Les jardins d'Hélène

Aimer lire : une passion à partager - Emmanuel Pierrat

15 Octobre 2012, 07:49am

Publié par Laure

 

aimer-lire.jpgEt c'est bien ce que fait Emmanuel Pierrat dans ce livre : partager sa passion. Très grand lecteur (il n'aurait besoin que de très peu d'heures de sommeil), Emmanuel Pierrat est multicasquette : avocat spécialiste du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle, romancier, essayiste, spécialiste et auteur de littérature érotique, éditeur, bibliophile, tout cela ne découle-t-il pas de sa passion première : la lecture ?

Découpé en 10 chapitres assez brefs, l'auteur rappelle comment il a grandi en dévorant les ouvrages de la bibliothèque Elsa Triolet de Pantin (très beau chapitre sur les bibliothèques!) , mais il aborde aussi la relecture, la bibliophilie, les librairies, le numérique, le partage de ses lectures (l'importance de l'acte d'offrir un livre), la lecture à voix haute, etc.

Certes on pourra dire qu'un grand lecteur passionné n'apprendrait pas énormément de choses à la lecture de cet ouvrage, mais il est à prendre comme une gourmandise à déguster, en tout cas c'est ainsi que je l'ai savouré. Et comme tout ouvrage sur les livres et la lecture, vous rebondirez inévitablement sur un titre ou un autre, noterez telle idée de lecture ou relecture, c'est un puits sans fond, mais ô combien enrichissant.

 

Editions DuMesnil, mai 2012, 138 pages, prix : 14,50 € 

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Crédit photo couverture : © Fotolia.com et éd. Dumesnil

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L'enfer au collège - Arthur Ténor

14 Octobre 2012, 15:11pm

Publié par Laure

 

enfer-au-colleg.jpgGaspard entre en 6ème dans un nouveau collège, il vit avec sa mère depuis le divorce de ses parents. C'est un élève plutôt solitaire et réservé, il aime les jeux de société classiques, la lecture et les coquillages. Un élève un peu modèle, à l'ancienne (presque trop cliché). D'emblée, il devient la tête de turc d'Anthony, un caïd du collège qui n'a pas du tout les mêmes loisirs, qui ne pense pas à mal, juste à s'amuser.

Le roman décrit le processus de descente aux enfers de Gaspard, victime du harcèlement d'Anthony. La construction du livre fait alterner deux voix, celle d'Anthony, qui répond à l'interrogatoire d'un adulte, dont on ne sait pas au départ qui c'est, est-il dans le bureau d'un policier ?, car on pressent qu'il est mis en cause dans une affaire grave, et celle d'un narrateur externe qui raconte la vie de Gaspard.

Ce roman ne peut laisser indifférent de par son réalisme saisissant, ce n'est plus de l'ordre du probable, on est dans la description d'une réalité tangible, bien qu'elle soit ici fictive, l'émotion et la violence psychologique bousculent le lecteur. Le mécanisme du harcèlement est très bien démonté, et l'on voit Gaspard basculer de la peur à la haine, et on le voit devenir victime deux fois : victime de son harceleur, victime de l'administration et de tous ceux qui ne veulent pas ou ne savent pas voir.

L'issue s'annonce dramatique, et même si tout s'achève dans un happy end, on en a froid dans le dos.

Le réalisme de ce roman est son principal atout, et l'on ne peut que souhaiter que ce livre soit lu par tous les collégiens, leurs parents, leurs enseignants, et soit le point de départ d'un débat.

Quelques points toutefois m'ont gênée. L'auteur parle des élèves de 12 ans en 6ème : beaucoup n'en ont encore que 10, le plus souvent 11. De mêmes les propos, les actes, les réflexions me semblent plus appropriés à des élèves de 4ème-3ème qu'à des élèves de 6ème. Si je comprends la volonté de prévenir le plus tôt possible, je trouve le décalage important. De même conseiller ce roman à partir de 9 ans comme le fait l'éditeur sur la 4ème de couv me semble un peu jeune, il est quand même psychologiquement très violent. Je le conseillerais davantage à des élèves de 6ème (11 ans donc) et au-delà, même si l'on sait bien que chaque enfant est différent et que certains seront capables de le lire plus jeunes.

 

L'auteur fait suivre son texte du témoignage d'une mère dont l'enfant a vécu les mêmes brimades que Gaspard, et comment elle n'a pas vu, au départ le mal-être de son fils. Un récit aussi frappant et dramatique que le roman.

 

Milan jeunesse, coll. Milan poche Junior Tranche de Vie n° 157, septembre 2012, 85 pages, prix : 5,50 €

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Crédit photo couverture : ©Olivier Latyk et éd. Milan

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C'est qui Catherine Deneuve ? - Dominique Resch

9 Octobre 2012, 14:01pm

Publié par Laure

c-est-qui-catherine-deneuve.jpgGrande déception pour moi à la lecture de ce livre que je voyais encensé un peu partout comme un bon titre de la rentrée littéraire. Recueil de chroniques (et non roman comme je l’avais à tort compris) d’un professeur de français et histoire-géo dans un lycée professionnel des quartiers nord de Marseille, l’auteur essaie de montrer avec humour que si enseigner n’est pas toujours simple, ces élèves-là sont aussi attachants, curieux et méritent qu’on leur accorde attention et énergie (mais en douterait-on d’ailleurs ?)

J’ai été gênée par un petit côté donneur de leçons, « voyez comme je fais moi et comme ça marche », alors que j’imagine que ce n’était pas l’objectif premier de l’auteur. Plus que sur les élèves, j’ai trouvé que le récit se recentrait systématiquement et un peu trop sur le professeur. Sans compter de longues et ennuyeuses digressions (j’ai fini par sauter des paragraphes), notamment sur le GPS, sans intérêt aucun. Quelques rappels à un ouvrage précédent (Mots de tête, 2011, même éditeur) qui j’imagine était de la même veine, et l’on pourrait penser sans peine que ces « perles » de métier continueront de se multiplier. Hormis une logique temporelle (1ère chronique en début d’année, dernière en fin d’année), je n’ai pas trouvé de fil non plus entre les textes, sinon le retour – toujours -  sur le professeur.

Le seul passage que j’aie vraiment trouvé pertinent est celui sur le parallèle entre ce que l’on attend des élèves et les débordements de ceux qui nous gouvernent : comment rester crédible ? des réactions intéressantes de la part de ses élèves !

Un récit très personnel, un peu trop bavard en détails hors sujet, qui n’a pas réussi à me séduire.

 

p. 142 « Il ne me reste plus qu’une solution pour sauver le monde envahi par la bêtise : devenir Zorro pour massacrer les imbéciles.

Prof, quoi. »

 

Hum.

 

Merci à Solenn qui en a fait un livre voyageur.

 

Autrement Littératures – août 2012 – 184 pages – prix : 15 €

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Crédit photo couverture : © Flore-Aël Surun / tendance floue / éd. Autrement.

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Version originale ! - Fabienne Betting

7 Octobre 2012, 17:16pm

Publié par Laure

 

version-originale.jpgThomas, vingt-cinq ans, est serveur chez MacDo, heureusement que sa compagne Sandrine est patiente et assure le gite et le couvert. Alors qu'il daigne enfin se bouger pour trouver un job plus stable, il tombe sur cette petite annonce du journal 20 Minutes : « Recherche traducteur pour le mesmène vers le français. Rémunération très bien. » Le mesmène, cette langue balte qu'il a apprise à la fac, plus pour le beau sourire et les jambes parfaites de sa prof que pour la langue elle-même... Et s'il tentait sa chance ? C'est plutôt bien payé, les délais sont un peu courts, mais il se lance... et le moins qu'on puisse dire, c'est que comme traducteur, Thomas est plutôt... imaginatif ! Le bon plan va se révéler assez vite foireux, d'autant qu'il va entrer malgré lui dans la lumière car la Mesménie, ce minuscule pays méconnu fait soudain l'actualité, des terres rares (ou plutôt des minerais rares) y ont été découvertes, et voilà qui agite toute l'Europe. L'aventure n'est pas près de s'achever !

 

D'emblée le ton est donné, c'est vif, frais, léger, et drôle ! Et vraiment original. Les pages sur la traduction en cours et les libertés prises par Thomas sont délirants, voyez plutôt :

« [Encore une scène de sexe complètement indécente alors je la remplace par des considérations géopolitiques sur la Mesménie. J'estime que c'est mon devoir d'écrivain.] »

La scène de l'enregistrement au Masque et la Plume est très réaliste, c'est savoureux ! Les rebondissements, les déceptions amoureuses, le voyage avec les vieilles, …, l'auteur ne manque pas d'imagination et sait garder son ton enjoué du début à la fin.

 

Je suis d'ordinaire très sceptique face à l'autoédition qui déborde le plus souvent de textes mal écrits, sans intérêt et bourrés de fautes, rien de tout cela ici : l'auteur sait construire une histoire, sait écrire (il reste une demi douzaine de coquilles mais qui sont des fautes de frappe, lettres inversées ou qui manquent – mais pas de doute, elle maîtrise très bien syntaxe et orthographe), et propose avec Version originale ! un texte tout à fait original ! Quelques maladresses encore peut-être (et je ne commenterai pas les clichés à l'emporte-pièce sur le concours d'assistant territorial de conservation du patrimoine et des bibliothèques qui n'a rien à voir avec la réalité - pas de bol, c'est mon métier), quelques réflexions - parfois faciles et attendues venant de l'auto-édition - sur les notions de best-sellers mais justes aussi sur la fabrication du succès (le récit le démontre bien !) néanmoins Fabienne Betting mérite vraiment d'être encouragée à poursuivre.

 

Je ne peux que lui suggérer aussi de proposer son ebook en format ouvert epub (il ne l'est qu'en format Kindle pour Amazon), elle gagnerait ainsi une ouverture de son lectorat, j'ai déjà expliqué maintes fois mon refus des formats propriétaires fermés comme l'est celui d'Amazon. (L'auteur m'a proposé son ouvrage en PDF que j'ai converti sans problème en epub pour le lire sur une liseuse Sony, mais à ma connaissance il n'est pas à la vente en epub).

 

Lire le premier chapitre : ici 

 

Auto-édition numérique format Kindle en vente sur Amazon, 137 pages,  prix : 4,37 €

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Crédit photo couverture : © Fabienne Betting (ou certainement son frère Pascal !)

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Barbe bleue - Amélie Nothomb

4 Octobre 2012, 19:03pm

Publié par Laure

barbe-bleue.jpgLe cru 2012 d’Amélie Nothomb serait-il sponsorisé par le groupement des grandes marques de vins de Champagne ? En tout cas, avec autant de name dropping au décimètre carré imprimé, on finit par s’en agacer. Il démarrait bien pourtant, ce conte de Barbe Bleue revisité avec une Saturnine locataire aussi sûre d’elle-même qu’intelligente et cultivée. Les dialogues avec son logeur Don Elemirio Nibal y Milcar, alliant les plaisirs gustatifs au répondant et à la provocation oratoire, j’y ai goûté bien volontiers. Dommage que le dernier tiers bascule un peu trop dans le grand n’importe quoi, même si l’ensemble se tient dans un triomphe intellectuel qui ne finit par plaire qu’aux héros eux-mêmes, laissons Saturnine et Don Elemirio à leur délire, et le lecteur passer à autre chose.

Meilleur que les années précédentes, sans jamais rattraper les splendeurs des débuts.

 

Albin Michel, août 2012, 169 pages, prix : 16,50 €

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Crédit photo couverture : © Pablo Zamora / S Moda éd Conelpa  / et éd. Albin Michel

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L'ombre de l'autre femme – Dorothy Koomson

1 Octobre 2012, 10:23am

Publié par Laure

 

Traduit de l'anglais par Maud Ortalda

 

ombre-de-l-autre-femme.jpgParfois il me vient l'idée saugrenue d'aller jeter un œil aux best-sellers France Loisirs, ces avant-premières lancées à grand coup de pub et de promos, vous annonçant forcément des heures de bonheur de lecture et vous laissant entendre que si vous ne cédez pas à l'appel, vous ratez le meilleur de la littérature d'aujourd'hui.


Hum. Quand j'ai commencé ce roman, j'ai bien cru que je ne dépasserais pas les 50 premières pages, tant je l'ai trouvé mal écrit. Ou peut-être mal traduit, je n'ai que la version française, © éd. Belfond 2012, j'imagine donc que le roman sortira prochainement chez Belfond. J'espère juste qu'ils auront revu la traduction d'ici-là, parce que comment dire....

p. 66 : « Il se tut et ses yeux montèrent jusqu'au ciel, comme si ses qualités étaient écrites quelque part dans l'air pour pouvoir les réciter. » Je lève parfois les yeux au ciel, mais de là à monter au ciel..

p. 69 : "En attachant ma ceinture je m'aperçus que si je l'avais rencontré dehors si tôt, cela signifiait qu'il rentrait certainement de chez quelqu'un. Mon estomac se remplit de glace liquide et se retourna un peu." De la glace liquide tiens donc...

p. 102 : « l'accident a été causé par un homme qui utilisait son téléphone tout en conduisant sa voiture ; il a mal évalué la distance entre la sienne et la nôtre et il a exécuté une manœuvre irresponsable. » Bref, il téléphonait en conduisant quoi. On se doute bien vu l'accident déjà décrit qu'il n'était pas à vélo.

p. 171 : « Si elle ne se souvient jamais de ce que j'ai fait après l'accident, alors aucune autre femme que j'aime ne me regardera jamais plus avec tant de haine ». Celle-là, j'ai beau la tourner dans tous les sens, enlever des négations, les remettre, je ne comprends rien.

p. 174 « J'ai pensé que tes ongles ont dû être négligés ces deux dernières semaines. » y a pas un problème de concordance des temps ?

p. 503 « et pourtant vous avez la photo du mariage dans ton salon ». Vous = ses beaux-parents, ils sont toujours ensemble donc "votre" salon ? Et quand bien même ce serait un vous de politesse (c'est une scène avec sa belle-mère), pourquoi tout à coup un « ton » salon ?

 

Bon, une fois cela oublié, eh bien, le roman n'est pas mal du tout. Genre roman noir sentimental pour un bon moment de lecture, ce n'est pas le chef d’œuvre littéraire du siècle non plus. Si le début est franchement bancal, il gagne réellement en densité et intérêt avec l'apparition des journaux intimes d’Ève. Un court résumé pour situer : Libby réchappe d'un accident de voiture au cours duquel son mari conduisait. Sa première épouse étant décédée quelques années auparavant dans des circonstances inexpliquées, il n'est pas exclu que Libby soit en danger et son mari un dangereux criminel... En tout cas on nous le laisse entendre, y compris la police qui mène les interrogatoires. ça tarde un peu à démarrer, mais le réel intérêt du livre est bien la lecture insérée des journaux intimes d’Ève, la première épouse, que Libby retrouve bien cachés dans la maison. L'auteur réussit alors à tenir son lecteur en haleine jusqu'au bout, avec une intrigue retorse et riche qui tient la route, des cahiers intéressants et bien mieux écrits (traduits?), avec une fin claire et fermée sur laquelle le lecteur rage de ne pouvoir influer (!), car si elle est tout à fait satisfaisante, on aimerait je crois aller plus loin encore...

 

(Tiens je profite du sujet pour donner ce lien qui traduit bien le nouveau monde dans lequel on vit )

 

France Loisirs, août 2012, 542 pages, prix : 19,50 €

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Crédit photo couverture : © Patricia Turner / Arcantel Images / dpcom.fr / éd. France Loisirs

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Jeu de Gamins, Scénario et dessins Mickaël Roux (2 tomes parus)

30 Septembre 2012, 17:01pm

Publié par Laure

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Tome 1 / Les Pirates stars-4-5__V7092073_.gif

 

Trois gamins passent tout leur temps libre ensemble, s’inventant des jeux avec trois fois rien. Dans ce tome 1, ils jouent aux pirates et leur navire est un carton. Ils ont le déguisement qui va avec : un grand chapeau à tête de mort pour le capitaine chef de bande Max, des bandanas pour ses moussaillons Théo et Léon. Ils bravent toutes les attaques en frémissant à peine quand un requin les dépasse (un pauvre matou tigré qui passait par là) ou face aux vagues déchaînées qui ne sont autres que les arbres qui les entourent. Ils sont toujours entre eux, et quand une fille pointe le bout de son nez, c’est pour semer la zizanie. La réalité les rattrape parfois, quand il faut travailler pour son contrôle de maths ou passer sous la douche après ces rudes journées de pirates !

De l’imagination ils n’en manquent pas, c’est frais, léger, simple, le dessin est classique et clair. Cet album plaira aux enfants dès 7 ans et attendrira les parents qui se souviendront de leurs jeux de gamins, sans écrans et bidules sophistiqués. Les saynètes tiennent sur une planche, avec en général une bonne chute finale. On rit et on sourit souvent.

Une BD familiale par excellence !

 

Lire un extrait


Et chaque tome annonce la thématique du suivant en dernière page : en avant les cow-boys !

 

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Tome 2 / Les cow-boys stars-3-0__V7092079_.gif

 

Revoilà notre trio infernal qui cette fois joue aux cow-boys, et tant qu'à faire, un peu aux indiens aussi. Les chevaux sont de bons gros balais (attention à la balayette des WC devenue poney!) et les fléchettes sont en plastique. Peut-être un peu moins drôle que le premier tome (c'est aussi l'avis de Mosquito) mais ça se laisse lire avec toujours autant de bonheur. On attend de bon cœur le tome 3 qui parlera, je vous le laisse deviner, de... :

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Editions Bamboo, janvier 2012 pour le tome 1, août 2012 pour le tome 2, 48 pages chaque, prix : 10,60 € chaque.

Crédit photos : © Mickaël Roux et Bamboo éd.

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L'attachement - Florence Noiville

12 Septembre 2012, 20:06pm

Publié par Laure

 

attachement-noiville.jpgMarie, quarante neuf ans, a perdu la vie dans un accident de voiture. Sa fille Anna n'avait que quatorze ans à l'époque. Aujourd'hui âgée de vingt ans, la jeune étudiante en médecine vient se mettre au vert dans la maison de campagne familiale et retrouve un coffret de lettres ayant appartenu à sa mère. Elle va peu à peu reconstruire l'histoire de la passion controversée qu'a vécue sa mère à l'âge de dix-sept ans, avec H., son professeur de lettre qui avait trente deux ans de plus. Anna n'aura de cesse d'interroger sa grand-mère, sa tante et ceux ayant connu H., dans l'idée de le retrouver et de mieux comprendre sa mère.

Très joliment construit, les voix de la mère et de la fille se répondent par fragments, de la lettre retrouvée jamais envoyée aux récits des personnes interrogées par Anna, pour refaire le puzzle de cet amour incompris ou méjugé. Certains personnages ne sont pas suffisamment creusés, comme l'épouse de H. qui était au courant et vivait « avec », on aimerait passer plus de temps avec ces témoins mais le texte resserré n'en est que plus intime.

J'ai aimé la beauté du texte, la douceur mélancolique qui s'en dégage, le huis-clos de la situation, la réflexion sur cet attachement qui enferme et condamne, et la fin, quelle fin, deux petites phrases qui disent tout et vous laissent émue, seule, au bout du chemin. Une vraie fin fermée comme je les aime, sans appel, qui révèle la force de quelques détails semés deci delà auxquels on ne prête pas forcément attention, mais qui font sens dans ces derniers mots.

 

Merci à Solenn qui en a fait un livre voyageur.

 

Stock, août 2012, 185 pages, prix : 17 €

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Crédit bandeau couverture : © Francesca Mantovani / Stock

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Le vrac du dimanche (9)

9 Septembre 2012, 20:24pm

Publié par Laure

(toutes images cliquables)

 

Se shooter en toute légalité : mille mercis à ma fournisseuse officielle ! (elle se reconnaîtra).

 

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Avoir un gros coup de blues en reprenant seule le TER de Nantes à Sablé. Ça y est, il prend son envol mon petit grand. L'internat est vieux et petit par rapport à celui de Touchard qui était grand luxe (on ne s'en rend compte qu'après!), mais reconnaissons qu'il y a pire comme vue en ouvrant sa fenêtre de chambre. Son cothurne est vendéen, et ça a l'air de bien coller entre eux.

 

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Jamais, jamais, jamais je n'aurais pu avoir cet emploi du temps. Mais chacun ses tares, moi c'est en thème latin et en linguistique française que je m'éclatais.

 

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Le jardin des Plantes est juste en face : un peu d'air qu'il saura prendre, je l'espère...

 

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Les regarder s'adorer ces deux-là, le chat accepte d'elle bien plus que de moi, je me revois enfant à faire mener pis que pendre au chat de ma grand-mère, elle me regardait éclater de rire parce que je faisais courir son gros matou après le reflet du soleil en jouant avec un miroir...

 

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Lire aussi, toujours, mais ne pas toujours prendre le temps d'en parler ici.

 

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(oui chez moi les post-it sont tous horizontaux, à la hauteur de la ligne que je veux retrouver. Psychorigide si vous voulez, ou juste organisée)

 

En quelques mots :

 

Le théorème de Kropst, Emmanuel Arnaud, éd. Métailié, janvier 2012, 135 pages, prix : 14 €

Pas envie d'en parler parce que j'éxècre cette mentalité des prépas, pas forcément des élèves, mais du système tel qu'il est fait. Oui je sais, mon fils vient d'y entrer. En est ravi, dopé par cette stimulation intellectuelle, fatigué déjà sans doute aussi, l'avoir vu 30 heures à la maison et déjà soucieux, enfin vu seulement à table, enfermé dans sa chambre le reste du temps à faire des maths et de la physique, et y penser tout le temps, y compris en mangeant. Même s'il l'a choisi, comme il dit. Ça ne m'empêche pas de rester critique, dans cette situation paradoxale d'avoir accepté cette orientation formatée par le système éducatif français, poussée par ses enseignants, désirée par lui, encouragé par son entourage.

Donc le théorème de Kropst parle de la vie en maths sup, et de tous les moyens qui sont bons pour réussir, même les plus malhonnêtes. Le roman est pas mal, c'est le sujet qui m'énerve.

 

p. 96 : « Parce qu'il sait depuis des mois que la prépa est profondément injuste, qu'elle n'est pas cet univers de pure objectivité qu'il imaginait quand il était en classe de terminale. Au départ en septembre, il croyait naïvement que tout se jouerait à égalité entre quarante cerveaux survoltés s'affrontant par devoirs de maths et de physique interposés. Une compétition dure, mais noble, où seuls les cœurs vaillants seraient récompensés. Une ambiance somme toute comparable aux Chevaliers du Zodiaque, le dessin animé japonais qu'il regardait à la télévision quand il avait dix ans. Dans les faits, rien à voir. Il a rapidement compris la situation : les dés sont pipés dès le premier jour, ou presque. Dans la classe on trouve déjà, on l'a dit, une dizaine d'ex-élèves des terminales du lycée Louis-le-Grand, dont la fameuse TS1, qui ont pendant deux ans préparé l'intégralité du programme de maths sup. Ils ont une bonne année d'avance sur le reste des élèves. C'est normal ? A côté d'eux, ou en même temps, car rien n'interdit de cumuler les avantages, au contraire, se dressent une vingtaine d'élèves dont l'un ou l'autre des parents sont professeurs de mathématiques en prépa ou bien anciens élèves de l'ENS. Ceux-là ont été programmés depuis l'âge de dix ans pour entrer à Polytechnique et leurs parents leur ont également déjà enseigné toutes les ficelles de maths sup. Ce sont de vrais robots, d'ailleurs en général leurs frères et sœurs aînés ont déjà tous intégré l'X. Ça aussi, c'est normal ? Et ceux qui n'appartiennent à aucune de ces deux catégories composent la brochette d'authentiques surdoués étrangers au QI supérieur à 130, du type de Spirikov. Tous sur un pied d'égalité en septembre, c'était bien cela l'idée, n'est-ce pas ? Les salopards. Alors quand à côté on est un pauvre élève de banlieue dont les parents sont fonctionnaires de base, et qu'on ne dispose pas d'un QI de 200, qu'est-ce qu'on fait ? On s'écrase ? On se laisse marcher dessus par toute la classe pendant un an, on finit trentième et on est viré à la fin de l'année en se consolant benoîtement en pensant « Merde qu'est-ce qu'ils étaient forts dis donc à LLG ! Vraiment y a rien à faire contre de pareils génies! J'suis déjà bien content d'avoir pu les connaître un an dans ma vie ! » ? »

 

La réparation, Colombe Schneck, Grasset, 212 pages, prix : 17 €

J'aime beaucoup Colombe Schneck, du moins la journaliste que j'ai connue à Arrêt sur images, avec Daniel Schneidermann il y a pas mal d'années (1995-1997, merci Wikipedia). Mais ce roman est si personnel, si autobiographique, que je n'y trouve pas ma place en tant que lectrice. Oui c'est la Shoah, oui c'est terrible, mais le pivot du livre (pourquoi et comment, sur quels choix, est morte la petite Salomé) tarde trop à venir. Le reste, c'est une histoire personnelle. Celle de l'auteur et de sa famille, sans que je parvienne à y trouver une portée universelle, celle de la grande Histoire. Dommage, j'y vois plus une thérapie personnelle qu'un roman.


Franck Pavloff, L'homme à la carrure d'ours, Albin Michel, janvier 2012, 202 pages, prix : 15 €

Voilà typiquement le genre de roman qui a priori ne m'intéresse pas (tout ce qui est trop loin de moi, paysages et modes de vie) mais que j'ai lu dans le cadre d'un jury de prix littéraire. Et il est hérissé de post-it, tant j'ai relevé de belles phrases, de passages sur lesquels revenir. C'était pas gagné, je n'aime pas quand je ne comprends rien dès les premières pages, qui fait quoi, qui est qui, pourquoi, mais un peu de persévérance et l'effort est récompensé. Intriguant, très bien écrit, peut-être un peu trop lyrique et contemplatif de cette nature arctique, au détriment de l'enjeu politique du roman.

 

Jean-Luc Coatalem, Le gouverneur d'Antipodia, Le dilettante, janvier 2012, 188 pages, prix : 15 €. Là encore, un livre à mille lieues de mes choix habituels, lu dans le cadre d'un jury littéraire. Mais cette fois une vraie belle découverte, et paradoxalement si familière, un cousin éloigné ayant vécu cette quasi même expérience en terre australe ! La vie si particulière de ces deux hommes très différents, l'isolement, la rudesse du climat, le troisième homme qui apparaît, et la tension qu'on sent poindre.... Passionnant, bons personnages romanesques, et fascinant !

 

 

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Quelques livres jeunesse dans la collection des Premières lectures et des Premiers romans de chez Nathan jeunesse. Mention particulière pour Un amour sur mesure, de Roland Fuentès et Alexandra Huard, et Le jongleur le plus maladroit, d'Evelyne Brisou-Pellen et Nancy Peña. (août 2012)

Un amour sur mesure m'a plu d'emblée pour ses illustrations (je trouve l'histoire sur l'acceptation des différences plus conventionnelle) mais ma curiosité est piquée désormais pour les dessins d'Alexandra Huard. Le jongleur le plus maladroit réunit qualités du récit (Moyen-Age, humour, lutte contre l’injustice) et de l'illustration : les deux m'ont beaucoup plu !

(Collection valeur sûre à la bibliothèque, qui plaît autant aux parents – qui sont guidés par le repérage des âges, le code couleur des sous-collections – qu'aux enfants qui s'attachent à l'une ou l'autre série et aux personnages qu'ils retrouvent. (quelques titres isolés comme les deux cités, mais aussi des séries, il y en a pour tous les goûts !)

 


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L'inconscience - Thierry Hesse

27 Août 2012, 06:36am

Publié par Laure

inconscience_hesse.jpgIssus d’une famille catholique traditionnaliste (dont l’auteur nous fait une succulente présentation dans le premier chapitre), Marcus et Carl sont deux frères devenus adultes (quinquagénaires même !) que bien des choses séparent. Marcus, l’aîné, a quitté Metz pour s’installer à Roubaix, où il enseigne l’ethnologie et préfère papillonner avec ses étudiantes que fonder un foyer. Carl, son cadet de deux ans, s’est au contraire marié et a eu des enfants, et a travaillé des années dans une société d’assurances mutualistes. Un grand bouleversement intervient dans vie avec l’arrivée d’un nouveau collaborateur, Jean-Jacques Stern, qui le dévoie pour monter sa société, et plus avec affinités. Dès le deuxième chapitre du roman, on apprend que Carl est dans le coma suite à une chute de la fenêtre d’un immeuble, sans davantage d’explications…

 

Si j’ai beaucoup aimé le début du roman, intriguant et qui capte d’emblée le lecteur, je suis au final bien plus partagée. Le roman consiste en un long retour en arrière sur la vie des deux frères, leur personnalité, leur environnement professionnel et sociétal, et cet emboitement dans la construction, au moyen de digressions que j’ai trouvées souvent beaucoup trop longues, finit par égarer un peu. Je suis déçue par la fin également, surprenante pirouette, mais qui me laisse un goût amer de « tout cela pour ça ». Ce n’est donc pas le coup de cœur espéré, alors que le début présageait pour moi du meilleur. Dommage.

 

logo on vous lit toutLu en juin 2012 dans le cadre de l’opération On vous lit tout !, organisée par Libfly et le Furet du Nord

  

 

Ed. de l’Olivier, août 2012, 324 pages, prix : 19,50 €

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Crédit photo couverture : © éd. de l’Olivier

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