Les jardins d'Hélène

Barbe bleue - Amélie Nothomb

4 Octobre 2012, 19:03pm

Publié par Laure

barbe-bleue.jpgLe cru 2012 d’Amélie Nothomb serait-il sponsorisé par le groupement des grandes marques de vins de Champagne ? En tout cas, avec autant de name dropping au décimètre carré imprimé, on finit par s’en agacer. Il démarrait bien pourtant, ce conte de Barbe Bleue revisité avec une Saturnine locataire aussi sûre d’elle-même qu’intelligente et cultivée. Les dialogues avec son logeur Don Elemirio Nibal y Milcar, alliant les plaisirs gustatifs au répondant et à la provocation oratoire, j’y ai goûté bien volontiers. Dommage que le dernier tiers bascule un peu trop dans le grand n’importe quoi, même si l’ensemble se tient dans un triomphe intellectuel qui ne finit par plaire qu’aux héros eux-mêmes, laissons Saturnine et Don Elemirio à leur délire, et le lecteur passer à autre chose.

Meilleur que les années précédentes, sans jamais rattraper les splendeurs des débuts.

 

Albin Michel, août 2012, 169 pages, prix : 16,50 €

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Crédit photo couverture : © Pablo Zamora / S Moda éd Conelpa  / et éd. Albin Michel

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L'ombre de l'autre femme – Dorothy Koomson

1 Octobre 2012, 10:23am

Publié par Laure

 

Traduit de l'anglais par Maud Ortalda

 

ombre-de-l-autre-femme.jpgParfois il me vient l'idée saugrenue d'aller jeter un œil aux best-sellers France Loisirs, ces avant-premières lancées à grand coup de pub et de promos, vous annonçant forcément des heures de bonheur de lecture et vous laissant entendre que si vous ne cédez pas à l'appel, vous ratez le meilleur de la littérature d'aujourd'hui.


Hum. Quand j'ai commencé ce roman, j'ai bien cru que je ne dépasserais pas les 50 premières pages, tant je l'ai trouvé mal écrit. Ou peut-être mal traduit, je n'ai que la version française, © éd. Belfond 2012, j'imagine donc que le roman sortira prochainement chez Belfond. J'espère juste qu'ils auront revu la traduction d'ici-là, parce que comment dire....

p. 66 : « Il se tut et ses yeux montèrent jusqu'au ciel, comme si ses qualités étaient écrites quelque part dans l'air pour pouvoir les réciter. » Je lève parfois les yeux au ciel, mais de là à monter au ciel..

p. 69 : "En attachant ma ceinture je m'aperçus que si je l'avais rencontré dehors si tôt, cela signifiait qu'il rentrait certainement de chez quelqu'un. Mon estomac se remplit de glace liquide et se retourna un peu." De la glace liquide tiens donc...

p. 102 : « l'accident a été causé par un homme qui utilisait son téléphone tout en conduisant sa voiture ; il a mal évalué la distance entre la sienne et la nôtre et il a exécuté une manœuvre irresponsable. » Bref, il téléphonait en conduisant quoi. On se doute bien vu l'accident déjà décrit qu'il n'était pas à vélo.

p. 171 : « Si elle ne se souvient jamais de ce que j'ai fait après l'accident, alors aucune autre femme que j'aime ne me regardera jamais plus avec tant de haine ». Celle-là, j'ai beau la tourner dans tous les sens, enlever des négations, les remettre, je ne comprends rien.

p. 174 « J'ai pensé que tes ongles ont dû être négligés ces deux dernières semaines. » y a pas un problème de concordance des temps ?

p. 503 « et pourtant vous avez la photo du mariage dans ton salon ». Vous = ses beaux-parents, ils sont toujours ensemble donc "votre" salon ? Et quand bien même ce serait un vous de politesse (c'est une scène avec sa belle-mère), pourquoi tout à coup un « ton » salon ?

 

Bon, une fois cela oublié, eh bien, le roman n'est pas mal du tout. Genre roman noir sentimental pour un bon moment de lecture, ce n'est pas le chef d’œuvre littéraire du siècle non plus. Si le début est franchement bancal, il gagne réellement en densité et intérêt avec l'apparition des journaux intimes d’Ève. Un court résumé pour situer : Libby réchappe d'un accident de voiture au cours duquel son mari conduisait. Sa première épouse étant décédée quelques années auparavant dans des circonstances inexpliquées, il n'est pas exclu que Libby soit en danger et son mari un dangereux criminel... En tout cas on nous le laisse entendre, y compris la police qui mène les interrogatoires. ça tarde un peu à démarrer, mais le réel intérêt du livre est bien la lecture insérée des journaux intimes d’Ève, la première épouse, que Libby retrouve bien cachés dans la maison. L'auteur réussit alors à tenir son lecteur en haleine jusqu'au bout, avec une intrigue retorse et riche qui tient la route, des cahiers intéressants et bien mieux écrits (traduits?), avec une fin claire et fermée sur laquelle le lecteur rage de ne pouvoir influer (!), car si elle est tout à fait satisfaisante, on aimerait je crois aller plus loin encore...

 

(Tiens je profite du sujet pour donner ce lien qui traduit bien le nouveau monde dans lequel on vit )

 

France Loisirs, août 2012, 542 pages, prix : 19,50 €

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Crédit photo couverture : © Patricia Turner / Arcantel Images / dpcom.fr / éd. France Loisirs

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Jeu de Gamins, Scénario et dessins Mickaël Roux (2 tomes parus)

30 Septembre 2012, 17:01pm

Publié par Laure

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Tome 1 / Les Pirates stars-4-5__V7092073_.gif

 

Trois gamins passent tout leur temps libre ensemble, s’inventant des jeux avec trois fois rien. Dans ce tome 1, ils jouent aux pirates et leur navire est un carton. Ils ont le déguisement qui va avec : un grand chapeau à tête de mort pour le capitaine chef de bande Max, des bandanas pour ses moussaillons Théo et Léon. Ils bravent toutes les attaques en frémissant à peine quand un requin les dépasse (un pauvre matou tigré qui passait par là) ou face aux vagues déchaînées qui ne sont autres que les arbres qui les entourent. Ils sont toujours entre eux, et quand une fille pointe le bout de son nez, c’est pour semer la zizanie. La réalité les rattrape parfois, quand il faut travailler pour son contrôle de maths ou passer sous la douche après ces rudes journées de pirates !

De l’imagination ils n’en manquent pas, c’est frais, léger, simple, le dessin est classique et clair. Cet album plaira aux enfants dès 7 ans et attendrira les parents qui se souviendront de leurs jeux de gamins, sans écrans et bidules sophistiqués. Les saynètes tiennent sur une planche, avec en général une bonne chute finale. On rit et on sourit souvent.

Une BD familiale par excellence !

 

Lire un extrait


Et chaque tome annonce la thématique du suivant en dernière page : en avant les cow-boys !

 

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Tome 2 / Les cow-boys stars-3-0__V7092079_.gif

 

Revoilà notre trio infernal qui cette fois joue aux cow-boys, et tant qu'à faire, un peu aux indiens aussi. Les chevaux sont de bons gros balais (attention à la balayette des WC devenue poney!) et les fléchettes sont en plastique. Peut-être un peu moins drôle que le premier tome (c'est aussi l'avis de Mosquito) mais ça se laisse lire avec toujours autant de bonheur. On attend de bon cœur le tome 3 qui parlera, je vous le laisse deviner, de... :

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Editions Bamboo, janvier 2012 pour le tome 1, août 2012 pour le tome 2, 48 pages chaque, prix : 10,60 € chaque.

Crédit photos : © Mickaël Roux et Bamboo éd.

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L'attachement - Florence Noiville

12 Septembre 2012, 20:06pm

Publié par Laure

 

attachement-noiville.jpgMarie, quarante neuf ans, a perdu la vie dans un accident de voiture. Sa fille Anna n'avait que quatorze ans à l'époque. Aujourd'hui âgée de vingt ans, la jeune étudiante en médecine vient se mettre au vert dans la maison de campagne familiale et retrouve un coffret de lettres ayant appartenu à sa mère. Elle va peu à peu reconstruire l'histoire de la passion controversée qu'a vécue sa mère à l'âge de dix-sept ans, avec H., son professeur de lettre qui avait trente deux ans de plus. Anna n'aura de cesse d'interroger sa grand-mère, sa tante et ceux ayant connu H., dans l'idée de le retrouver et de mieux comprendre sa mère.

Très joliment construit, les voix de la mère et de la fille se répondent par fragments, de la lettre retrouvée jamais envoyée aux récits des personnes interrogées par Anna, pour refaire le puzzle de cet amour incompris ou méjugé. Certains personnages ne sont pas suffisamment creusés, comme l'épouse de H. qui était au courant et vivait « avec », on aimerait passer plus de temps avec ces témoins mais le texte resserré n'en est que plus intime.

J'ai aimé la beauté du texte, la douceur mélancolique qui s'en dégage, le huis-clos de la situation, la réflexion sur cet attachement qui enferme et condamne, et la fin, quelle fin, deux petites phrases qui disent tout et vous laissent émue, seule, au bout du chemin. Une vraie fin fermée comme je les aime, sans appel, qui révèle la force de quelques détails semés deci delà auxquels on ne prête pas forcément attention, mais qui font sens dans ces derniers mots.

 

Merci à Solenn qui en a fait un livre voyageur.

 

Stock, août 2012, 185 pages, prix : 17 €

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Crédit bandeau couverture : © Francesca Mantovani / Stock

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Le vrac du dimanche (9)

9 Septembre 2012, 20:24pm

Publié par Laure

(toutes images cliquables)

 

Se shooter en toute légalité : mille mercis à ma fournisseuse officielle ! (elle se reconnaîtra).

 

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Avoir un gros coup de blues en reprenant seule le TER de Nantes à Sablé. Ça y est, il prend son envol mon petit grand. L'internat est vieux et petit par rapport à celui de Touchard qui était grand luxe (on ne s'en rend compte qu'après!), mais reconnaissons qu'il y a pire comme vue en ouvrant sa fenêtre de chambre. Son cothurne est vendéen, et ça a l'air de bien coller entre eux.

 

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Jamais, jamais, jamais je n'aurais pu avoir cet emploi du temps. Mais chacun ses tares, moi c'est en thème latin et en linguistique française que je m'éclatais.

 

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Le jardin des Plantes est juste en face : un peu d'air qu'il saura prendre, je l'espère...

 

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Les regarder s'adorer ces deux-là, le chat accepte d'elle bien plus que de moi, je me revois enfant à faire mener pis que pendre au chat de ma grand-mère, elle me regardait éclater de rire parce que je faisais courir son gros matou après le reflet du soleil en jouant avec un miroir...

 

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Lire aussi, toujours, mais ne pas toujours prendre le temps d'en parler ici.

 

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(oui chez moi les post-it sont tous horizontaux, à la hauteur de la ligne que je veux retrouver. Psychorigide si vous voulez, ou juste organisée)

 

En quelques mots :

 

Le théorème de Kropst, Emmanuel Arnaud, éd. Métailié, janvier 2012, 135 pages, prix : 14 €

Pas envie d'en parler parce que j'éxècre cette mentalité des prépas, pas forcément des élèves, mais du système tel qu'il est fait. Oui je sais, mon fils vient d'y entrer. En est ravi, dopé par cette stimulation intellectuelle, fatigué déjà sans doute aussi, l'avoir vu 30 heures à la maison et déjà soucieux, enfin vu seulement à table, enfermé dans sa chambre le reste du temps à faire des maths et de la physique, et y penser tout le temps, y compris en mangeant. Même s'il l'a choisi, comme il dit. Ça ne m'empêche pas de rester critique, dans cette situation paradoxale d'avoir accepté cette orientation formatée par le système éducatif français, poussée par ses enseignants, désirée par lui, encouragé par son entourage.

Donc le théorème de Kropst parle de la vie en maths sup, et de tous les moyens qui sont bons pour réussir, même les plus malhonnêtes. Le roman est pas mal, c'est le sujet qui m'énerve.

 

p. 96 : « Parce qu'il sait depuis des mois que la prépa est profondément injuste, qu'elle n'est pas cet univers de pure objectivité qu'il imaginait quand il était en classe de terminale. Au départ en septembre, il croyait naïvement que tout se jouerait à égalité entre quarante cerveaux survoltés s'affrontant par devoirs de maths et de physique interposés. Une compétition dure, mais noble, où seuls les cœurs vaillants seraient récompensés. Une ambiance somme toute comparable aux Chevaliers du Zodiaque, le dessin animé japonais qu'il regardait à la télévision quand il avait dix ans. Dans les faits, rien à voir. Il a rapidement compris la situation : les dés sont pipés dès le premier jour, ou presque. Dans la classe on trouve déjà, on l'a dit, une dizaine d'ex-élèves des terminales du lycée Louis-le-Grand, dont la fameuse TS1, qui ont pendant deux ans préparé l'intégralité du programme de maths sup. Ils ont une bonne année d'avance sur le reste des élèves. C'est normal ? A côté d'eux, ou en même temps, car rien n'interdit de cumuler les avantages, au contraire, se dressent une vingtaine d'élèves dont l'un ou l'autre des parents sont professeurs de mathématiques en prépa ou bien anciens élèves de l'ENS. Ceux-là ont été programmés depuis l'âge de dix ans pour entrer à Polytechnique et leurs parents leur ont également déjà enseigné toutes les ficelles de maths sup. Ce sont de vrais robots, d'ailleurs en général leurs frères et sœurs aînés ont déjà tous intégré l'X. Ça aussi, c'est normal ? Et ceux qui n'appartiennent à aucune de ces deux catégories composent la brochette d'authentiques surdoués étrangers au QI supérieur à 130, du type de Spirikov. Tous sur un pied d'égalité en septembre, c'était bien cela l'idée, n'est-ce pas ? Les salopards. Alors quand à côté on est un pauvre élève de banlieue dont les parents sont fonctionnaires de base, et qu'on ne dispose pas d'un QI de 200, qu'est-ce qu'on fait ? On s'écrase ? On se laisse marcher dessus par toute la classe pendant un an, on finit trentième et on est viré à la fin de l'année en se consolant benoîtement en pensant « Merde qu'est-ce qu'ils étaient forts dis donc à LLG ! Vraiment y a rien à faire contre de pareils génies! J'suis déjà bien content d'avoir pu les connaître un an dans ma vie ! » ? »

 

La réparation, Colombe Schneck, Grasset, 212 pages, prix : 17 €

J'aime beaucoup Colombe Schneck, du moins la journaliste que j'ai connue à Arrêt sur images, avec Daniel Schneidermann il y a pas mal d'années (1995-1997, merci Wikipedia). Mais ce roman est si personnel, si autobiographique, que je n'y trouve pas ma place en tant que lectrice. Oui c'est la Shoah, oui c'est terrible, mais le pivot du livre (pourquoi et comment, sur quels choix, est morte la petite Salomé) tarde trop à venir. Le reste, c'est une histoire personnelle. Celle de l'auteur et de sa famille, sans que je parvienne à y trouver une portée universelle, celle de la grande Histoire. Dommage, j'y vois plus une thérapie personnelle qu'un roman.


Franck Pavloff, L'homme à la carrure d'ours, Albin Michel, janvier 2012, 202 pages, prix : 15 €

Voilà typiquement le genre de roman qui a priori ne m'intéresse pas (tout ce qui est trop loin de moi, paysages et modes de vie) mais que j'ai lu dans le cadre d'un jury de prix littéraire. Et il est hérissé de post-it, tant j'ai relevé de belles phrases, de passages sur lesquels revenir. C'était pas gagné, je n'aime pas quand je ne comprends rien dès les premières pages, qui fait quoi, qui est qui, pourquoi, mais un peu de persévérance et l'effort est récompensé. Intriguant, très bien écrit, peut-être un peu trop lyrique et contemplatif de cette nature arctique, au détriment de l'enjeu politique du roman.

 

Jean-Luc Coatalem, Le gouverneur d'Antipodia, Le dilettante, janvier 2012, 188 pages, prix : 15 €. Là encore, un livre à mille lieues de mes choix habituels, lu dans le cadre d'un jury littéraire. Mais cette fois une vraie belle découverte, et paradoxalement si familière, un cousin éloigné ayant vécu cette quasi même expérience en terre australe ! La vie si particulière de ces deux hommes très différents, l'isolement, la rudesse du climat, le troisième homme qui apparaît, et la tension qu'on sent poindre.... Passionnant, bons personnages romanesques, et fascinant !

 

 

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Quelques livres jeunesse dans la collection des Premières lectures et des Premiers romans de chez Nathan jeunesse. Mention particulière pour Un amour sur mesure, de Roland Fuentès et Alexandra Huard, et Le jongleur le plus maladroit, d'Evelyne Brisou-Pellen et Nancy Peña. (août 2012)

Un amour sur mesure m'a plu d'emblée pour ses illustrations (je trouve l'histoire sur l'acceptation des différences plus conventionnelle) mais ma curiosité est piquée désormais pour les dessins d'Alexandra Huard. Le jongleur le plus maladroit réunit qualités du récit (Moyen-Age, humour, lutte contre l’injustice) et de l'illustration : les deux m'ont beaucoup plu !

(Collection valeur sûre à la bibliothèque, qui plaît autant aux parents – qui sont guidés par le repérage des âges, le code couleur des sous-collections – qu'aux enfants qui s'attachent à l'une ou l'autre série et aux personnages qu'ils retrouvent. (quelques titres isolés comme les deux cités, mais aussi des séries, il y en a pour tous les goûts !)

 


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L'inconscience - Thierry Hesse

27 Août 2012, 06:36am

Publié par Laure

inconscience_hesse.jpgIssus d’une famille catholique traditionnaliste (dont l’auteur nous fait une succulente présentation dans le premier chapitre), Marcus et Carl sont deux frères devenus adultes (quinquagénaires même !) que bien des choses séparent. Marcus, l’aîné, a quitté Metz pour s’installer à Roubaix, où il enseigne l’ethnologie et préfère papillonner avec ses étudiantes que fonder un foyer. Carl, son cadet de deux ans, s’est au contraire marié et a eu des enfants, et a travaillé des années dans une société d’assurances mutualistes. Un grand bouleversement intervient dans vie avec l’arrivée d’un nouveau collaborateur, Jean-Jacques Stern, qui le dévoie pour monter sa société, et plus avec affinités. Dès le deuxième chapitre du roman, on apprend que Carl est dans le coma suite à une chute de la fenêtre d’un immeuble, sans davantage d’explications…

 

Si j’ai beaucoup aimé le début du roman, intriguant et qui capte d’emblée le lecteur, je suis au final bien plus partagée. Le roman consiste en un long retour en arrière sur la vie des deux frères, leur personnalité, leur environnement professionnel et sociétal, et cet emboitement dans la construction, au moyen de digressions que j’ai trouvées souvent beaucoup trop longues, finit par égarer un peu. Je suis déçue par la fin également, surprenante pirouette, mais qui me laisse un goût amer de « tout cela pour ça ». Ce n’est donc pas le coup de cœur espéré, alors que le début présageait pour moi du meilleur. Dommage.

 

logo on vous lit toutLu en juin 2012 dans le cadre de l’opération On vous lit tout !, organisée par Libfly et le Furet du Nord

  

 

Ed. de l’Olivier, août 2012, 324 pages, prix : 19,50 €

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Crédit photo couverture : © éd. de l’Olivier

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L’embellie – Audur Ava Olafsdottir

25 Août 2012, 06:32am

Publié par Laure

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson

 

l-embellie.jpgElle a trente trois ans lorsque son mari la quitte, et elle a presque l’air de trouver cela normal. Elle prend avec philosophie tout ce qui lui arrive dans la vie, avec une légèreté et un humour surprenant. C’est ce que j’ai aimé d’emblée, dans ce nouveau roman de l’auteur de Rosa Candida, cet humour distant, cette façon presque anecdotique et détachée de vivre des événements graves et intimes. Parce que son métier indépendant le lui permet, elle prend la route circulaire qui fait le tour de l’île, pour faire le vide, rejoindre une ancienne maison familiale abandonnée, mais elle ne part pas seule, elle fait le chemin avec un petit garçon de quatre ans, quasi sourd et malvoyant, que son amie Audur, enceinte de jumelles et hospitalisée, lui a confié. Ce duo détonant va faire quelques curieuses rencontres ! Et le récit qui s’entremêle en italique, narrant une douleur plus ancienne, apporte une saveur encore plus intense à l’ensemble. Un road trip tout en surprise et délicatesse, qui est pour moi une première découverte de son auteur, et un vrai coup de cœur !

 

logo on vous lit toutLu fin juin/début juillet 2012 dans le cadre de l’opération On vous lit tout !, organisée par Libfly et le Furet du Nord

  

Ed. Zulma, août 2012, 356 pages, prix : 22 €

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Crédit photo couverture : © éd. Zulma

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Avant la chute - Fabrice Humbert

24 Août 2012, 09:55am

Publié par Laure

 

 

avant la chuteLe nouveau roman de Fabrice Humbert dit, au moyen d'une narration chorale dans laquelle trois histoires se rejoignent, toute la violence du monde et la suprématie de l'argent, avec ses dérives, et le fil rouge ici de la drogue et de ses organisations qui prennent le pouvoir, en Colombie, au Mexique, aux États-Unis, ou plus près de nous, en banlieue parisienne.

 

Dans un petit village de Colombie, Emanuel et Yohanna Mastillo sont de modestes paysans qui vendent leur production de bananes et de maïs pour vivre et élever leurs deux filles Sonia et Norma. Mais mondialisation oblige, les prix ne cessent de chuter. Un homme leur conseille alors de transformer leurs cultures en plantation de coca, marché bien plus rentable et qui sert les révolutionnaires. Jusqu'au jour où un paramilitaire surgit et détruit tout, fusillant froidement Emanuel, le père de famille. Ainsi est posé le premier chapitre du roman. C'est le début de l'exil pour sa femme et ses filles, les deux jeunes femmes deviendront des migrantes en proie au danger permanent en tentant de rejoindre les Etats-Unis.

Pendant ce temps-là au Mexique, le sénateur Fernando Urribal gère d'une autorité ferme son grand domaine. L'auteur s'attachera à nous décrire ses versants sombres et le fonctionnement des cartels avec les autorités politiques.

En région parisienne, Naadir et son frère Mounir assistent à l'enterrement d'un jeune de la cité. Violences urbaines, guerre des bandes rivales, enjeux de la drogue et haine de la police. Un peu plus à l'écart, sinon qu'elle est reliée au reste par le fil conducteur de la drogue, du pouvoir et de la violence, cette histoire est touchante par le réalisme décrit et le personnage de Naadir, qui porte en lui l'espoir d'une rédemption, élève à contre-courant d'une école désespérée et condamnée.

 

Si la construction choisie (alternance des chapitres reprenant chacune des trois histoires) peut sembler artificielle, elle fonctionne, tant le désir de retrouver et suivre les personnages est forte auprès du lecteur. De même si l'on aurait pu craindre des situations trop « clichés », l'ensemble captive sans ennuyer, avec une ouverture et une fin d'une grande force, ne laissant toutefois guère de lueur d'espoir au lecteur quant à la noirceur du monde.

Avant la chute dit le titre, mais la chute n'a-t-elle pas déjà eu lieu depuis longtemps, quand on lit ce roman de Fabrice Humbert ? Il reste toujours une petite étincelle, celle de la vie qui lutte, qui espère et qui veut y croire, à travers les personnages de Norma et Naadir, mais pour combien de temps encore ?

Avant la chute est un grand roman qui parle de la violence de notre monde, de sa pourriture fétide et de son autodestruction insouciante devant les hommes, dans un écho hélas bien réaliste.

 

logo-on-vous-lit-tout.jpegMerci à Mimipinson qui en a fait un livre voyageur, après l'avoir reçu dans le cadre de l'opération On vous lit tout ! du site Libfly et du Furet du Nord.

 

Le Passage éditions, août 2012, 276 pages, prix : 19 €

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Crédit photo couverture : ©Le Passage éd.

 


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Moi, je la trouve belle - Carina Rozenfeld

23 Août 2012, 06:15am

Publié par Laure

moi-je-la-trouve-belle.jpgAlex est collégien dans un établissement expérimental avec une section « échanges culturels interplanétaires » et il est secrètement amoureux de la correspondante qu’il reçoit actuellement chez lui, une jeune Slibuth de 12 ans, Myrlwen, qui va l’accompagner dans sa classe pour la première fois. Mais les Terriens ont la fâcheuse habitude de se moquer des habitants de la planète Slybuthia, qu’ils trouvent laids. Difficile pour Alex de laisser parler ses sentiments face au groupe….

 

Si vous êtes habitués des échanges linguistiques qui ont lieu au collège (en tant qu’élève ou parents d’élève !), vous trouverez dans ce petit roman toutes les angoisses habituelles de la première rencontre avec l’autre et l’observation intriguée de son mode de vie méconnu. Vous y ajouterez ici une touche de science-fiction qui séduira le jeune lecteur (9-12 ans), quelques repères quasi familiers (le PersoPad et la PS12 devraient vous rappeler quelque chose), et vous obtiendrez un sympathique petit roman sur la peur des différences, le rejet de l’autre et la moquerie en raison de ces différences, mais aussi les premiers émois amoureux et le courage de s’affirmer.

Le format est court (40 pages, standard de cette petite collection) mais peut séduire justement les lecteurs réticents. Si l’histoire est agréable, je la trouve toutefois un peu « facile », n’allant guère au-delà du message « nos différences sont nos richesses ». (J’ai le souvenir de titres plus aboutis dans cette collection, celui-ci notamment) mais ne boudons pas ces petites lectures à prix mini à conseiller à nos préados.

 

 

Syros, coll. Mini Syros Soon, août 2012, 39 pages, prix : 3 €

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Crédit photo couverture : © Stéphanie Hans et éd. Syros

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Laisser les cendres s'envoler - Nathalie Rheims

21 Août 2012, 07:16am

Publié par Laure

 

Premières phrases :

 laisser les cendres s'envoler« J'ai perdu ma mère. Elle a disparu il y a plus de dix ans. Ma mère est morte, je le sais. Mais, lorsque j'y pense, je ne ressens aucun chagrin, pas la moindre émotion. Tout reste plat comme une mer gelée, pas un seul petit frémissement à la surface de l'eau. Quand je pense à elle, il ne se passe rien. »

Alors qu'elle était encore adolescente, la mère de la narratrice a quitté le foyer pour suivre un amant qui l'a envoûtée tel un gourou, artiste qui l'a manipulée pour utiliser sa fortune. La narratrice en est profondément marquée, ne comprenant pas l'abandon de sa mère envers elle. Une mère peut-elle ainsi laisser sa fille ? L'amour maternel n'est-il pas inconditionnel ? Il lui aura fallu des années, longtemps après sa mort, pour revenir sur ces années, sa douleur et sa révolte tues, conformément aux règles familiales où le silence est roi.

Sentiments ambivalents sur ce court roman aux accents profondément autobiographiques (l'est-il?) car il m'a été difficile de rester en empathie avec la narratrice qui si elle s'exprime enfin (et définit ainsi le rôle de l'écriture dans sa vie), reste néanmoins dans un discours (trop ?) lisse, fade, conventionnel. Trop de retenue, comme si elle ne livrait pas totalement ses sentiments profonds. Et quid du père trop absent qui disparaît quasi du récit, de ses relations avec lui ? Certains passages retournent même la bonne volonté du lecteur : la pauvre petite fille riche ne parvient plus à émouvoir, même si à d'autres moments on la sent détachée de tout cela. Même si l'on n'est pas forcément plus heureux dans une grande famille bourgeoise, il est difficile de pleurer à la description des clochettes pour appeler les domestiques qui viendront vous servir le thé. Les passages relatifs au vide intérieur de la jeune femme, son rapport à la nourriture, sont bien plus touchants et justes. Mais la violence et la souffrance restent trop intérieures, muselées dans ce carcan familial trop bien élevé que les années ne parviennent que trop peu à desserrer.

Il faut reconnaître néanmoins à Nathalie Rheims une très belle écriture, sobre, classique, sans emphase. Et la beauté du titre, pour se libérer de ce trop grand poids subi à un moment de la vie. Faire la paix, au moins avec soi-même.

 

 

éd. Léo Scheer, août 2012, 254 pages, prix : 19 €

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Crédit photo couverture : ©éd. Léo Scheer

 

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