Les jardins d'Hélène

Traverser la nuit - Martine Pouchain

6 Mars 2013, 09:57am

Publié par Laure

traverser-la-nuit.jpgIl est rare que je ne termine pas un roman jeunesse, je suis plutôt convaincue du genre que je trouve bien plus engagé que les parutions actuelles en littérature générale. Il y a longtemps que je n’avais pas alimenté la rubrique « les commencés jamais finis », pourtant, il y en a des romans que je commence et que je ne finis pas, mais ils ne valent souvent pas la peine d’en parler. Non, la rubrique n’a de sens que lorsque vraiment je m’attendais à un très bon roman et que, allez savoir pourquoi, avec moi et à ce moment-là, ça n’a pas fonctionné.

J’avais déjà lu et apprécié Martine Pouchain (la ballade de Sean Hopper, Johnny) et je suis habituellement curieuse de la collection Exprim’, mais là j’ai jeté l’éponge page 106 (sur 219), après moult interruptions, reprises, non vraiment, je m’ennuyais trop.

 

Vilor est un jeune flic de 25 ans qui travaille dans une bourgade du Nord de la France. Un enfant du village voisin, qui connaît tout le monde et que tout le monde connaît. L’ancien maire Jacques Jaron est découvert mort, assassiné, et Vilor va mener l’enquête. Mais bien plus qu’une enquête, c’est la vie du village qui est décrite, ses personnages, parmi lesquels l’envoutante Blanche, 17 ans, fille du défunt, qui ne laisse aucun homme indifférent, à commencer par Vilor…

Je pensais lire le déroulement d’une enquête, et en une centaine de pages je n’ai vu qu’anecdotes de campagne (et dans l’Ouest rural où je vis je connais bien), présentation de personnages, d’ailleurs le personnage central ne serait-il pas plus exactement cette Picardie rurale, avec son patois qu’on déchiffre lentement à la lecture mais qu’on imagine bien à l’oral et qu’on comprend sans peine ? (le petit lexique picard en fin d’ouvrage qui traduit les phrases en patois du livre n’est pas indispensable)

Le rythme est lent, très lent, trop lent.

Je suis allée lire la fin, « épilogue(s) » pour connaître mobile et coupable. Mais la première moitié n’a pas su me retenir. Ça arrive.

 

L’avis enthousiaste de Sophie / Fantasia 

 

Sarbacane, coll. Exprim’, mars 2012, 219 pages, prix : 15,50 €

Crédit photo couverture : © Florence Caplain et éd. Sarbacane

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Les vingt-cinq vies de Sandra Bullot – Colas Gutman

5 Mars 2013, 11:27am

Publié par Laure

25-vies-de-Sandra-Bullot.jpgPour être décapant, ce roman ado l’est à la puissance dix ! Complètement barré, inattendu, non politiquement correct, drôle, et finalement touchant car derrière ce clown de Sandra qui se cache derrière l’humour, il y a une ado de seize ans qui se cherche et ne s’aime pas beaucoup…

Elle est drôlement entourée Sandra, une mère actrice surnommée Catherine Deneuve et qui n’est pas fichue de retenir la seule phrase qu’elle doit prononcer dans un téléfilm débile, un père dépressif qui passe ses journées au lit à manger des chips et à échanger des mails avec une Natacha833, un petit frère prénommé Ao (non ce n’est pas une marque de déodorant), une copine un peu trop douée au nom imprononçable (Désirée Rathanavana), un amoureux transi et anonyme qui se cache derrière le pseudo d’Endive au Jambon, ce plat que tout le monde déteste, etc… Ah non, elle n’a pas la vie facile Sandra. Alors elle s’en invente plein, du lombric à Sandra Bullock (puis Bullot) en passant par une vie de caniche royal, de fourmi neurasthénique, de gazelle rusée comme un renard, (etc. encore).

Ça déborde de jeux de mots, de langue qui fourche, d’(auto)critique et de réparties bien balancées, ça  ressemble à du grand n’importe quoi, mais ça a le mérite d’être frais, novateur, à contre courant, et pour cela séduisant. Une lecture d’une traite au cours de laquelle je me suis souvent demandé si j’adhérais ou pas, mais j’ai aimé être bousculée justement par ce récit hors norme, alors oui ! D’autant que tenir la longueur sur un tel rythme, c’était pas gagné non plus, et Colas Gutman y parvient haut la main.

 

Les avis de Sophie (et Fantasia) (avec de savoureux extraits) et Clarabel  

 

Du même auteur sur ce blog : Je ne sais pas dessiner, Journal d'un garçon, Les chaussettes de l'archiduchesse, L'enfant

 

L’école des loisirs, coll. Medium, septembre 2012, 160 pages, prix : 8,50 €

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Crédit photo couverture : © Marc Boutavant et l’école des loisirs.

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Les araignées du soir - Elsa Flageul

3 Mars 2013, 18:24pm

Publié par Laure

 

araignées du soirVictor a rencontré Véra quand il avait 12 ans, en classe de 6ème. Il est tombé amoureux d'elle immédiatement. Mais Véra va en aimer d'autres, et Victor reste patient, ami et confident. C'en est trop quand à 18 ans, elle lui confie sa liaison avec un homme marié qui a le double de son âge : Nigel.

Roman à quatre voix (enfin trois surtout, Nigel ne prenant que très peu la parole), le drame est reconstitué par les récits successifs de Victor, de Violette (l'épouse trompée), de Véra, l'amante, et de Nigel, l'écrivain marié. Ce n'est au final qu'une histoire banale d'adultère assortie d'un quatrième mousquetaire dans le rôle de l'amoureux transi, au geste vengeur décisif.

Je reste mitigée sur ce roman, s'il y a de très bons passages dans la dernière partie (le récit de Véra, la lettre de Violette), il y a eu aussi pour moi beaucoup d'ennui, de vide et de creux. Je ne dois d'être allée au bout qu'à la brièveté de l'ouvrage. L'enchâssement est bien construit, même si le procédé n'est pas très original, on pourra regretter que les 4 voix différentes aient toutes le même ton. On s'en expliquera par la mise en abyme en final du roman (l'écrivain...). Mouais. Forces et faiblesses se mêlent.

 

Et je sais que je suis pénible avec ça, mais quand je suis heurtée par la première phrase, j'ai tendance à faire ma difficile jusqu'au bout : « Ma rencontre avec Véra, je me souviens, j'ai douze ans. » Je me souviens ? Je m'en souviens ? On se souvient de quelque chose, on se rappelle quelque chose. La tournure revenant à chaque nouvelle partie suivante (voix de chaque personnage), on dira que c'est un gimmick volontaire. Certes la tournure transitive directe est acceptée, mais rare (donc ce n'est pas une faute), et sur le moment, elle m'a gênée :

"Note : Ce verbe est en principe transitif indirect (avec la préposition de ou le pronom indirect inversé en), contrairement à se rappeler qui est en principe transitif direct.

  • Toutefois, des utilisations transitives directes sont parfois relevées, pour se souvenir quelque chose lorsque l’objet du souvenir dans le passé est resté agréable ou lorsque le narrateur exprime de la nostalgie ou un espoir ; cela reste dans un registre plutôt soutenu, et ce registre peut être renforcé par la forme impersonnelle. L’objet du souvenir doit alors être cité mais ne peut pas être représenté par un simple pronom ; le verbe devient synonyme de revenir (employé de façon figurée, mais lui aussi dans sa forme impersonnelle et transitive directe). Il me souvient mes anciennes amours."

(source : http://fr.wiktionary.org/wiki/se_souvenir)
Que penser alors de ces phrases, page 120 : « Et moi Véra, qui aie cette peur-là, qui aie cette honte-là, ce jour-là je suis si émue par cette fraternité impromptue entre nous que je prends la décision de l'embrasser. » Que vient faire ce subjonctif présent « aie » ? un indicatif « ai » aurait convenu, non ? Si je remplace par l'auxiliaire être ou par un pluriel, ça ne fonctionne pas : « Et moi Véra, qui sois … non, qui suis ! »
p. 135 : « en face on s'impatiente, sont-ils nul ceux-là, (…) ne sont-ils pas mous... » On peut mettre un S à nul, non ?
Alors oui, je sais bien qu'aujourd'hui tout le monde s'en moque, que ce n'est pas cela l'important, que c'est la qualité de l'histoire qui compte, blablabla, que de toute façon dans dix ans plus grand monde ne lira et qu'aujourd'hui déjà les mômes ne savent pas écrire en sortant de 6ème, alors « aquoibon » être casse-pieds avec l'orthographe et la grammaire hein... Je ne sais pas, question de rigueur et de sérieux conféré à l'image de la maison peut-être. Mais 18 euros un ouvrage imprimé en caractères taille 14 (à vue de nez), avec plein de pages blanches, dans une grande maison parisienne qui devrait avoir les moyens de payer des correcteurs, hum...
Je sais, l'éditeur et d'autres viendront hurler que ça peut arriver, qu'il faut être tolérant, …. Allez-y, hurlez, j'ai le dos large. (Et comment font les maisons qui publient encore sans faute ?)
Tiens d'ailleurs, rien à voir mais je ne réalise qu'à l'instant que la page de garde manque sur ce titre que j'ai acheté d'occasion sur le net, le livre s'ouvre direct sur la page de titre. C'est propre, la découpe a été bien faite, je ne l'avais pas remarquée. Encore un SP dédicacé revendu ? (sans que bien sûr ce soit précisé dans la description, car autant je trouve normal de racheter d'occasion un livre à quelqu'un qui l'a payé, autant ça me choque de le faire auprès de quelqu'un qui ne l'a pas payé, et qui gruge son acheteur)
Il y a quelques semaines, chez un libraire d'occasion, j'ai posé la question : il n'y a que moi que ça gêne de trouver dans vos bacs des exemplaires estampillés sur la tranche haute « exemplaire gratuit, ne peut être vendu » mais étiquetés d'un prix à 10 euros sur leur couverture ? Oui, apparemment il n'y a que moi que ça gêne car ils y sont toujours. Mais c'est un autre débat.
Je vais le mettre en don à la bibli, où il séduira je l'espère d'autres lecteurs.

 

Julliard, janvier 2013, 171 pages, prix : 18 €

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Crédit photo couverture : © éd. Julliard

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Je rachète ou pas ? (les cosmétiques du mois # 02-2013)

28 Février 2013, 19:21pm

Publié par Laure

Bilan cosmétique du mois de février, sur les produits que j'ai terminés : alors je rachète, ou pas ?

(comment cela je me suis gourée de blog ? Oui, peut-être)

 

Produits terminés février 2013

5 produits terminés ce mois-ci, avec des résultats mitigés...

 

deo spray lidlDéospray Baume 48h, Cien (Lidl), prix : je ne sais plus mais trois fois rien.

Je le trouvais plutôt sympa pour le prix, efficace, odeur neutre et pas trop forte, jusqu'à ce qu'un beau jour je me retrouve avec une grande brûlure sur la peau, façon méga coup de soleil. En plein hiver et sous les aisselles, hum... A part le déo, je ne vois pas ce qui aurait pu me causer cela ! Biafine pour réparer, fini épisodiquement longtemps après (en alternance avec un produit plus sûr) mais non, je ne rachèterai pas, mieux vaux être prudente !

 

Douche soin dove hiverDouche soin hiver Dove, « Winterpflege » acheté … en Allemagne, au DM de Kehl, prix : autour de 2 €, en tout cas nettement moins cher qu'en France, j'avais donc fait des stocks lors de mon passage.

Edition limitée, je ne retrouverai donc pas le même;-) Je l'aurais volontiers racheté, même si côté parfum et texture, j'ai préféré « mon soin cocooning » du mois dernier.

Ce soin douche d'hiver est plus neutre, et moins huileux, mais comme avec les produits Dove en général (pour mon expérience jusqu'à maintenant), il fait bien le job, pour un prix très raisonnable.

 

soin corps Etat Pur B60Soin modelant raffermissant corps, B60, Etat pur, prix : 16,20 €

J'aime beaucoup la démarche Etat pur et si je suis plutôt satisfaite de leurs actifs purs en petits flacons pour le visage, je suis déçue par ce soin corps. Texture très liquide, il s'étale très bien et pénètre très vite. Mais côté modelant raffermissant, aucun résultat, donc ça en fait un produit un peu cher, même s'il a un bon effet hydratant. D'autant qu'il ne dure pas très longtemps (150 ml seulement). Comme on ne lui demande pas seulement d'hydrater  : non je ne rachèterai pas.

 

Soin buste SAMPARCrème Bustier Satin, Sampar, 50 ml, prix indicatif : 65,90 €, acheté 15 € sur vente-privée (soldaient une ancienne formule peut-être?) Mais même à ce prix ultra privilégié, je suis très très déçue pour un produit de cette hauteur de gamme. Gros flacon rond sur le dessus duquel il faut pousser pour délivrer une dose de crème, texture assez riche mais qui pénètre bien, mais aucun autre résultat qu'un soin hydratant basique : à ce prix-là, il est clair que non, je ne risque pas de le racheter, même « soldé ».

(Pas de chance avec cette marque, j'avais déjà été très déçue par leur lait démaquillant

 

creme soin bio visage jonzacSoin léger Jeunesse immédiate, Sublimactive, eau thermale Jonzac, 40 ml, prix : 25,20 €. Reçu en test via le site beauté-test, excellente surprise que ce soin visage ! Peut-être une texture un poil trop riche pour moi (mais en hiver c'est OK), j'ai aimé : le principe du tube avec pompe airless scellée, le parfum neutre et léger, c'est une très bonne base de maquillage et un bon hydratant, même si pour l'effet jeunesse, il est difficile de se prononcer ! Cosmétique bio en plus, je n'étais pas spécialement sensible à cet argument, mais le test du produit m'a convaincue. Il existe en texture plus riche, et pour ma part je le rachèterais les yeux fermés s'il existait dans une formule juste un peu plus fluide, car cette formule-là peut me convenir en hiver, mais pas en été.

 

Un seul vrai coup de cœur pour ce mois donc, et une fidélité aux produits Dove qui semble bien partie....

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Une fille, qui danse - Julian Barnes

28 Février 2013, 16:08pm

Publié par Laure

Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin

 

une-fille-qui-danse.jpgJe n’avais jamais lu Julian Barnes, j’ai abordé celui-ci sur la foi d’un bon bouche-à-oreille, sans rien savoir de l’histoire, ni lire la 4ème de couverture (ce que je ne fais d'ordinaire jamais et qui de toute façon, en numérique, est bien cachée au fond du fichier ^^), et bien m’en a pris, j’ai trouvé là avec certitude mon premier très bon roman de l’année 2013.

J’y ai tout aimé, l’écriture, l’histoire, les personnages intrigants pour certains, ambitieux, la construction, les pièces du puzzle qui s’emboîtent les unes après les autres, et une fois la dernière page tournée, les premières phrases anodines de la première page qui font pleinement sens. Aucun détail gratuit, Julian Barnes est un virtuose.

Sur le contenu de l’histoire, eh bien je crois qu’on l’apprécie vraiment en le découvrant vierge de tout résumé, faites simplement confiance au bouche-à-oreille qui poursuit son chemin.

 

Facile, me direz-vous. "Elle s'est pas foulée". Peut-être. Mais le plaisir n’en est que meilleur. Lisez-le !

 

Mercure de France, février 2013 (1er DL nov. 2012), 192 pages, prix : 19 €

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Crédit photo couverture : © éd. Mercure de France

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La patiente - Jean-Philippe Mégnin

23 Février 2013, 17:29pm

Publié par Laure

 

la-patiente-megnin.jpgCamille D. , 32 ans, célibataire, directrice de collection chez un éditeur, se présente pour la première fois au cabinet de Vincent, gynécologue. Dès le premier regard dans la salle d'attente, il est frappé par un sentiment naissant d'insécurité, d'atmosphère pesante. Il lui confirme son début de grossesse.

P.17 : « Elle était presque absente de ce qui lui arrivait.

C'est pendant que l'aiguille descendait sur le cadran qu'elle m'a posé LA question.

- Gynécologue, c'est un choix professionnel un peu étrange, pour un homosexuel, non ? »

Le ton est donné, l'engrenage est lancé lorsque la patiente précise, en montrant la photo encadrée sur le bureau du médecin : « C'est David qui me l'a dit »

Malgré l'élégance du propos, et la justesse de l'ensemble, l'intrigue est immédiatement transparente, cousue de fil blanc, le trio qu'on comprend sans peine dès cette phrase de la page 19, la narration qui suit la trame attendue, jusque dans tous les clichés de Paris-Rive-Gauche-weeks-ends-en-Bretagne. Alors oui, une phrase choc vers les ¾ du livre vient retourner la situation, un peu à la façon de David Vann dans Sukkwan Island, vous savez le truc horrible que vous n'aviez pas vu venir et qui vous donne des frissons dans le dos, alors oui le roman n'est plus pareil, questionne davantage, interpelle, mais voilà, il ne reste plus guère qu'une quarantaine de pages avant la fin. Ça ne suffit pas après ¾ de roman sans surprise. Dommage, critiques élogieuses sur les blogs et engouement d'émissions littéraires, je partais confiante, en suis sortie assez déçue.

A moins de n'en retenir vraiment que les quarante dernières pages sur la réflexion de ce qui fait vraiment la filiation (liens du sang ou parents de substitution) et des autres sujets qui en découlent et que je ne veux pas dévoiler pour ne pas vous gâcher la découverte non plus, l'ensemble souffre pour ma part d'une trop grande partie bien huilée mais si convenue, même si c'est elle qui induit si bien en erreur.

On s'interrogera sur la manipulation (du personnage, du lecteur), on regrettera que ce fameux ressort intervienne si tard et si près de la fin.

 

Le Dilettante, septembre 2012, 157 pages, prix : 15 €

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Crédit photo couverture : © Marilou Laure et éd. Le Dilettante

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Vers une huitième année ...

17 Février 2013, 15:21pm

Publié par Laure

7 ans de blog qui s'achèvent... et une 8ème année qui commence.

Je ne sais pas si ça a encore un sens, à vrai dire je n'en cherche pas.

Je ne vois pas bien quoi répondre quand quelqu'un vient commenter un vieux billet d'il y a 6 ou 7 ans, ou même 3, sur un livre dont je ne me souviens même pas ...

Ce blog est peut-être juste le reflet du temps qui passe, après tout. Sans rien de plus.

 

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Un écrivain, un vrai - Pia Petersen

15 Février 2013, 10:34am

Publié par Laure

 

un-ecrivain-un-vrai.jpgA New York de nos jours, Gary Montaigu est un écrivain reconnu sacralisé par l’International Book Prize.

Mais pour aller plus loin encore et rendre accessible à tous la littérature (qui n’en rêverait pas ?), il accepte de participer à une émission de téléréalité, un écrivain, un vrai, qui montrera en direct son roman en train de s’écrire, et fonctionnera en interaction avec les téléspectateurs qui voteront, et influeront sur le scénario. L’image est devenue reine, le « j’aime, je partage » d’un site bien connu est la seule pensée restante, le storytelling a pris le pas de la création.

Fortement pressé par sa femme Ruth, opportuniste, ambitieuse, attirée par les paillettes, la gloire et la reconnaissance de « femme de », persuadée que sans elle son mari ne serait rien, jusqu’où l’écrivain pourra-t-il aller dans cette compromission ? Il étouffe, ne se reconnaît plus, ne peut plus écrire.

 

Mêlant deux temps différents, le début de l’émission, et la reprise du tournage quelques mois plus tard après un mystérieux accident dont on n'aura les clés que vers la fin, le roman interroge sur la place de la littérature de nos jours, l’omniprésence de l’image, de la facilité et de l’immédiateté, avec un constat assez peu optimiste mais des plus réalistes face à l’indigence télévisuelle qu’on nous sert. Le tout servi avec subtilité.

Ironique, salutaire, à la fois déprimant et réconfortant (où en est-on arrivé et faut-il encore se battre ?), je ne vous dévoile pas la fin, mais combien seront-ils à y croire encore ?

 

p. 22 : « Il avait longuement hésité avant d’accepter le projet mais aujourd’hui il était content d’avoir signé le contrat. Ce n’était plus possible pour la littérature de tourner le dos au monde afin de se préserver face aux nouveaux modes de communication et aux nouveaux supports, le monde changeait à une vitesse vertigineuse, devenait à chaque seconde de plus en plus incompréhensible et insaisissable. Il y avait un sacré boulot pour les écrivains. Miles fit claquer sa langue en signe d’approbation. »

 

p. 47 : « Gary posa ses mains à côté du clavier et attendit mais sa tête était vide. Les caméras tournaient et lui, il ne bougeait pas. Quel échec. Pourtant il trouvait toujours l’idée d’une téléréalité intéressante. Il parlait de livres, de romans, il rendait accessible la capacité des écrivains à transformer leur vision du monde en réflexion, en fiction. La littérature était enfin à la portée de tous et reflétait la société. Mais cette intrusion systématique dans son travail était insupportable. Il ne savait plus où il en était. J’aime, je partage. Apparemment il n’y avait pas eu beaucoup de j’aime la veille. Miles n’était pas content. »

 

p. 59/60 : « Avec son émission de téléréalité il écrivait son roman en direct. Y avait-il des conséquences sur son écriture ? Gary réfléchit un long moment et une fois qu’il eut fini de réfléchir il dit avec beaucoup d’émotion dans la voix qu’il était vigilant quant à son travail de romancier et que bien évidemment cela influait sur son écriture. Il devait prendre en compte tous les avis et son roman se réduisait au fur et à mesure et tout ça pour séduire le télé-lecteur. Il fabriquait désormais de la banalité, en faisait une star, un mythe. Les idées de son roman étaient ordinaires, petites, sans complexité. L’exaltation de la médiocrité. (…) »

 

p. 123 : « Gary retourne sa chaise et contemple la feuille vide devant lui. Il se tâte pour écrire mais à quoi bon ? ça ne sert plus à rien. Le monde sombre dans l’ignorance, dans la déshumanisation, dans le totalitarisme, dans l’obsession de la sécurité, dans le profit, les hommes sont réduits à n’être plus que des vecteurs économiques, il y a trop d’hommes et ils ne comptent plus du tout, l’esprit critique n’est plus possible, remplacé par j’aime, je partage et lui, il se demande si ça sert encore à quelque chose d’écrire. À une époque, il pensait que la littérature contribuait à la construction de la société, qu’elle apportait une vision des choses. Elle était cet intervalle où il était encore possible de penser en continu, avec un fil conducteur. L’image, le mot par l’image, la transparence, la confession, accepter l’idée que l’image l’ait emporté, l’envie de baisser définitivement les bras, ne plus désirer changer le monde. Et maintenant ? »

 

p.135 : « Deux jeunes achetaient un sandwich au stand d’un vendeur ambulant et le regardèrent bizarrement quand il passa à côté d’eux. En ralentissant il leur demanda s’ils lisaient des livres mais ils ne dirent rien, ils l’observèrent juste.

Non ? C’est bien ce que je pensais. Vous pouvez regarder mon roman à la télé. On n’a plus à s’embêter à lire. C’est le début du repos éternel pour le cerveau. Les grandes vacances. »

 

Une résonance particulière avec mon quotidien professionnel encore particulièrement éprouvé ces derniers jours (non les élèves d’une classe de 4ème ne sont plus capables de lire un roman ado contemporain de 300 pages, prévenus 6 semaines avant de la rencontre avec son auteur et moins d’un tiers du groupe l’aura lu au moment d’en débattre avec l’auteur – alors s’ils n’y arrivent pas sur un roman, comment voulez-vous qu’ils y arrivent sur 10 romans d’un prix des lecteurs sur une année scolaire… Et ce n’est pas du Balzac hein, mais de la fiction contemporaine d’auteurs reconnus en littérature jeunesse)…

Résonance réitérée par Philip Roth dans son interview au Monde ce 14 février 2013 dans cette réponse à la question :

 

"On achète toujours des livres, mais les lit-on vraiment ?

 

Un vrai lecteur de romans, c'est un adulte qui lit, disons, deux ou trois heures chaque soir, et cela, trois ou quatre fois dans la semaine. Au bout de deux à trois semaines, il a terminé son livre. Un vrai lecteur n'est pas le genre de personne qui lit de temps en temps, par tranches d'une demi-heure, puis met son livre de côté pour y revenir huit jours plus tard sur la plage. Quand ils lisent, les vrais lecteurs ne se laissent pas distraire par autre chose. Ils mettent les enfants au lit, et ils se mettent à lire. Ils ne tombent pas dans le piège de la télévision, et ils ne s'arrêtent pas toutes les cinq minutes pour faire des achats sur le Net ou parler au téléphone. Mais c'est indiscutable, le nombre de ces gens qui prennent la lecture au sérieux baisse très rapidement. En Amérique, en tous cas, c'est certain.

 

Les causes de cette désaffection ne se limitent pas à la multitude de distractions de la vie d'aujourd'hui. On est obligé de reconnaître l'immense succès des écrans de toutes sortes. La lecture, sérieuse ou frivole, n'a pas l'ombre d'une chance en face des écrans : d'abord l'écran de cinéma, puis l'écran de télévision, et aujourd'hui l'écran d'ordinateur, qui prolifère : un dans la poche, un sur le bureau, un dans la main, et bientôt, on s'en fera greffer un entre les deux yeux. Pourquoi la vraie lecture n'a-t- elle aucune chance ? Parce que la gratification que reçoit l'individu qui regarde un écran est bien plus immédiate, plus palpable et terriblement prenante. Hélas, l'écran ne se contente pas d'être extraordinairement utile, il est aussi très amusant. Et que pourrions-nous trouver de mieux que de nous amuser ? La lecture sérieuse n'a jamais connu d'âge d'or en Amérique, mais personnellement, je ne me souviens pas d'avoir connu d'époque aussi lamentable pour les livres – avec la focalisation et la concentration ininterrompue que la lecture exige. Et demain, ce sera pire, et encore pire après-demain. Je peux vous prédire que dans trente ans, sinon avant, il y aura en Amérique autant de lecteurs de vraie littérature qu'il y a aujourd'hui de lecteurs de poésie en latin. C'est triste, mais le nombre de personnes qui tirent de la lecture plaisir et stimulation intellectuelle ne cesse de diminuer."

  

Propos recueillis par Josyane Savigneau et traduits par Lazare Bitoun, © Le Monde

Interview en français et accès à l’intégralité de l’interview en anglais ici 

  

À lire également sur le roman de Pia Petersen : l’excellent billet d’In cold blog, avec d’autres extraits.

 

Actes Sud, janvier 2013, 214 pages, prix : 20 €

Etoiles : stars-4-0. V192553758

Crédit photo couverture : © Rodney Smith et éd. Actes Sud

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Mademoiselle Zazie a des gros nénés – Thierry Lenain (ill. de Delphine Durand)

8 Février 2013, 16:38pm

Publié par Laure

mademoiselle-zazie-a-des-gros-nenes.jpgMademoiselle Zazie est de retour ! Et elle est très énervée : elle n’en peut plus de toutes ces femmes en maillot de bain ou posant en lingerie, à moitié nues, sur les publicités des murs de la ville. Max, l’amoureux de Zazie, y jette un tout autre regard et leur donne même des notes ! Avec une préférence pour celles à gros seins qu’il embrasse juste là où il faut ! C’en est trop pour Zazie qui l’invite à un défilé privé, avec un  soutien gorge piqué à sa mère et des escarpins à talons. Sans succès, fou rire garanti, Zazie n’a pas fait illusion avec les pamplemousses qui roulent par terre !

Mais elle n’a pas dit son dernier mot et lui joue un drôle de tour avec ses lunettes pour voir les hommes tout nus dans la rue et les noter elle aussi…

Une jolie dénonciation des apparences, du culte de la beauté, de l’intime et du public, de la « sexytude » et des pubs dénudées pour vous vendre tout et n’importe quoi, motif de la querelle entre Max et son amoureuse. Et attention, on ne touche pas à leurs parents non plus, vengeance garantie !

C’est toujours un plaisir de retrouver ces deux p’tits amoureux. Avec une Zazie en guerre contre les machos et la représentation des femmes, ce nouvel épisode est engagé mais non sans humour !

 

Nathan, coll. Premiers romans, février 2013, 29 pages, prix : 5,60 €

Etoiles : stars-4-0. V192553758

Crédit photo couverture : © Delphine Durand et éd. Nathan

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Le chat beauté – Florence Hinckel (illustrations de Joëlle Passeron)

7 Février 2013, 07:27am

Publié par Laure

chat-beaute.jpgUn premier tome existe, qui présente le chat nommé Pitre. On peut tout aussi bien lire ce titre sans connaître le précédent.

Pitre est donc un chat de gouttière bien choyé de ses maîtres, et notamment de sa petite maîtresse Sidonie, 8 ans. Sidonie a la grippe, clouée au lit, et c’est son papa qui la garde. Un papa nommé Jérôme, qui profite de ce temps à la maison pour s’occuper de la maison et du jardin. Pitre n’en perd pas une miette, bien lové sur son coussin derrière la fenêtre, surtout quand le snob et racé chat Malo de la voisine se trouve mêlé à l’histoire.

Malo est une bête de concours, apte à remporter tous les trophées. Mais suite à une brouille entre maîtres voisins, il ne sera pas dit qu’il aura toujours le dernier mot. C’est ainsi que Pitre se retrouve bien malgré lui embrigadé par ses maîtres pour participer à ce fameux concours félin de beauté.

Chat beauté, Botté ou Potté, c’est avant tout d’humour dont il est question, car Pitre ne se laisse pas faire et n’a pas sa langue dans sa poche ! Situations truculentes en vue dans les allées du concours, et surprise sur la scène finale !

Roman sympathique pour les 8-10 ans, de lecture facile et enjouée, qui séduira sûrement les jeunes amoureux des chats.

La maison Nathan gagnerait toutefois à revoir un peu la qualité de son papier, qui donne pour cette collection de petits romans une image peu soignée et l’impression d’ouvrage « jetable » (enfin je trouve).

  

L’avis de la féline Fantasia

 Lire le début du roman : ici  

 

Nathan, janvier 2013, 76 pages, prix : 5 €

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Crédit photo couverture : © Joëlle Passeron et éd. Nathan.

 

 

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