne s’y attache pas, on les regarde se débattre dans leur bocal, sans même un brin d’empathie.

Lors de leur « total town party », Marc et Andréa invitent leurs amis à ouvrir le dernier carton, au contenu « total mystère ». Ils y retrouvent des tapettes à mouche et un sécateur, objets qu’ils peuvent définitivement oublier dans leur appart vue sur boulevard. Oui, mais après ?

 

A suivre sur un tome 2 donc, ou pas…

 

Dargaud, coll. Poisson Pilote, mars 2010, 48 pages, prix : 10,95 €

Etoiles : stars-2-5__V7092076_.gif

Crédit photo couverture : © Baraou & Hubesch / Dargaud

Voir les commentaires

Un coin de ciel bleu, tome 1 : L’odeur du foin – scénario de Nicolas Jarry, Dessins de Paolo Deplano, couleurs Silvia Fabris

6 Mai 2010, 14:44pm

Publié par Laure

coin-de-ciel-bleu-1.jpg« J’en peux plus de cette ville, Eric ! Fais tes valises, prends ta fille sous le bras, on part vivre à la campagne ! » Ainsi débarquent dans un petit village oublié Eric et Lou, avec leur petite Annaëlle.

Dit comme ça et de prime abord, on a un peu envie de mordre : le coup du retour à la terre, on nous l’a déjà fait, même que c’était très réussi, et que non, on ne peut pas égaler Ferri & Larcenet, et que copier c’est pas beau.

Alors quand le vieux Gilbert et son voisin voient arriver le gros 4 X 4 avec pare-buffle (à parcmètres parisiens ?), face à la maison de la vieille Lanvieuse qui a des allures de la mère Mortemont dans le retour à la terre, on craint le pire. Il faut faire fi de ces a priori, car ce coin de ciel bleu se révèle drôle, caricatural juste ce qu’il faut mais point trop, et le père Eric nous en invente quand même de belles, avec son cochon nain qu’il baptise Elvis et qui n’en finit pas de grossir. Annaëlle sait attendrir les cœurs bourrus des vieux voisins, amadouer sa mère pour ramasser les chats errants, et Eric ne rate pas une gaffe quand il demande à ses voisins endimanchés s’ils vont à la noce : « vous savez monsieur Etxcheveri, ici c’est un pays de vieux, on ne marie plus nos amis depuis un demi-siècle. Non. On les enterre… »

On se surprend à quitter l’album en espérant que le tome 2 arrive bientôt ! La recette n’est pas nouvelle, mais elle fonctionne.

 

Lu aussi (et apprécié) par Joëlle, de la biblio du dolmen

 

Delcourt, janvier 2010, 47 pages, prix : 9,95 €

Etoiles : stars-4-0__V7092073_.gif

Crédit photo couverture : © Deplano et éd. Delcourt

Voir les commentaires

Un endroit où se cacher - Joyce Carol Oates

3 Mai 2010, 19:55pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Dorothée Zumstein

un-endroit-ou-se-cacher.jpgJenna, 15 ans, flotte «  dans le bleu » opiacé de l’hôpital, polytraumatisée et seule rescapée d’un accident de voiture dans lequel sa mère a perdu la vie. Cassée de partout physiquement (seuls de forts antalgiques lui permettent de « tenir »), elle est aussi détruite psychologiquement, persuadée d’être responsable de l’accident, croyant avoir vu quelque chose sur la route et avoir donné un brutal coup de volant qui les aurait fait sortir de la route.

Quand vient enfin le temps de la rééducation, le temps de quitter l’hôpital, de se retrouver « dans le vif », sans les dérivés morphiniques, Jenna s’enfonce, refusant de vivre chez son père qui les a quittées il y a longtemps pour refaire sa vie. Bien qu’elle soit chez un oncle et une tante bienveillants, elle ne réussit pas à se rouvrir à la vie, à s’adapter à son nouveau lycée.  Quand un garçon semble s’intéresser  à elle, elle fuit. Méfiante, souffrante, malheureuse, elle va se laisser amadouer par Trina, une ado d’une classe voisine. Commence alors pour Jenna la spirale des mauvaises fréquentations, des abus en tout genre,  de l’autodestruction et de la violence. Se détruire pour se punir, se détruire pur supporter la douleur ?

C’est un cheminement douloureux et violent que décrit Joyce Carol Oates, rien n’est épargné au lecteur de la souffrance de Jenna et des dérives (drogue, alcool, viols) d’une certaine jeunesse. Malgré un début un peu flottant (Jenna émergeant du coma, on ne sait pas très bien où on est, le récit est flou et haché), on s’attache vite au personnage, et on ne peut que compatir à sa terrible situation de l'héroïne qui a perdu sa mère. Malgré la descente en enfer qu’on aimerait éviter, le lecteur saisit la lueur d’espoir dans le personnage de Crow, qui permettra une fin pas totalement désespérée !

Un endroit où se cacher est un roman pour la jeunesse (dès 13 ans) qui n’épargne pas son lectorat, allant au pire des descentes et de la dépression, parlant du deuil et de la solitude, de la violence quotidienne d’un lycée et de quelques groupes, mais qui offre une ouverture positive sur sa fin, ce qui est bien !

 

Les lectures de Marie, cathulu, Clarabel, ...

 

Albin Michel Jeunesse, coll. Wiz, février 2010, 299 pages, prix : 13,50 €

Etoiles : stars-3-5__V45687331_.gif

Crédit photo couverture : © DLILLC/Corbis/ et éd. Albin Michel

Voir les commentaires

Quand je serai grand... - Flamand Père & Fils

2 Mai 2010, 17:59pm

Publié par Laure

quand-je-serai-grand.jpgAprès les vacances à Saint-Prix, voici le retour des Flamand père & fils pour une suite autobiographique, avec Christian (dit Kiki) au scénario et son fils Julien au dessin.

BD intergénérationnelle, qui plaira aux petits comme aux grands, elle a un doux parfum de nostalgie, puisqu’elle retrace l’enfance de Kiki en 1965 lorsqu’il avait 10 ans. Ses parents prennent alors la gérance d’une magasin d’optique à Auxerre, et Kiki découvre sa nouvelle école. Dès la rentrée, la maîtresse leur demande parmi les renseignements habituels – nom, prénom, profession des parents – ce qu’ils veulent faire plus tard. Chris répond « dessinateur » - « Dessinateur ? Tu veux dire dessinateur industriel ? » - « Euh… non ! je veux faire de la bande dessinée ! comme Tintin, Astérix, Lucky Luke » - « Ah oui ! des petits miquets ! non, mais comme métier ? » Autant dire qu’avec ça, le chemin va être rude, car personne ne veut imaginer que cela puisse être un métier, tout au plus un passe-temps…

 Plongée dans les souvenirs d’enfance des années 60 qui plairont donc aux lecteurs de la même génération, et qui séduiront sans doute les plus jeunes façon « Petit Nicolas », s’ils n’ont pas lu les histoires, ils ont sûrement vu le film. Beaucoup de références dans cet album d’ailleurs, à des livres, des BD, des films, qui auront sans doute besoin d’un échange avec leurs aînés pour être comprises par les enfants, car quel enfant d’aujourd’hui sait ce qu’était le carré blanc à la télévision par exemple ?  Beaucoup d’humour aussi dans l’album, sur les bêtises d’enfant notamment.

S’il elle ne m’a pas séduite plus que cela, (elle est quand même très sympa à lire !), c’est sans doute qu’il ne faut pas attendre de surprise particulière du scénario : c’est autobiographique, ce sont des souvenirs d’enfance, ancrés dans une époque donnée. Et la fin peut laisser entendre qu’il y aura une suite, après tout pourquoi pas.  Comme dans l’album précédent, les dernières pages sont un collage de photos et documents d’époque, sympathiques, mais qui soulignent une fois encore la démarche passéiste de l’album.

Lire les premières pages : ici

Akiléos, février 2010, 50 pages, prix : 14 €

Etoiles : stars-3-0__V7092079_.gif

Crédit photo couverture : © Julien Flamand et éd. Akileos.

Voir les commentaires

Sukkwan Island - David Vann

29 Avril 2010, 15:10pm

Publié par Laure

Traduit de l’américain par Laura Derakinski

 

sukkwan-island.jpgIl n’est plus guère utile de présenter ce livre tant il a fait parler de lui à sa sortie en janvier 2010, et quand je l’ai abordé, je savais à peu près ce qu’on en disait partout : inoubliable, bouleversant, noir, dérangeant, un renversement de situation vers le milieu du livre, incroyable, le truc qui fait dire que c’est un grand roman. Voilà ce que j’en avais entendu.

 

C’est donc (on va faire bref) l’histoire d’un père (Jim) qui emmène son fils de 13 ans (Roy) sur une petite île au Sud de l’Alaska (Sukkwan Island, donc), pour y faire un break loin de toute agitation, réapprendre à se connaître l’un l’autre (divorcé, Jim ne voit plus guère son fils), et vivre simplement au plus près de la nature. Une fois déposés par un hydravion avec quelques vivres de base, c’est parti pour l’aventure de nos deux Robinson sur leur île.

 

On suit donc leurs péripéties quotidiennes : chasser et pêcher pour se nourrir, construire un fumoir et une réserve pour l’hiver, stocker du bois pour le feu, etc. Dieu que c’est long et barbant. La chasse et la pêche, ça va bien cinq minutes, mais je commençais à m’ennuyer ferme. Je commençais même à me demander si je n’avais pas loupé le renversement extraordinaire tant annoncé, parce que j’avais atteint la moitié du livre et rien vu d’exceptionnel sinon un père paumé, qui n’a pas vraiment préparé son truc, et qui serait plutôt dépressif sévère. J’ai hésité à abandonner mais quand même, il fallait que je le trouve, le point renversant de cette deuxième partie. Effectivement on ne peut pas le louper : soyez prévenus, il se produit page 113, tenez au moins jusque là. A partir de là, oui c’est logique, ça tient la route, une route qui s’assombrit et qui devient parfois pénible à lire (cette fois dans ses descriptions horribles) mais voilà, je ne peux pas crier au chef-d’œuvre parce que ce que j’en retiens surtout, c’est l’ennui préalable, la longueur répétitive de la première partie, et puis finalement, on se doute bien que ça ne peut finir que comme cela, une deuxième partie dans la logique des choses. Est-ce si extraordinaire que cela, si dérangeant que cela?

Les avis sont partagés sur ce roman (entre la grande majorité qui a beaucoup aimé, et ceux qui n'ont pas aimé, soit parce qu'ils l'ont trouvé trop glauque, soit parce qu'ils se sont ennuyés), et je fais de toute évidence partie de ceux qui n’en resteront pas si marqués que cela !

 

Ed. Gallmeister, coll. Nature writing, 191 pages, prix: 21,70 €

Etoiles : stars-3-0__V7092079_.gif

Crédit photo couverture : © Bill Curtsinger / National Geographic / Gettyimages / et éd. Gallmeister

 

Voir les commentaires

Tes seins tombent - Susie Morgenstern

27 Avril 2010, 10:18am

Publié par Laure

tes-seins-tombent.jpgSusie Morgenstern remplit son rôle de grand-mère : elle « grandmerde » avec sa petite fille Yona, 13 ans, qu’elle emmène en vacances en Corse, à Cargese où elle va chaque année. L’adolescente a des priorités bien éloignées de celles de sa grand-mère : quand celle-ci lit un roman par jour pendant les vacances, la plus jeune, elle, ne cesse de « communiquer » via son portable et ses SMS en pagaille.

Monologue autour d’une tranche de vie, sur la relation grand-mère et petite-fille, écart des générations, et pourtant échanges si importants et si riches ! L’auteur revient également sur sa propre grand-mère, parle de ses enfants, de sa passion de lire, de ses rencontres dans les salons du livre, humour autour des rencontres sur Internet (veuve, ses amis l’ont inscrite sur un site de rencontres, et parce qu’un jour elle a rencontré un Suisse très poli dans un salon, elle choisit de ne s’intéresser qu’aux Suisses sur le net !), …

Elle est très excitée aussi à l’idée de faire rencontrer le génie scientifique Stephen Hawking à sa petite-fille, elle qui a l’habitude de rencontrer des stars au hasard de ses déplacements : Gina Lollobrigida, Rostropovitch, Bernard Kouchner… et quand ses enfants lui demandent si elle connaît des gens célèbres, elle répond : « Bernard Friot, Catherine Louis, Marie-Aude Murail, Hélène Vignal, Jacqueline Duhême, François Place, Corinne Lovera-Vitali, Pierre Bottero, Jeanne Benameur, et plus la liste s’allonge, plus s’allongent leurs visages ou leurs … belles jambes. » 

Roman tendre qui ne manque pas de justesse sur le temps qui passe et les marques sur le corps (« tes seins tombent ! » s’exclame d’emblée sa petite-fille), sur l’importance de la famille et de l’amitié, sur la fougue de la jeunesse, sur ce qu’on retient de sa vie quand on est une grand-mère active, bien dans sa tête et dans sa peau, comme l’est ici Susie Morgenstern !

Actes Sud junior, coll. D’une seule voix, avril 2010, 83 pages, prix : 7,80 €

Etoiles : stars-3-5__V45687331_.gif

Crédit photo couverture : éd. Actes Sud junior

Voir les commentaires